‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'audition (volume 2)Chapitre 34 sur 67 · VERS ET INSECTES DANS I,'OREILLE · texte numérisé non relu

VERS ET INSECTES DANS I,'OREILLE

six petites chenilles vivantes, de différentes grosseurs et couleurs ; les unes étaient grosses de trois à quatre lignes et longues de cinq à six ; les plus petites, de deux à trois lignes, et longues de trois à quatre. Les plus grandes étaient entièrement blanches, et les plus petites mêlées de rouge et de blanc. On les mit dans l’eau tiède, elles nagèrent à la superficie de ce liquide; il en sortit de cette grosseur jusqu’au nombre de quatorze à différentes fois.

« A la fin du mois d’octobre, la malade sentit redoubler les élancements dans la même oreille : y ayant porté son doigt assez rudement, elle occasionna une otorrhagie considérable, et en même temps la sortie d’une chenille vivante, de l’espèce des arpenteuses.

« Cette chenille avait dix-huit à vingt lignes de longueur, et cinq à six de grosseur. Son ventre était entremêlé de lignes vertes et jaunes, et son dos marqué de rouge, de vert et de brun. Son corps était couvert d’un duvet assez long; elle avait six pattes, quatre proche de la tête, deux de chaque côté et deux vers la queue, une de chaque côté. Elle avait à côté de la tête, sur le devant, deux espèces de cornes, qui représentaient assez bien celles du limaçon ; sa tête était plate, ses yeux noirs et proéminents ; sa queue avait quelque rapport avec celle de la carpe.

« Après la sortie de cette dernière chenille, tous les symptômes cessèrent, et la malade se trouva entièrement guérie, sans qu’il restât aucune apparence de mal. Elle entendit et continua d’entendre aussi distinctement de l’oreille malade que de l’autre.

« Il faut remarquer que cette femme a toujours dit qu il lui était entré quelque chose dans l’oreille ; ce pourrait être quelque papillon, qui aurait laissé ses œufs

dans le méat auditif, que la matière cérumineuse dont elle est enduite aurait retenus, et que la chaleur de cette partie aurait fait éclore. Il reste à expliquer comment ces insectes ont pu se nourrir, et dans quel endroit ils ont pu se tenir si longtemps cachés sans boucher l’organe de l’ouïe ni se faire apercevoir (1). »

XXXVI e observation. — « Dans le mois de juillet de l’année 1756, un enfant, âgé de six ans, fils du sieur Séguy, habitant de Montpellier, était affligé, depuis un mois environ, d’une légère suppuration dans le conduit auditif externe de l’oreille gauche, qui ne lui occasionnait aucune douleur. Ses parents n’y faisaient pas beaucoup d’attention ; ils se contentaient de laver la conque avec l’eau tiède ou la décoction d’orge. Le 14 du même mois, cet enfant s.e plaignit d’une douleur vive qu’il ressentait dans l’oreille affectée. On y lit rayonner du lait de femme ; on y jeta de l’eau d’orge : la douleur se calma ; quelques heures après, elle reparut avec la même vivacité ; on eut recours aux mêmes remèdes, avec le même succès. Le 15, la douleur fut plus considérable ; elle fut calmée par les mêmes secours. Le 16, elle fut plus vive et plus fréquente ; on était obligé à chaque instant d’employer et les mêmes remèdes, et l’huile d’amandes douces, dont on laissait couler quelques gouttes dans l’oreille. Le 17, la douleur fut si aiguë vers le soir, que l’enfant eut des mouvements convulsifs, et rendit par l’oreille quelques gouttes de sang. M. Regis, chirurgien, fut appelé ; il essaya de calmer la douleur par les saignées, par les remèdes déjà indiqués, et par les gouttes anodines de Sydenham, qu’il joignit à l’huile d’amandes dou-

(1) Saviard.

VERS ET INSECTES DANS l’oREIIXE. 263 ces ; mais le tout fut employé presque sans succès. Le 18 au matin, la douleur fut si grande que les mouvements convulsifs devinrent plus fréquents et plus considérables vers le milieu du jour. Le sang commença à couler constamment par l’oreille, et en si grande quantité que, dans l’espace de quelques heures, il en sortit la valeur de deux palettes. La triste situation de cet enfantdétermina les parents à m’appeler. Lorsque je le vis, il poussait les hauts cris ; les mouvements convulsifs persistaient, et l’hémorragie ne discontinuait pas : les saignées, les narcotiques et les adoucissants furent mis en usage sans succès ; on n’apercevait rien dans l’oreille, quelque attention qu’on y apportât. A six heures du soir les mouvements convulsifs devinrent plus violents, et les forces diminuèrent considérablement. On commençait à craindre pour les jours de l’enfant ; mais à sept heures les convulsions se calmèrent beaucoup, la douleur diminua, et l’enfant se plaignit de quelque chose qui lui rongeait l’oreille. La mère, qui était pour lors toute seule auprès de lui, examina la partie : en jetant les yeux dans le conduit auditif externe, elle y aperçut un corps blanc ; elle y introduisit la tête d’une épingle, et en tira par ce secours un ver blanc, assez gros, quelle jeta avec précipitation à terre, où il se rapetissait et s’allongeait. Effrayée de cet événement, elle me fit appeler avec le chirurgien. A la vue de ce ver, nous ne doutâmes plus de la cause de tous les accidents ; et comme ils persistaient, nous augurâmes qu’il y en avait encore quelque autre. En effet, à l’aide de petites pinces que le chirurgien introduisit assez avant, il en tira deux vers semblables au premier. Dès qu’ils furent sortis, l’hémorragie cessa, la douleur se calma, et les mouve-

ments convulsifs disparurent. Ce jeune enfant s’endormit bientôt après ; à son réveil, il fut très-calme ; il ne lui restait qu’une très-légère suppuration dans le conduit auditif, laquelle se guérit en peu de jours, par le secours de la décoction d’orge et des eaux de Baréges. Ces vers étaient blancs, de la longueur et-de la grosseur d’un gros pignon ; leur tète était noire et pointue ; on apercevait sur leur dos une ligne noire.

« Par l’examen que j’en fis, je les trouvai ressemblants, par leur figure et par leur couleur, à ceux qu’on aperçoit Sur les matières animales qui croupissent dans les latrines et dans les carrefours ; je ne pus cependant me persuader qu’ils fussent de la même nature. Je les emportai chez moi, pour les examiner avec plus de soin; mais quelque attention que j’y donnasse, j’y trouvais toujours la même ressemblance. Pour m’en convaincre, je les enfermai séparément dans des cornets de papier. Cinq jours après je vis qu’ils étaient noircis, et qu’ils avaient pris la figure d’une chrysalide noire et ferme ; j’avais soin de les examiner tous les jours. Le treizième après la métamorphose, voulant ouvrir, vers les six heures du matin, un de ces cornets, j’en vis sortir une grosse mouche. Fâché de l’avoir laissée échapper, je courus bien vite à mes autres cornets, que j’ouvris avec plus de précaution. Dans le premier, je trouvai la chrysalide percée par une des extrémités, qui laissait voir la tête d’une mouche. Je me hâtai de la mettre dans une bouteille. Dans le second, la chrysalide était dans son entier, et je la mis dans la même bouteille. Dans la journée, la mouche dont la tête était hors de la coque se débarrassa entièrement, et vola çà et là dans la bouteille. Le lendemain, l’autre fut aussi sortie de sa coque. Ces

VERS ET INSECTES DANS ï/OREIIXE. 265 mouches étaient entièrement semblables à celles qu’on voit voltiger en été sur la viande exposée à l’air, et dans les endroits où il y a des matières animales corrompues, ou qui par la chaleur peuvent devenir telles. Je fus alors convaincu de la nature de ces vers, et je ne pus douter de leur origine.

« Personne n’ignore que les mouches (comme bien d’autres insectes) déposent leurs œufs sur les matières où les vers nouvellement éclos peuvent trouver leur nourriture. Il est par conséquent à présumer, avec beaucoup de certitude, que l’oreille de cet enfant n’étant pas couverte, une de ces mouches, attirée par le pus dont la conque était enduite, y déposa quelques œufs, qui furent entraînés dans le conduit par l’eau dont on lavait la partie, et que la chaleur les y fit éclore; oubien les œufs s’étant collés aux parois de la conque, ils y ont éclos, et se sont insinués ensuite dans le conduit auditif externe ; parvenus à leur grosseur naturelle, ils ont occasionné les accidents, en rongeant la membrane qui tapisse cette cavité.

« Cette observation me paraît éclaircir l’origine des vers qu’on a vus et qu’on voit sortir des oreilles, du nez, des sinus frontaux et maxillaires, et de ceux qu’on trouve sur la surface de certains ulcères. N’est-elle pas plus naturelle, que de penser que les œufs ont été entraînés et déposés par la voie de la circulation? La finesse des ouvertures des veines lactées, la petitesse des vaisseaux des parties où on trouve des vers, et les actions vitales, ne contredisent-elles pas ce système, plus ingénieux que vraisemblable (1)'? »

(1) Farjon.

266 deuxième partie, chapitre iv.

XXXVII e observation. —<* Je fiis appelé il y a quelquetemps au Ménil-Saint-Denis, aune lieue-de Beaumontsur-Oise, pour voir un enfant de huit à neuf ans, à qui il venait, dit-on, de sortir trois gros vers par l’oreille. L’on me dit que l’on en voyait encore qui étaient près de sortir, et que l’enfant poussait des cris affreux. Je m’y transportai ; je visitai l’oreille, et j’y vis en effet plusieurs pointes de vers qui semblaient vouloir sortir de la conque. Je fis mon possible pour les extraire ; mais je n’en pus venir à bout, parce qu’ils rentraient, en causant des angoisses horribles. J’examinai avec soin ceux qui étaient sortis. Ils ont huit à neuf lignes quand ils s’allongent, cinq à six quand ils sont rassemblés dans leurs anneaux. Ils sont de la grosseur d’une plume à écrire qu’on appelle bout-d’aile. Il y a une extrémité qui est terminée par un petit point noir : c’est la tête, sur les côtés de laquelle on aperçoit de petites éminences comme l’on en remarque à de Certains insectes, et qui ressemblent à des pattes ; l’autre extrémité est sans queue, terminée en rond, avec un petit prolongement ; leur enveloppe est assez dure.

« Je ne crus pas me tromper en conjecturant que ces vers étaient de la classe de ceux qui vivent dans les substances putréfiées. Pour les faire sortir, on avait injecté dans l’oreille du lait, du jus de morelle, un mélange de suc de brou de noix écrasé, de poivre et de vinaigre. Ces remèdes n’avaient causé que de grandes angoisses sans effet. Je crois qu’on aurait plutôt réussi à les tuer en employant des liqueurs alcalines, l’eau de chaux, là lessive de cendres, de soude, la dissolution de savon, dans lesquelles ils noircissent et meurent. Je n’osai pas cependant conseiller ces moyens ; je crus devoir en em-

VERS ET INSECTES DANS t’OREIElE.

ployer de plus simples et de plus doux, en tâchant de les attirer au dehors. Pour y parvenir, je me déterminai à mettre dans l’oreille un morceau de chair de bœuf, pensant qu’il serait bientôt putréfié; il n’y fut pas plus d’une heure, que l’enfant sentit remuer les vers, et prétendit les entendre manger. La mère ayant soulevé sa tète avec précaution, ainsi que je l’avais recommandé, elle retira la viande, sur laquelle il s’en trouva deux; elie la remit, et au bout d’une demi-heure elle fut encore obligée de la retirer, à fa sollicitation de l’enfant; elle en trouva un, qui était si fort entré dedans qu’elle ne put l’en ôter qu’en le déchirant.

« Ce ne fut que depuis la sortie du quinzième vers que l’enfant fut tranquille. Je fis injecter de l’eau salée dans l’oreille, tant pour atténuer la matière qui commença dès lors à couler, et qiii était fort épaisse, que pour résister à la putréfaction. L’oreille n’a pas perdu la faculté d’entendre. Il paraît que cet accident a été la suite d’un coup qu’avait reçu l’enfant, depuis environ six mois, de la botte d’un cavalier qui le jeta par terre sur le côté, la tête portant sur une éminence de terre. Six semaines après il y eut un écoulement par l’oreille, qui s’arrêta environ trois semaines avant la sortie des vers (1). »

XXXVIII e observation. —«Une petite fille, âgée de trois ans, avait un léger dévoiement séreux depuis quatre à cinq jours, sans tranchées et sans perte d’appétit, lorsqu’un soir elle se plaignit légèrement d’une douleur dans l’oreille gauche. Le père et la mère examinèrent cette oreille, et, ne découvrant rien, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, y firent peu d’attention. La petite s’endor-

(1) sauveur Alteyrac; Gazette de santé, 1780, n° 22.

mit , y et passa le reste de la nuit assez tranquillement ; mais le lendemain matin elle fut réveillée par le retour de la douleur, qui augmentait à chaque instant, et qui devint si aiguë que l’enfant jetait les hauts cris, et même avait des mouvements convulsifs. Le père, ne sachant que faire, imagina, pour adoucir la vivacité de la douleur, de lui faire injecter dans l’oreille le lait d’une nourrice du voisinage. Dès que l’injection fut faite, la petite jeta des cris perçants, qui, de même que la douleur , cessèrent presque à l’instant, par la sortie d’un ver vivant qui surnageait dans le lait injecté, et qu’on tira de l’oreille avec de petites pincettes. On coucha l’enfant sur le côté malade, pour faciliter l’écoulement du lait, et pour voir s’il sortirait encore quelque autre ver ; mais, après que le lait fut écoulé, il parut sept à huit gouttes de sang, et tout fut terminé par là. Ce ver, dès qu’il fut hors de l’oreille, se mut pendant quelque temps avec une célérité étonnante. Il était blanc, avec une petite raie noire le long du dos ; sa longueur était d’environ six lignes, et sa grosseur égalait à peu près celle d’une paille de froment. En un mot, je ne pourrais mieux le comparer, quoique plus gros cependant, qu’aux vers que l’on trouvé dans le fromage. Voulant éprouver si les remèdes qui causent la mort aux autres vers du corps humain feraient à celui-ci le même effet, je le mis dans l’huile d’amandes douces ; en deux ou trois minutes , il fut sans mouvement et sans vie. Je l’en retirai, et il passa bientôt à l’état de putréfaction. La petite fille, après la sortie de ce ver, continua d’avoir le dévoiement pendant quelques jours, et rendit des strongles, mêlés avec beaucoup de matières blanchâtres et glaireuses. Pour n’être point induit en erreur, je m’informai exactement

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