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CHAPITRE IX

QUE LA SOBRIÉTÉ EST l’üNIQUE REMÈDE DE LA DYSrEPSIE

Puisque la dyspepsie, telle que’ je la conçois, n’est qu’une chaîne d’indigestions quotidiennes légères , totales ou partielles, entremêlées d’indigestions plus fortes, bénignes ou graves, il va de soi que les remèdes de la dyspepsie seront ceux de l’indigestion elle-même; et la méthode de traitement aura pour but:

1° De favoriser le nettoiement spontané des organes digestifs, de le provoquer s’il tarde à se faire ;

2° De rétablir les digestions.

Or, on ne peut rétablir la digestion qu’à la seule condition de ramener le régime de vie, et en particulier le régime alimentaire à des conditions normales; et c’est ce qui me fait dire que la sobriété est l’unique remède de la dyspepsie

La sobriété guérit les troubles digestifs existants et en prévient les retours.

Mais qu’est-ce que la sobriété? C’est, dit-on, la modération dans le boire et le manger : définition insuffisante, car il resterait encore à déterminer ce qu’on entend par cette modération.

Tout est relatif dans ce monde, même la modération;

el pour ce qui est de la sobriété, elle n’a de réalité qu’autant qu’on la considère par rapport au tempérament et aux circonstances persistantes ou fortuites auxquelles chacun de nous est soumis.

La sobriété consiste sans doute à ne prendre, en fait d’aliments et de boissons, que juste la quantité nécessaire au libre et complet exercice de la nutrition ; mais, par rapport aux organes digestifs, je dis qu’elle consiste surtout dans une digestion prompte et complète, n’abandonnant auxpremières voies que très peu de résidu , quelle que soit d’ailleurs la quantité des substances alimentaires consommées. C’est sous ce dernier point de vue que je vais considérer son application au traitement de la dyspepsie.

Je suppose les organes digestifs entièrement nettoyés par vomissement ou par déjection, et soustraits à l’influence des causes occasionnelles qui peuvent troubler leur action. Je suppose encore l’irritation delà muqueuse dissipée et les forces rétablies. Toute la maladie étant réduite aux seuls troubles de la digestion, vous observerez les règles suivantes :

1° N’introduire dans les voies digestives que des matières alimentaires et des boissons.

Ce précepte est capital : il ordonne la suppression de l’alcool et de toutes les liqueurs spiritueuses, de tous les condiments inutiles, de toutes les drogues qui ne sont pas actuellement indiquées; du tabac même, soit qu’on le fume, qu’on le chique, ou qu’on le prise. Il ordonne aussi la suppression du sucre et des compositions sucrées, qui ne sont guère que des objets de gourmandise.

2° Choisir les matières alimentaires non seulement

parmi les meilleures et les mieux appropriées, mais surtout parmi celles qui réveillent le désir et flattent la vue, l’odorat et le goût.

3° Ne prendre de ces matières que la quantité capable d’être promptement et entièrement digérée.

La quantité des aliments susceptible d’être digérée ne peut être déterminée que par l’expérience, dans chaque cas particulier. Réduisez tout d’abord au minimum la quantité des aliments, ne donnez que des boissons alimentaires, et, jugeant de Reflet de ce régime, augmentez progressivement jusqu’au moment où le malade recommencera à souffrir. Ou bien, diminuez-la, cette quantité, jusqu’à ce que le repas ne soit suivi d’aucune gêne à l’épigastre, d’aucune affection sympathique.

Portez surtout votre attention sur les dérangements intestinaux qui surviennent à des digestions paraissant êLre régulières. Ces dérangements sont, dans la plupart des cas, l’effet d’une chymification imparfaite. Diminuez donc les aliments jusqu’au point où cesseront ces dérangements.

Mais n’oubliez pas que l’alimentation n’est pas seulement viciée par la mauvaise qualité des aliments, absolue ou relative, mais aussi par l'insuffisance des principes alimentaires , que cette insuffisance porte d’ailleurs sur la totalité ou sur l’un quelconque de ces principes.

L’insuffisance des produits alimentaires produit Y inanition, et l’inanition prolongée, la dyspepsie.

L’inanition est totale ou partielle : totale, lorsque tous les principes alimentaires ou la plupart de ces principes manquent à la fois; partielle, lorsqu’un seul de ces principes fait défaut. On guérit l’inanition totale en alimentant

le malade à l’ordinaire. On guérit l’inanition partielle en rendant à ralimentalion le principe qui lui manquait.

Mais, dans toute inanition, la difficulté n’est pas de présentera l’organisme les aliments nécessaires, la difficulté, parfois insurmontable, est de soumettre les éléments de réparation à l’action des organes digestifs sans provoquer à l’indigestion, il y a réellement un art de nourrir les dyspepsiques et les inanitiés.

4° Préparer la digestion par une bonne mastication et une insalivation suffisante.

L’insalivation excite la sécrétion du suc gastrique ; une chymification bien faite et l’imprégnation du chyme par le suc gastrique excitent la sécrétion de la bile et du suc pancréatique.

5° Ne pas distraire l’organisme occupé à la digestion.

6° Faciliter l’absorption desproduits digérés et préparer l’organisme à une nouvelle digestion.

Ici se placent les actions organiques diverses que l’homme peut accomplir en dehors de la digestion. Tels sont l’exercice, le travail intellectuel, le jeu désaffections morales, l’amour et ses plaisirs, etc.

Toutes ces actions doivent être réglées par rapport à la digestion, c’est-à-dire qu’elles doivent être telles, qu’elles ne détruisent pas plus de matière que la digestion n’en fournit, et qu’elles en détruisent assez cependant pour faire naître le besoin de réparation.

7° Ne commencer une nouvelle digestion que lorsque la précédente est entièrement terminée

8° Évacuer régulièrement chaque jour le résidu des digestions de la veille.

Tout le secret du traitement de la dyspepsie et de sa prophylaxie consiste dans l’application de ces règles, modifiées d’après les exigences de chaque cas particulier.

M. le professeur Ch. Lasègue a très bien dit, dans son introduction à Brinton, que les médications gastriques touchent de près à l’hygiène, parce qu’elles ont surtout pour objet de profiter des parties de l’organe encore saines et d’exploiter ce qui reste de la fonction l.

Arrêtons-nous un instant aux effets de la mastication imparfaite dans la dyspepsie.

1. W. Brinton. Traité des mal. de l'Estomac. Trad. de l’anglais, par A. Riant. Paris, 1870, in-8°, Introduction, p. xxix.

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