‹ Traité des maladies de l'estomacChapitre 7 sur 115 · DES RAPPORTS DE L’ AFFINITÉ A LA VIE · texte numérisé non relu

DES RAPPORTS DE L’ AFFINITÉ A LA VIE

Et, puisque j’ai dit qu’il y avait des faits, dans ce monde, qui obéissaient à des lois distinctes de celles de l’affinité, je veux exprimer ici, en peu de mots, ce que je pense des rapports de l’affinité à la vie.

Je supplie qu’on se mette à mon point de vue et qu’on m’écoute, si c’est possible, sans préjugés, car j’aborde une matière périlleuse. Je vais toucher au principe même des choses, à l’unité scientifique.

I. — Les corps se combinent en proportions définies : telle est la loi qui représente la force d’affinité et qui exprime sa manière d’être. Or, l’affinité n’a pas besoin de la vie : elle existe de toute évidence, en dehors des êtres vivants.

La vie, sans phénomène d’affinité, n’existe pas. Il n’y a pas d’acte vital qui ne soit tout ensemble un acte d’affinité. Dans tout acte vital, en effet, je découvre des mutations moléculaires soumises immédiatement à des lois qui ne sont pas celles de la vie, c’est-à-dire des combinaisons nouvelles de corps qui s’assemblent en proportions définies. Ainsi l’affinité est inhérente à l’activité vitale même.

Mais, la vie et l’affinité, flans les corps vivants, ne sont point deux forces étrangères, indifférentes, parallèles et coexistant simplement : la force vitale y affecte l’affinité; elle la porte à des combinaisons qui sans elle ne seraient pas. Et la vie est si bien la raison d’être de ces combinaisons, étonnantes lorsqu’on s’en lient à la seule contemplation du monde inorganique, que la faculté de les produire cesse avec la vie.

L’affinité se présente donc sous deux modes qui sont l'organique ou mode vital et le mode inorganique. Mais, qu’elle soit organique ou inorganique, la force d’affinité, considérée dans son principe, est une, est identique, est la même ; et de plus, comme toute cause première, toute essence, toute substance, elle n’a ni commencement, ni fin. Vue dans ses modes, au contraire, je lui reconnais des formes distinctes; et je constate qu’elle peut commencer, qu’elle peut finir.

Par exemple, nous voyons l’affinité inorganique commencer à la mort, où elle transforme en cadavre le reste de ce qui fut un corps vivant. Et, nous la voyons finir au seuil même de l’organisme, à cet instant où la matière est saisie par absorption.

L’affinité organique prend fin à la mort, mais nous ne la voyons jamais commencer ; et cela tient à la constitution même de l’être vivant. Venons-en donc à la -vie.

IL — La vie, entant que force, n’a point de commencement et n’a point de fin : elle dure et rien ne saurait interrompre sa durée. Mais, la vie réalisée dans un organisme, la vie considérée dans l’individu qui la représente, commence et finit. Seulement, l’organisme qui se forme, l’individualité qui commence, procèdent nécessairement

d’une partie organique vivace ou d’un ovule fécondé, c’est-à-dire d’un corps vivant.

Je vais exprimer ce fait d’une autre manière : si l’individualité qui représente la vie commence, la vie ellemême ne commence pas. Et, comme l’affinité vitale est inhérente à la vie, il en résulte que le mode vital de l’affinité n’a point de commencement.

Constituer l’individualité est lin acte décisif dans la succession des phénomènes vitaux, puisque par cet acte, la force vitale conquiert la durée. Mais on n’a pas assez vu que ce même acte, qui fait de la vie une personne, organise, individualise, personnifie, enfin perpétue la force d’affinité. Et c’est à se demander si le mode vital de l'affinité ne représenterait pas immédiatement cette force dont le mode inorganique ne serait en quelque sorte que le cadavre destiné à disparaître et à revenir à l’affinité vitale, comme les restes des corps vivants sont destinés à recevoir une vie nouvelle dans l’organisme des générations futures.

Ce qui naîL, dans ce monde, ce qui commence périt. L’individualité commence, elle périt donc; et détruite, elle est définitivement anéantie. Fait bien remarquable! car, ce n’est pas seulement une vie individuelle qui s’éteint, c’est aussi une personnification de l’affinité qui disparaît à jamais.

On a voulu assimiler la cristallisation à l’individualité, le cristal, cette espèce d’individualité inorganique, à l’individu. Mais, un cristal broyé sous le choc n’a pas perdu sa substance : il est immédiatement en état de reprendre la forme perdue. Or, ce même choc physique en brisant l’organisme y anéantit aussitôt l’affinité vitale et

la vie; faisant surgir brusquement un état nouveau de la matière qui ne reprendra existence et forme vitales que dans un nouvel organisme.

111. — Des relations si étroites, dans une destinée commune, seraient-elles fortuites? La vie, immobile, isolée, cantonnée dans un point de l’étendue, est-elle venue saisir brusquement, sans raison, au passage, le monde inorganique pour en exprimer la matière de l’affinité vitale, comme la greffe tire d’un tronc étranger les matériaux de ses feuilles, de ses fleurs et de ses fruits? Ou bien, l’affinité a-t-elle engendré la vie, au hasard, en lui imposant capricieusement des lois distinctes de ses propres lois? Non, cela n’est pas possible! Affinité, vie, forces séparées à l’origine, n’eussent jamais été capables de se rencontrer, de s’unir : la vie soumettant l’affinité, l’affinité un moment domptée finissant par triompher à son tour. Et, si la vie, enfin, procédait de l’affinité, même d’une affinité déviée, tous les actes du monde vivant, tous quoi qu’on puisse dire, ne devraient-ils pas reconnaître quand môme et toujours la loi commune, la loi de la force génératrice, la loi de l’affinité? Cette dernière conséquence, le bon sens, l’observation et l’expérience la repoussent invinciblement.

L’association de ces deux forces est donc nécessaire, elle est éternellement voulue : elle a toujours été et sera toujours. L’affinité et la vie, dont l’analyse sépare les progrès, confondent leur origine où je ne les distingue plus, si ce n’est comme de simples modalités d’une seule et même énergie.

Dans ce nœud du monde physique, les phénomènes s’évanouissent, la raison pure apparaît : c’est l’unité

même, c’est l’identité même, c’est l’absolu. Absolu que l’esprit humain a saisi; et dont il élève la science chaque fois qu’il exprime en un langage approprié les rapports nécessaires qui joignent les deux modes congénères de l’universelle nature, la vie à l’affinité.

Page 1