MARCHE, DURÉE, TERMINAISON
Nous avons donné un aperçu des, différents symptômes et des difl“érentes formes morbides qu’engendre la présèniie du cancer au niveau de l’estomac. On en a vu la variété extrême, de sorte qu’il est difficile d’indiquer d’une façon générale la marche et la durée de la néoplasie stomacale, qui varient évidemment selon sa nature, son siège, ses complications.
On peut dire, en général, que la marche du cancer est fatalement continue et progressive. Non pas que parfois on n’observe des améliorations plus ou moins longues et importantes qui impressionnent le médecin et sont capables de faire hésiter le diagnostic. Nous avons vu bien des fois des cancéreux aug'menter de poids, reprendre de 1 appétit et de la mine sous l’influence d’un traitement médical bien dirigé. Mais ces améliorations n’ont qu’un temps et bientôt la mcdadie reprend son cours.
Seule une intervention chirurgicale est capable d’améliorer les malades dune façon durable. Si l’intervention est précoce, la survie
CANCER DE L’ESTOMAC
peut durer très longtemps. On observe même des cas de guérison définitive. Mais dans les circonstances où la plupart des interventions chirurgicales sont pratiquées, l’opération est purement palliative : la survie moyenne est d’environ six mois à un an.
On a l’habitude d’assigner au cancer de l’estomac une durée moyenne de douze à quatorze mois. Il est fort difficile de connaître le début du cancer, et il se peut qu’avant de se révéler par des symptômes cliniquement appréciables^ la néoplasie s’accroisse silencieusement pendant un certain temps.
La marche de la maladie se précipite chez les jeunes sujets, de même qu’elle est plus lente chez les sujets très âgés.
On a cité des cas de durée très courte où la maladie se terminait en trois ou quatre mois. ,
La mort survient de façon différente selon les cas.
Dans les cas les plus simples, les malades dépérissent graduellement par suite de l’inanition résultant de l’anorexie, de l’intolérance gastrique, de la sténose du pylore, ou bien par suité du lent empoisonnement de l’organisme par les toxines cancéreuses.
Diverses conditions hâtent la terminaison fatale : telles sont la généralisation de la néoplasie au foie et aux autres organes voisins, les complications infectieuses, les hémorragies répétées. Les tumeurs siégeant aux orifices sont plus rapidement cachectisantes que les tumeurs des faces et des courbures. -
La mort survient par affaiblissement progressif, tantôt lentement, sans secousses, tantôt au milieu d’incidents aigus : vomissements, hémorragies, perforation péritonéale. Parfois aussi, dans les derniers jours du cancer de l’estomac, on observe deux complications qui sont d’ailleurs assez rares, la tétanie et le coma dyspeptique. Ce s deux syndromes morbides spéciaux aux sténoses pyloriques ont été étudiés en même temps qu’elles, et nous prions nos lecteurs de s’y reporter.
TRAITEMENT
Le traitement peut être médical ou chirurgical (1). Le traitement médical est purement palliatif. Le seul but du praticien est d’assurer l’alimentation, d’améliorer la digestion et de maintenir la nutrition générale. Les médications prétendues spécifiques n’ont pas résisté
(1) Pour le traitement chirurgical, voy. page 670.
SoupAüLT. — Mal. de l’estomac.
TUMEURS DE L’ESTOMAC
au contrôle de l’expérience. Quelques-unes d’entre elles, cependant, apportent souvent un réel soulag-ement dans beaucoup de cas.
Médications spécifiques. — La liste en est assez longue. Nous ne mentionnerons ici que les principales.
Condurango. — Le condurango blanco a été surtout vanté par Friedreich, qui le considérait comme ayant une action spéciale sur la néoplasie, mais ses conclusions ont été attaquées de toutes parts et en résumé, si le condurango produit des effets favorables chez certains cancéreux, c’est en améliorant les conditions de la digestion.
Chlorate de soude. — Brissaud, en 1893, a vanté le chlorate de soude à haute dose (de 8 à 16 grammes pro die). Le chlorate de soude est appliqué depuis longtemps avec succès au traitement des cancroïdes de la peau. C’est en se basant sur cette action favorable que Brissaud en a préconisé l’emploi. De fait, il a signalé un certain nombre d’améliorations remarquables après un traitement de quelques semaines. Nous ne croyons pas à une action spécifique du chlorate de soude, mais il est certain que c’est un des médicaments qui donnent les meilleurs résultats chez les cancéreux; il agit probablement sur la gastrite ou bien sur les ulcérations si fréquentes des tumeurs cancéreuses. Nous en prescrivons volontiers l’emploi à la dose de 6 à 8 grammes par jour. On sait qu’il faut s’en abstenir, quand les malades présentent de l’albuminurie.
D’autres médicaments ont été conseillés. Voici la nomenclature de quelques-uns d’entre eux : le bichromate de potasse, l’arséniate de soude, le chlorure d’or et de sodium, l’aristol et le bleu de méthylène, la teinture de Kalagua, les préparations de ciguë ou de grande chélidoine, la teinture de thuya occidentalis, etc.
Sérums. — Nous ne citerons que pour mémoire les divers sérums anticancéreux, qui n’ont pas répondu à l’attente de leurs promoteurs.
Bichlorhydrate de quinine. — Il y a quelques années, une médication nouvelle, pour le traitement du cancer, a été proposée par Jaboulay: c’est le traitement par le bichlorhydrate de quinine. Ce traitement est applicable au cancer de l’estomac ; il paraît retarder 1 évolution de la maladie, mais n’a guère de valeur spécifique.
Le bichlorhydrate de quinine se donne par voie buccale, rectale ou sous-cutanée, à la dose d’un gramme par jour.
Albert Robin a conseillé le bromure d’or, qu’il fait prendre avant le déjeuner et le dîner, sous forme de solution (une cuillerée à soupe):
Bromure d’or.;
Eau .
300 grammes.
CANCER DE L’ESTOMAC-
Médications palliatives. Régime alimentaire. — Il faut donner aux cancéreux des aliments de très facile dig-estion, car l’état de la motricité et du chimisme ne permet aucune dig-estion stomacale.
Le lait pur ou aromatisé est le meilleur aliment à prescrire, s’il est bien supporté ; en cas d’intolérance, il y aura lieu d’essayer la médication képhirique ; malheureusement, elle est rarement tolérée.
Les aliments, quels qu’ils soient, devront être donnés sous forme liquide ou réduite. Le bouillon, les jus de viande, les pepton^s, les albu-. moses (somatose), les albumoses végétales, le plasmon, qui représente la caséine du lait, peuvent, dans quelques cas, rendre des services.-
La viande devra être hachée ou pulpée, les œufs seront toujours peu cuits et battus, les légumes en purée ou en hachis. ^
Bref, la principale indication est de faciliter et de raccourcir autant que possible le travail de la digestion stomacale.
Naturellement, il faut bannir de l’alimentation tous les condiments, les mets excitants et fermentés qui, en irritant le cancer, peuvent augmenter les douleurs, les nausées et les vomissements.
Médication apéritive. — L’anorexie est un des principaux symptômes du cancer, elle apparaît dès le début : c’est un des principaux symptômes dont se plaignent les malades. Malheureusement, il est bien difficile de ramener l’appétit. On pourra cependant prescrire les amers, la teinture de noix vomique, les préparations de condurango, etc.; le persulfate de soude et le métavanadate de soude nous ont paru donner de moins mauvais résultats. Alb. Robin a préconisé le chlorure d’ammonium.
Médication digestive. — Pour faciliter la digestion, il y a quelquefois avantage à prescrire la médication acide (acides chlorhydrique, lactique, phosphorique), soit sous forme de gouttes, soit sous forme de solution ou de limonade, qu’on prescrit pendant les repas ou après les repas.
Aux acides on peut associer les ferments digestifs, pepsine ou papaïne. Les sucs gastriques naturels de chien ou de porc (gastérine de Prémont, ou dyspeptine de Hepp), rationnellement indiqués, ne paraissent pas donner des résultats bien encourageants.
Médication antifermontescible. — Il faut lutter souvent contre les fermentations résultant de la stase gastrique et de l’hypochlorhydrie. Nous préférons les salicylates et particuüèrement le bétol que nous associons à la résorcine et au charbon végétal. Alb. Robin préfère le fluorure d’ammonium, le soufre iodé et l’érythrol.
tumeurs de L’ESTOMAC.
Médication des symptômes. — Il faut se rendre compte du mécanisme des douleurs dans chaque cas particulier. Dans les sténoses du pylore, celles-ci sont dues à la contracture du pylore et à l’hyperacidité organique, d’autre part. La médication alcaline (bicarbonate de soude et surtout craie préparée) donne souvent de bons résultats. Si la douleur est due à de l’hyperesthésie gastrique, on aura recours aux sédatifs habituels de la douleur, eau chloroformée, cocaïne, extrait gras de cannabis indica, préparations d’opium et de ses dérivés. Il y a souvent intérêt à prescrire ces médicaments par la voie rectale ou sous-cutanée.
Contre les vomissements et les nausées, on donnera la glace, les boissons acidulées, etc. On mettra l’estomac au repos.
En cas d’hémorragies répétées, c’est au chlorure de calcium qu’il sera préférable d’avoir recours. Le perchlorure de fer pourra aussi être employé.
Agents physiques. — Révulsion. — On a l’habitude d’appliquer sur le creux épigastrique des emplâtres qui, s’ils n’ont pas d’efficacité réelle, sont très appréciés par les malades qui leur attribuent une action sédative et une heureuse influence sur la tumeur. Quoi qu’il en soit, on est souvent obligé d’en prescrire l’usage. Voici une formule souvent employée (Alb. Robin) :
Emplâtre diachylon . )
- thériacal... . ( aa 5 parties.
Extrait de belladone . '
— de ciguë . > m 1 partie.
— de jusquiame . )
Acétate d’ammoniaque . 2 parties.
On peut aussi mettre des compresses humides, chaudes ou froides, des sacs de sable chaud, des boules d’eau chaude. Dans certains cas, les révulsifs seront utiles, cataplasmes sinapisés, vésicatoires volants, pansés avec de la poudre d’opium ou de la morphine, pointes de feu, etc. '
Lavage de l’estomac. — Il est souvent employé au cours du cancer de l’estomac. Il est surtout indiqué dans le cancer du pylore, -^alors que, sous l’influence de la stase et de la rétention, se produisent des douleurs, des régurgitations, des= vomissements. Nous nous sommes expliqué plus haut (Voy. Sténoses du pylore) sur les avantages et les inconvénients du lavage et nous avonsinsisté sur lanécessité de ne pas trop les multiplier, car ils sont une source de fatigue pour les malades. Nous avons de plus conseillé de les faire toujours suivre