CHAPITRE V
De l’imperforation et de l’étroitesse congénitales du conduit auditif.
Il en est de l’imperforation du conduit auditif comme de toutes celles qui se font remarquer aux autres ouvertures naturelles du corps : il peut y avoir absence du conduit ou seulement occlusion; et il importe beaucoup, tant pour le pronostic que pour le traitement, de distinguer ces deux espèces d’imperforation.
Dans l’absence du conduit auditif, il n’y a pas de conque ; la peau ne présente ni ouverture ni dépression, et l’on sent, en promenant les doigts sur toute la région des tempes, une continuité de résistance qui annonce que le temporal n’est, creusé d’aucune ouverture. Ce cas est tout à fait sans ressource ; et il paraît même, d’après quelques observations consignées dans les auteurs, que cette imperfection ou cette absence de l’organe auditif est un signe de non viabilité ; car les enfants venus au monde avec des oreilles imperforées sont morts en naissant, ou n’ont vécu que peu de temps.
L’occlusion du méat auditif consiste en ce que, bien qu’il existe réellement, ce conduit se trouve voilé par la peau , qui, au lieu de se continuer dans l’intérieur de l’oreille, se termine en un<; espèce de cul-de-sac plus ou
moins profond , selon que la cloison est placée plus ou moins intérieurement. En portant dans cette cavité le bout du petit doigt ou une sonde mousse, on sent une certaine élasticité qui décèle l’existence du canal auditif. Quelquefois, au lieu d'être bouché par les téguments communs , il se trouve couvert par une membrane qui empêche également les sons d’arriver jusqu’au tympan , ou les affaiblit du moins considérablement. Cette membrane varie et par son épaisseur et par la place qu’elle occupe. Quelquefois c’est une pellicule ténue, qui paraît n’être due qi t 1 seei uncnt d’une exudation albumineuse que revêt ce conduit; d’autres fois on la trouve plus épaisse, et on lui reconnaît une véritable organisation. Tantôt elle occupe l’entrée du méat auditif, tantôt divers points de son trajet, et même son fond, où elle touche et adhère à la membrane du tympan. Ce dernier cas se rencontre dans le fœtus et le nouveau-né ; c’est moins alors une membrane qu’une couche condensée de mucus, qui tapisse extérieurement la membrane tympanique, et qui, frappée par l’air après la naissance, se dessèche en peu de temps, et tombe par fragments. Mais quand le conduit auditif se trouve fermé dès la naissance par une membrane persistante, il faut la regarder comme une production particulière, et non comme le reliquat de la membrane congénitale, qui, n’étant point organisée, ne peut manquer de se flétrir et de se détacher d’elle-même.
Le moyen de détruire cette oblitération est d’une grande simplicité : c’est de diviser cette espèce de diaphragme par une incision cruciale, et d’en emporter les lambeaux. S’il est situé trop profondément pour en pratiquer l’excisiôn, on abandonne les lambeaux à la
IMPERFORATION CONGÉS. DU CONDUIT AUDITIF. 277 suppuration, et l’on se contente, pour en empêcher la réunion, de les isoler par une mèche de charpie. Si au contraire la membrane était placée bien avant dans le conduit auditif, et appliquée sur la membrane du tambour, il serait dangereux, à cause de celle-ci, de recourir à l’instrument tranchant ; on se contenterait d’attaquer la cloison avec la pierre infernale, afin de la détruire peu à peu par l’exfoliation.
Il faut rapprocher de l’imperforation du conduit auditif l’étroitesse native de ce canal, qui, lorsqu’elle est très-considérable, ne nuit pas moins à l’audition.
Quand ce vice de conformation dépend du conduit osseux, la chose est sans remède. Si l’on reconnaît seulement pour cause l’épaississement ou le gonflement de la membrane qui revêt le conduit, on peut y remédier par les moyens indiqués dans les cas de rétrécissement.