‹ Traité des maladies de l'estomacChapitre 5 sur 175 · EXAMEN DES TROUBLES DYSPEPTIQUES · texte numérisé non relu

EXAMEN DES TROUBLES DYSPEPTIQUES

un interrog-atoire précis et serré, auraient échappé en donnant lieu à des erreurs de diagnostic.

Plusieurs ceis peuvent se présenter. — a) Certains malades déclarent avoir toujours eu V estomac délicajt : pendant leur enfance, leur régime alimentaire a dû être surveillé de très près ; adolescents et jeunes gens, ils ont, au moindre excès alimenteiire, eu des indigestions de durée plus ou moins longue; adultes enfin, ils ont dû s’observer avec minutie pour éviter des malaises après leurs repas. Nous avons déjà parlé de cette débilité congénitale de l’estomac dont on peut rencontrer tous les degrés, qu’il est impossible de guérir complètement et contre laquelle on ne peut lutter que par un régime et une hygiène alimentaires très sévères.

ô) Une autre catégorie de malades déclwceni n 'avoir jamais souffert de V estomac pendant toute une période de leur existence ; puis à la suite d’une première atteinte venue après une maladie grave ou après des excès alimentaires ou médicamenteux, ou enfin à la suite de chagrins et de causes morales, ils sont restés invalides de l’estomac et, malg-ré traitements et régimes de toutes sortes, n’ont pu avoir qu’un soulagement passager.

c) Chez beaucoup de malades, la gastropathie évolue par périodes plus ou moins espacées, plus ou moins intenses, et de durée plus ou moins longue ; parfois, dans leur intervalle tout trouble dyspeptique disparaît complètement, et le retour à la santé est absolu, sans qu’il soit nécessaire de prendre aucun ménagement ; mais souvent aussi, l’estomac peut être délicat, susceptible, demandant un traitement et un régime sévères sous peine de se révolter. D’ailleurs, on voit le plus souvent les périodes d’intermittence s’espacer et devenir moins longues et les crises augmenter, au contraire, de fréquence et de gravité. Cette évolution morbide est surtout fréquente dans les gastropathies à lésions, dans lesquelles le système nerveux joue un rôle important ; elle est la règle dans la maladie de Reichmann, qui n’est en somme qu’une forme fruste de l’ulcère rond de Cruveilhier et qui peut évoluer de cette façon pendant plus de dix ou quinze ans et plus.

d) Dans beaucoup de dyspepsies d’origine nerveuse, on observe une évolution bizarre des gastropathies qui échappe à toute description. Outre cette fantaisie d’allures, on note que la maladie a débuté à la suite de chagrins très vifs, ou de grandes peurs ou de tous autres traumatismes moraux qui ont ébranlé le système nerveux ; on voit aussi que la dyspepsie, qui est absolument subordonnée aux

INTERROGATOIRE DU MALADE

influences physiques et morales de toutes sortes, est relativement moins importante que les phénomènes nerveux associés et les troubles mentaux qui tendent à exag'érer beaucoup des phénomènes en réalité peu prononcés. Nous insisterons plus loin, en étudiant les états dyspeptiques, sur ces différents points que le médecin doit remarquer et mettre en lumière dès le début de son interrogatoire.

e) Les troubles stomacaux peuvent se montrer sous forme de crises gastriques dont la caractéristique est d’éclater brusquement, d’évoluer avec des allures tapageuses, parfois dramatiques, de se montrer même en dehors de toute influence alimentaii’e, d’être pour ainsi dire continues, sans arrêt pendant plusieurs jours, enfin de cesser brusquement. Ces crises gastriques paroxystiques sont toujours d’origine extra-gastrique : le plus souvent elles sont dues à des lésions du système nerveux central ou à des névroses, d’autres fois à des troubles d’origine réflexe (lithiase biliaire, hépatique, rein mobile, etc.^ etc.).

f) Enfin l’affection gastrique se présente comme une maladie continue^ progressive^ presque sans rémissions : les troubles locaux, d’intensité et de nature variables, s’accompagnent de phénomènes généraux graves indiquant une altération profonde de la nutrition. Ces cas sont dus à des affections org'aniques graves soit par leur nature même (cancers), soit "par la position qu’ils occupent à l’estomac (sténoses des orifices) . Le diagnostic des différents cas ne peut être fait que par un examen détaillé des fonctions gastriques, par le cathétérisme et par l’examen du suc gastrique.

État actuel. — Comment le malade passe sa journée. — Après avoir cherché à connaître l’ancienneté, Ip début, et la marche des troubles dyspeptiques chez chaque malade, il faut étudier avec soin Vétat actuel.

La meilleure façon de procéder est de faire raconter au dyspeptique comment il passe sa journée., en le guidant naturellement par des, questions nettes auxquelles il lui est facile de répondre sans se laisser aller à des détails fastidieux et sans importance.

Il faut d’abord demander dans quel état se trouve le malade à son réveil, tant au point de vue gastrique qu’au point de vue de l’état, nerveux et de l’état général.

Quel est l’état de l’estomac? Existe-t-il des douleurs et de quelle nature? Y a-t-il des nausées ? Y a-t-il de véritables vomissements et de quelle nature (pituites muqueuses, liquides acides sans aliments, vomissements alimentaires) ? Des éructations plus ou moins sonores

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