DES CRISES DANS LES MALADIES CATARRHALES
Les maladies catarrhales saisonnières, étant des maladies fébriles, se jugent à la manière des maladies aiguës, c’est-à-dire par des crises communes ; mais, en outre, chaque maladie catarrhale a sa crise particulière en rapport avec la partie organique que la fluxion affecte. Ainsi, l’évacuation alvine est crise particulière par rapport au catarrhe intestinal, le vomissement juge l’état gastrique et les sueurs abondantes le catarrhe aigu des voies aériennes. Ces crises particulières sont si évidemment en rapport avec l’organe fluxionné que nous nous efforçons à les provoquer par des moyens appropriés quand elles tardent à paraître. Et voilà pourquoi, depuis les premiers temps de la médecine, les vomitifs ont été les remèdes constamment indiqués de l’état gastrique, les sudorifiques des fluxions fixées sur les voies pulmonaires, les évacuants purgatifs des diarrhées, des coliques, des entérites catarrhales et même du choléra nostras. Or, ces crises particulières se montrent isolées, successives, ou même coexistent; suivant que la fluxion catarrhale n’affecte qu’un organe ou en frappe plusieurs successivement ou simultanément. On peut avoir ainsi des crises simples.
complexes, successives; voici un bel exemple de ces dernières, que j’ai eu l’occasion d’observer à l’époque où je pratiquais la médecine à Béziers :
Le 15 janvier 1872, M. Eugène Vigoureux se rendit à Puymisson. Le soir, il revint à Béziers , le vent d’est soufflait avec violence, la pluie tombait. M. V... ne se mouilla pas, mais il se sentit pénétré par le froid et l’humidité. Rentré chez lui, il éprouva du malaise et de l’enroidissement.
Les jours suivants, le malaise ne fit qu’empirer.
Le soir du quatrième jour, M. V... se trouva plus accablé. La nuit fut laborieuse. 11 y eut de l’insomnie, de la chaleur, des douleurs à la tête, de la toux et des élernûments.
Le cinquième jour, la douleur se concentra sur le front et à la racine du nez. Les fosses nasales étaient chaudes, embarrassées. Le nez coula beaucoup et donna du sang. Les éternûments furent fréquents : il y eut des quintes de toux. Le soir, la fièvre se dessina plus nettement, et la nuit des sueurs spontanées, faciles, abondantes, soulagèrent le malade.
Elles reparurent la nuit suivante et produisirent encore un très grand soulagement.
Le septième jour au matin, le coryza avait cessé.
Cependant, M. V... n’était pas guéri. Depuis plusieurs jours, il se passait en lui quelque chose d'extraordinaire et qu’il n’avait jamais ressenti dans les rhumes antérieurs: la faiblesse augmentait au lieu de diminuer; l’appétit, assez bon jusque-là, se perdait; la bouche devenait pâteuse, amère, avec des envies de vomir.
Le soir du septième jour, tout s’aggrava. Le mal de
tête qui avait céclé revint. La nuit fut très laborieuse. Au lieu de sueurs générales se montrèrent de petites sueurs partielles et fatigantes.
Le huitième jour, M. V..., ne sachant à quoi se résoudre, me fit appeler.
Le malade était plongé dans l’abattement : mouvements pénibles, tête lourde, douloureuse, vide; yeux cernés et fatigués; pensées lentes; parole embarrassée; face exprimant la souffrance et présentant tous les caractères de la stupeur; rire difficile et forcé. Je trouvai les sclérotiques jaunâtres; la langue chargée d’un enduit bilieux; l’épigastre sensible à la pression. Le pouls était sans fréquence mais dur, la peau sèche, âcre; le malade éprouvait de temps à autre des bouffées de chaleur vers les parties supérieures. C’était un état gastrique.
Je rassurai M. Y... et lui promis une prompte guérison.
Le neuvième jour, je fis administrer un vomitif. L’effet en fut remarquable et l’amendement très rapide. La tête se dégagea tout d’abord. Le soir, l’esprit était libre, la gaieté revenue; le pouls et la peau dans leur état naturel. M. Y... avait retrouvé ses forces, son esprit et son enjouement. La nuit fut excellente.
Le dixième jour, M. Y... sortit de chez lui en voiture; il fit ensuite une assez longue course à pied. La maladie était jugée.
Dans ce cas, l’affection catarrhale s’étant déterminée successivement sur la muqueuse des voies aériennes et sur celle de l’estomac, les crises particulières apparurent l’une après l’autre; mais, si l’affection se fût déterminée à la fois sur les deux muqueuses, la crise eût été com-
plcxe, et, sans doute, elle se fût effectuée simultanément, comme j’ai pu l’observer dans quelques circonstances, par les vomissements et les sueurs.
Pourtant, je l’avoue, il est assez rare de voir, dans une crise complexe, toutes les crises particulières qui les constituent se développera un degré égal. Presque toujours, il en est une qui domine les autres, qui arrive même à les effacer et qui, de crise particulière qu’elle est, devient crise commune. C’est qu’en effet, dans les associations lluxionnaires, il est infiniment rare de ne pas voir l’affection de l’un des organes engagés prendre le dessus, dominer absolument, et c’est la crise particulière qui devient commune et juge alors les fluxions diverses qui se sont associées.
Ainsi, quand l’état gastrique prédomine, le vomissement fait non seulement cesser le catarrhe gastro-duodénal, mais aussi les légers degré d’entérite, d’angine, de laryngo-bronchile qui l’accompagnent si souvent; mais, quand avec un état gastrique léger, coexiste une entérite catarrhale dominante, c’est l’évacuation purgative qui les jugera.
Pour bien appliquer le vomitif et le purgatif dans l’affection catarrhale des voies digestives, il est donc nécessaire d’apprécier tout d’abord avec exactitude l’importance relative de chacune des centralisations fluxionaires coexistâmes.