‹ Traité des maladies de l'estomacChapitre 142 sur 175 · I. — Action excito-motrice · texte numérisé non relu

I. — Action excito-motrice

L’excitation est portée sur la séreuse. — La doctrine classique 6n physiologie veutque l’estomac réponde inégalement aux excitations

électriques suivant le point où on les localise : la région pylorique étant la plus excitable, QiV excitation allant en décroissant à mesure qu’on se rapproche du cardia. D’après Lurderitzet Erb, les contractions survivent

à l’excitation, et progressent vers le pylore d’une manière péristaltique

Avec Laquerrière, nous avons repris ces expériences, et nous avons vu que lorsqu’on porte les deux rhéophores, reliés à une bobine faradique, sur la face antérieure de l’organe, on le voit entrer en contraction. Cette contraction est localisée surtout aux deux pôles, et est plus accusée avec la bobine à fil fin qu’avec la bobine à fil gros, plus marquée à la région pylorique que vers le cardia; nous avons pu même inscrire à l’aide des ballons conjugués de Morat sur le cylindre inscripteur, les modifications obtenues (1).

En substituant au courant faradique le courant continu, nous avons constaté avec quelques milliampères : 1“ au pôle positif, une stricture perpendiculaire à l’organe, qui l’intéresse sur toute sa circonférence et divise l’estomac en deux poches séparées par un collet plus ou moins étroit; 2° au pôle négatif, une élevure parallèle à la direction de l’estomac, parfois de quelques millimètres de hauteur.

Ce sont les fibres longitudinales de l’organe qui la constituent, alors qu’au contraire au positif ce sont les fibres circulaires qui paraissent entrer en action.

Ces modifications, peu nettes chez les petits herbivores, sont très visibles chez le chien, et d’autant plus marquées qu’on se rapproche du pylore.

Quand on place une électrode en un point quelconque du corps et une autre sur l’estomac, on observe, selon le pôle actif, les phénomènes que nous venons de décrire pour chacun d’eux un particulier.

Électrisation intragastrique. — Depuis que Pepper et Kussmaul construisirent la première sonde intragastrique, de nombreux auteurs, parmi lesquels Bocci, Bardet, etc., étudièrent les contractions de l’estomac produites par ce mode d’excitation.

Ewald, entre autres, a vu très nettement les contractions de l’organe ; il en est de même d’Einhorn qui avait noté des contractions perpendiculaires à la grande courbure,

Meltzer vint plus tard mettre en doute les faits admis par ses devanciers, et il soutint que notamment la faradisation n’avait aucune action sur la musculature de l’organe.

En présence de ces résultats discordants, nous avons, avec Laquer- -

(1) Laquerrière, Delherm et Beauchant, Note préliminaire sur l’Électrophysiologie. Soc. d' ELectrothéi^apie, fév. 1902. ■ ^

rière, repris cette étude, en nous servant du ballon conjug-ué deMorat relié à un tambour, et armé de deux petites électrodes disposées de telle sorte, qu’après insufflation du ballon, elles venaient se placer au contact de la muqueuse.

Avec le courant continu même porté à 50 milliampères, nous n’avons obtenu aucune contraction.

Avec le courant faradique bobine à fil fin, bobine à fil gros (chariot de Tripier), le résultat a été absolument identique.

Nous en concluons que lorsque les deux électrodes sont portées dans l’estomac, il n’y a aucune contraction visible de l’organe.

Un pôle est placé dans l’estomac, l’autre pôle sur la séreuse, ou en un point quelconque de l’organisme. — Lorsqu’une électrode est placée sur la muqueuse stomacale et l’autre sur la séreuse, se produit-il des contractions stomacales?

Einhorn résout la question par l’affirmative, Meltzerpar la négative ; ce dernier prétend que la muqueuse gastrique oppose au courant une résistance infranchissable. Nos expériences avec Laquerrière, nous ont donné des résultats comparables à ceux qui ont été obtenus par Einhorn.

Avec le courant continu, 30 ou 40 milliampères, lorsque l’électrode gastrique est négative, l’ extragastrique positive, on obtient une stricture perpendiculaire à l’axe de l’estomac.

Quand l’électrode extragastrique placée sur la séreuse est négative, on note la réaction particulière du négatif que nous avons exposée plus haut.

Avec le courant faradique, surtout la bobine à fil fin, nous avons eu de très belles contractions de la musculature stomacale.

Lorsque l’électrode externe est non sur la séreuse, mais en un point quelconque du corps, les réactions sont identiques respectivement pour chaque pôle à celles que nous venons de décrire ; elles sont plus marquées avec le courant faradique bobine à fil fin qu’avec aucun autre courant, et plus accusées quand l’électrode intragastrique est rapprochée du pylore.

Électrisation de l’estomac à travers les parois. — Bordier (de Lyon) a étudié l’action, de la franklinisation hertzienne quand on l’applique sur la paroi abdominale, et il en a inscrit les résultats sur le tambour à l’aide des ballons de Morat.

Il a constaté qu’à chaque étincelle correspondait un mouvement du style; cette expérience montre que sous cette influence, l’estomac subit des variations de tension et de volume, qui sont provoquées par les contractions des muscles abdominaux.

SoüPAULT. — Mal. de l’estomac.

Nous avons fait des recherches de même ordre avec le courant faradique et le courant g-alvanique. Avec le faradique, nous avons noté les mêmes résultats que ceux obtenus par Bordier avec la franklinisation, nous ne pensons pas du reste avoir pu provoquer des contractions des muscles lisses de l’estomac, mais seulement de la paroi.

Avec le g-alvanique et de larg-es électrodes, on observe aussi les mêmes constatations, à l’ouverture et à la fermeture du courant, et le tracé inscrit sur le cylindre traduit seulement la contraction des muscles de la paroi.

Est-ce à dire que l’estomac est inexcitable à travers l’abdomen intact? Nous ne le pensons pas, et nous estimons au contraire qu’il se produit dans certaines conditions des contractions de l’org-ane, non pas à l’ouverture ou à la fermeture, mais pendant le passage du courant, phénomène dont nous avons montré l’existence sur les fibres lisses en général et notamment sur l’intestin (1).

Pour mettre ce phénomène en évidence, nous avons pratiqué une laparotomie médiane, qui nous permettait de recouvrir et de découvrir à volonté la région P ylorique.

Lorsque la paroi était rabattue sur l’estomac, nous placions une électrode au dos, une autre, plus petite, reliée au positif sur lés téguments au-dessus de la région pylorique.

Le courant était amené à 20, 40 milliampères progressivement, , on maintenait cette intensité pendant quelques instants, on arrêtait ensuite le courant, on rabattait latéralement la paroi de chaque côté de l’incision, et l’on pouvait voir une stricturedes plus nettes, perpendiculaire au grand axe de l’organe.

Cette contraction ne se produisait pas lorsque l’électrode active était reliée au pôle négatif.

Nous avons vérifié s’il s’agissait bien d’une contraction provoquée parle courant, en maintenant sous nos yeux la partie de l’estomac, que nous excitions à travers la paroi, en rabattant pendant l’application, incomplètement, cette dernière sur l’organe.

Ces modifications se produisent seulement lorsque l’électrode active a une très petite surface, que la densité du courant est considérable, et l’intensité élevée.

Action des courants appliqués au niveau du cou au-devant des pneumogastriques.— Van Braàm, Honkgeest, Morat ontmontré que la faradisation tétanisante des pneumogastriques au niveau

(1) Laquerrière et Delherm, Annales d’ Electrobiologie et Soc. de Biol., 1903.

du cou, en appliquant directement les électrodes sur le nerf produisait des contractions stomacales et des mouvements péristaltiques, et ils concluent que ces nerfs sont accélérateurs de la motricité.

Nous avons refait l’expérience, et nous sommes arrivés au même résultat ; nous avons en outre g-alvanisé les nerfs avec un courant de 10 milliampères et nous avons vu se produire des mouvements péristaltiques que nous avons pu inscrire sur un cylindre enregistreur.

Mais en thérapeutique ce n’est pas directement sur les nerfs, c’est à travers les téguments que se fait l’application. En agissant ainsi peut-on arriver à provoquer des contractions? Nous avons fqit l’expérience avec le courant continu et faradique; parfois nous avons obtenu des mouvements péristaltiques, mais pas d’une manière absolument constante, aussi nous ne pouvons avoir une opinion ferme à ce sujet.

Page 1