CHAPITRE V
De la surdité avec excroissances dans le conduit
| auditif.
CE que j'ai à dire des suites qué. produisent, par rapport à l'audition, les corps étrangers chatonnés . dans le conduit auditif, s’applique également aux végétations qui peuvent l’obsiruer; et bien plus souventencore ici, nos procédés extractifs n’ont d'autre résultat que de guérir l'éreille sanñs rétablir l’ouie. Ceci est vrai sur-tout pour l'extraction des polypes; je Pai ii dix fois, et däns deux cas seulement, l'audition s’est trouvée ChhRsS nent et pour toujours rétablie: les autres sourds n'ont éprouvé, pour la plupart, aucun changemient, et chez trois qui ont mieux entendu , l'amélioration de l’ouïe n’a été que moimeñtanée. | | | Dans cette espèce de surdité, bien plus que dans
l'espèce suivante, on peut se rendre compte du
peu de succès de nos moyens désobstruants. Il est en effettrès-ordinaire, après l'extraction d’un polype ou d’une fausse membrane qui bouche Voreille , de irouver le conduit auditif fongueux, et la membrane du tambour épaissie, et de voir la surdité persister au même degré et souvent rester compliquée, comme avant l'opération , de bourdonnement et de céphalalgie. Il ne faut donc pas flatter de beaucoup d’espérance ceux qu’affhge une semblable surdité, etil est d'autant plus important de les prévenir, que souvent cette opération, à cause de la sensibilité du méat auditif, est longue et fort douloureuse.
Ilnefaut pas cependant désespérer du succès, toutes les fois qu'immédiatement après l'extraction de ces excroissances, louie ne se rétablit pas ; il est possible, comme on le verra par une de mes observations, que la cause qui prolonge la surdité soit encore susceptible de céder aux efforts de la nature ou aux r'essources de l'art. Le conduit long-temps bouché par des excroissances polypeuses et membraneuses, est profondement engoué d’une matière épaisse et noirätre, qui, si lamembrane tympanique est percée, peut remplir également la œaisse. Quelquelois la membrané du conduit est boursoufflée , ulcérée; enfin, Votorrhée qui accompagne assez souvent ees sortes de végétations , peut se prolonger après leur extraction. Or, tous ces désordres sont de nature à :
céder à leur tour à un traitement rationnel, tel que nous l’avons indiqué, dans les chapitres qui traitent de ces différentes maladies de l'oreille.
LX XII OBSERVATION.— Une demoiselle, âgée de 8 ans fut prise, en 199/, d’une petite-vérole d'autant plus grave que l’éruption fut à peine sensible. Un an après, elle ressentit de violentes douleurs dans toute la tête, et particulièrement dans l'oreille droite, où la malade éprouvait de vifs élancements, aCCOM= pagnés d’une tuméfaction du même côtéde la figure. En peu de temps , l'abcès s'ouvrit, et fournit pendant les premiers jours une matière semblable à de la lavure de chair, et par suite un pus beaucoup plus épais. Peu-à-peu les douleurs de loreille et de la tête, ainsi que latuméfaction de la face, s'évanouirent. Vers l'an 1600, les parents de la demoiselle, s'étant aperçus que son ouïe s’affaiblissait, regardèrent dans son oreille, eten trouvèrent le conduit obstrué par une excroissance charnue. Cependant il n’y avait nulle douleur ni autre symptôme sérieux, quoique celte partie fournit encore un peu de sérosité. Par condescendance pour cette jeune personne, qui montra beaucoup de répugnance à réclamer les secours de l'art, ce ne fut qu'en 1604, que les parents consulièrent Fabrice de Hilden. Le fongus dont il nous a laissé le dessin , avait la forme du conduit, dans la partie qui s’y trouvait renfermée; mais la partie qui.se montrait en dehors étoit iné-
gale, dure, divide, et s'épanouissait sur la conque par see tubercules.
Le traitement de cette miäladie ayant aé fixé au rétour de la belle saison, on commença vérs la tin de mars à purgèr la malade. Le surlendemain, applicätion dés ventouses aux épaules , et le jour suivant application d'un séton à la nuque. On fit ensuite usage d’un électuaire tonique, d’apozèmes dépuratifs, interrompus par des purgatifs ; en même temps qu'on saupoudrait la tête avec une poudre astringente et aromatique dont on garnissait chaque jour la suture coronale, avec l'attention d'enlever auparavant celle qu'on avait mise la veille. Après ces moyeñs préparatoires, on en vint à l'opération : à l'aide d’un stylet, on fit glisser, sur le pédoncule de la turneur, une ansé de fil; qu’on serra ensuite avec un serré-nœud composé de deux branches qui s'écar: taient l’une de l'autre par leur élasticité, et percées à leur extrémité d'un œil; dans lequel on introduisit le bout du fil pour opérer la ligature. Elle fut faite le 24 mai, et la tumeur se détaeha sans hémorragie et sans douleur le 27 du ménie mois.
Ce qui resta de la racine de la tumeur fut détruit par un escarotique ; et, pour en préserver la mem= brane du conduit; Fabrice de Hilden éut soin d'interposer, entre elle et là caroncule qu'il voulait détruire ; des petites lames de cire. Liès applications du | caustique furent renouvelées, jusqu'à ce qu'en ex
DE LA SURDITÉ AVEC EXCROISSANCES. 125 plorant le conduit, on püt voir la membrane du . tympan parfaitement libre ét dégagée. La guérison fut complète et l'ouïe entièrement rétablie le 24 octobre 1613 (1). |
LXXII® oBseRvaTION. —« La fille de la veuve Fert, demeurant à Champeaux, âgée de 29 ans, était sourde depuis sa naissance; ses parents lui avaient enseigné sa langue à la faveur d’un cornet qu'ils lui introduisaient dans la conque. Ils l'avaient conduite à Paris plusieurs fois, et fait voir à différentes personnes de l'art de cette capitale, qui lui dirent que c'était un mal sans remède. On mé la fit voir, après qu'on eut pris différents avis , sôit à Paris, soit aux environs de Champeaux. Après l’examen de la malade, je m'apercus qu'il y avait dans le conduit auditif une excroissañce charnue que je regardai comme un polypé, et je proposai lopération, en prédisant tout ce qui est arrivé. Le premier de ce mois, je me transportai à Ghampeaux, je fs l'extirpatiôn du corps étranger;qui était la seule cause de l'infirmité de cette fille. C’étaient deux polypes qui avaient un pouce sept lignes de long; l’un avait trois racines ou pédicules, ét l’autre deux. Nous avons vu avec plaisir cette sourde de vingt-deux ans eméndre énsuite plus clair que tous ceux qui étaient présents: Ce succès inespéré a excité la curiosité
(1) Fabrice de Hilden ; cent. 3, obs. 1°.
d’un grand nombre de personnes qui sont accourues pour s'assurer du fait. La montre à la main, je n'ai été que quatre minutes à faire cette opération et à mettre l'appareil. Ma malade va de mieux en mieux, et sera bientôt guérie. ae
» Voici la manière dont je m'y suis pris pour faire l'extirpation. Je plaçai la malade sur une chaise, après avoir préparé ce que Je croyais nécessaire à cette opération , qui est très-simple. J'introduisis une pince fort délicate dans le conduit auditif, ayant saisi le corps étranger, et entouré ma pince d’un fil tors et double que j'avais ciré, après l'avoir fait couler au-dessous du bout de la pince, je serrai fortement le nœud; ensuite je lâchai le tout, et ayant pris les mêmes précautions pour l’autre polype, j'entortillai ces deux bouts de fil autour de ma main, et j'en fis l'extraction avec force, d’un seul coup, et de la même manière pour les deux. Il survint une hémorragie d'environ quatre onces de sang , des deux conduits, qui cessa au bout de deux minutes. La malade tomba en syncope, en voyant sonsang couler; mais cela ne dura qu'un instant, après quoi elle se retira en disant qu'elle m'avait pas senti un grand mal, et qu’elle entendait les cloches, Les moyens dont je m'étais muni en cas d'hémorragie, me devinrent inutiles. J'introduisis une tente de charpie sèche, dans les conduits, que je recouvris d’une compresse; et les jours suivants, je fis faire une injection d’eau tiède
DE LA SURDITÉ AVEC EXCROISSANCES. 12) dans les deux oreilles, quatre fois par jour; il survint un peu de suppuration qui dura environ huit jours, et, dans la même huitaine, la fille a glané dans les
champs : elle se rendait trois fois le jour à la maison pour se faire injecter les oreilles. Hier 7 du mois de septembre, j'ai vu cette fille, qui m'a dit entendre parfaitement, excepté certains jours où , quand on lui parle trop bas, elle est obligée de faire répéter (1). | LXXIV®® OBSERVATION.— Madame évité de vingt-quatre ans, sujette dès son enfance à Me inflammations de l’une et de l’autre oreille, qui se terminaient par un suintement sanguinolent et puriforme, finit par perdre l’ouïe de l'oreille droite, qui est celle qui à été le plus souvent affectée. Cette surdité futaccompagnée d’unesorte de gêne douloureuse dans le fond du conduit, et de temps en temps d’un léger suintement séro-sanguinolent qui diminuait un peu cette gêne , mais sans amendement de la surdité. À là suite d'une fièvre catarrhale, pour laquelle madame Crow recut mes soins, elle me fit confidence de cette infirmité, qu’elle évitait soigneusement de laisser connaître dans la société, en écoutant avec beaucoup d'attention, et en se plaçant convenablement pour prêter sans affectation l'oreille gauche. J’examinaide suite l'organe malade, et j’aper-
(1) Gazette de santé, 1575
cus dans le fond du conduit quelque chose de brillant et d’arrondi, que je pris pour une bulle d'air enveloppée d’un peu de sérosité, Cependant en y portant la pointe d'un cure-oreille, je sentis une résistance qui me tira de mon erreur, eLme persuada que c'était uneexcroissance polypeuse. En effet, l'ayant. explorée.en plusieurs sens, je sentis qu'elle vacillait et roulait sur elle-même; j'en, conclus qu’elle avait ‘un pédicule fort étroit, et qu'il me serait possible d’en faire de suite l'arrachement. Je glissai, entre le conduit et cette exeroissance, l'extrémité concave du cure-oreille, et ayant brusquement ramené à mot l'instrument avec l'attention de presser sur latumeur, je lentraiuai du premier conp. Elle était de: nature graisseuse, de: forme oblongue, un peu étranglée. dans son milieu, ei présentant à son extrémité une pédicule. qui avait tout au plus le diamètre d'une épingle. | | Immédiatement après Vextraction. l'ouie, qui.était complétement perdue, se trouva. rétable, eu peu= sista à un haut degré de finesse jusqu'au. lendemain ; de sorte qu'au ou de vingt-quaire heures la surdité était tout aussi complète. qu'auparavant; et ce qui: est véritablement étonnant, c'esi qu'en examinant au.soleil le conduit auditif je leirouai tout aussi libre, tout aussi intact que celui de l'oreille opposée, tel enfin que je l'avais laissé la veille après. l'opération.
__ DE LA SURDITÉ AVEC EXCROISSANCES. 127 LEXXV®® OBSERVATION. — Un maçon nommé Pierre Dérin, âgé de trente-six ans, devenu sourd de l'oreille Es à la suite d’une otorrhée qui avai duré plusieurs années, s'apercevant que l'oreille gauche saffaiblissait à son tour, se décida à réclamer les secours de l'art, et me fut amené par une de, ses parentes, que j'avais guérie d’une. pareille infirmité. Cet homme avait eu, au cou, dans son bas âge, des tumeurs scrofuleuses qui avaient suppuré, et une teigne dont on. ne l'avait pu guérir que par la calotte de poix. Devenu bien portant et ro- . buste à l’âge dela puberté, il n'avait éprouvé depuis d'autre maladie que celle qui avait attaqué oreille droite. L'écoulement s'était établi après une violente douleur dans le conduit, ei n'avait cessé qu’au bout de cinqans, après avoir entraîné au dehors les osselets de l’ouïe, et détruit complétement l'audition de. ce côté. Peu de temps après, il se déclara dans l’autre oreille, des bourdonnements, des démangeaisons, un léger snintement sans douleur, ce qui ne tarda pas à amener un degré — surdité assez prononcé. 3 J’examinai l’une. et bib oreille : je trouvai la droite engouée d’une matière blanchâtre et fort dure. Après l'avoir ramollie, et en partie enlevée par une douche horizontale d'eau chaude, je. fis l'extraction de ce, qui restait. Le conduit, ainsi nettoyé, ne m'offriy aucune trace de la membrane du tympan. Ce
canal ne formait avec la caisse qu'une cavité continue, tapissée par une membrane rougeâtre et fongueuse. Cependant l'organe , débarrassé des matières qui l'engouaient reprit assez de sensibilité pour per: cevoir quelques sons d'une manièré confuse. L'oreille gauche, examinée à son our, m'offrit vers le
- fond du conduit un tubercule arrondi , baigné d’une
matière puriforme , et que je reconnus être la partie saillante d’une excroissance polypeuse. J'en fis à Vinstant même la ligature, au moyen de laquelle je n’eus pas de peine à l'arracher complétement. C'était un corps oblong , un peu allongé, et terminé par un pédicule qui se trouvait heureusement compris dans la ligature. L’extraction faite, l'audition fut déjà un peu moins dure. En examinant de nouveau le conduit, je ne fus point surpris de n'avoir obtenu que cette légère amélioration : il était telle ment rétréci, sur -tout au fond, par le boursouflement de la membrane , que ses parois étaient presqu'en contact, et qu'il était impossible d'en trevoir la cloison tympanique. Je portai dans cette partie du Conduit un cylindre très-eflilé de pierre infernale, et je l'appuyai fortement dans tous les sens. L’oreille flua abondamment pendant deux jours , au bout desquels Dérin vint me revoir. Il entendait beaucoup mieux ; le canal était plus ouvert, et laissait entrevoir la membrane du tympan, :
qui paraissait phlogosée. Pour la garantir de l'action
du caustique, je poussai dans le fond du conduit un très-petit bourdonnet de coton, et j'y soufflai ensuite de lalun calciné, au moyen d'un tuyau de plume chargé de cette poudre. Cette application renouvelée chaque jour avec la même précaution , pendant une semaine, dégorgea complétement le conduit et tarit l'écoulement : enfin louïe se trouva parfaitement rétablie. Dans la crainte que l’otorrhée ne récidivât, ce qui est fort ordinaire, je conseillai à cet homme d'assurer sa guérison par un cautère à la nuque. | |
LXX VI" OBSERVATION. — Une de nos sourdesmuettes avait depuis son enfance un écoulement très-abondant par loreille droite. En l’examinant avec soin, j'entrevis à l'entrée du conduit une tumeur polypeuse, que je me propo sai d'extraire , dans le seul espoir detarir cetécoulement fétide. L'opération faite, je trouvai le conduit rempli de carnosités, que je * détruisis en quelques jours avec la pierre infernale et l’alun, de la manière indiquée dans la précédenie observation. Cependant, quoique le canal se trouvât désobstrué par ce moyen, il me fut impossible de distinguer la membrane. Je trouvai à sa place, dans le fond du conduit, de petits bourgeons fongucux, semblables à ceux qui remplissaient le méat auditif. J'osai les attaquer avec le muriaie d’antimoine, dont j'enduisis légèrement l'extrémité d’une allumette. La douleur ne fut pas très-vive ; mais 1l résulta de cette