‹ Traité des maladies de l'estomacChapitre 23 sur 115 · DU MODE DES EXCRÉTIONS NATURELLES · texte numérisé non relu

DU MODE DES EXCRÉTIONS NATURELLES

Les excrétions naturelles sont rarement dans une proportion convenable; et la détermination du défaut de rapport existant entre l’une, ou l’autre, ou plusieurs de ces excrétions, est un point des plus essentiels de la médecine pratique. Cette détermination, cependant, est généralement négligée, quoique elle apporte un complément nécessaire à toutes les méthodes de traitement.

Le défaut de proportion des excrétions naturelles peut être idiosyncrasique ou l’effet de quelque affection morbide. Il est même curieux d’observer le conflit qui s’élève parfois eDtre ces deux influences. Le diabète, par exemple, exagère l’excrétion des urines et diminue sensiblement la transpiration, jusque-là que la peau devienne extrêmement sèche et d’ailleurs incapable de jeter la moindre sueur. Eh bien ! j’ai vu des diabétiques, rendant une quantité d’urine plus grande que la normale, conserver la peau moite et suer facilement. Ils devaient cette persistance du degré naturel de l’excrétion cutanée, à la forme de leur tempérament qui contrebalançait l’un des effets ordinaires de la maladie.

On a tiré empiriquement de la persistance, au degré

normal ou presque normal, de l’excrétion cutanée dans le diabète, un signe pronostic heureux. Mais l’observation que je viens de faire me permet de rendre raison d’un tel signe, en le rattachant à cette loi, fondée dans la naLure des maladies résolubles, que j’exprime ainsi : Une maladie résoluble n'est point grave, tant que l'organisme qu'elle affecte demeure capable de maintenir ses habitudes constitutionnelles.

En général, le tempérament féminin porte à la sueur, diminue l’excrétion urinaire et réduit au minimum l’excrétion alvine. L’homme est mieux réglé, quoiqu’il ne soit pas rare d’observer chez lui, avec une excrétion alvine sensiblement régulière, soit une excrétion urinaire trop restreinte, soit une peau sans moiteur. La complexion molle dans les deux sexes relâche tous les émonctoires et rend toutes les excrétions humorales plus abondantes, mais restreint l’excrétion des gaz par les poumons et par la peau, ainsi quel’émission du calorique qui, dans son genre, est une espèce d’excrétion. Toutefois, dans ce dernier mode excrétoire constitutionnel, il n’y a pas une accumulation exagérée de calorique malgré l’entrave mise à son émission, parceque l’excrétion gazeuse restreinte s’alliant aune absorption gazeuse également restreinte, l’activité altérante produit une quantité moindre de chaleur dans un temps donné.

La succession des âges amène, sans doute, des changements dans les excrétions. J’en observe en ce moment même un cas manifeste. Le voici :

Femme vers la cinquantaine, grande, forte, paraissant, comme on dit, bien conservée.

Elle va régulièrement chaque jour à la garde-robe. Sa

GO

peau est moite et parfois la sueur couvre, sous l’infiuence des causes ordinaires, la tête et les parties supérieures du tronc.

Il y a seulement quelques années, la peau était sèche, sans sueur et la constipation opiniâtre. C’était son état habituel depuis l’enfance.

Les urines sont aujourd’hui ce qu’elles étaient: généralement peu abondantes et formant pour l’ordinaire un dépôt briqueté.

Cette personne, contrairement aux habitudes de son sexe, suait si peu autrefois qu’elle considérait comme superflu de se garnir les aisselles.

Mais il faut donner une attention principale à l’influence qu’exercent, sur les sécrétions gastro-intestinales et biliaires, et parconséquent sur la digestion, les troubles des excrétions urinaire et cutanée d’autant que cette influence, très grande au point de vue de la théorie physiologique des maladies de l’estomac, ne l’est pas moins, dans ces mêmes maladies, lorsqu’il s’agit de combiner les moyens de la médication analeptique, qui ont du rapport à l’absorption, à ceux qui concernent l’excrétion des urines et de la sueur.

Page 1