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CHAPITRE II

DES FORMES DE L’iNDIGESTION

Quelques heures après le repas, trois, quatre, cinq heures, par exemple, la région épigastrique devient le lieu d’un certain malaise, d’une gène qui va s’accroissant et s’accompagne d’un sentiment de plénitude, de poids, de douleur même et d’anxiété.

Le sujet, rempli d’inquiétude, ne peut plus demeurer en place ; il se promène et cherche la pleine lumière et l’air frais.

Bientôt apparaissent des nausées, la régurgitation d’une humeur acide et des éructations qui offensent grièvement l’odorat. La bouche est amère, l’haleine fétide, la soif vive, le dégoût insurmontable : l’odeur et la vue des aliments, leur souvenir même soulèvent le cœur. La langue est épaisse et pesante, recouverte d’un enduit visqueux, adhérent, jaunâtre. La face altérée, pâle, d’un jaune tirant sur le vert; l’œil enfoncé, les traits abattus, la tête lourde. Sensation de froid et de chaud, pouls précipité, plein, avec une certaine dureté, quelquefois ralenti, concentré, intermittent.

Après une durée variable, le malaise se déplace, la douleur épigastrique se transforme en une douleur de

colique. L’abdomen se gonfle, les borborygmes s’élèvent des intestins, des vents fétides s’échappent de l’anus, et leur sortie, peu bruyante en général, procure un soulagement passager. Enfin apparaît le ténesme, qui est au rectum ce que la nausée est à l’estomac.

Pendant toute la durée de l’attaque, la respiration est courte, oppressée, avec des bâillements fréquents, la lassitude grande et l’humeur chagrine. L’urine finit par devenir rare, sédimenteuse et fortement odorante. La peau se couvre d’une petite sueur visqueuse.

Tels sont les caractères de l’indigestion totale; mais elle peut être partielle.

On dit que l’indigestion partielle est stomacale lorsque le foyer principal des malaises et des désordres qui la constituent est épigastrique ; qu’elle est intestinale lorsque le foyer est péri-ombilical et que les coliques se propagent le long des colons. Voyez ce que j’ai dit de Yincligestion duodénale dans la deuxième partie.

Cette distinction, cependant, n’est peut-être pas très réelle, car il y a lieu de croire que l’indigestion intestinale est, dans la plupart des cas, sinon dans tous, la suite d’une chymification imparfaite, même lorsque cette indigestion partielle n’a donné sensiblement lieu à aucun des signes qui indiquent une action défectueuse de l’estomac.

L’indigestion est diurne ou nocturne; nocturne, elle forme une variété de dyspepsie remarquable par le trouble qu’elle introduit dans la fonction du sommeil.

Le patient s’est couché comme à l’ordinaire et dort d’un sommeil profond.

Bientôt, des rêves traversent ce sommeil devenu accablant. Ils sont d’habitude tellement effrayants que le ma-

MALADIES DE L’ESTOMAC. Wi

lade, hors de lui, pousse des gémissements, des cris, parle, se demene, appelle au secouis.

Enfin, il reprend ses sens, soit de lui-môme, soit qu’on l’éveille, mais imparfaitement, et se trouve dans cette impuissance de veiller et de dormir qui constitue ce qu’on nomme le coma vigil.

Une ou deux heures avant l’époque habituelle du lever, il tombe dans un sommeil de plomb et s’éveille tardivement, étourdi, harassé, brisé, les sens obtus, la bouche sèche, empâtée, l’haleine fétide, la peau chaude et l’âme abattue.

L’indigestion peut se traduire dès l’abord par une attaque de tympanisme gastro-intestincd.

Celte espèce d’indigestion, appelée vulgairement dyspepsie flatulente, est constituée, dans son principe, par une atonie subite et passagère des plans musculeux des voies digestives à laquelle succède aussitôt un état spasmodique de l’estomac et des intestins formé par une succession irrégulière de contractions et de relâchements.

Il n’y a pas hypersécrétion de gaz dans la dyspepsie flatulente. Mais dans l’état de relâchement ou d’atonie des plans musculaires, les gaz n’étant plus comprimés se dilatent et dilatent en même temps les cavités membraneuses qui les contiennent. Et, dans le retour de la contraction plus ou moins brusque qui succède à l’atonie, ils sont chassés par haut et par bas avec un grand soulagement.

L’indigestion est bénigne ou grave. Bénigne, elle est mainte fois si légère que c’est à peine si elle trouble les occupations et le sommeil : un peu de malaise à l’épigastre et de pesanteur, un certain dégoût, quelques

éructations, quelques vents fétides, une attaque de Lympanisme, un peu de paresse pendant la veille, le sommeil agité, fatigant, et c’est tout. Grave, elle peut devenir dangereuse et même occasionner la mort. Les désordres, que l’affection des organes digestifs provoque alors par sympathie, sont nombreux, intenses, insolites au point d’offusquer leur véritable cause, l’indigestion.

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