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DES ALTÉRATIONS DU MUCUS

Les altérations du mucus des voies digestives sont peu connues.

I. — Il ne faut pas confondre, comme on le fait généralement, lesproduits anomaux qui constituent lamatière des irritations catarrhales ou autres avec le mucus. Ces matières, qu’on nomme vulgairement saburrales, contiennent, sans doute, du mucus, mais un mucus altéré, et dénaturé par un mélange de leucocytes et de produits épithéliaux anomaux.

II. — La pituite forme une seconde altération du mucus : altération fréquente et qui a joué un très grand rôle dans la médecine humorale.

Le mucus anomal qui représente la pituite est abondant, filant, s’agglomérant en grandes masses comme le blanc d’œuf incomplètement déchiré, mais sans cohésion, incolore ou teinté de jaune ou de vert par les éléments de la bile et mêlé à de la salive. Telle est la pituite gastrique ou pituite proprement dite.

Le gros intestin sécrète lui aussi une matière pituiteuse et glaireuse ; et l’on peut observer une pareille altération du mucus de la gorge. J’en ai recueilli un bel

exemple que j’ai décrit sous le nom d’hydrorrhée catarrhale du pharynx. Le voici :

À Béziers, un jeune homme toussait et crachait depuis deux mois. C’était la suiLe d’une lièvre catarrhale avec détermination inflammatoire au pharynx, au larynx et aux bronches dont il avait été affecté pendant un séjour à Paris.

La toux était fréquente avec des accès de suffocation surtout la nuit. Le malade ne pouvait dormir. Constamment il avait la gorge et la bouche remplies d’un liquide transparent, visqueux, mousseux. Il le rejetait par expulsion ou après une quinte de toux. La nuit, ce liquide s’accumulait dans le pharynx et produisait les accès de suffocations. Le matin, il le rejetait.

On l’avait mis vainement à l’usage des sirops opiacés.

J’examinai la gorge. Elle éLait pleine de ce liquide dont j*ai parlé. Ce liquide inondait la bouche. La muqueuse du voile du palais était rouge, lisse, tuméfiée, œdémateuse. La luette, du volume du petit doigt, était très longue et semblable à une masse gélatineuse. La poitrine cependant n’était pas lésée.

Je fis cesser les sirops et je donnai un vomitif.

Les jours suivants, je fis appliquer des sinapismes au cou et gargariser avec un liquide fortement astringent.

La sécrétion morbide diminua et tarit, l’œdème disparut, la luette reprit ses dimensions normales, la toux céda et le malade fut guéri.

Il existe certainement une altération analogue du mucus du petit intestin et des voies biliaires, et cette altération représente sans doute la matière de la diarrhée catarrhale et du flux biliaire saisonnier.

Je vais plus loin : je dis que les circonstances qui provoquent communément la pituite gastrique venant à affecter la muqueuse du duodénum, des voies biliaires et des intestins, doivent provoquer également une pituite biliaire, duodénale, intestinale. Et cette affection pituiteuse généralisée n’est pas toujours, sans doute, de nature catarrhale : je suppose, en effet, que l’alcoolisme est capable de la provoquer ou du moins de provoquer la pituite duodénale et bilieuse, comme il provoque la pituite gastrique.

Dans le flux biliaire saisonnier, j’admets une affection du foie pris dans sa totalité ; mais, il me paraît, du moins par analogie, qu’on doit rapporter l’énorme quantité d’eau que le foie chasse alors, plutôt à l’affection de la muqueuse des voies biliaires qu’à l’affection des éléments propres de la glande.

III. — Une troisième altération du mucus, est celle où cette humeur sécrétée en petite quantité, quoiqu’avec plus d’abondance qu’à l’état normal, forme une espèce de couche gluante et tenace à la surface de la muqueuse, se pelotonne en petites masses, se dessèche aisément, englue et lie trop fortement les matières qui s’y mêlent. Cette altération, qui n’a pas grande importance dans des voies larges, en acquiert une extrême dans des voies étroites comme sont les canaux d’excrétion de l’appareil biliaire.

IV. — Les anomalies du mucus, que je viens de décrire, et qui sont peut-être plus nombreuses ou plus variées, altèrent le jeu des organes digestifs.

Et d’abord la muqueuse trop imbibée ou couverte d’un mucus dénaturé perd de sa sensibilité : ceci est incontestable. Est-il tout aussi incontestable qu’un excès de

mucus lenace recouvrant la muqueuse de l’esLomac, mette obstacleau jaillissement dusucgastrique, d’ailleurs normal, et l’emprisonne dans les canaux glandulaires?

L’accumulalion de matières saburrales et pituiteuses dans la cavité gastrique fait obstacle à la parfaire chymification soit en diluant le suc gastrique, soit en liant trop fortement les aliments, ou en recouvrant les fragments alimentaires d’une espèce de couche inattaquable, soit en traversant la fermentation peptonéique par des fermentations irrégulières et putrides. Voyez ce qu’en a dit M. le professeur G. Sée dans son traité des dyspepsies gastro-intestinales \

Enfin dans les voies biliaires un mucus anomal dénature la bile, peut la décomposer, devenir l’élément de formations calculeuses, y former même, peut-être, des sortes de bouchons qui oblitèrent ces voies.

Les causes qui entretiennent ces perversions sécrétoires sont les erreurs de régime et le défaut de rapport des excrétions. Mais vous considérerez surtout, dans leur traitement, l’état des excrétions par rapport à ce que devrait être la constitution du sujet. Car il importe de savoir qu’une exhalation cutanée imparfaite, qu’une urination insuffisante paraissent avoir une suprême influence sur la formation et la persistance de tous ces vices de secrétion.

1. G. Sée. Des dyspepsies gastro-intestinales. Clinique physiologique. in-8°, Paris, 1881, passim.

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