DE LA SURDITÉ AVEC ÉLARG. DU CONDUIT
soixante - douze ans, était tombé insensiblement dans une surdité d'autant plus fâcheuse, que sa vue fort affaiblie, le menaçait d’une cécité peu éloignée ; il vint me consulter en l’an douze , et voici les renselgnements que je puisai dans un écrit qu'il me présenta, étant hors d'état de répondre à mes questions orales.
Parvenu à l’âge de cinquante-cinq ans, ils aperçut qu il perdait la faculté d'entendre la rs à voix basse, de sorte qu'il lui devint bientôt impossible de confesser. Cette indisposition faisant chaque années des progrès, il cessa d'entendre distinétement, au ton ordinaire de la conversation ; mais pour peu qu'on éleyât la voix, son ouïe était nette, et contre l'ordinaire des personnes affectées d’une surdité commençante, il entendait, d'autant mieux dans une conversation générale , qu'e elle était. plus bruyante ; plus tumuliueuse, et que les interlocuteurs plus nombreux et plus animés , élevaient la voix , et parlaient en même temps ; mais l'oreille n'ayant pu conserver ce degré d’ audition, toute convers ation devint i impossible vers l'âge A soixante-cinq ans, sicen "est à l’aide d'un énorme cornet de blanc. Ils ’apercut en même temps qu'en introduisant selon l'habitude, son petit doigt dans ses oreilles , dans l'espoir d'enlever, en le secouant à se reprises, un embarras matériel qu'il croyait y senür, le doigt y entrait beaucoup plus avant qu’au commence=
ment de son infirmité. Deux ans après, cette diffé-
rence était très-notable. Le doigt auriculaire pénétrait si avant dans l'oreille, qu'il en touchait le fond, et qu'il y provoquait un chatouillement douloureux ; du reste point de douleur, ni de bourdonnement ? ni de céphalalgie, ni de suintement parle conduit, qui était au contraire très-sec. À l’âge de soixante-dix
ans ; ce pauvre curé était hors PAS d'entendre la
due même à l’aide du cornet, et quelque intensité
. qu'on donnäât à la voix; il avait cependant trouvé de
lui-même un expédient pour ressusciter l’ouïe, pendant une ou deux minutes seulement; c'était de se ÿ}
boucher hermétiquement l'oreille endant un quart q P q
” d'heure avec l'index enveloppé d’un linge humide, et de la déboucher brusquement. Immédiatement après cette opération, les sons simples pouvaient
‘être perçus distinctement, mais non point la pa-
role. Cette expérience faite devant moi ne réussit Une té qui n’étonna point le En EaR qui m'en avait même prévenu.
J'examinai ayec soin le conduit auditif; je le trouvai, en effet, dilaté d’une manière extraordinaire,
autant à drone qu’à “
gauche, et au Po de rece- voir entièrement mon petit doigt , que } y introduisis jusqu à toucher la membrane du tympan, mais non toutefois sans exciter une vive douleur; le coude que forme le conduit était effacé ; ainsi que sa disposition
ovalaire; etla longueur de son trajet, en raison de son
DE LA SURDITÉ AVEC ÉLARG. DU CONDUIT. 191 élargissement, paraissait fort diminuée. Lamemibrane qui le tapisse , avait contracté une telle sécheresse, qu'elle n'offrait aucune différence avec la peau qui revêt l'entrée du méat auditif. La membrane du tympan, élargie en raison de la dilatation du conduit, avait conservé son inclinaison naturelle, mais non sa concavité. Elle était absolument plate, assez transparente encore, et laissait voir disunctement le manche du marteau, qui avait conservé son volume et sa situation ordinaires. Je portai ensuite mon examen sur l'émineñce mastoïdienne que je trouvai très - volumineuse et fort saillante , sans néanmoins que ce développement püt être regardé comme excessif chez un homme avancé en âge."
Des remèdes nombreux, des injections, dés in= üllations de tous genres, des vésicatoires volants et à démeure , avaient été tentés sans aucun succès. Je crus tout traitément inutile. Je n’en prescrivis également aucun aux deux autres sourds , dont j'ai parlé, par la même cause; j'essayai seulemént sur l'un d'eux de ramenér un des conduits à son diamètre naturel, en y introduisant un tube de plomb, pour m'assurer si j'obtiendrais par ce moyen quelque diminution dans la surdité. Cet éssai ne mé donna aucun | résultat; Jen éspérais peu , mais j'a=
it trop éncore. En pensant depuis à
voue que c’éta cette étrangé lésion de l'organe, et réfléchissant au üraillement que doivent éprouver les osselets de
Vouïe par la tension de la mémbrane trpariue ; suite de l'éloignement des parois du conduit , jai
eu du regret de n'avoir pas pensé à inciser cette his | é
CHÉEUTRE EX A
pe pi surdilé avec Pros concis de lai mer brane du tympan.
IL y a beaucoup de surdités avec épaississement de la membrane tympanique, il y en a peu par épaississement. J'énonce cette différence d’après le peu de succès que j'ai obtenu de plusieurs opérations faites dans le but de lever cet obstacle à la propagation du son. Il semble ,:en effet, que si le défaut de iénuité et d'élasticité de cette Set empêche Pair contenu dans la caisse, de recevoir l'ébranlement des rayons sonores qui arrivent au fond du conduit, cette cause de surdité cessant, aussitôt que l'on a PRROPE. la membrane, l'audition doit se rétablir. IL sen faut de beaucoup cependant que 16. résultat Me à une space qui de 2 si for
tion pe re en RE. et je n'ai réussi j qu'une seule fois à dissiper la RE qui accompagnaii cette lé-
sion organique. Cela tient, je pense, à ce que la cause qui produit l’engorgement de. cette cloisen , agit de même sur la membrane de la fenêtre ronde et sur la partie membraneuse de la lame spiroïde du limaçon, peut-être aussi sur les parties molles du labyrinthe. Quoi qu'il en soit, il importe beaucoup, quand on s'est bien assuré que le défaut de transparence de la membrane tympanique dépend de son épaississement, de se faire retracer les accidents qui ont pu produire cette lésion. S'il y a eu une otite violente, si elle a affecté l'intérieur de la caisse, si au lieu de se terminer par la résoluton, elle a fourni une évacuation puriforme par la trompes ou même par le conduit auditif, la surdité qu’aura précédée un pareil état de choses, doit être regardée.comme incurable. Une violente res tion de l'oreille interne détermine dans les cavités labyrinthiques des changemens qu'il est plus facile d'imaginer que de démontrer, et dont néanmoins on ne peut douter, dons les torts irréparables que font à l'ouïe les phlegmasies de liparüeinterne de l'organe. Dans ces cas l’épaississement de la membrane n’est qu’un des moindres effets de la fluxion inflammatoire qui est venue obstruer l’organe, et quand on a Ôté cet obstacle à la transmis sion du son, il n'en est pas plus nettement perçu. On peuten dire autant de cette même maladie, quand * on la rencontre chez les vieillards, qui y sont cepen-
dant beaucoup moins exposés ve on ne serait ténté de le croire. + me |
Dans les cas contraires, c'est-à-dire lrétnié l'épaississément est survenu à la suite d'une otite externe, ou d’une inflammation érysipélateuse de la tête, où d’une éruption pustuleuse survenue dans le méat auditif, et dans un âge peu avancé, le pronosuc doit être plus favorable, et l’on a tout à espérér de la perforation de la membrane.
LXXX VI OBSERVATION. — Mademoiselle C...
âgée de dix-neuf ans, très-sujette à des maux d’ ue et de denis, fut prise pendant l'hiver de 1806, d’une véritable otte purulente externe, qui, par les soins que j'y apportai, Se termina au boutde trois semainés. L’oreille droite, qui avait été le siége del'écoulement, resta aflectée de surdité. Le conduit auditif naturellement plus ouvert et moins coùdé qu'il ne l’est d’or- | dinaire, permettait de voir aisément l’état de la mem brane : elle était jaune et éans transparence. Cette opacité me parut un signe d'épaississement , et cet épaississement la cause de la surdité; espérant peu des secours de la nature contre une surdité de cette espèce, je proposai de perforer lamembrane. La demoiselle ÿ eût consenti sans peine, mais les parents goùûtèrent pre cet avis, de sorte qu'elle est restée dans le même état, malgré plusieurs autres traitements , les uns conseillés par les gens de l'art, les autres sMEquils par des charlatans. | |
DE LA SURDITÉ AVEC ÉPAISS. DE LA MEMB. TYMP. 155 LXXX VIT" osservation. — Un jeune homme,
âgé de vingt - cinq ans, demeurant aux environs de Paris, vint il ÿ a six ans, dans cette ville, pour me consulter pour une surdité presque complète dont il était affligé depuis un an , et plus du côté droit que du côté gauche; cette infirmité s'était déclarée à la suite d’un écoulement de l'une et de l’autre oreille, survenu dans le cours d’une blennorrhagie syphilitique simple. Cette der-
nière maladie n’en avait pas moins suivi sa marche accoutumée, en diminuant peu-àpeu et se terminant insensiblement au bout de deux mois, sans le secours d'aucune injection. L’écoulement de l'oreille s'était déclaré sans de grandes douleurs; d'abord séreux, peu copieux, il avait imsensiblement augmenté en consistance et en quantité, d’où je conclus que l'otite n'avait affecté que le conduit auditif et que la membrane n'avait point été ouverte. Je pensai cependant qu'elle avait dû éprouver quelque lésion particulière, d'après un phénomène fort Curieux qui accompagnait cette surdité. Toutes les fois que ce jeune homme voulait donner an peu de force à louie, 1l faisaitune forte et longue expiration, en ayant la précaution de se fermer la bouche et le nez, de manière àcequ Al s'accumulât uné grande quantité d'air dans l'oreille interne. Sitôt : après cette opération, la surdité se trouvait beaucoup diminuée, mais ce n'était que pour uninstant. Je ne voulus rien prononcer sur
la nature de cette infirmité, m1 la combattre par aucun remède, que je n’eusse auparavant selon ma coutume, exploré attentivement le conduit auditif à la lumière du soleil. J'engageai donc le malade à se présenter de nouveau Chez moi au premier beau jour qu'il ferait. C'était en hiver, le temps resta continuellement brumeux pendant plus de quinze Jours. Sur ces entrefaites, ce jeune homme fut pris d’une affection bilieuse qu'aggravèrent l’état de faiblesse, où l’avait jeté un traitement mercuriel inutiten administré, et le chagrin qu'il éprouvait de tonbos malade Loin de sa famille. Il succomba sept jours après l’invasion de la maladie.
Je fis l'ouverture de la tête, et j'emportai chez moi les deux temporaux pour examiner l'oreille avec plus de soin. Je trouvai la membrane propre du conduit auditif, gonflée, œdémateuse et irrégulièrement | boursouflée ; celle du tympan également épaissie, sur-tout à sa pe Aa où elle é égalait au moins l'épaisseur de la loue. on eût dit que cette augmentation s'était faite par la superposition de plusieurs couches membraneuses appliquées à la face externe ; car en l’examinant de ce côté on voyait’ une sorte de desquammation commençante de petits lambeaux épidermoïdes qui : se détachaient aisément par la simple traction. Dans cet état, la membrane avait perd: toute sa transparence, ainsi que cette disposition conique qui en rend le centre
DE LA SURDITÉ AVEC ÉPAISS. DE LA MEMB. TYMP. 157 plus élevé que les bords ; cet aplatissement était plus marqué même dans l'oreille droite , qui était celle dont la surdité était la plus forte. J'y trouvai trèsmanifestement les connexions des osselets entre eux et avec les membranes du tympan et de la fenêtre ovale , beaucoup plus fortes qu’elles ne le sont dans l’état naturel , au point qu'il me fallut faire quelque effort pour séparer l’enclume du marteau, qui, lorsqu'on dissèque ces parties, quand elles sont dans l’état naturel, s’isole, comme on le sait, avec beaucoup de facilité. Le reste de oreille interne, tant à droite qu'à gauche, ne présentait à l'œil rien de remarquable. i
La perte de l'audition reconnaissait-elle exclusivement pour cause l'état de la membrane tympanique? son aplatissement plus prononcé dans l’oreille droite, et le peu de jeu qui restait aux osselets dans cette partie étaient - ils suffisants pour rendre compte de la plus grande intensité de la maladie dans cette même oreille? Je suis tenté de le croire. | |
LXXXVIL OBsERVATION. — Mademoiselle Plavielle , dont le père était mort sourd dans un âge peu avancé, voulant se débarrasser d’une dartre farineuse répandue sur son menton, frictionna cette partie avec de l'huile de térébenthine , d’après le conseil qui lui en fut donné par une de ses amies. Dès le lendemain de cette application toute la figure
128 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE Il, CHAPITRE IX:
fut prise d'un violent érysipèle, qui en trois jours se répandit sur la tête et la tuméfia excessivement. L'inflanmation sévit sur-tout contre l'oreille droite, y provoqua une douleur violente, qui fut suivie d’un écoulementséreux peuabondant. L'érysipèle dissipé, l'otite se prolongea au-delà de deux mois, malgré l'application d'un vésicatoire, et des purgauifs réitéres. Enfin l'écoulement dimimua insensiblement et tarit, laissant cette oreille affectée d'une surdité trèsintense. Cette mfirmité durait depuis cinq ans, quand cette demoiselle chercha à s'en délivrer, pour être
plus apte à remplir la profession d’institutrice qu'elle
venait d'embrasser. Je fus consulté. Le rapport de ce qui s'était passé Joint à l'examen de l’organe malade, me fit reconnaitre un épäississement de la membrane du tambour. Avant de proposer la perforation ;; je prescrivis une application irritante dans le conduit auditif qui se phlogosa, mais ne fournit.
aucun écoulement. Je fis l'essai de quelques au-
ires injections douées des mêmes propriétés, je: n'en obüns pas davantage. Enfin il fut décidé que nous perlorerions la membrane. Je me servis d'un poincon d'écaille comme plus propre à produire. la dilacération de la membrane : à peine fut-elle percée que l'audition se rétablit. Je recomman- dai, pour empêcher le recollement des bords de la déchirure, de pousser à plusieurs reprises dans la journée et pendant trois jours consécuuls, de Pair
MR
dans la caisse, de manière à le faire sortir par le conduit. Cette précaution réussit , l'ouverture ne se re-
ferma point, et la guérison fur consolidée.