VERS ET INSECTES DANS L’OREILLE
constriction simultanée de la partie supérieure de l’œsophage et de la trachée-artère, et rendait la déglutition et la respiration pénibles. Depuis quelques mois la malade éprouvait un trémoussement convulsif et douloureux dans toute la partie gauche du tronc, depuis le cou jusqu’à l’hypocondre, ainsi que dans le bras du même côté.
« Cette femme négligeait ces maux, quelle attribuait à un état vaporeux , dont elle croyait trouver la cause dans la cessation de ses menstrues, et dans son tempérament nerveux et très-mobile. Ce fut par hasard que je la rencontrai auprès de son fils, malade aux Mées , dans le courant du mois de mars 1806. Je lui conseillai l’application des sangsues sur le trajet des jugulaires , l’usage des bains locaux et généraux, et celui de quelques tempérants et nervins internes. Ces moyens , dont quelques-uns paraissaient calmer instantanément le mal, n’en empêchèrent pas les progrès. Une inflammation des plus violentes à l’oreille se déclara par des douleurs atroces. Le cou , l’épine et l’extrémité supérieure gauche furent agités de mouvements convulsifs. La bouche devint sèche et ardente, des pulsations lancinantes se firent sentir dans l’oreille interne, et firent croire à la formation d’un abcès.
« Divers émollients furent employés de toutes les manières ; la malade, pour tempérer la sécheresse brûlante de la bouche et du fond du palais, se servit avec avantage de l’oxycrat en gargarismes, qu’elle remplaça dans la suite , et avec plus de soulagement, par le vinaigre pur ; souvent même, la bouche remplie de ce vinaigre , les voies nasales fermées avec les doigts, la malade faisait une expiration forcée pour faire pénétrer,
disait-elle, ce liquide jusqu’au cerveau, afin de le rafraîchir.
« Ce fut dans un de ces efforts, et pendant des douleurs très-vives, que la malade éprouva, le 24 avril, un sentiment de déchirement dans l’intérieur de l’oreille, et que, présentant le doigt au méat auditif, elle sentit un corps étranger qui remuait. Elle retira le doigt, et aussitôt un ver très-gros sortit avec force de l’oreille, et alla tomber à quelque distance du lit. L’apparition de cet animal effraya non-seulement la malade, mais aussi la plupart des nombreux spectateurs que ses souffrances et ses cris avaient attirés auprès d’elle, et dont plusieurs s’enfuirent. Ce ver serpentait avec assez de vivacité sur le sol, et vécut deux jours. L’ouïe, qui n’avait nullement souffert jusqu’à ce moment, fut dès lors notablement altérée du côté gauche. La malade fut presque tout à fait calme le reste du mois. Les douleurs reparurent dans les premiers jours de mai ; le 4, elles étaient portées à une violence extrême. J’examinai l’oreille primitivement affectée, de concert avec M. Sarmet, chirurgien du lieu. Nous découvrîmes assez facilement un nouveau corps étranger, qui commençait à être engagé dans le conduit auditif externe ; les mouvements que ce corps imprimait à la sonde avec laquelle nous l’explorions ne nous permirent pas de douter que ce ne fût un autre ver qui se présentait, et dont nous tâchâmes de hâter la sortie à l’aide d’une pince à dissection. En effet, nous parvînmes à extraire avec peine un second ver intact et pareil au premier ; il vécut dix jours.
« Tous les symptômes maladifs, toutes les souffrances disparurent aussitôt. La malade éprouva, seulement encore pendant quelques jours, un sentiment plutôt
VERS ET INSECTES DANS i/OREIELE.
pénible que douloureux|dans l’intérieur de l’oreille, et une faiblesse notable dans la fonction de l’œil gauche. L’un et l’autre cédèrent facilement à quelques injections, et à quelques applications nervines et détersives. Une partie de chaque injection pénétrait dans l’intérieur de la bouche. La surdité devint complète du côté gauche , et nous la regardâmes comme incurable. Cependant j’ai eu occasion de revoir cette femme ; elle m’assura que la santé parfaite dont elle jouissait n’avait pas même été altérée par un seul instant de souffrance, et qu’elle commençait à distinguer de l’oreille gauche quelques sons, dont la perception lui devenait chaque jour plus facile.
« Les deux vers se ressemblaient parfaitement. Leur longueur était de vingt-cinq lignes (cinq centimètres) , et le plus grand diamètre de leur corps, de six lignes et demie (sept millimètres) ; leur couleur extérieure était uniforme, et d’un jaune luisant, analogue à la couleur du cérumen. Leur tête, légèrement aplatie, était recouverte d’une enveloppe qui avait la dureté de la corne. Cette enveloppe avait à sa partie antérieure une ouverture transversalement oblongue , au milieu de laquelle se trouvait la bouche de l’animal. Auprès de la bouche s’élevaient deux serres, une de chaque côté, de couleur brune foncée, et assez semblable à celle de la courtillière. Leur corps était partagé en dix anneaux , dont les trois plus voisins de la tête étaient les plus étroits ; le sixième était le plus renflé; les autres diminuaient progressivement jusqu’au dernier, qui était plus aplati et plus large que tous les autres. La partie qui formait la queue était également aplatie, et se terminait en pointe. Chaque anneau était marqué, de chaque côté, sur sa Tom. I, |8
partie latérale inférieure , d’un point rouge. Cette empreinte manquait au dernier anneau, ainsi qu a la partie qui formait la queue ; elle y était remplacée par un petit repli membraneux transversal. Six pattes en forme de mamelons, et de couleur cramoisie, étaient placées , trois de chaque côté, sur la face inférieure et un peu externe des trois premiers anneaux (1). »
DEUXIÈME SECTION
Parmi les différentes maladies qui peuvent attaquer l’oreille, plusieurs sont exactement semblables à celles qui ont leur siège dans les autres parties du corps , ' se présentent avec les mêmes indications , et ne doivent pas, pour cette raison, trouver ici leur place , surtout lorsque ces lésions de l’oreille n’en causent aucune dans l’audition. Telles sont les différentes plaies et tumeurs de la conque auditive. Quoique le pavillon paraisse destiné à concourir à l’audition , les plaies qui peuvent le diviser, les engorgements qui le déforment, les ulcères qui le détruisent en partie, ne nuisent point aux fonctions de l’organe. J’ai vu un militaire qui, tombé entre les mains des Vendéens, dans nos premières guerres civiles, avait eu les deux oreilles complètement coupées. Il s’était fait mettre des conques artificielles, seulement pour déguiser cette horrible mutilation, qu’il assurait n’avoir diminué en rien la finesse de son ouïe. Je ne m’occuperai donc, dans cette deuxième section ,
(1) Bouteille fils, ancien Journal de médecine, vol. xm.