‹ Traité des maladies de l'estomacChapitre 64 sur 115 · DU DÉSORDRE QUE PROVOQUE LA MASTICATION IMPARFAITE AU TEMPS DU SEVRAGE · texte numérisé non relu

DU DÉSORDRE QUE PROVOQUE LA MASTICATION IMPARFAITE AU TEMPS DU SEVRAGE

Il peut survenir aux enfants, pendant le sevrage, une intolérance absolue des organes digestifs pour Talimenlation ordinaire.

Cette affection est généralement consécutive de lésions variées des organes digestifs, causées d’ordinaire par une alimentation contre nature ou des aliments malsains.

Mais la cause la plus fréquente me paraît être une mastication insuffisante; et voilà pourquoi la lientérie peut survenir à tous les enfants indistinctement, même à ceux dont l’alimentation est saine et choisie, lorsqu’on les gorge ou qu’ils mâchent mal.

La mastication étant insuffisante, les digestions sont imparfaites ou nulles.

Les aliments traversent la cavité de l’estomac et des intestins sans y subir l’action régulière des sucs digestifs; et, plus ou moins altérés et décomposés, quelquefois même presque intacts, ils sont promptement rejetés par l’anus. C’est une indigestion renouvelée à chaque ingestion d’aliments.

Il ne s’agit pas, dans de telles circonstances, d’exciter l’appétit et de réveiller et soutenir l’action des organes digestifs ; dans la plupart des cas, en effet, la faim est insatiable et le petit malade mange trop. Il s’agit simplement d’introduire dans les voies digestives des aliments que le malade n’ait pas besoin de mâcher.

D’après les observations de Weisse, de Saint-Pétersbourg, d’A. Trousseau et de quelques autres médecins, l’usage longtemps continué de la viande crue râpée, bâchée ou réduite en purée, donnée pour toute nourriture, serait singulièrement efficace contre ce désordre des organes digestifs.

Voici comme vous agirez si vous voulez suivre la méthode d’A. Trousseau :

Le premier jour, vous administrerez en plusieurs prises 25 grammes de viande hachée, râpée ou réduite en purée. Le second jour, vous doublerez la dose, et vous l’augmenterez, chaque jour, de 25 grammes, de manière à l’élever progressivement jusqu’à 100 et 150 grammes.

Si l’appétit est bien développé, si l’état morbide s’amende, vous maintiendrez cette dose pendant quelques jours; puis, augmentantdenouveau par 25 grammes, vous arriverez aux poids de 175, 200 et 250 grammes par jour.

Pour toute boisson, l’enfant ne prendra que de l’eau albumineuse.

Durant les premiers jours, la presque totalité de la viande ingérée se retrouve dans les garde-robes. Cependant, l’enfant reprend une certaine énergie.

Quatre, cinq, six, et huit jours après, les matières

commencent à se mouler, mais elles dégagent une horrible puanteur.

Vous continuerez l’usage exclusifde la viande jusqu’à ce que le retour à l’alimentation habituelle ne produise aucun trouble dans les fonctions digestives1.

J’observe que les œufs bien frais, à la coque, mangés seuls ou avec un peu de mie de pain, les œufs sur le plat peu cuits, l’omelette à point, l’eau albumineuse aromatisée selon ma formule, les potages gras au pain, aux pâtes alimentaires, les crèmes de riz et de gruau, les gelées animales et végétales, les compotes, les purées de volailles, de poissons etautres compositions culinaires de même genre, valent bien les purées et les hachis de viande crue.

1. A. Trousseau, Clinique méd. de l'IIôtel-Dieu de Paris, lt’6'2; jn-S°, t. II, p. 4-19.

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