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SECONDE RÈGLE : LA NOURRITURE DOIT ÊTRE TÉNUE ET RAFRAICHISSANTE

La fièvre, comme affection irritante, exige l’emploi des moyens capables de maintenir la surexcitation des vaisseaux et la chaleur contre nature dans un degré modéré. Le premier et le plus puissant de ces moyens est l’alimentation insuffisante, autrement dit une nourriture ténue. Viennent ensuite les différents remèdes tempérants, tels que les aliments émollients, Y air pur et frais et les boissons émollientes, parmi lesquelles se distingue Veau commune.

L’emploi d’une nourriture rafraîchissante eL ténue est également indiqué par la lésion fébrile des organes digestifs. En même temps que ces organes sont affaiblis par la fièvre, l’affection de leur membrane muqueuse participe de l’irritation universelle. Il est donc nécessaire de réduire les aliments et de donner exclusivement ceux qui, faciles à digérer, peuvent modérer tout ensemble l’irritation de la muqueuse de l’eslomac et de l’intestin.

L’alimentation appropriée à la nature de l’état fébrile a reçu le nom de diète. La diète commence à Y abstinence absolue et se termine à Y alimentation ordinaire. Entre ces deux extrêmes, il y a des degrés variés à l’infini qu’on peut rattacher cependant à deux formes principales.

La première forme de la diète, diète absolue si l’on veut, n’admet que le bouillon, les décoctions tirées des céréales, les crèmes de riz ou d'orge, les panades légères. Elle était représentée chez les anciens grecs par la célèbre ptisane.

Les médecins grecs du cinquième siècle distinguaient deux sortes de compositions préparées avec Yorge mondé : 1° La décoction d’orge : suc de ptisane, ptisane passée; 2° la crème d’orge : ptisane entière, jitisane non passée ou simplement ptisane. C’était une bouillie d'orge plus ou moins épaisse et diversement assaisonnée.

Aoici, d’après Em. LiLtré, la formule de cette dernière composition :

« Mettez une partie d’orge mondé dans dix parties d eau. Faites bouillir jusqu’à ce que l’orge se gonlle;

ajoutez une très petite quantité de vinaigre, puis un peu d’huile. Lorsque la cuisson sera complète, salez. »

Il y avait, sans doute, plusieurs manières de préparer cette composition culinaire.

« L’orge, dit Hippocrate, est un aliment agréable, facile à digérer, laxatif et rafraîchissant; d et il loue ceux qui l’ont choisi pour nourrir les malades affectés de maladies fébriles aiguës. Mais l’emploi de l’orge comme aliment, dans la cure de ces maladies, n’appartient plus qu’à l’histoire.

Nous avons substitué aux antiques préparations de ptisane, le bouillon simple ou additionné de pain et de pâtes alimentaires. Pour l’aspect, l’odeur, la saveur et la facile digestion, le bouillon et les potages de nos ménagères sont , sans doute, bien supérieurs à la ptisane passée ou non passée, claire ou épaisse ' des ménagères d’Ionie.

La diète absolue peut convenir dans les pays chauds et aux maladies fébriles extrêmement courtes. Dans nos contrées tempérées et froides, ainsi que dans les fièvres plus longues, nous avons besoin d’une nourriture plus forte et plus excitante : c’est donc la seconde forme de la diète, ou diète proprement dite , que nous employons communément.

Je vais énumérer les principales matières alimentaires qui entrent dans cette diète. Ce sont les décoctions des céréales, Veau albumineuse, les bouillons végéto- animaux, le lait et V hydrogala, les potages avec le pain et les pâtes alimentaires, les crèmes, les fruits acides-doux, les compotes de fruits , les œufs frais à peine cuits, les coquillages, les poissons à chair blanche et aqueuse, les légumes

verts, les viandes tendres, succulentes eL savoureuses, Veau, le vin mouillé, etc.

ün peut combiner ces matières alimentaires de manière à former, par exemple, cinq degrés de diète :

Premier degré. — Décoction des céréales, bouillon, eau albumineuse, lait.

Deuxième degré. — A ces boissons alimentaires, ajoutez les potages faits avec le pain et les pâtes alimentaires.

Troisième degré. — Aux aliments précédents joignez les crèmes, les compotes, les fruits acides-doux, les biscuits légers.

Quatrième degré. — Joignez-y les œufs frais à peine cuits, les coquillages, le poisson, le pain.

Cinquième degré. — Donnez de plus les légumes verts et les viandes.

Les trois premiers degrés conviennent à Y état fébrile existant; les deux derniers appartiennent plus spécialement aux périodes d'intermission et de rémission.

La diète proprement dite rafraîchit et n’affecte pas péniblement les organes digestifs lésés par la fièvre. Les aliments qui la constituent se digèrent promptement, sont aisément absorbés et nourrissent suffisamment : elle est donc parfaitement appropriée à la nature irritante de l’état fébrile.

TROISIÈME RÈGLE : LA QUANTITÉ DE NOURRITURE DOIT ÊTRE RÉGLÉE D’APRÈS La SENSATION QU’ÉPROUVE LE CORPS, D’APRÈS LA NATURE DE LA MALADIE ET D’APRÈS LE TEMPÉRAMENT DU MALADE

Première circonstance tirée des sensations qu’éprouve le corps.

Il est sans doute nécessaire de nourrir le fébricitant; mais il est indispensable de le nourrir de telle sorte que les aliments remédient à l’inanition et préviennent la lésion des organes digestifs sans aggraver la maladie : tuer le malade par excès de nourriture est aussi honteux que de le laisser mourir de faim.

Yous réglerez la quantité des aliments, non d’après un poids ou un nombre, mais d’après les sensations qu’éprouve le corps.

La fièvre et l’inanition impressionnent l’organisme d’une façon différente : la fièvre échauffe, anime, surexcite, enivre; l’inanition anéantit les forces nerveuses et refroidit. La fièvre diminue et abolit le sentiment de la faim et le besoin de manger; l’inanition les accroît au contraire et les exalte jusqu’à la fureur.

Les effets consomptifs de la fièvre et de l’inanition se développent sans doute parallèlement et se combinent; mais les impressions que ces affections provoquent s’excluent réciproquement.

A mesure que la fièvre s’accroît, que la chaleur contre nature devient plus intense et l’excitation mêlée de stupeur plus forte, le sentiment de la faim s’émousse, se perd, et le besoin de prendre de la nourriture s’évanouit.

A la période d’état, les impressions qu’éprouve le

corps se rapportent toutes à la fièvre; et, quelle que soit la durée de cette période, l’inanition ne se traduit plus que par son action amaigrissante.

Mais, au moment précis où l’état fébrile décroît, le sentiment de l’inanition se démasque; et les impressions qu’en éprouve le corps deviennent d’autant plus dominantes que la fièvre est plus proche de sa fin. Toutes les impressions des convalescents se rapportent à l’inanition.

Le malade ne doit jamais cesser d’être alimenté; mais la quantité de nourriture sera d’autant plus faible que domineront davantage les impressions produites par l’état fébrile, et d’autant plus forte que les impressions provoquées par l’inanition seront plus prédominantes. Je vais citer un aphorisme de Broussais :

*« Quelle que soit, dit-il, la débilité qui accompagne les irritations , celles-ci fournissent seules les indications tant qu’elles sont assez violentes pour s’exaspérer par l’ingestion des aliments. Aussitôt que le contraire a lieu, la débilité fournit des indications qui se combinent avec celles qui dépendent de Y irritation; enfin, lorsque cellaci a cessé, la débilité devient la maladie principale. »

Deuxième circonstance tirée de la nature de la maladie.

Les médecins rapportent tous les états fébriles aux trois genres suivants : la fièvre continue , la fièvre rémittente, la fièvre intermittente.

Les fièvres rémittentes sont des fièvres continues à paroxysmes quotidiens, tierces, quartes, etc. Les fièvres intermittentes sont constituées par des accès de fièvre

distincts revenant périodiquement chaque jour, chaque deuxième, chaque troisième ou quatrième jour, etc.

Les médecins distinguent encore la fièvre en fièvre essentielle cl fièvre symptomatique. Ils considèrent enfin dans l’état fébrile, les symptômes prédominants et les affections diverses qui peuvent s’y combiner ou s’y compliquer.

I. Les fièvres continues. — Les fièvres continues ne présentent pas toutes la même durée : elles sont très courtes, éphémères; elles sont plus étendues, synoques ; elles ont une durée fort longue, décidenles.

Les fièvres éphémères se terminant en vingt-quatre ou quarante-huit heures, durant au plus trois jours, vous pouvez, si le sujet est robuste, s’il n’est pas déjà affaibli parle manque de nourriture, vous pouvez, dis-je, le soumettre à l’abstinence absolue. Plus la maladie est courte, en effet, moins il faut nourrir le malade.

Dans les synoques et les décidenles, vous alimenterez avec d’autant plus d’abondance que la maladie sera plus longue. Une alimentation trop restreinte est toujours dangereuse dans une maladie de long cours; elle est plus dangereuse même qu’une alimentation plus forte.

L’évolution de la fièvre dans les synoques ne présente pas toujours les mêmes caractères. Les synoques sont liomotones ou acmastiques, paracmcistiques, èpacmcistiques.

La fièvre, dans les synoques liomotones, présente dès le début un haut degré d’intensité et se maintient à son apogée jusqu’aux approches de la crise, alors elle tombe et cesse rapidement; par exemple, \u pneumonie idiopathique franche. \\ faudra tout d’abord restreindre le plus

possible la quantité de nourriture; et vous laisserez le malade à ce régime jusqu’après la crise.

Lafièvre, dans les synoques paracmastiques, fait tomber immédiatement le malade dans l’état le plus grave, mais arrivée à son apogée, elle se calme progressivement jusque vers le temps de la crise; par exemple, la scarlatine. Mettez d’abord le malade à la dièLe absolue; nourrissez-le ensuite d’autant plus abondamment que la maladie s’éloignera de son extrême acuité.

La fièvre, dans les synoques épacmastiques, commence doucement, croît et s’exaspère de jour en jour, elle éclate enfin avec violence, puis tombe et cesse rapidement; par exemple, la rougeole. Vous diminuerez donc progressivement la quantité de nourriture, et vous soumettrez le malade à la dièLe absolue quand l’aiïection sera parvenue à l’extrême acuité.

Dans les fièvres clécidenles, l'état fébrile s’accroît peu à peu jusqu’à la période d’état, se main tient longtemps au môme degré, puis tombe et cesse progressivement; par exemple, la fièvre typhoïde. Vous donnerez, dans ces maladies, une nourriture d’autant moins abondante que l’affection s’approchera du plus haut degré de sa période d’état, et d’autant plus abondante qu’elle s’en éloignera davantage.

Quel que soit, d’ailleurs, le caractère de l’évolution fébrile, vous diminuerez toujours les aliments, vous supprimerez môme toute alimentation avant la crise et pendant la crise qu’accompagne l’exaspération des phénomènes fébriles.

Dansjes fièvres continues, le soir, la fièvre est toujours plus intense; elle est plus faible le matin. Vous

donnerez donc fort peu de nourriture dans la soirée, un peu plus dans la matinée.

II. Les fièvres rémittentes. — Vous supprimerez toute nourriture dans les paroxysmes des rémittentes ; et vous donnerez les aliments pendant la période de rémission.

III. Les fièvres intermittentes. — Si la fièvre éphémère revient périodiquement, de manière à constituer une intermittente, vous attendrez l’intermission pour alimenter le malade, et vous lui donnerez d’autant plus de nourriture que l’intermission sera plus longue.

IV. La fièvre essentielle et la fièvre symptomatique. — La fièvre essentielle, pour si légère qu’elle soit, supprime complètement l’appétit et abolit presque la digestion. La fièvre symptomatique diminue simplement le besoin de prendre et trouble peu les fonctions de l’estomac et de l’intestin. Ainsi, dans la pneumonie idiopathique franche, l’appétit se perd d’abord et ne revient qu’à la chute de l’état fébrile. Dans la phthisie, au contraire, même avec fièvre forte, l’appétit existe encore : le phthisique demande des aliments et les digère s’il n’y a pas des lésions de l’estomac et de l’intestin. La fièvre symptomatique supporte donc beaucoup plus d’aliments que l’essentielle.

V. Les symptômes prédominants et les affections diverses. — Diminuez la quantité des aliments lorsque les pieds se refroidissent , car ce refroidissement est d’ordinaire le signe avant-coureur d’un paroxysme.

Supprimez toute nourriture pendant le frisson, Yalgidité et Y ardeur fébrile portée à l’extrême.

La chute brusque de la chaleur fébrile et le délire qui

surviennent inopinément vers la fin de la période d’état des fièvres décidentes sont souvent l’effet de l’inanition. J’en ai vu de remarquables exemples dans la fièvre typhoïde. Alimentez alors plus abondamment.

Augmentez de même la quantité des aliments si les évacuations intestinales sont fort abondantes et affaiblissent sensiblement l’organisme.

Lorsque la fluxion sanguine sur le poumon est intense et provoque un sentiment de chaleur brûlante, une grande'oppressionetun point de côté fort douloureux, il faut supprimer toute nourriture et ne donner de nouveau des aliments qu’après avoir amoindri l’intensité de la fluxion.

Troisième circonstance tirée du tempérament des malades.

« Le tempérament, dit P. -J. Barthez, est l’ensemble des affections constantes qui spécifient, dans chaque homme, le système entier des fonctions. » Or, parmi les circonstances principales qui affectent et modifient d’une façon constante le système entier des fonctions de l’homme, je distingue, avec les maîtres de l’art, le degré d’énergie ou Y état des forces , Y âge, le sexe, la constitution, les habitudes, enfin Y état politique et le climat.

Je laisse de côté l’action des causes politiques, d’autant que nous ignorons encore le mode et le degré d’influence quel’affection constante, produite par ces causes, est susceptible d’exercer sur la nature de l’état fébrile.

Hippocrate n’a rien diL, du moins à ce que je crois, des rapports de l’alimentation dans la fièvre aux formes constitutionnelles de l’homme. Je me borne donc, sur

ce point, à la prescription suivante : ne ménagez pas la nourriture aux personnes d’un âge mûr chargées d’embonpoint et dont la constitution est restée molle et torpide, car elles résistent difficilement; chez ces personnes, l’énergie est vite épuisée, et parfois elles succombent inopinément.

Les observations d’Hippocrate sur l’âge, le sexe, les habitudes et le climat se réduisent à quelques aphorismes que je vais citer :

« Les vieillards, dit-il, supportent bien l’abstinence ; viennent ensuite les personnes d’un âge mûr. Les jeunes gens et les femmes la supportent mal, les enfants moins bien encore, surtout ceux qui sont très vifs. »

L’état fébrile ne modifiant pas ces dispositions naturelles, vous les prendrez pour guide lorsqu’il s’agira de fixer la quantité des aliments. Hippocrate dit encore : « Vous donnerez moins de nourriture aux gens sobres, davantage à ceux qui d’ordinaire mangent beaucoup ; et vous la ferez prendre autant que possible suivant l’ordre habituel des repas. »

« Il est nécessaire de donner une quantité d’aliments plus grande en hiver et dans les climats froids, qu’en été et dans les climats chauds. »

J’arrive aux indications fournies par l’état des forces. Indications majeures! car il faut, avant toute chose, soutenir et entretenir l’énergie. Je les considérerai sous deux points de vue : en elles-mêmes et cl’une façon générale; ensuite dans les maladies aiguës, ce qui me permettra de jeter un coup d’œil sur la nature médicatrice de ces affections.

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