D’ÊTRE ALIMENTÉ
L’activité nutritive altérante s’exerce sur les aliments ingérés tous les jours et sur les masses organiques qui ne sont, en définitive, que de la matière alimentaire accumulée ou assimilée.
Lorsque l’activité nutritive altérante cesse de s’exercer sur les aliments, il en résulte un état qu’on nomme inanition. L’inanition, d’ailleurs, est toujours instante : elle
commence, en effet, au moment précis où sc termine la dernière digestion.
Lorsque l’activité nutritive altérante détruit, sans les reproduire, les masses organiques, il en résulte un état qu’on appelle émaciation ou consomption. L’émaciation est la conséquence d’un grand nombre de causes; mais la première et la principale est l’inanition.
La fièvre est une affection consomptive. L’acLivité altérante, troublée dans l’état fébrile, s’exerce essentiel- .ement aux dépens des masses organiques; et, quoique .es pertes subies de la sorte soient considérables , cependant, le besoin de les réparer est aboli ou très affaibli : l’organisme fébricitant détruit les matières accumulées et assimilées et ne les reproduit pas.
Mais l’état fébrile trouble en même temps, affaiblit et supprime même l’action des organes digestifs : le goût se perd, l’appétit diminue et cesse, la nourriture inspire une répugnance invincible, les digestions sont laborieusesounulles, et l’activité altérante ne peut plus s’exercer, comme à l’ordinaire, sur les aliments. Ainsi, la fièvre provoque une affection clés organes digestifs qui rend l’alimentation plus ou moins difficile, quelquefois même impossible, et produit l’inanition.
Dans l’état fébrile, il y a donc tout ensemble consomption et inanition; et l’émaciation que produit le défaut de nourriture s’y complique avec la consomption fébrile.
La consomption fébrile et l’inanition n’ont pas le même degré de gravité. La consomption fébrile n’est pas immédiatement grave. Elle ne tue jamais dans les maladies aiguës; dans les maladies chroniques, elle ne tue qu’après un temps fort long : la fièvre hectique en est la
preuve. L’inanition, au contraire, épuise très rapidement l’énergie et anéantit en quelques jours l’organisme.
Mais la privation d’aliments, c’est-à-dire l 'abstinence, a un autre effet : un organe qui n’agit pas s’affaiblit promptement, s’altère, et sa fonction se pervertit; et la reprise de son activité naturelle sera d’autant plus laborieuse que l’inaction aura été plus prolongée.
L’abstinence portée à l’extrême, en supprimant l’action des organes digestifs, les affaiblit et en trouble les fonctions. Un estomac qui n’agit plus depuis longtemps ne tolère pas d’abord la nourriture; la reprise de l’alimentation devient difficile, ce qui rend la convalescence plus longue et plus périlleuse.
Ainsi, dans l’état fébrile, il est nécessaire de fournir un aliment à l’activité nutritive altérante et de ne pas laisser trop longtemps sans agir les organes digestifs. Or, ces deux conditions se confondent en une règle commune : le fébricitant ne doit jamais cesser d'être alimenté.