‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'audition (volume 2)Chapitre 17 sur 67 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De l’usage des parties qui composent l’organe de l’ouie.

Quelques faits avérés, universellement admis, mais séparés par des lacunes immenses; beaucoup d’autres que l’on soupçonnait par analogie ; un plus grand nombre d’hypothèses absurdes, ingénieuses ou insignifiantes, que les esprits peu justes confondent avec les produits de l’observation la plus exacte, telles ont été les bases chancelantes sur lesquelles reposa trop longtemps la science physiologique. Depuis qu’on a cherché à lui donner des fondements plus solides, ses progrès n’ont point été en rapport avec ceux de l’anatomie ; malgré les travaux des hommes les plus recommandables, les connaissances positives sur l’usage des organes ne se sont point accrues, et l’on n’a vu grossir que la somme de nos doutes et de nos connaissances négatives.

Ces réflexions s’appliquent surtout aux fonctions de l’oreille, sur lesquelles nous pouvons dire que nous en savons moins que ne croyaient en savoir les anciens physiologistes,

USAGE DES DIFFER. PARTIES DE LOREIT.tE. 73 [Cette assertion, en grande partie fondée à l’époque de la première édition, doit subir aujourd’hui de grandes restrictions, depuis surtout les recherches deM. Muller, qui ont ouvert une voie toute nouvelle pour la physiologie du sens de l’audition. Nous croyons ne pouvoir faire mieux que de rapporter ici le passage suivant de cet habile physiologiste : « Toutes les dispositions acoustiques qu’on observe dans l’organe de l’ouïe ne sont que des appareils conducteurs du son , de même que celles qu’on voit dans l’œil sont des appareils conducteurs de la lumière. Comme toute matière quelconque conduit les ondes sonores, il faut que l’audition soit possible, même dès les plus simples conditions; car tous les entourages matériels du nerf auditif doivent nécessairement lui amener le son. Dans l’œil, il fallait une certaine construction pour diriger les ondes lumineuses de manière à ce qu’elles prissent la même disposition que celle qu'elles affectent en partant de l’objet. Cette précaution était inutile pour l’organe auditif. Tous les milieux conduisent, sans le moindre trouble et malgré les croisements les plus variés, les ondes sonores les plus diversifiées eu égard à leur direction comme à leur succession ; pourvu que ces ondes viennent à rencontrer l’organe et son nerf, elles arrivent infailliblement à la perception. La structure entière de l’organe auditif ne peut donc tendre qu’à un seul but, celui de faciliter la transmission des ondes et de les multiplier par résonnance. Or, tous les appareils acoustiques de l’organe se laissent effectivement ramener à ces deux principes. Pour l’audition en elle-même, il n’est donc besoin ni de membrane du tympan, ni d’osselets de l’ouïe, ni de limaçon, ni de canaux semi-circulaires, ni même de vestibule et de lymphe du labyrin-

74 première partie , chapitre ïii.

the. Aussi, toutes les parties peuvent-elles manquer. L’organe auditif des animaux sans vertèbres est déjà réduit à une simple vésicule, qu’on ne rencontre même pas chez beaucoup d’entre eux, où le nerf spécifique parait suffire. Tout corps conduit des ondes ; le corps d’un animal et les entourages immédiats du nerf auditif les reçoivent dans le même ordre que le milieu conducteur du son les propage. On ne peut donc pas même prétendre que l’aptitude à distinguer l’acuité et la force relative des ondes exige des appareils particuliers ; mais la netteté et l’intensité absolue augmentent à mesure que l’organe se développe davantage sous le point de vue acoustique (1). »]

L’élasticité du cartilage du pavillon, les anfractuosités de cet appendice, semblent le rendre très-propre à recueillir les ondes aériennes sonores. Telle était 1 opinion de Boerhaave, qui la croyait prouvée par le calcul ; et pourtant tout se réunit pour démontrer que l’auricule est absolument inutile dans l’homme ; l’audition n’est nullement altérée quand on l’enlève : j’ai eu occasion de m’en assurer de la manière la plus positive. Pour que notre pavillon favorise un tant soit peu l’audition, il faut changer totalement sa forme, et lui donner autant que possible celle d’un cornet. Alors on produit le même effet qu’en plaçant la main disposée en creux derrière le conduit auditif, la concavité tournée en avant, comme le faisait le consul Adrianus, dont parle Galien.

Chez un grand nombre d’animaux qui ont l’ouïe trèsfine , il n’y a pas de pavillon : la taupe, les oiseaux en

( 1) Muller, Physiologie du système nerveux ; traduit de l’allemand par A, I. L. Jourdan, t. III, p, 486.

USAGE DES DIFFFIt. PARTIES DE T.’OREITJ.E. 75 sont dépourvus. Chez plusieurs autres il est très-grand, très-mobile ; mais il en est peu qui le dirigent vers tous les points d'où le son arrive. Sous ce rapport, il semble plus nuisible qu’utile, et les animaux qui l’ont ainsi dis* posé entendent moins nettement d’un côté que de l’autre. Son étendue ne semble pas même favoriser la réception des ondes qui viennent directement vers son ouverture ; car il est peu d’animaux dont l’ouïe soit plus fine que les chiens courants, par exemple, dont le pavillon trèsmou tombe au devant du conduit auditif et le couvre entièrement. Les mouvements très-sensibles que plusieurs animaux lui impriment paraissent nôtre pas plus utiles que dans l’homme doué de cette faculté. Un cheval effrayé „ parla vue d’un objet présenté subitement à sa vue, sans aucun bruit, s’arrête, ride la peau de son front et dresse fortement ses oreilles en avant ; il les dirige en arrière quand il est disposé à mordre ou à frapper du pied les personnes qui se trouvent à sa portée. Ceux d’entre les chiens qui sont aussi pourvus d’une auricule mobile, paraissent également la faire servir bien moins à l’exercice des fonctions auditives, qu’à la manifestation de leurs affections, de leurs passions, telles que la joie, la fureur, la crainte, la tristesse, l’amitié envers leur maître. On dirait que la nature, ayant caché sous une peau épaisse et couverte de poils les muscles destinés à l’expression faciale, a voulu suppléer aux fonctions incomplètes de ceux-ci par les mouvements aussi prononcés qu’expressifs dont elle a doué certaines parties saillantes, telles que les oreilles et même la queue.

Le seul usage que l’on puisse assigner à l’auricule, chez l’homme, est qu’elle ne s’oppose à l’admission d’aucun son, de quelque côté qu’il se présente. Chez l’éléphant.

il parait avoir le même usage négatif, en raison de sa disposition.

[Cette opinion de l’inutilité du pavillon de l’oreille n’est pas nouvelle : Ulhoorn et Wepfer avaient déjà rapporté des faits qui semblaient l’appuyer, et cependant elle a été combattue par Bartholin, Duverney, Valsalva, Haller et une foule d’autres physiologistes, qui disent expressément que la perte du pavillon entraine, non pas la surdité, mais une dysécée plus ou moins prononcée. Pour être en droit d’affirmer que cette perte n’altère pas l’audition, il faudrait que des expériences exactes eussent déterminé la portée de l’ouïe avant et après : or, personne n’a jamais eu l’idée même de ces expériences. D’un autre côté, Buchanan a singulièrement exagéré l’influence du pavillon, de son angle d’insertion à la tête et de la forme de ses cavités, sur la finesse de l’oreille. Ici, comme partout , la vérité se trouve entre les extrêmes. L’auricule contribue à recueillir, mais surtout à transmettre et à fortifier les ondes sonores. On peut s’en convaincre en y appliquant une montre, après s’êt-re bouché le conduit auditif. Nous partageons donc l’opinion de M. Iiramer, quand il dit que le pavillon n’est pas une partie assez importante pour que sa perte puisse ou doive entraîner une surdité complète, mais que cette perte est toujours suivie d’un affaiblissement plus ou moins notable de l’ouïe.]

Tout ce qu’on peut dire sur les fonctions du conduit auditif, c’est qu’il livre passage aux sons, dont l’intensité est peut-être augmentée par la courbure de ce canal. Soit par cette raison, soit dans l’intention de garantir la membrane tympanique de l’action trop directe de. l’air ambiant ou de l’atteinte trop facile des agents extérieurs, toujours est-il digne de remarque que le méat auditif

usage des différ. parties de l’oreille. 77 affecte, dans tous les animaux qui en sont pourvus, une direction constamment oblique, ou coudée, ou tortueuse.

[On sait cependant, par les expériences d’acoustique, que la courbure d’un canal n’exerce aucune influence sur le son ; mais l’ampleur du conduit auditif en a probablement une sur la faculté d’entendre les sons éloignés ou peu distincts. Pour mieux entendre, on ouvre la bouche, ce qui, changeant la direction du condyle de la mâchoire inférieure, agrandit l’ouverture du conduit auditif et fraye une plus large entrée aux sons. M. Larrey a signalé (1), sous ce rapport, une cause de surdité qui mérite d’être plus généralement connue. Chez les personnes qui perdent leurs dents molaires, les condyles de la mâchoire prennent une direction en arrière et en haut, qui fait qu’ils s’enfoncent davantage dans la cavité glénoïde, et compriment ou même bouchent entièrement l’orifice du conduit auditif.]

Voulant assigner un usage déterminé à la plus insignifiante partie des corps vivants , des physiologistes, Valsai va surtout, ont prétendu que les incisures du cartilage du méat auditif rendent l’audition plus parfaite. Santorini assurait quelles sont pourvues d’un muscle, qui en rapproche les bords par ses contractions : comme si tout faisceau fibreux posé transversalement sur une fente située dans un cartilage, devait irrévocablement être de nature musculaire. Se livrer à de pareilles considérations, c’est assurément abuser de l’ingénieuse distinction des tissus vivants. [Le muscle de Santorini, admis par Haller, a été revu par les anatomistes modernes, M.Thiele entre autres; c’est à la dissection seule, aidée du

(1) Journal complémentaire, t. XIII, p. 308.

microscope, qu’il appartient aujourd’hui de prononcer sur la nature musculaire ou non d’un faisceau fibreux. ]

On peut encore citer comme un rare exemple de la manie des explications , l’usage assigné, par Duverney , au tragus, qui, selon lui, analogue à la paupière, couvre l’orifice du méat auditif de l’oreille sur laquelle on est comité , et empêche ainsi l’accès de l’air.

les poils du tragus n’ont point assurément pour fonction de s’opposer à l’entrée de petits corps étrangers dans le conduit auditif; s’il en était ainsi, pourquoi n’existentils jamais chez les enfants, les femmes, et les hommes adultes même?(ftous les avons vus très-longs chez plusieurs enfants.) Pourquoi ne se voient-ils guère que dans les vieillards ? Ils ne sont pas plus utiles que les poils qui croissent dans les narines, ou plutôt, ils nuisent certainement à l’audition quand ils sont très-nombreux.

La couleur et l’amertume du cérumen avaient inspiré à Bérenger de Carpi une singulière opinion. Il pensait que cette substance est le produit d’une dépuration , au moyen de laquelle le cerveau se débarrasse des humeurs bilieuses que lui envoie le foie. ( Dans ces derniers temps, Buchanan a prétendu qu’en rétrécissant le conduit auditif, il concentrait et renforçait les sons, en même temps que, par ses qualités chimiques, il en adoucissait la rudesse et les rendait plus mélodieux, plus faciles à percevoir.)

Le cérumen est une humeur onctueuse, jaunâtre, d’un goût amer , sécrétée par les follicules situés dans le tissu cellulaire sous-cutané de l’auricule et du conduit auditif. Au lieu de chercher à connaître l’usage dont il peut être aux parties sur lesquelles il se répand, il vaut mieux se borner à exposer quelques-unes de ses proprié-

USAGE PES DIFFÉR. PARTIES PE E’OREILLE. 79 tés chimiques , qu’il est utile de connaître dans le traitement des maladies du conduit auditif.

Chauffé légèrement, le cérumen se fond, répand une odeur un peu aromatique , et tache le papier, comme pourrait le faire l’huile. Jeté sur des charbons incandescents , il se ramollit, répand une fumée blanche, se fond, se boursoufle , acquiert une couleur plus foncée, donne une odeur ammoniacale et empyreumatique , et laisse un charbon peu volumineux.

Le cérumen est soluble dans l’eau chaude et dans la salive ; il forme avec la première une sorte d’émulsion, qui se putréfie promptement, et dépose des flocons blancs. Dans l’alcool chaud, il se dissout aussi, mais en partie seulement ; les 0,375 qui ne se dissolvent pas , ressemblent à l’albumine mêlée d’un peu de matière oléagineuse. Si l’on évapore l’alcool, il reste un résidu orangé, très-amer, ayant l’odeur et la consistance de la térébenthine, et qui, soumis à l’action du feu, se fond, et disparait en fumée blanche, sans laisser de trace. Ce résidu est aussi soluble dans l’éther. La partie albumineuse du cérumen laisse après elle, quand on la brûle, des traces de soude et de phosphate de chaux. L’autre partie, dissoute dans l’éther, est moins colorée , moins amère, lorsqu’on l’obtient par l’alcool:

Ces résultats sont dus aux recherches de Fourcroy et deVauquelin,qui en ont conclu que le cérumen contient de l’albumine, une huile épaisse, une matière colorante, de la soude et du phosphate de chaux.

L’usage général de la caisse est facile à déterminer. A la vue de cette cavité, terminée de deux côtés par une membrane très-élastique , et percée d’une ouverture analogue èi celle qui se trouve au centre de la partie cylindri-

que d’un tambour, on ne peut méconnaître un véritable instrument d’acoustique destiné à recevoir, renforcer et propager les ondes sonores. Il reste à trouver le rôle que joue, dans cette fonction, chacune des membranes dont nous venons de parler, et celui de la chaîne ostéomusculaire, éminemment mobile, suspendue entre deux de ces membranes.

On a beaucoup écrit sur les mouvements des osselets. Bérenger de Carpi a dit que, mus par l’air agité, ils frappent 1 un sur l’autre , et forment ainsi le son. Massa prétendit que le marteau seul frappait, non sur l’enclume, mais sur la membrane du tympan. Selon Ingrassia , l’air extérieur , mû en cercle par le corps sonore, comme l’eau frappée par une pierre, heurte la membrane du tympan, agite l’air inné , enfermé dans la caisse, et qui, aidé des oscillations de la membrane et de l’action d’un muscle , met en mouvement le marteau , puis l’enclume et l’étrier. Il pensait que cette locomotion n’est pas soustraite à l’empire de la volonté, et qu’elle s’opère au moment où l’on apporte le plus d’attention pour bien entendre, et où le pavillon semble s’ériger. Manfredi a cru au contraire que les osselets ne sont susceptibles d’aucun mouvement. Duverney se croyait assuré que, par l’action du muscle du marteau, cet osselet est porté en dedans. Ce célèbre anatomiste voyait dans les osselets une chaîne osseuse vibrante ; le muscle de l’étrier lui paraissait propre à tendre la membrane qui unit la platine de cet osselet à la fenêtre ovale, à la fixer en tirant cette platine en dehors, et à la rendre ainsi plus susceptible de transmettre l’impulsion vibratoire à l’oreille ; il croyait tous ces mouvements indépendants de la volonté. Selon Aranzi, le muscle porte

USAGE DES DIFFER. PARTIES DE L OREILLE. 81 le marteau en avant et en dedans, loin de l’enclume restée immobile, tandis qu’au moyen de l’apophyse recourbée de cet osselet, la membrane du tympan, poussée en dehors, se met en rapport avec l’air extérieur. Cotugno a fait voir que le manche de cet osselet est dirigé vers le vestibule par l’action de son muscle, tandis que sa tète est dirigée en dehors, avec la base de l’enclume; de telle sorte que l’extrémité libre du marteau se trouve parallèle à la paroi interne du tympan , et que l'os lenticulaire et l’étrier sont disposés sur une ligne horizontale ; l’étrier est tiré en dedans et en arrière par son muscle propre, et la partie postérieure de sa base pénètre dans le vestibule, sans que sa partie antérieure s’éloigne en aucune façon du bord de la fenêtre. Ces remarques de Cotugno réfutent complètement Valsalva, qui pensait que le muscle de l’étrier empêche cet osselet de pénétrer trop avant dans le vestibule, et Hamberger, qui prétendait que, dans l’état ordinaire, la platine de l’étrier ne touche jamais le bord de la fenêtre ovale (1).

L’inspection des cadavres confirme la justesse des observations de Cotugno ; mais on ignore complètement jusqu’à quel point tous ces mouvements ont beu dans l’état de vie.

J’ai voulu m’assurer si en effet la membrane du tympan est portée tantôt en dehors, tantôt en dedans, afin d être plus apte à recevoir les différents sons que lui transmet le conduit auditif. Dans plusieurs cas de surdités séniles incomplètes, le conduit auditif est quelquefois très-évasé, et permet d’explorer la membrane

(I) Physiol. med., cap. IX, sect. 5, de âuditu, § 90.

82 première partie , chapitre iii.

du tympan avec la plus grande facilité. Cette disposition remarquable, dont on n’a point encore parlé, m’a permis de faire de nombreuses expériences à l’aide d’instruments très-sonores : des sons très-aigus, d’autres très-graves, et tous très-forts , ont été perçus sans que j’aie vu la membrane du tympan, que je distinguais trèsbien, subir aucun mouvement général ou partiel, même très-léger. Me défiant du témoignage de mes yeux , ou du moins voulant ne rien négliger pour que mes expériences fussent concluantes , je plaçai une soie de porc sur le centre de la membrane, et elle ne bougea nullement.

On aurait tort de conclure de ces recherches , qui me semblent décisives, que la membrane du tympan soit inutile : en sa qualité de membrane très-mince, elle contribue à rendre la caisse plus propre à la transmission des ondes sonores. Lorsqu’elle s’épaissit, ainsi que je l’ai vu très-souvent, l’ouïe devient très-dure; quand elle est déchirée dans une grande partie de son étendue, et surtout à l’endroit où le manche du marteau lui est uni, il en résulte un changement notable dans l’audition ; la personne ne peut plus alors entendre la voix basse.

Tel est aussi le résultat de la perte des osselets ; l’expérience m’a tellement convaincu de cette vérité, que , lorsque dans l’otite, et surtout dans les otorrhées, je vois se détacher et tomber un ou plusieurs osselets, j’annonce très-positivement le genre d’altération qu’éprouvera l’ouïe ; et jamais je n’ai été démenti par les suites plus ou moins tardives de ces fâcheux accidents. On a donc eu tort de prétendre que la destruction de ces osselets , et même de l’étrier, n’entraînait d’autre incon-

USAGE DES DIFFÉR. PARTIES DE l’OREILLE. 83

-vénient que de rendre l’ouïe un peu dure pendant quelque temps : cette assertion prouve que les sujets de ces observations inexactes n’ont point été examinés avec tout le soin nécessaire. On ne les a point interrogés sur les changements qu’ils éprouvaient dans l’audition, relativement aux différents tons des instruments et de la voix ; on s’est contenté de leur demander s’ils entendaient moins qu’avant la chute des osselets. L’observateur le plus judicieux des maladies qui sont à chaque instant sous nos yeux peut omettre certaines particularités importantes, quand il est consulté pour des cas peu communs , ou dont il n’a pas fait une étude spéciale.

Tout porte donc à croire que si l’homme jouit plus que tout autre animal de la faculté de saisir les nuances les plus fugitives du son le plus faible, c’est aux osselets qu’il la doit, ou du moins c’est à eux qu'il est redevable de la faculté d’entendre parler à voix basse.

(Fabrice d’Aquapendente mettait déjà le muscle du marteau au nombre de ceux qui obéissent aux ordres de la volonté, se fondant sur ce qu’il avait lui-même le pouvoir d’agir sur lui, et par là d’exciter, à son gré, du bruit dans l’une de ses oreilles. On connaît plusieurs autres exemples bien avérés de cette crépitation des osselets de l’ouïe, que l’on compare au pétillement de l’étincelle électrique , ou au son qui se produit quand, après avoir posé le doigt enduit d’une substance visqueuse sur du papier tendu , on le retire brusquement.

Les usages de la chaîne des osselets sont de deux sortes. L’un, qui est encore hypothétique, quoique fort probable, consiste à modifier le degré de tension des membranes du tympan et de la fenêtre ovale, pour l’accommoder à l’intensité du son dont l’oreille vient à être

frappée : celui-là résulte de la contraction des muscles du marteau et de l’étrier. L’autre, beaucoup mieux démontré , consiste à transmettre les ondes sonores de la membrane du tympan à celle de la fenêtre ovale , sans qu’elles éprouvent de dispersion au milieu de l’air qui emplit la caisse ; car les osselets forment une chaîne limitée de tous côtés par de l’air, et ne faisant point corps avec les os du crâne : or, la physique nous apprend qu’un corps solide limité transmet les ondes sonores avec plus de force à sa propre substance qua ses entourages. Ainsi, comme l’a très-bien fait voir M. Muller, les vibrations de la membrane du tympan parviennent à la fenêtre ovale et à l’eau du labyrinthe par la chaîne des osselets ; toute dispersion de ceux-ci à l’espace plein d’air de la caisse tympanique étant évitée, par la difficulté avec laquelle la transmission du son se fait des corps solides aux corps aériformes. D’un autre côté, il est bien reconnu que la propagation des ondes de l’air devient plus énergique quand le conducteur solide, en contact avec cette dernière, se trouve fixé au milieu d’une membrane tendue que l’air baigne des deux côtés. Or , cette condition se trouve réalisée, dans l’oreille , d’une part par le manche du marteau, et de l’autre par la hase de l'étrier. Nous avons donc, sur le plus important des usages de la chaîne des osselets, des notions aussi précises qu’il nous est permis de l’espérer ; et ce résultat est dû à l’application raisonnée de la théorie des ondulations, sans laquelle on ne saurait rien comprendre à la physiologie du sens de l’ouïe.

Quant à la membrane du tympan, il n’est pas permis de douter qu’elle entre en vibration lorsqu’un son fort vient à être excité dans le voisinage ; elle ne saurait faire

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