EXALTATION DE L'OUÏE
L'ExaLTaTioN de l'ouie qui a été confondue, sous le nom de paracusis, par les anciens et par Sauvages , aveC Ja dépravation. de ce.sens ,, mériterait à plus juste titre celui d’'hypercousie. Gette névrose renferme un grand nombre de variétés, quiont pour caractère commun une perception plus ou: moins incommode et même douloureuse de certains sons, de certains bruits, particulièrement de ceux qui sont élevés et aigus. Quelquefois la perception de ces mêmes sons est confuse; d’autres fois. elle est seulement douloureuse. Dans le premier cas, l'hypercousie est le prélude d'une véritable surdité nerveuse, suite ordinaire de l’exaltation de l’ouïe lorsqu'elle se prolonge; et cette surdité est du nombre de celles qui ne cèdent point aux moyens curaufs. D'autres fois la maladie n’est à proprement parler qu'une espèce de retentissement ou de vibration prolongée de ces sons incommodes, lesquels ne peuvent être perçus nettement que lorsqu'ils sont isolés par de longs intervalles. Ces différences sont peu importantes; ce qu'il importe le
Rs:
EXALTATION DE L'OUIE. o plus d'établir, c’est le caractère idiopathique ou symptomatique de cette lésion.
La première espèce est fort rare ; je n'ai pu en r&r eueillir que deux exemples, encore ne les ai-je pas eus sous mes yeux : l’un est tiré d'un mémoire à consulter qui me fut adressé par un avocat de province; et l’autre, de la relation orale qui m'en fut faite par la malade elle-même, long-temps après quelle eut éprouvé cette indisposition.
L’hypercousie symptomatique se rencontre fréquemment dans certaines névroses, et particulièremeni dans l'hystérie et l'hypocondrie. Elle accompagne quelquefois les violentes migraines, la frénésie et les érysipèles de la face. Je lai plusieurs fois observée dans d’autres maladies de l'oreille, telles que l’otite commençante et l’otalgie. |
Dans l’hypercousie idiopathique , l'emploi des. émollients et des calmants, portés dans le conduit. auditif, me paraît devoir composer le fond du trai- ‘tement. Ainsi, les vaporisations éthérées, l'instillation de l'huile de lis ou d'amandes douces , les
fumigations émollientes, seront mises en usage ; et, si ces moyens n'avaient pas l'effet désiré, on pourrait toujours soustraire l’oreille à cette incommodité, enaffaiblissant, par le tamponnement du conduit, l'action des ondes sonores. Il parait démontré, par l'une des deux observations suivantes, que l'opium ét les bains ne sont propres qu'à augmenter cette maladie.
Je ne parlerai point de lhypercousie symptomatique, soit comme complication au début de quelque autre maladie de l'oreille, soit comme épiphénomène des névroses. Le traitement de la maladie principale devient celui de l'affection symptomatique. Je n'ai pas cru non plus devoir en présenter des exemples ; ils seraient sans intérêt, et n'apprendraient rien aux . médecins que la pratique ou l’étude ont familiarisés avec toutes les formes variées sous lesquelles se présentent la plupari des maladies nerveuses.
LI o8sERVATION.— Une dame qui me consultait sur une cophose de naissance dont une de ses nièces était affligée, me parla d’une maladie qu’elle avait elle-même éprouvée, et qu’elle appelait le contraire de la surdité. Je la priai de me donner quelques détails sur cette singulière incommodité, et voici à-peu-près la relation qu'elle me fit, et que jécrivis de suite.
Mariée très-jeune et douée d’une faible constitution, madame Ger.…. éprouva, pendant la première année de son mariage , une-faible indisposition quon pouvait rapporter à un excitement morbide du système nerveux, comme perte de la voix, oppression, palpriations, crampes d'estomac, migraines atroces, mouvement fébrile à la moindre contrariété. C'est dans cet état qu’elle fut prise de la rouseole. L'éruption se fit. mal, et disparut complétement à Ja suite d’un léger mouvement de colère.