DES HUMEURS QUE SÉCRÈTENT LES ORGANES DIGESTIFS
Les organes digestifs sécrètent trois sortes d’humeurs : du mucus , des humeurs digestives et des humeurs d'excrétion. Toutefois, j’observe que ces dernières humeurs ne sont point ici purement excrémentitielles et qu’elles jouent leur rôle dans la suite de la digestion.
Le mode de sécrétion de ces diverses humeurs correspond à la finalité même de chaque espèce de sécrétion.
La formation du mucus, étant liée à la constitution des membranes muqueuses, doit être continuelle et l’est en effet.
Les humeurs d’excrétion résultent d’une nécessité ou besoin d’épuration organique qui se renouvelle à chaque instant : elles seront donc élaborées sans cesse et sécrétées sans interruption.
Au contraire, les humeurs digestives n’ayant d’autre raison d’être que la digestion, leur sécrétion sera nécessairement intermittente.
Les matières alimentaires sont les excitants naturels de la sécrétion des humeurs digestives ; et les glandes qui forment ces sortes d’humeurs n’entrent enjeu que sous l’influence des aliments. Mais, les aliments, parce
qu’ils affectent la muqueuse à la façon de corps étrangers, parce qu’ils introduisent dans l’organisme des parties hétérogènes, sont aussi des excitants de la sécrétion du mucus et des humeurs excrémentitielles, de sorte que la masse de ces humeurs s’accroît à certains moments pour diminuer et s’accroître encore ; et comme la période d’accroissement correspond au moment même où l’animal accumule dans ses organes les matières alimentaires, il en résulte que le maximum d’action sécrétoire des organes digestifs répond à la digestion.
On peut donner encore d’autres raisons de cet accroissement de sécrétion du mucus et des humeurs excrémentitielles, de la bile, par exemple, tirées de la fonction digestive.
Le mucus résiste à l’action du suc gastrique : ainsi, dans les digestions expérimentales, le mucus, mêlé à du suc gastrique artificiel, se retrouve inaltéré après un contact de vingt-quatre heures.
La résistance qu’opposent les principes organiques du mucus à l’action du suc gastrique a fait considérer cette humeur comme formant une sorte de vernis protecteur de la paroi stomacale et des intestins.
Après avoir relaté diverses expériences qui démontrent que des parties non séparées d’animaux vivants, telles que l’oreille d’un lapin, le train de derrière d’une grenouille, introduites par une fistule dans l’estomac d’un chien, y subissent l’action digestive, M. J. Béclard ajoute :
« Si la membrane muqueuse de l’estomac et aussi la membrane muqueuse de l’intestin résistent à l’action des
sucs digestifs, c’est qu’elles sont recouvertes par une couche de mucus tout à fait réfractaire à ces liquides, couche qui se renouvelle sans cesse, à mesure qu’elle se détruit, ainsi que la couche épithéliale sous-jacente1. »
Le mucus joue encore un autre rôle : en humectant la muqueuse, il l’assouplit et lui communique le degré d’humidité nécessaire au libre exercice de la sensibilité, des sécrétions, de l’exhalation et de l’absorption; en luhréfiant sa surface, il facilite le glissement et met le revêtement épilhélique à l’abri des poussières, des vibrions, microphytes et microbes, qui foisonnent autour de nous; enfin, se mêlant aux humeurs et aux matières diverses contenues dans les voies digestives, il les lie et les rend plus glissantes, etc. •
Une formation de bile plus active, au temps de la digestion, a aussi sa nécessité. Outre son action émulsive, labile dissout en partie les corps gras, et dispose la muqueuse à leur absorption; de plus, elle marque le passage de la chymification à la chylification et mêlée, quoique dénaturée, aux résidus de l’opération digestive, elle y suspend la fermentation putride.
Sous l’influence d’excitations anomales produites par des corps non digestibles, le mode de sécrétion n’est plus le même. L’impression ressentie par la muqueuse se traduit par l’exagération de la sécrétion du mucus : les organes digestifs, en effet, ont à se défendre et non pas à digérer ; et la présence de tels corps n’ayant aucun rapport aux fonctions excrétoires, n’amène tout au plus
1. J. Béclard. Traité élément, de physiologie. 7“ édit. p. 108. Paris, 1880. in-8».
que le rejet d’humeurs excrémen libelles déjà formées, et accumulées dans les cavités glandulaires.
Un estomac prêt à fonctionner, peut bien sécréter du suc gastrique sous l’influence de corps étrangers, mais cette sécrétion est imparfaite et promptement épuisée. Et ne savons-nous pas que l’élaboration du suc gastrique, qui se produit d’abord sous l’influence de la matière alimentaire convenablement préparée, ne prend son développement parfait qu’à mesure que la chymification s’accomplit.
Dans les affections morbides qui engendrent des diacrises, c’est encore le mucus qui forme la majeure partie des humeurs évacuées.