EXALTATION DE L'OUIE
Aussitôt, douleur vive dans la poitrine, ‘avec toux sèche : il semblait à la malade que l'air qu'elle respirait, contenait un sable brülant qui roulait dans
ses poumons. Le moindre mot qu'elle prononçait,
déterminait dans le larynx un chatouillement des plus incommodes. Après plusieurs semaines pas-
sées dans cet état , et l'emploi inutile et même nui-
sible des vésicatoires sur la poïtrine, on tenta l’'usage des bams, qui eurent un succès complet, et firent disparaître l'irritation fixée sur les poumons; mais ce fut aux dépens de l'organe auditif. Cette dame était dans son bain, quand tout-à-coup elle fut frappée d’une foule de bruits extérieurs qu’elle n'entendait pas auparavant. Etonnée de ce phénomène, elle sonne sa femme de chambre, et s’é. ionne encore plus d'entendre la sonnette retentir à ses oreilles , comme eût pu faire une petite cloche d'église. Le mouvement qu'elle imprima à l’eau ensortant du bain , produisit pour elle un bruit semblable à l'agitation de lamer. Mais tous les sons-ainsi grossis par l'oreille , étaient confus et discordants , non-seue lement parce qu'étant plus intenses , ils fatiguaient Toreille et le cerveau, mais encore parce qu'ils n’étaient pas tous également exagérés par l'oreille. Par exemple , lorsqu'on parlait à voix basse à madame Ger.….: elle entendaït comme auparavant; mais si on élevait la voix de quelques tons, il lui semblait qu'elle était haussée de plusieurs octaves, où plutôt
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-qu'elle sortait de la cavité d’un grand portevoix. Les bruñs qui se faisaient près dé son oreille, Jui paraissaient ‘proportionnellement beaucoup plus augmentés que Ceux qui partaient de loin. Ainsi elle ne pouvait semoucher sans en être étourdie jusqu'à perdre connaissance , ni se graiter aux environs de l'oreille sans éprouver le tourmeni de quelqu'un -Qui entendrait scier une planche sur sa tête. Cependant il s'en fallait de beaucoup que la musique lincommodät à ce point; elle la supportait pourvu 4welle ne füt pas très - bruyante; un air chanté dans le has, bien loin de fatiguer ses oreilles, semblait au contraire la consoler du tourment que les autres bruits lui occasionaient, Mais toute con- Versation lui était insupportable ; tout ce qu'elle pouvait faire , c'était ide parler et d entesdre parler à à voix basse.
On crut d abord qu'une pareille arést ne du- .reräit pas, et l’on se conienta de faire boucher avec du coton les oreilles de la malade, et de prescrire le silence le plus profond. Cette précaution garantit
l'oreille de la sensation incommode des bruits extérieurs, mais ne put hui épargner ceux non moins fatigants que produisaient l'action de se moucher, et sur-tout la mastication des aliments durs, tels que le pain. On essaya donc de calmer cette sensibilité inorbide de loue, par les narcotiques pris: à l’inaérieur et les bains. Le premier de ces moyens
EXALTATION DE LOUIE. 9 fut sans eflet; le second augmenta sensiblement Ja maladie. Parmi les diverses applications locales qu'on essaya ensuite ; le musc, enveloppé dans du coton, fut le moyen qui apporta le plus de souligement, de concert avec les lotions de la tête à l’eau froide, que la malade employa d'elle-même, parce qu'elles lui avaient souvent réussi pour Calmer ses accès de migraine.
Cette indisposition était devenue, au bout de deux MOIS , à-peu-près supportable, quand l'emploi im. prudent d’une prise de poudre capitale , conseillée à cette dame par une de ses amies, fit renaître l’exaltation de l’ouie dans toute son intensité. Les moyens qui avaient réussi auparavant furent impuissanis dans cette rechute , qui dura environ six semaines , et qui, peut-être, eût été plus longue encore, si une grossesse des plus heureuses ne fût venue la dissiper complétement et sans retour. | |
LII"< opservarion. — M. D..., avocat, âgé de quarante ans , s'étant livré pendant un mois à des recherches contentieusés sur une affaire qui le regardait personnellement et qui l’occupait nuit et jour, éprouva une tension douloureuse dans le front et à la racine du nez, qu'il aurait prise pour un commencement de corysa, sans les symptômes inaccoutumés qui accompagnaient la sécheresse du nez. Toutes les fois qu'il parlait et qu'il essayait de cracher on de se moucher, le bruit que
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produisaient l’une ou l’autre de ces foncüons, li paraissait beaucoup plus fort qu’à l'ordinaire: S'il respirait par le nez seulement, l'air, en passant. par les narines, produisait une espèce de frémisse-
ment sonore désagréable, quoiqu il ne fût aucune-
- ment sensible pour les assistants. Cette incommodité
se dissipa spontanément au bout de deux ou trois semaines, et reparut tout-à-coup deux mois après, un jour que ce légiste allait en voiture, à sa maison de campagne, par un temps froid et pluvieux. Mais cette fois, la sensibilité de l'ouïe se trouva beaucoup plus exaliée; car les sons extérieurs qui, dans la première attaque, ne paraissaient pas plus intenses quà l'ordinaire, semblaient Vêtre tellement dans cette circonstance, que le bruit de la vorture sur une route non pavée, simulait à ses oreilles le roulement d'une charrette sur un chemin sec et raboteux.
C'était au point que M. D... fut obligé de se tenir constamment. les oreilles bouchées avec les doigts, jusqu'à son arrivée à sa maison. Îl fut près d’un an tourmenté de cette indisposition fatigante , à laquelle il ne trouva d'autre remède que de se tamponner le méat audiüf avec du coton imbibé d'huile d'amandes douces. Pendant ee temps, il fit sur son état diverses observations dignes d’être notées. Ilremarqua que les bruits lui paraissaient avoir acquis bien plus d’intensité, que ce que nous appelons proprement le son.
Une chaise qu’on changeait de place, en la laissant
EXALTATION DE L'OUIE. ‘ 11 glisser sur le carreau, faisait sur ses oreilles, si elles n'étaient point bouchées avec du coton, leffei qu'aurait pu produire un meuble des plus lourds, trainé avec violence sur le parquet; un vent tant soit peu violent, était pour lui un ouragan des plus furieux; et la délicatesse de l'organe pour cette espèce de bruit était telle, que de quelque léger mouvement que Pair fût agité, il l'entendait frémir dans les arbres de son jardin, de l'intérieur de sa chambre qui était au premier étage, et dont les fenêtres étaient parfaitement closés. Parmi les corps qui rendent un véritable son, tous n’agissaient pas sur l'or- . gane malade avec une intensitéésalementaugmentée. Les cloches et le tambour produisaient une sensation proportionnellement plus vive que les instruments de musique: Parmi les sons tirés de ceux-ci, les graves fatiguaient bien plus l’ouie que ceux qui étaient aigus ; il en était de même de la voix humaine. M. D... ne pouvait souffrir la conversation des personnes qui avaient la voix pleine et forte, et il n'était que fort légèrement incommodé des cris aigus d’un enfant pleurant.
À la suite d’un léger écoulement de sang hémorroïdal, qui avait également eu lieu lors des premières atteintes de ce mal, ét qui n'avait alors produit aucun effet, cette seconde attaque se dissipa, mais seulement pour quelques semaines, au bout desquelles il en survint une troisième à-peu-près
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semblable, compliquée en outre de bourdonnéments continuels. À cette époque, la sensibilité de l’ouie parut s’affaiblir , ainsi que le bourdonnement ; mais dès lors M. D... s'apercut qu'il devenait sourd; cetie surdité s’accrut d'une manière assez rapide, et résista à tous les remèdes qui furent administrés par les gens de l’art.
Je ne Crus pas devoir à mon tour en AT d’autres, persuadé delincurabilité de ceteinfirmité, qui datait déjà de six à sept ans. Mais, outre qu'elle était ancienne, elle me parut Pas d’après Jobservation que me communiqua. verbalement la personne qui me remit le mémoire à consulter. Elle an'assura que le père et l'oncle paternel de M. D... étaient complétement sourds, et qu'ils l’étaient devenus à-peu-près à la même épagque que le consultant: