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DU RÉGIME DES CONVALESCENTS

Je veux terminer par une application générale de la médication analeptique; et je choisis, comme exemple, le traitement de la convalescence.

I. — La convalescence débute au moment précis où se termine le mal, et finit quand l’énergie naturelle, épuisée par la maladie, est entièrement reconstituée.

L’organisme, en état de convalescence, rétablit luimême son énergie par un exercice des fonctions nerveuses et nutritives, d’abord plus actif et qui devient ensuite, par degré, de plus en plus conforme à l’état de santé.

La convalescence évolue régulièrement lorsqu’il existe un rapport étroitement concordant entre l’énergie de l’activité digestive et l’accroissement des forces de tout le corps. Hippocrate a dit: « Au sortir d’une maladie, manger beaucoup sans que le corps profite est un mauvais signe. »

IL — Le travail de restauration, qui est le fait essentiel et constitutif de la convalescence, s’exécute par des organes affaiblis et souvent lésés.

Deux ordres de lésions rendent laborieuse la convalescence :

1° La lésion des organes digestifs, qui met obstacle à la reconstitution de l’organisme par l’alimenLation ;

2° La lésion du système nerveux et des organes locomoteurs, qui met obstacle à la reconstitution de l’énergie par l’exercice.

Quand il n’existe aucune lésion de ces organes, le rétablissement est très prompt.

III. — La convalescence peut être troublée par un régime de vie mal ordonné.

Il est aussi nuisible de gorger le convalescent de nourriture que de lui en donner trop peu, de le priver de l’exercice convenable que de pousser l’exercice jusqu’à la fatigue.

Proportionnez donc avec exactitude les aliments et l’exercice au degré d’énergie des fonctions digestives et musculaires, afin que ces moyens de rétablissement ne deviennent pas une occasion de troubles nouveaux, en épuisant encore l’organisme et en aggravant les lésions.

IY. — Le sommeil prolongé est non moins utile que la mise en train des fonctions locomotrices.

Vous jugerez que le sommeil du convalescent est réparateur aux signes suivants :

Sommeil profond, doux et paisible qu’on dissipe aisément; physionomie calme exprimant le bien-être; attitude naturelle; réveil spontané pour boire, manger, uriner, aller à la selle; intelligence au réveil lente, paresseuse, mais lucide; peau moite, souple, agréable au toucher ; le pouls ralenti, la respiration régulière, etc.

Il ne faut jamais interrompre le sommeil du convalescent; mais rétablir peu à peu, s’il est nécessaire, les

alternatives régulières de sommeil et de veille en concordance avec la nuit et le jour.

P.-J. Barthez a fait plusieurs observations intéressantes sur le sommeil des convalescents.

« Il est essentiel de remarquer, dit-il, que, quoiqu’il existe dans le sommeil une diminution générale de l’exercice des fonctions, l’organisme doit avoir un degré assez considérable d’énergie pour que la fonction du sommeil suive les lois naturelles de sa durée et de ses retours.

» On a vu souvent, dans le déclin et dans la convalescence des maladies aiguës, que des veilles persévérantes étaient causées par la seule impuissance de dormir, et que la faculté du sommeil était rendue aux malades dès qu’on avait augmenté leurs forces par une nourriture plus abondante.

» De même que le régime fortifiant et les analeptiques sont indiqués dans ces cas, ils le sont aussi dans l’état léthargique de certains malades convalescents de fièvres aiguës, qui est causé par l’impuissance de veiller1. »

V. — Au premier sentiment d’appétit, vous diminuerez sensiblement la quantité des boissons.

Les boissons aqueuses, émollientes, sucrées, prises en trop grande quantité pendant la convalescence, énervent l’estomac, troublent les digestions et provoquent le vomissement.

Vous supprimerez par la même raison les crèmes de riz, d’orge et de gruau.

1. P.-J. Barthez. N. èlém. de la science de l'homme, in-8°. Paris, 1806, 2* édit., t. Il, p. 154.

Vous ajouterez au bouillon, aux potages, au lait, le jus ou la gelée de viande, les œufs de poule, une petite quantité de viande grillée ou rôtie, un fragment de pain. Vous augmenterez en proportion la quantité de vin rouge.

A mesure que s’accroîtront l’énergie des fonctions digestives et parallèlement les forces du système locomoteur, vous augmenterez la quantité des aliments tirés des animaux.

Et, lorsque vous serez arrivé à cette période où, les fonctions ayant recouvré toute leur stabilité, l’organisme non seulement achève la réparation des pertes éprouvées, mais reconstitue les réserves de matière organique nécessaires à la continuité de l’activité nutritive, vous joindrez, par degré, à la chair des animaux, des légumes frais et, peu à peu, les divers aliments qui entrent dans le régime ordinaire de l’homme.

VI. — Dans la convalescence, l’appétit est naturel quand il est modéré et soutenu.

Tout va bien lorsque le convalescent distingue nettement la saveur des mets et qu’il déguste le vin, lorsqu’il redemande enfin les aliments préférés.

Il est dangereux pour le convalescent d’assouvir sa faim. « Les forces ne reviennent pas, dit Hippocrate, lorsque le convalescent mange trop. »

D’abord, vous donnerez peu de nourriture à la fois et les repas seront multipliés. Le convalescent qui mange peu à*la fois et qui met un espace de temps suffisant entre ses repas, digère bien et se fortifie.

Plus tard, vous diminuerez progressivement leur nombre et vous augmenterez à chaque repas la quantité de nourriture.

Tout à fait à la fin de la convalescence, vous reproduirez la disposition habituelle des repas.

Le convalescent mangera peu le soir, afin que la digestion ne trouble pas le sommeil.

Il mâchera avec soin et lentement les parties alimentaires solides.

Vous accorderez plus de nourriture aux enfants, aux adolescents, aux jeunes hommes qu’à l'homme fait et au vieillard.

Vous donnerez plus de nourriture à celui qui a l’habitude de manger beaucoup; vous en accorderez moins à celui qui a l’habitude de prendre peu.

Vous agirez d’après la même règle pour les boissons fermentées, pour le vin et les liqueurs.

VII. — S’il survient de la fièvre ou quelque signe d’irritation gastro-intestinale, vous diminuerez la quantité de nourriture et vous donnerez, s’il y a lieu, un purgatif ou un vomitif.

Mais vous éviterez de confondre les vomissements de Y inanition avec des symptômes d 'indigestion ou de plilegmasie de l’estomac.

Dans l’inanition, si vous supprimez toute nourriture, les troubles gastriques s’aggravent; si vous nourrissez malgré les vomissements, les troubles gastriques cessent, à moins que l’inanition ne soit irrémédiable.

Vous combattrez assidûment la constipation, qui occasionne de la tympanite, des bouffées de chaleur, des douleurs abdominales, de l’anorexie, des maux de tête, etc. Vous donnerez donc, suivant la nécessité, un lavement chaquejour ou chaque deuxième ou troisième jour.

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