‹ Traité des maladies de l'estomacChapitre 86 sur 115 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

de l’action du vomissement dans l’état gastrique

Si j’en crois les médecins du dix-huitième siècle, la théorie de cette action serait assez simple.

Les fièvres gastriques, disaient-ils, sont causées par un amas de putridités qui encombrent et souillent les premières voies.

Ces matières corrompues irritent d’abord les organes digestifs, engendrent les digestions lentes, laborieuses et suppriment finalement l’appétit.

Absorbées, et circulant avec le sang, elles vont irriter tous les organes. Cette irritation universelle produit une chaleur contre nature et tous les symptômes de l’état fébrile.

Mais il arrive parfois qu’un organe, relativement plus faible, en éprouve une affection dominante. Alors, il se crée dans cet organe un centre de fluxion : le sang s’y jette ainsi que les humeurs peccantes qu’il traîne avec lui; et la fièvre gastrique se transforme en une phlegmasie dont l’origine première est cette même matière putride que nous avons dit encombrer les premièresvoies.

Telle est la théorie : il est aisé d’en déduire la médication qui, dans l’esprit des médeciusde l’époque, devait

s’opposer à la formation de cette suite de phénomènes morbides. Supprimez, en effet, le foyer putride niché dans les premières voies, et, par celte action même, vous aurez coupé, comme dans leur source, la fièvre et les inflammations gastriques.

Et j’observe que, de par la théorie, le vomitif est indispensable à toutes les périodes du mal, car l’absorption de la matière nuisible ne se fait pas en une fois, mais en plusieurs fois; souvent même, le convalescent conserve encore quelque chose du foyer putride. De là les rechutes que l’on ne peut prévenir qu’en nettoyant assidûment l’estomac.

Je ne défendrai ni attaquerai cette théorie séculaire qui meuble encore la tête du vulgaire et de la plupart des médecins. Vraie ou fausse, peu importe ! Car il me semble que, si le vomitif ne guérit pas l’état gastrique par la simple expulsion de putridités qui n’existent pas à coup sûr, on ne peut nier cependant qu’il n’y exerce une action de nettoiement.

En considérant l’action du tartre stibié dans l’état gastrique sous ce point de vue exclusif, on peut dire de lui qu’il nettoie et dégage l’estomac en expulsant les résidus des dernières digestions et les amas de mucosités, en séparant les enduits épithéliaux qui forment la matière saburrale , en provoquant enfin une hypersécrétion des glandes salivaires et de l’estomac, du duodénum et du foie; et qu’il dispose ainsi les organes, engourdis par la fluxion catarrhale, à recevoir l’impression des boissons et des aliments et à reprendre leur fonctionnement naturel.

Un vomitif donné àpropos réveille incontinentl’appélit.

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