SUITE DES HYPOTHÈSES SUR L’INDIGESTION DUODÉNALE
L’indigestion duodénale a d’autres effets qui dépendent des affections propres du foie, du pancréas et des glandes du duodénum; mais, ces effets n’ont pas été suffisamment déterminés.
Nous connaissons à peu près l’influence des lésions du foie sur les fonctions digestives : nous ne savons rien des glandes duodénales altérées et fort peu de chose des affections du pancréas.
On peut se faire une idée des suites de l’indigestion duodénale qui serait causée par défaut de suc pancréatique : la transformation des matières albuminoïdes laissées cà l’action presque exclusive du suc gastrique ne serait pas totale; la plus grande partie des corps gras partirait avec les excréments; et pour les matières féculentes, il n’y aurait de transformées en glycose que celles qui auraient subi l’influence de la diastase salivaire; enfin le sucre de canne ne serait pas interverti, etc.
En supposant toujours le suc pancréatique normal, mais sécrété en quantité notablement moindre, vous auriez simplement une digestion duodénale amoindrie, mais donnant encore des produits normaux bien que le
manque de proportion d’un suc pancréatique même bien élaboré par rapport aux autres humeurs digestives ne soit pas sans jeter, sans doute, quelques désordres dans la chylification.
Existe-t-il cependant une affection du pancréas capable de diminuer sa sécrétion sans porter atteinte à la constitution de l’humeur pancréatique? A la rigueur la chose est possible; mais, ce que je crois pouvoir affirmer, par analogie, c’est que les affections du pancréas doivent quand même, altérer immédiatement, primitivement, sa sécrétion, que la quantité d’humeur rendue soit d’ailleurs augmentée ou diminuée.
Eh bien ! quels seraient les effets sur la digestion d’un suc pancréatique mal élaboré? — Nous l’ignorons; et cependant, nous pouvons encore affirmer, d’après l’analogie, qu’un suc pancréatique défectueux ne donne qu’une digestion imparfaite et défectueuse et que les produits d’une telle digestion seront nécessairement anomaux.
On a dit dans ces derniers temps, que le diabète sucré était souvent la conséquence de lésions du pancréas. M. Lancereaux, par exemple, a séparé le diabète avec émaciation du diabète avec obésité : il en a fait deux affections distinctes et a rattaché le premier à ces lésions. M. le Dr Baumel, de Montpellier1, repousse cette distinction et veut que le diabète, qu’il soit avec amaigrissement ou avec une accumulation anomale de graisse, soit toujours sous la dépendance d’une lésion du pancréas; seulement l’émaciation annoncerait une lésion plus profonde, une destruction plus complète de l’organe et par
1. L. Baumel. Pancréas et Diabète, broch. in-8°, Montpellier, 1882.
conséquent la diminution notable ou môme la suppression du suc pancréatique, ce qui priverait l’organisme des matériaux d’engraissement.
Or, en admettant la diminution de quantité du suc pancréatique demeuré normal, ou mieux encore la suppression totale de ce suc, comment rendre raison de la formation du diabète sucré ? Voici deux suppositions proposées par différents auteurs que M. Jaccoud a cités dans ses ouvrages.
Dans la première, on admet que le glycose en formation dans les organes digestifs a besoin de subir l’action des sucs gastrique et pancréatique qui seuls peuvent le rendre capable d’éprouver dans le foie les transformations accoutumées. Or, si le suc pancréatique cesse de couler, il est évident que le glycose digestif absorbé n’étant pas altérable s’échappera de l’organisme avec les urines.
Dans la seconde supposition, on admet que le glycogène hépatique se combinant avec les acides gras qui résultent de l’action du suc pancréatique sur la graisse alimentaire, forme les acides biliaires ; mais, s’il n’y a plus de suc pancréatique, il n’y a plus formation d’acides gras et d’acides biliaires, et le glycogène demeurant isolé se transforme en sucre, d’où le diabète.
J’admire, comme il convient, ces diverses explications, mais qu’elles sont alambiquées! Et ne serait-il pas préférable, s’il est exact que le diabète sucré soit un symptôme des maladies du pancréas, ne serait-il pas préférable de rechercher sa cause, non dans un défaut de proportion du suc pancréatique demeuré normal, mais dans la mauvaise élaboration de ce suc? Nous en sommes
aux hypothèses, pourquoi donc ne pourrait-on pas admettre que ce suc pancréatique anomal, en agissant sur les matières amylacées et sur le sucre de canne engendre un glycose incapable de subir dans l’organisme les transformations habituelles? Ce sucre de diabète serait une sorte de corps étranger, distinct du glycose engendré par la digestion naturelle, glycose que l’organisme altère sans difficulté et détruit, quelle que soit la quantité de sucre et de féculents ingérés.
J’observe, enfin, que, pour qu’il y ait formation de sucre de diabète, il faut que la glande malade sécrète encore, car si elle ne sécrétait plus, se serait comme si l’on supprimait de l’alimentation les matières amylacées et sucrées; et l’on sait ce qui arrive généralement, en cas pareil, aux glycosuriques.