CHAPITRE X
HYPOTHÈSES SUR LA DYSPEPSIE PUERPÉRALE ET LES VOMISSEMENTS INCOERCIRLES
La grossesse affecte le système entier et lui donne une tournure ou manière d’être qui est le fond même de l’état puerpéral.
Les organes digestifs prennent leur part de cette affection.
Les dents sont fréquemment douloureuses et la carie s’y met aisément; les gencives saignent, se tuméfient, causent des souffrances; les glandes salivaires et buccales sécrètent plus abondamment et, sans doute, une humeur qui n’apas précisément les qualités habituelles.
On peut admettre, par analogie, une semblable modification dans le fonctionnement du foie, du pancréas et des glandes gastriques et intestinales.
L’estomac accuse la part qu’il prend à l’affection puerpérale, soit par un accroissement d’énergie après quelques légers troubles, soit par des désordres persistants bénins ou graves et qui, dans ce dernier cas, aboutissent à cet état qu’on a désigné sous le nom de vomissements incoercibles.
Les vomissements incoercibles suppriment la diges*
tion, engendrent l’inanition et peuvent devenir ainsi la cause occasionnelle de la mort.
La femme enceinte qui vomit, par le fait de son état, rejette, soit des humeurs sans aliments, soit des humeurs mêlées à des matières alimentaires et à des boissons.
La théorie de la première espèce de vomissements est simple : l’estomac rejette des humeurs indigestibles qui le surchargent inutilement et provoquent la nausée.
La théorie de la seconde espèce, quoique moins simple, est peut-être aisée à formuler : c’est une sorte d’indigestion. L’estomac, qui n’a pu se débarrasser entièrement des humeurs mal élaborées qui l’encombrent, reçoit des aliments et des boissons. Mais l’estomac ne peut bien digérer que s’il est libre et sa muqueuse nettoyée. Il se produira donc nécessairement une indigestion et le vomissement aura lieu.
J’observe que les vomissements de la grossesse ont souvent, sous le rapport de leur forme symptomatique, la plus grande analogie avec les vomissements des buveurs atteints d’un certain degré de dilatation d’estomac. Et ne pourrait-on pas supposer que la femme enceinte est également affectée d’une pareille dilatation : dilatation passagère, il est vrai, comme les dilatations et hypertrophies d’autres organes observées dans l’état puerpéral, mais qui serait une des causes immédiates de certains vomissements persistants et finalement incoercibles?
Cette hypothèse expliquerait assez bien l’ensemble des phénomènes, et permettrait de rattacher les vomissements à des suites d’indigestion par accumulation dans
l’estomac d’humeurs altérées et de matières alimentaires non digérées mettant obstacle à une nouvelle digestion. Dès lors, Userait aisé de comprendre que l’irrigation de l’estomac puisse acquérir, dans quelques cas de ce genre, l’utilité qu’il présente dans la gastrite alcoolique avec dilatation d’estomac.
L’affection de l’appareil dentaire peut également jouer son rôle dans les vomissements des femmes enceintes. Cette affection, en effet, peut arriver à un tel degré, que la mastication en devienne très imparfaite. Les sujets atteints de la sorte ne mâchent plus suffisamment ou ne mâchent plus du tout; et leur affection gastrique puerpérale se complique d’une dyspepsie par mastication imparfaite.
Ici, n’y aurait-il pas indication de nettoyer assidûment l’estomac, et de ne donner aux malades que des aliments tels ou préparés de telle sorte qu’il n’y ait pas à les mâcher?