CHAPITRE PREMIER
INTERROGATOIRE DU MALADE
Lè premier acte de l’enquête à laquelle doit se livrer le médecin, pour arriver à préciser le diagnostic d’une gastropathie sur laquelle il est consulté, consiste à faire l’inventaire des troubles subjectifs éprouvés par le malade qu’il va examiner. L’interrog-atoire quHl fait subir à celubci doit être minutieux et m^hodique. Il doit être mfnwtieux^ parce que les symptômes qui expriment les souffrances de l’estomac sont relativement peu nombreux, qu’on peut les rencontrer indifféremment dans toutes les variétés d’affections de cet organe et que nul d’entre eux n’est pathognomonique. Il faut donc les étudier dans tous leurs détails, obtenir une description précise de leur nature, de leur intensité, du moment où ils se produisent,^ de la façon dont ils s’associent entre eux et aux manifestations qui ont leur origine dans d’autres organes, enfin de leur évolution et de leur durée. L’interrogatoire doit être aussi méthodique^ car il est facile de se laisser égarer par les détails donnés par les malades qui insistent à plaisir sur des points de peu d’utilité, alors qu’ils laissent dans l’ombre des symptômes d’un grand intérêt pour le diagnostic. Cette remarque est d’une importance capitale et nous y insistons à dessein. Nous croyons qu’un interrogatoire précis est indispensable pour se guider dans le dédale des dyspepsies, et qu’en adoptant dans l’étude des troubles subjectifs une SouPAttLT. — Mal. de l’estomac. 1
INTERROGATOIRE DU MALADE
méthode rigoureuse, on peut dans la très grande majorité des cas en tirer des indications suffisantes pour arriver à un diagnostic assez exact, que ne feront que corroborer et détailler la recherche des signes objectifs et l’exploration par la sonde.
Voici a marche que nous suivons et que nous croyons être la plus avantageuse.
Conditions de vie. — L’interrogatoire doit commencer par fixer \âge, puis la profession et les occupations des dyspeptiques, en déterminant leur mode de vie habituel. Il importe de connaître leur activité corporelle et intellectuelle, de savoir s’il existe chez eux du surmenage physique ou moral, des fatigues excessives, ou au contraire s’ils sont sédentaires et manquent d’exercice. Il ne faut pas craindre d’entrer, pour ainsi dire, dans la vie des malades et |de rechercher les divers incidents, traumatismes physiques ou moraux, qui ont traversé leur existence, car, en ce qui concerne les affections de l’estomac, toutes les causes qui ont pu influencer l’état général et le système nerveux présentent une importance telle que dans beaucoup de cas le traitement direct des troubles dyspeptiques a un rôle presque effacé en regard du traitement général.
'V hygiène alimentaire àoxi être l’objet d’une étude très attentive. Le malade est-il un gros mangeur ou un buveur ? Fait-il des repas réguliers et combien? Mange-t-il et surtout boit-il à ses repas et en dehors de ses repas? Il est utile de chercher à déterminer la quantité approximative des aliments et des boissons qu’il consomme, de connaître leur qualité ; de savoir comment ^s sont absorbés, vite ou lentement, et si la mastication est suffisante (à ce propos les dents seront toujours bien examinées). On ne saurait à cet égard obtenir trop de détails. .
Il faut se préoccuper de Vabus du tabac. Beaucoup de dyspeptiques sont fumeurs. On sait bien aujourd’hui que la nicotine a une action puissante sur le fonctionnement du tube digestif. Tout d’abord on connaît l’effet du tabac sur le gros intestin, dont les mouvements et les sécrétions sont augmentés par l'action de la nicotine. Chez certains individus, le meilleur laxatif est un bon cigare^, et on a proposé la nicotine comme un purgatiî énergique. Les excès de tabac peuvent engendrer un état diarrhéique qui retentit sur Testomac. D’autre part, le fumeur est très souvent atteint de troubles gastriques. On connaît les symptômes nauséeux et vertigineux que le tabac provoque. Mais il peut aussi engendrer des phénomènes dyspeptiques durables^ dus soit à des troubles fonctionnels, soit à des gastrites ayant tous deux pour expression un état asthénique de l’estomac avec anorexie, insuf-