‹ Traité des maladies de l'estomacChapitre 31 sur 115 · DE LA SÉCRÉTION CONCOMITANTE DES SUCS GASTRIQUE · texte numérisé non relu

DE LA SÉCRÉTION CONCOMITANTE DES SUCS GASTRIQUE

ET DUODÉNAL '

Le suc duodénal est formé de parties proportionnées de bile, de suc pancréatique et d’humeur digestive et muqueuse secrétée par les glandes du duodénum.

Ce suc digère directement toutes les matières alimentaires : l’analyse expérimentale en a fourni la démonstration. Cependant, j’observe que, dans les conditions naturelles, ce ne sont point les aliments mêmes que le duodénum élabore, mais des aliments déjà transformés par la salive et le suc gastrique, c’est-à-dire des matières chymifiées.

Il y a des relations singulières entre le suc duodénal et le suc gastrique par rapport au temps de leur sécrétion. Le suc duodénal afflue pendant toute la période de sécrétion du suc gastrique; et, il afflue encore après que cette sécrétion est tarie. Mais le point capital, le nœud même de ces relations consiste dans la sécrétion concomitante des deux sucs : de telle sorte que ce n’est pas en définitive dans le duodénum vide que tombe le produit de la chymification, mais dans un duodénum gorgé d’humeur.

La chymification ne détruit pas la pepsine et ne salure pas l’acide gastrique : le chyme formé contient donc à la fois le produit et les agents de la digestion stomacale. Le suc duodénal est alcalin, le chyme acide et d’une acidité telle, que les principes alcalins qu’il rencontre au delà du pylore ne peuvent immédiatement le neutraliser. Ainsi le bol gastrique est acide et le bol duodénal l’est aussi.

Cette acidité du bol duodénal, qui permet à la pepsine d’achever l’œuvre commencée dans l’estomac, n’apporte aucune entrave à l’humeur pancréatique, car nous savons'par expérience, que, si la pepsine privée d’acide est inerte, la pancréatine opère, elle, dans un milieu acide, neutre, alcalin indifféremment. D’ailleurs, la digestion naturelle se poursuit à travers des modifications qui font passer la matière digestive par ces trois états. L’acidité, en effet, portée au maximum dans la cavité gastrique, va décroissant sans cesse jusqu’à ce que tout l’acide étant saturé, le bol intestinal devienne décidément alcalin.

La décroissance de l’acidité est certainement progressive à partir du duodénum : résultat de la sécrétion persistante des humeurs alcalines alors que l’estomac s’est mis au repos. Mais ce mode de décroissement n’existe pas de l’un à l’autre côté du pylore. Cet orifice franchi, l’acidité du chyme diminue brusquement et de façon sensible, au moment même où le suc qui remplit le duodénum reçoit et imprègne le bol stomacal. Il paraît que cette modification remarquable était nécessaire, puisque le foie, le pancréas, le duodénum se disposent à la produire dès les premiers temps de la chymification.

Telle est donc la condition normale : le chyme doit tomber dans le duodénum rempli d’une humeur capable de saturer immédiatement son excès d’acidité relative; et ce phénomène résulte de la sécrétion concomitante des sucs gastrique et duodénal.

Or, j’imagine que, dans certains états morbides des organes digestifs, encore inconnus d’ailleurs, la concomitance de ces sécrétions venant à manquer, le bol stomacal passe dans le duodénum vide ou lubréfié tout au plus par l’humeur muqueuse; et que c’est là probablement la cause ordinaire de l’état que je nomme indigestion duodénale.

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