‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'audition (volume 2)Chapitre 33 sur 67 · OREILLE · texte numérisé non relu

OREILLE

opération, et successivement je tirai quatre autres vers. Je portai ensuite une sonde dans l’oreille ; les parties molles qui constituent l’organe de l’ouïe étaient détruites, et laissaient à découvert tout le conduit auditif de l’os temporal, rongé par la carie. J’y fis couler quelques gouttes d’huile d’hypericum; j’appliquai, sur la partie latérale de la tète, des compresses trempées dans l’eaude-vie : la malade était d’une faiblesse extrême, et toujours sans connaissance.

T J’examinai ces cinq vers ; ils étaient égaux en grosseur, et avaient la forme d’une pyramide tronquée; leur grosseur, prise à leur base, égalait celle d’un tuyau de plume à écrire ; leur tête se terminait en pointe, et l’on y apercevait une ouverture, de laquelle partait un petit canal noirâtre. Je n’y remarquai ni barbillons, ni stigmates ; leur mouvement était vermiculaire ; on les mit dans un vase de terre, où ils vécurent cinq jours sans aucune nourriture ; ils ont été vus de tous les gens du village.

« Le lendemain je revis la malade ; il lui restait à peine le souvenir des accidents quelle avait essuyés. Je lui fis des injections dans l’oreille avec la teinture de myrrhe et d’aloès, seul remède dont je me sois servi pendant le traitement de cette maladie. J’ai eu la satisfaction de vbir la carie se détruire peu à peu, et la guérison s’opérer en six mois, sans exfoliation sensible ; cependant le conduit auditif de cette oreille est beaucoup plus large et plus profond que celui de l’oreille droite ; les sons les plus aigus, les bruits les plus forts n’excitent aucune sensation dans cet organe (1). »

(1) Bertrand, chirurgien à Méry-sur-Seine ; ancien Journal de médecine, tome XXa

XXXV e observation. — « Marguerite Stoeflin, âgée d’environ quarante-deux ans, se trouva attaquée de fièvre le 27 août 1694, en sortant de son jardin, où elle s’était fort échauffée à travailler. La nuit suivante, elle eut un très-grand mal de tête, accompagné de défaillances et de vomissements. On la saigna le lendemain, pour prévenir les suites ; quelques heures avant la saignée, la fièvre et le mal de tête redoublèrent, et il survint une çueur abondante, avec syncope. La fièvre étant un peu diminuée, on lui donna un lavement, et le soir un julep somnifère, qui calma la douleur. La fièvre se ralluma cependant à l’ordinaire, et continua jusqu’au a septembre , jour auquel la malade eut un peu de relâche, quoique le mal de tète continuât toujours. Le 8 du même mois, la fièvre recommença, plus forte qu’auparavant, et la malade se plaignit d’une très-grande douleur dans l’oreille droite, sentant, disait-elle, quelque chose qui semblait lui ronger le dedans de cette partie. La douleur était accompagnée de bourdonnements et de si grands élancements qu’elle tombait souvent en syncope, et ne revenait qu’avec beaucoup de peine. Elle eut ensuite quelque calme, pendant lequel on la purgea, et même avec une sorte d’apparence de succès. Mais, au bout de quelques jours, les symptômes recommençant obligèrent d’appliquer des vésicatoires à la nuque, et un cataplasme anodin derrière l’oreille ; ce qui la mit encore en état de vaquer à ses affaires pendant quelque temps. Au commencement du mois d’octobre le mal recommença comme auparavant, avec de si grands élancements dans l’oreille, qu’on fut obligé d’y mettre de l’huile d’amandes amères, de l’huile d’absinthe, de l’eau-de-vie, etc. Cinq jours après il sortit de .son oreille

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