‹ Traité des maladies de l'estomacChapitre 102 sur 115 · C’est le n° 12, de l’an · texte numérisé non relu

C’est le n° 12, de l’an

l’Académie de médecine, dans la séance du 5 avril 1881, par mon vénéré maître, M. Alpli. Guérin.

Elle est formée de deux tubes de caoutchouc anglais de calibre inégal, l’un grand, l’autre petit, joints ensemble dans lapartie qui doit pénétrerjusqu’à l’estomac, isolés dans la partie qui doit rester au dehors. Cette disposition donne à la sonde la figure d’un Y.

La longueur totale delà sonde est de 1 “45. La longueur de la partie soudée, de 0™ 60. Enfin, le petit tube ne va pas du côté stomacal, jusqu’au bout de la sonde : il s’ouvre par un orifice latéral, à 0ln 12 de cette extrémité.

Le calibre du gros tube représente le n° 29 de la filière de Charrière (9mm2/3). Son diamètre intérieur est de 6 millimètres. Le calibre du petit tube représente le n° 15 de celte filière (5 millimètres). Son diamètre intérieur est de 3 millimètres.

L’orifice stomacal du pelit tube a 5 millimètres de long sur 2 millimètres de large. De ce côté, le gros tube présente trois ouvertures; celle de l’extrémité et deux latérales. Ces dernières ovales, ont un centimètre de longueur sur 5 millimètres de largeur.

Les deux tubes sont d’ailleurs, légèrement évasés à leur extrémité libre.

Le poids total de la sonde ne doit pas dépasser 90 grammes.

Il est inutile d’enfoncer la sonde jusqu’à la bifurcation. J’excepte toutefois, ces cas exceptionnels où le fond de l’estomac dilaté est très bas : chez la plupart des sujets, pour coucher le bec de la sonde sur ce fond, il suffit d’une longueur de 0”' 50. J’arrête donc la sonde, et je la fais

saisir parles lèvres, à 10 cenlimèlres ou à peu près en deçà de la bifurcation.

U. — La sonde gastrique à double courant se compose d’un conduit pour amener l’eau — c’est le petit tube — et d’un siphon stomacal réunis.

Pour faire jouer l’appareil, on introduit la sonde à la manière ordinaire et l’on fixe le conduit sur un réservoir capable de donner une masse d’eau sous une pression suffisante. La longue branche du siphon tombe dans un bassin placé à côté du sujet.

L’appareil étant disposé de la sorte, et le malade assis commodément, couché au lit ou posé sur un lit de repos, comme le recommande dans certains cas mon maître Constantin Paul, on ouvre le robinet du réservoir. L’eau jaillitdans l’estomac et s’y accumule. Un effort léger, une secousse de toux, amorcent le siphon ; et le courant, une fois établi, peut durer en quelque sorte indéfiniment.

La disposition de la sonde gastrique à double courant • permet d’user exclusivement, si l’on veut, de la partie qui forme siphon en guise de siphon stomacal. 11 n’y a pour cela qu’à nouer le petit tube et à munir d’un entonnoir l’embouchure du gros.

L’étroitesse de la conduite d’eau rend indispensable une pression suffisamment énergique, sans laquelle, d’ailleurs, la circulation ne s’y ferait pas, ou que fort imparfaitement. Cette pression permet, en outre, de chasser avec force l’eau dans la cavité gastrique et d’y produire un jaillissement.

Pour alimenter la sonde gastrique à double courant, on peut puiser l’eau à deux sortes de réservoirs :

1° A des réservoirs élevés, comme ceux des éla-

blissements de bains ou des maisons particulières. Le réservoir de .l’infirmerie de l’hospice des Incurables, où j’ai pratiqué mes premières expériences, me donnait de grandes quantités d’eau à une pression variant de 3m50 à 4ml 7 ;

2° A un irrigateur de grande capacité, dont le tube, de 0m20 seulement de longueur, est muni d’un ajutage horizontal.

Il est aisé de fixer le conduit de la sonde sur la canule de l’irrigaleur; mais, à moins d’avoir à sa disposition un robinet approprié, il n’est pas possible de le fixer sur les robinets ordinaires de cuisine ou de bains.

On peut lever cette difficulté au moyen d’un appareil très simple; par exemple, d’un bouchon de caoutchouc conique et percé, muni d’une canule d’ivoire.

On introduit le bouchon dans le robinet et la canule dans le petit tube de la sonde ; on fixe solidement le tout avec delà ficelle ou une pince, et l’instrument est prêt à marcher.

Vous pouvez, d’ailleurs, remplacer le bouchon de caoutchouc par un bouchon de liège fin, et la canule d’ivoire par un petit tube de verre.

III. — La sonde gastrique à double courant est réglée de telle sorte qu’avec une pression de 4 à 5 mètres, ii sort plus d’eau par le siphon qu’il n’en arrive par le conduit. C’est la seule façon d’éviter l’engorgement de l’estomac et le rejet de l’eau par vomissement.

D’ailleurs, on peut toujours accumuler dans l’estomac la quantité d’eau qu’on désire; il n’y a, pour cela, qu’à suspendre momentanément le jeu du siphon, en aplatissant le gros tube entre les doigts.

La quantité d’eau que fournit dans un temps donné, une minute par exemple, la sonde gastrique à double courant, varie et avec la pression et avec diverses circonstances tenant au sujet ou au contenu de l’estomac.

Le débit du siphon augmente dans l’effort, dans la secousse de toux, dans la respiration courte et rapide, dans le soulèvement d’estomac. Il diminue dans la reprise inspiratoire qui suit la toux. La toux trop violente, l’elîort pourvomirsupprimentl’écoulementdu siphon, sansdoute par compression de la sonde, que j’ai vu chassée alors tout d’un coup lorsqu’elle n’était pas maintenue.

Les morceaux d’aliments qui s’engagent dans le canal du siphon peuvent aussi diminuer momentanément ou arrêter même l’écoulement.

Le siphon ayant un débit plus élevé que le petit tube, il convient de ne le mettre en jeu qu’ après avoir rempli l’estomac en partie : il fonctionne alors régulièrement et sans intermittences. Je laisse donc ordinairement l’eau . couler dans l’estomac pendant une minute, après quoi j’amorce le siphon.

J’ai fait quelques expériences pour fixer approximativement le débit de la sonde gastrique à double courant. J’ai opéré tantôt dans un bocal, tantôt dans l’estomac, en prenant la minute pour unité de temps.

Première expérience. — Le siphon puise, par exemple, dans un bocal :

1° L’eau étant fournie par un irrigateur de deux litres, le débit est de 1125 grammes;

2° L’eau provenant d’un réservoir avec une pression d’environ 4 mètres, le débit s’élève à 1325 grammes;

Deuxième expérience. — Le siphon puise dans l’estomac.

1° L’eau provenant de l’irrigateur, le débit est de 820 grammes.

2° L’eau provenant du réservoir, le débit atteint 950 grammes.

Dans cette dernière expérience, l’estomac était parfaitement propre et le sujet dans le plus grand repos.

J’ai vu, pendant une opération de lavage d’estomac, le débit du siphon osciller de quelques grammes à 1250 grammes par minute.

A l’hospice des Incurables, en puisant au réservoir de l’infirmerie, il fallait environ 40 minutes pour faire passer dans l’estomac de 20 à 25 litres d’eau.

IV. — On peut se faire une idée de ce qui passe dans l’estomac soumis au jeu de la sonde gastrique à double courant en opérant dans un bocal de verre.

Troisième expérience. — Jetez dans ce bocal une poignée de poudre de réglisse ou de sciure debois. Installez-y la sonde gastrique à double courant, fixée d’un côté à la prise d’eau et tombant, de l’autre, dans un récipient quelconque. Faites couler l’eau.

L’eau arrive, soulève et entraîne la poudre dans son tourbillon.

Laissez passer une minute, amorcez le siphon et contemplez le jeu de l’appareil.

Dans le bocal, c’est un mouvement continu, un tourbillon qui soulève et entraîne sans cesse la poudre.

L’eau qui coule du siphon est trouble et fortement chargée...

Suspendez de lemps à autre l’écoulement du siphon pour accumuler de l’eau ; arrêtez parfois l’arrivée de l’eau par la conduite, afin de vider presquelebocal; agitez enfin le vase même, comme par des secousses de toux, et vous finirez par chasser toute la poudre, par nettoyer à fond le bocal.

Ne puis-je pas admettre par analogie que tel est ce qui se passe dans l’estomac ?

Répétez cette expérience avec le siphon stomacal et la pompe gastrique. Ce qui vous frappera d’abord, ce sera, dans le vase, l’alternative de mouvement et de repos au lieu d’un tourbillon continu. Pendant le mouvement, l’eau soulève en partie la poudre et l’entraîne ; pendant le repos, la poudre tombe et l’eau ne sort jamais aussi chargée qu’avec la sonde gastrique à double courant.

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