‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'audition (volume 2)Chapitre 18 sur 67 · USAGE DES DIFFER. PARTIES DE L’OREILLE · texte numérisé non relu

USAGE DES DIFFER. PARTIES DE L’OREILLE

exception à une règle générale pouf toutes les membranes tendues, et, d^’ailleurs, les expériences de Savart ont levé tous les doutes à cet égard.)

M. Geoffroy Saint-Hilaire, dont j’ai fait connaître l’opinion sur la détermination des os operculaires, a eu tort de rejeter absolument au rang des fables tout ce qu’on a dit sur l’utilité de la membrane du tympan et des osselets. Il s’appuie sur ce qu’on n’a pas trouvé ces derniers plus grands chez les animaux doués d’uue grande finesse d’oreille ; sur ce que les oiseaux, qui lui paraissent supérieurs à tous les animaux sous le rapport de l’ouïe, ont tous les osselets dans un état plus simple, plus imparfait, ou, comme il le dit, plus rudimentaire que les mammifères. Il fallait d’abord prouver que l’ouïe est, dans les oiseaux, plus parfaite que chez l’homme, ce qui est fort douteux; car si l’on prend les fonctions du larynx pour mesure de l’audition, il ne serait pas difficile de prouver que les sensations auditives sont plus variées dans l’homme, ainsi que l’a très-bien remarqué Ch. Étienne.

C’est dans les poissons que M. Geoffroy Saint-Hilaire pense que les osselets sont vraiment utiles ; ils y servent , selon lui, à la respiration. Dans les mammifères, les oiseaux et les reptiles, ils ne sont qu'une sorte de superflu, resté rudimentaire et indicateur.

Si les poissons entendent en effet sans osselets, ce que je suis très-éloigné de nier, ne fût-ce que parce qu’il en est ainsi quelquefois chez l’homme , ce fait ne prouve rien , sinon que l’ouïe peut avoir lieu sans eux ; et l’on a tort d’en conclure qu’ils sont inutiles chez les animaux dans lesquels on les trouve faisant partie de l’organe auditif. Qui voudrait croire que les orteils , et

surtout le plus gros , soient inutiles à l’homme, parce que le cheval, qui est, doué d’une vitesse de progression bien supérieure, en est dépourvu? Le mot rudimentaire ne me semble devoir être appliqué qu’aux parties dont le développement incomplet dans quelques espèces les rend impropres non-seulement à la fonction qu’elles remplissent dans d’autres espèces, mais encore inhabiles à toute fonction quelconque. Tel est le cas de l’appendice cœcal, de la dernière pièce du coccyx et de l’auricule, dans 1 homme. Quant aux osselets de l’ouïe, je pense au contraire, d’après ce que j’ai dit, que chez 1 homme ils sont au plus haut degré de développement nécessaire L pour la fonction du sens auditif; l’idée de leur petitesse n’affaiblit point, chez moi, cette opinion ; car cette considération ne serait pas digne du siècle éclairé dans lequel nous vivons.

Non content d’avoir d’abord voulu réduire les osselets à une complète inutilité, le savant naturaliste, avec qui je me trouve à regret en opposition , veut ensuite qu’ils fournissent aux animaux les moyens de se rendre sourds à volonté : l’oreille, dit-il, peut donc s’en passer. Plus loin, il avoue quelle en tire quelques services, soit que l’étrier ferme la fenêtre ovale, soit que le marteau tende la membrane du tympan et l’étrier, en faisant un mouvement de bascule au-devant du labyrinthe, et mette ainsi « l’oreille au guet. » De toutes ces vues, qu’on ne peut s’empêcher de trouver contradictoires , il conclut que les osselets ne rendent que des « services très-secondaires » à l’organe auditif. M. Geoffroy Saint-Hilaire a tout sacrifié au désir de prouver l’analogie des os operculaires avec les osselets : il eût été plus simple de sacrifier le principe hasardé, qu’un

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