CHAPITRE XI
De la rupture de la membrane du tympan.
La rupture de la membrane du tympan est une suite inévitable de l’otite interne, toutes les fois que les produits de cette inflammation s évacuent au dehors par le conduit auditif. Ainsi toutes les observations que j’ai données plus haut sur cette inflammation de la caisse, en tant qu’elle affecte ce mode de terminaison, peuvent être regardées comme autant d’histoires de rupture de la membrane du tympan. Il est digne de remarque que c’est presque toujours vers les bords , et rarement au centre de cette membrane, que s’opère la rupture ; c’est au point quelquefois qu’il ne paraît y avoir qu’un simple décollement d’un des bords. Il résulte de là un bien moindre dérangement dans les fonctions de la membrane, que dans le cas où cette solution de continuité s’opère vers le centre, près du point où s’insère le manche du marteau. Ce qui est bien remarquable encore, c’est la facilité avec laquelle la nature ferme en peu de jours cette ouverture.
Rien de plus ordinaire en effet que de voir , dans lès cas d otite interne violente, une grande quantité de matière puriforme s’échapper de la caisse à travers la membrane du tympan, cet écoulement tarir , et l’ouverture qui lui a donné passage se fermer en peu de jours, au point de n’en laisser apercevoir aucune trace à l’œil. Il n’en est pas de même si, par la durée ou peut-être même par la nature de l’écoulement, la suppuration s’empare de la membrane, la corrode, la détruit
RUPTURE DE LA MEMBRANE DU TYMPAN. 3 11 en grande partie, et entraîne la chute des osselets. Dès lors l’ouverture, ou plutôt la destruction de la membrane, reste absolument irréparable. Mais ici, comme pour les résultats les plus constants de l’observation en médecine pratique , il faut encore admettre des exceptions. On n’imaginerait jamais que cette membrane pût se réparer, non-seulement quand elle est à moitié corrodée, mais encore lorsqu’elle a été totalement détruite. C’est pourtant ce que Valsai va nous assure avoir, vu dans l’oreille d’une femme devenue sourde à la suite d’un long écoulement. Derrière la membrane du tympan, qui avait été rongée par la suppuration, s’élevait obliquement une autre membrane qui laissait au dehors le marteau et l’enclume, et couvrait la base de l’étrier. Toutefois il n’en faut pas moins, malgré ce fait, regarder comme irréparable la brèche que font à la membrane les écoulements chroniques de la caisse.
Il n’en est pas de même des déchirures accidentelles faites à cette cloison par l’action des corps extérieurs inconsidérément enfoncés dans le conduit auditif, des contre-coups supportés par les os du crâne dans les cas de chute sur la tête, ou de coups portés sur cette même partie. Quels que soient, dans ces diverses circonstances, l’étendue et le siège de là solution de continuité, à moins que les osselets n’aient été lésés ou désarticulés, et que la tunique qui tapisse la caisse ne se trouve vivement offensée, ce qui produit toujours une otide violente, et complique la plaie faite à la membrane tympanique ; hors ces cas, dis-je, la plaie se cicatrise avec une facilité et une promptitude qu’on n’oserait espérer d’une partie si ténue, et si dépourvue de tissu cellulaire. Valsalva a constaté par des expériences cette force répara-
trice de la membrane. Il a ouvert celle de plusieurs chiens ; il l’a dilacérée, en enfonçant dans le conduit un gros stylet ; il a entendu la crépitation de la tunique déchirée par l’instrument ; il a une fois dilaté la rupture autant que possible, en remuant en tous sens l’extrémité du poinçon ; et lorsqu’au bout de quelque temps il a tué ces animaux et fait l’examen de leurs oreilles, il a trouvé que les ravages produits par l’instrument sur la membrane étaient si bien réparés, qu’il n’en restait pas de vestige, et que la cicatrice même était inapercevable. J’ai répété les mêmes expériences sur des animaux de la même espèce, sans obtenir constamment le même résultat. Lorsque je perforais simplement la membrane, soit avec un poinçon mousse, soit avec un instrument tranchant, l’ouverture se refermait complètement au bout de quinze à vingt jours. Mais si, ne me contentant pas d’ouvrir la membrane, je la déchirais dans tous les sens avec l’extrémité d’un styletmousse, il survenait dès lors un léger écoulement, et la membrane ne se réparait point.
J’ai fait la même observation sur les personnes à qui j’ai pratiqué cette opération pour cause de surdité. Dans les commencements, je me servais d’un petit trocar aigu et tranchant ; l’ouverture qui en résultait était guérie en peu de jours. Lorsque, par suite, j’eus fait usage d’un poinçon d’écaille à extrémité mousse, elle ne se referma plus , et l’air continua de passer par le conduit auditif aussi librement qu’après l’opération.
Des insectes, en s’introduisant dans le conduit auditif, peuvent perforer la membrane, ainsi que je l’ai déjà dit, et que je le prouverai par plusieurs observations. On a encore donné comme cause de la rupture de cette même partie, le refoulement de l’air pulmonaire dans la caisse