CHAPITRE VIII
CARACTÈRES DE LA DYSrEPSIE
Ainsi le mot dyspepsie, dans la signification la plus étendue, est synonyme d’indigestion; mais, dans un sens plus restreint, il désigne cette forme de l’indigestion idiopathique qui se renouvelle assidûment chaque jour et se perpétue par la persistance des erreurs de régime et par le maintien de l’irritation des organes digestifs.
Ladyspepsie, prise dans ce dernier sens, est unechaîne d’indigestions quotidiennes légères, totales ou partielles, entremêlées d’indigestions plus fortes, bénignes ou graves.
La dyspepsie a pour symptômes :
1° Des altérations de l’appétit et delà soif, des troubles de la digestion stomacale et intestinale, le vomissement, la constipation, les flatulences, la diarrhée, la lientérie, etc., et des lésions des organes digestifs qui sont une suite de l’irritation que produisent les aliments mal digérés et jouant le rôle de corps étrangers;
2° Des désordres sympathiques qui affectent le système tout entier ou quelqu’une de ses parties. Tels sont : la lassitude et la courbature, l’assoupissement, les vertiges, la migraine et la céphalalgie, les troubles intellectuels,
l’insomnie, le cauchemar, les anxiétés, les troubles des mouvements respiratoires et même les attaques d’asthme, les palpitations, lesfluxionsen diverses parties du corps, la réfrigération et la perte de connaissance, les bouffées de chaleur et les accès fébriles, les sueurs, les urines abondantes et incolores, les troubles de la vue, de l’ouïe, de l’odorat, du goût, les anesthésies, la névralgie intercostale, etc., etc..
Je dois signaler, à propos de ces manifestations diverses, une erreur que n’ont pas su éviter quelques nosographes.
On ramasse tous les désordres sympathiques des affections de l’estomac; on donne à l’ensemble de ces désordres, qu’on démêle mal, parce qu’on n’a pas l’habitude de manier l’analyse , on donne, dis-je, à cet ensemble de désordres un nom sonore, inusité ou nouveau, celui de gastricisme, par exemple; et l’on croit avoir fait une grande découverte, la découverte d’une espèce morbide même! Aux yeux de ces nosographes, la moindre apparence symptomatique prend les proportions d’une maladie !
3° L’inanition et les divers désordres de la nutrition qui sont la conséquence de l’introduction dans l’organisme d’un chyle mal élaboré ou insuffisant.
La dyspepsie persistante a pour effet de perpétuer la faiblesse et de l’aggraver encore en ne permettant pas à l’organisme, même lorsqu’il est placé dans les meilleures conditions, de reprendre le jeu régulier de ses fonctions. Et voilà ce qui fait de la dyspepsie la cause la plus habituelle et la plus fréquente des maladies symptomatiques et des maladies chroniques.
L’affaiblissement de l’organisme est entretenu et aggravé parla dyspepsie; et tout ensemble, les désordres de la nutrition, qui sont la conséquence des troubles de la digestion, perpétuent les effets des maladies antécédentes ou intercurrentes et transforment en maladies symptomatiques ces désordres qui se résoudraient parla reconstitution de l’énergie.
La dyspepsie fait durer les désordres résolubles et aggrave ceux qui ne le sont pas.
Th. Bordeu a dit qu’un grand nombre de maladies chroniques sont stomacales, et c’est la même idée que celle que j’exprime ici en disant que ces maladies sont causées et entretenues par la dyspepsie.
Tel est l’enchaînement des phénomènes dans la genèse des maladies chroniques qui dépendent de la dyspepsie.
Lorsque la dyspepsie guérit, d’abord disparaissent ses symptômes : les digestions reprennent leur cours naturel, les troubles sympathiques se dissipent, un chyle mieux élaboré et plus abondant pénètre dans les vaisseaux, les perturbations nutritives cèdent peu à peu, et l’organisme reconstitue son énergie. Alors seulement disparaissent les lésions dépendantes de la dyspepsie, qui forment les maladies symptomatiques et chroniques. Et il y a souvent un intervalle sensible entre la cessation de la dyspepsie, et la résolution du désordre qu’elle maintenait.