RE
s'élevait en voûte dans l’intérieur de la bouche, de manière à se coller à la paroi palatine, et qu'elle $ ’affaissait vivement sur elle-même, au moment où Pair s'échappait du larynx et de à bouche pour larticulation de ce même son. 1 démontrai ensuite que dans le ga, la stagnation de l’air dans la gorge, le soulèvement et l’affaissement de la langue étaient les mêmes ; mais que l'air, qui faisait la matière du son/poussé moins vivement au dehors venait expi= rer contre la voûte palatine , au lieu que dans le ca, le son, après avoir frappé le palais, était réfléchi hors 5 la bouche , de manière à se faire sentir à la main placée ete ra au niveau du menton.
Cetie double démonstration fat aisément saisie, et peu d épreuves sufhrent pour me donner de ment le ca et le ga.
Voilà par quels moyens je suis parvenu à faire articuler les sons que je n’avais pu faire entendre. En exposant ici le petit nombre de ceux quiont été l'objet d’un pareil travail, je n'ai pas cru devoir ‘énumérer tous les autres sons de leur série , ‘encore. moins ceux qui en dérivent.Ce que j'ai dit plus haut , sur la manière de faire prononcer les sons articulés composés, s'applique aux composés des sons doux , et rend toute’autre explication superflue.
Je venais enfin de fre connaitre à ces enfants . tous les élémens de la parole. De ce point à celui où | 1] fallait les amener pour en faire des êtres parlants,
il y avait encore une distance prodigieusé », et que je crus remplir par de fréquents exercices sur toutes les combinaisons possibles , et les plus difficiles de ces mêmes sons. Tantôt je donnais à lire à chacun d'eux plusieurs phrases composées des mots qui leur coûtaient le plus à prononcer: tantôt} exposais à leurs yeux et confiais à leur mémoirele tableau | détaillé des différentes manières dont un même son peut être rendu par l'écriture. D’autres fois par une opération inverse j'écrivais une phrase prise au hasard dans un livre , et j'exigeais d'eux qu'ils la transcrivissent telle qu'elle devait être prononcée. Malgré ces exercices, assurément bien propres à perfectionner mon éuvrage , je sentais que je n'arrivais point au but. J'avais des enfants qui lisaient plus. ou moins intelligiblement, mais. qui ne parlaient point. Si je leur faisais là moindre question et qu'il. leur fallût répondré verbalement ; Voilà, aussitôt mon interlocuteur dans le plus grand embarras : les yeux fixes et promenant sa main sur.le front . semblait être travaillé de la solution d'un problème. J’attendais souvent près d’un quart d'heure, et pour peu qué la réponse exigeât plus de frais qu'un oui où qu'un r0n, je n’obtenais que des syllabes entrécoupées sans suite et sans liaison. Cependant je connaissais assez le degré d'instruction de chacun d'eux pour être cerlain que mes ques- Hons n'étaient point au-dessus de leur portée. A
quoi pouvait tenir un pareil embarras ? Quelle était la nature, de cette difficulté nouvelle qui, se présentant; ainsi à la fin de mon travail, venait m'en dérober tout le fruit ? On ne devinerait jamais à quelle découverte piquante me conduisit une pareille recherche. de remarquai d'abord qu'aussHôt ma question: faite et comprise, le sourd-muet se: mettait à remuer les doigts comme s'il eût voulu répondre par signes; qu'avant que le premier son de la réponse verbale füt articulé, les mouvements des doigts recommençaient .trois où quatre fois; et que lors même que la réponse était commencée , s il se présentai quelque mot un peu long et difficile à à prononcer ; Je YOYaS ce mot embarrassant être: travaillé à plusieurs reprises par les doigts avant d'être art culé par les lèvres. Il me parut évident que lesourdmuet . Exisait à ici, ce. que font tous ceux qui, après avoir, appris SOUS ur maître une langue étrangère s'exercent, pour là première fois, à Ja parler. Ils pensent dans leur langue, font des Vue avec des mots de cette même langue, et les traduisent lentement par ceux de la langue étrangère. Encore y at-il dans ce rapprochement des points de différence qui sont au. désavantage du. sourd-muet. Lorsque nous parlons, avant de la connaître, une langüe qui n'est pas la nôtre, nous échangeons des mots pour des mots , au lieu que le sourd-muet échangeail des Jeuires pour des sons. Mais ce n’est: pas
DE. LA SURDITÉ DE NAISSANCE. D1 tout; à cette difficulté s’en joint une autre non moins embarrassante; c’est celle qu'éprouvaient ces enfants pour retenir les mots parlés , dont se RARE une interrogauon , même des plus courtes. Ils n'avaient poini, comme nous, cette admirable facilité, qui lorsque quelqu'un nous parle , nous fait retenir les sons par les mots, les mots par les images et les images par le rapport des convenances qu'elles ont entre elles. Ils suivaient bien le même procédé ; mais ils le suivaient en détail, pas à pas, ét au milieu de ces tâtonnements, le fil de la phrase leur échappait. Si je faisais cette question : D'où venezvous ? J'étais entendu , et lon me répondait. Si je faisais celle-ci: Que venez-vous de faire dans le
jardin ? I me fallait la répéter cinq ou six fois, pour obtenir une réponse juste. Mais, si composant ma. question de deux propositions: detre 6e venais à dire : On a défendu aux sourds-muets d'aller dans. le jardin, pourquoi y êtes - vous allé ? la mémoire ne pouvait retenir cette multiplicité de sons qui, au lieu de lui être confiés en masse , lui étaient lentement apportés en détail; et, après plusieurs répétions infructueuses , le sourdmuet finissait par me-prier de recommencer de: nouveau ma question , et de lui permettre de l'écrire sous ma dictée.
De fréquents exercices , de nouveaux efforts, une patience infatigable levèrent, en partie, ces derniers
obstacles. Je les aurais peut-être surmontés entièrement , si, maitre des localités et des circonstances, javais pu séparer mes sourds-muets de tous leurs condisciples , et proscrivant ensuite toute espèce de signes entre eux, les forcer de recourir exclusivement à la parole pour manifester tous leurs besoins, pour exprimer toutes leurs pensées. Au fieu de cela, il fallut me contenter de leur faire cultiver, sous mes yeux, et seulement pendant une heure ow deux par jour, ces laboricuses acquisitions de lorgare de la parole. Aussi n'obtins-je qu'un succès fort incomplet. Je ne le crus pas indigne néanmoins d'être soumis au jugement de la Faculté de médecine. La société formée dans son sein entendit avec intérêt la communication de mes expériences, | et accueillit avec une bienveillance marquée les sourds parlants et entendanis, qui lui furent présentés dans une de ses séances (1). Parmi eux se fit remarquer sur-tout un jeune enfant, qui, resté beaucoup plus sourd que les autres, se servait ce pendant avec beaucoup plus d'avantage de ce peu: d’audition, pour entendre et pour parler. La nature de sa surdité le mettait dans le nombre de ceux dont louïe peut être utilement cultivée sans acquérir beaucoup de développement. Livré entièrement à mes soins, confié à une gouvernante , .
(1) Butletin de & École de médecine, 1808, n° 5.
DE LA SURDITÉ DE NAISSANCE. 519 dont l'unique emploi était d'exercer progressivement son oreille à la perception nette des sons, privé de la ressource des signes, et forcé enfin de tirer de sa faible audition les seuls moyens de communiquer avec les personnes qui l’approchaient, 1l avait reuré de nos exercices un avantage plus complet; mais la tâche que je m'étais imposée auprès de lui était beaucoup plus vaste; car en même temps que je mettais à la disposition de la pensée les organes de l'ouïe et de la parole, il me fallait provoquer le développement de l'intelligence, et procéder à l'éducation morale de cet enfant. Cette partie métaphysique de mon travail, a un rapport trop indirect avec la matière de cet ouvrage pour ne pas en être exclue. Je n’entrerai donc dans aucun détail à ce sujet. Je dirai seulement que le mode d'instruction dont j'ai fait usage, et qui est également applicable à l'éducation de tous les sourdsmuets incomplets, n’est qu'une modification de la méthode d'enseignement si heureusement pratiquée par M. l'abbé Sicard. Ce n'est qu'une iraducton des signes manuels en signes parlés. Toutefois comme les enfants dont il est ici question ne recouvrent jamais que très-Imparfaitement l’ouïe , ilen résulte que les sons articulés ne sont jamais qu incomplétement entendus, et que les signes parlés, comparés, sous ce point de vue, aux signes écrits, offrent des difficultés, des lenteurs et des mé-
prises dont se.trouve exempte la langue des signes , qui , je le répète , est la parole naturelle des sourdsmuets, et qui présente le grand avantage de les metire en communication entre eux. Mais si l’éducation , qui a pour moyens d'instruction loue et la parole, est plus lente et moins parfaite , on en reure du moins un résultat plus sausfaisant, une voie de communication plus facile et plus agréable entre le sourd-muet et la société, entre ce malheureux enfant et ses parents, plus malheureux encore ! C'est pour eux que j'ai tracé ces dernières pages. Je les consacre à l’allégement de la douleur la plus grande qui puisse afiliger le cœur d’une mère.