‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'audition (volume 3)Chapitre 6 sur 45 · CHAPITRE PREMIER, Du Pourdonnement · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER, Du Pourdonnement

SANS nous arrêter aux distinctions que les auteurs ont voulu établir entre les diverses nuances de celte paracousie, sous les noms de Üruissement, mur = mure, sifflement, bombement, tintement, etc., nous nous bornerons à pus deux espèces de

de plaisirs et d’erreurs ont leur source dans les fausses perceptions de ce sens; le goût et l’odorat y sont aussi parfois exposés; et le toucher, qui est assurément le plus sûr de tous nos sens, n’en est pas entièrement exempt. On sait qu’en croisant l’un sur l’autre l'index et le médius, et faisant rouler entre leurs extrémités un petit corps oblong , on croit le sentir double, et d’une manière si distincte, que la vue seule peut nous détromper. Si dans un état de calme, de santé, et lors même que nous nous y attendons le moins, nos sens peuvent nous tromper à ce point, à quelles méprises ne doivent-ils pas nous exposer dans un moment de terreur, de préoccupation profonde , d’affaiblissement de nos organes ou daps fe délire de quelques-unes de nos passions P

LA

bourdonnements, d’après la nature des causes qui peuvent les produire. La première comprend les bourdonnements dus à des bruits, étrangers à l’action des corps sonores extérieurs , mais qui existent véritablement, et s'opèrent dans l’intérieur de l’oreille ou de la tête, d'après les lois de la physique animale. À la seconde, je rallie tous les bourdonnements qui ne dépendent d'aucune espèce de bruit. existant au moment où ils se font entendre, et dont les uns tout-à-fait fantastiques, si je puis m'exprimer ainsi, ne reconnaissent aucune des causes du son, tandis que les autres ont pour origine une perception réelle, qui s’est prolongée plus ou moins long-temps , après que l'impression du son a cessé, ou qui se répète par intervalles sans que le son se seit reproduit.

C'est ainsi que lorsque nous croyons voir de peuts filaments voltiger devant nos yeux, cette aberration de la vue, tantôt est due à de petits flocons véritablement flottants dans humeur de Morgagni, selon les observations de M. Demours, et tantôt n’est qu'une perception trompeuse de la rétine malade, ainsi que l'ont remarqué Boerhaave et Zimmer- Mann.

Il'est donc important, pour avoir quelques nouons exactes du bourdonnement, et y appliquer un traitement méthodique, de le distinguer en vrai et en faux. Ge que je viens de dire explique assez

16 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE I, CHAPITRE L le sens que j'attache à chacune de ces deux dénominations.

De quelque espèce, au reste, que puisse être le bourdonnement, il faut, avant tout, déterminer s’il est simple, ou s'il est compliqué de surdité. Le premier cas se présente fort rarement, presque toujours il y a diminution plus ou moins considérable de louie. Dans le dernier cas, il importe beaucoup de reconnaître si le bourdonnementest cause ou simplement affection éoncomitante de la surdité. Cette dernière distincüon n’est pas toujours facile à établir; presque toutes les personnes sourdes, qui éprouvent en même temps des bourdonnemenis, sont intimement convaincues, et finissent par vous persuader que les bruits continuels qui fatiguent

leurs oreilles sont l’unique cause de leur sur- dité, et qu’elles entendraient distinctement si elles étaient délivrées de ces bourdonnements incommodes. |

… Pour éclaircir ce point d'étiologie, il faut remonter à l’origine de la surdité ,et tâcher d'en déterminer Ja cause. Si cette affection s’est déclarée après des syptômes d'otite ou d’otorrhée ; si elle a précédé les bourdonnements; si ceux-ci ayant été quelquetois suspendus ou diminués , l’ouïe n'a pas repris son iniégrité ; sil y a eu, s'il y a encore des maux de tête presque continuels, on peut croire que la surdité est indépendante des bourdonnements , et dès lors

ils ne méritent nulle attention, et ne présentent aucune indication particulière. |

I! suit de ce que je viens de dire pour caractériser cette affection comme épiphénomène, que, dans les circonstances contraires, elle peut être regardée comme primitive, ou comme cause de surdité. On peut quelquefois s'en assurer par une épreuve qui ne laisse aucun doute, lorsqu'elle réussit : elle consiste à comprimer, pendant quelques minutes, l'une et l'autre caroude. Rien n’est si ordinaire alors que de voir le bourdonnement s'arrêter. Si la surdité disparaît en même temps, on ne peut mettre en doute que celle-ci n’en soit véritablement la suite, ou tout au moins qu’elle ne soit dépendante de la même cause; ce qui revient au même pour le traitement. La surdité qui est l'effet du bourdonnement, présente encore cette particularité, qu’elle ne trouble point, au moins dans les commencemenis, la perception des sons ou des bruits isolés, mais qu’elle nuit seu lement à l'audition de la parole et des sons émis en méme temps que d’autres, comme dans une conversation générale, ou dans le chant avec accompagnement.

Après s'être assuré que le bourdonnement est Ja maladie unique ou principale, il s’agit d'établir à laquelle des deux espèces dont j'ai parlé plus haut, il peut être rapporté. Le bourdonnement vrai, C'est dedire celui qui est causé par des bruits réels pro- |

Ds us

18 DEUXIÈME. PAR TIE , LAVRE il, CHAPITRE 1.

duits dans l'intérieur ou près de l'oreille , peut être l'effet d'un état pléthorique, soit général, soit local, ou de la dilatation de quelque vaisseau artériel, ou enfin de quelque obstacle mécanique qui s'oppose à la libre circulation de l’air dans l'oreille, tant externe qu'interne. | | Le bôurdonnement vrai, dû à la pléthore ou à \ la dilatation de quelque artère, s'explique d'une manière très-satisfaisante par le mouvement et lim pul-

sion du sang contre les parois du vaisseau; soit que

celte impulsion devienne plus forte, soit que, par une disposition qu'on ne saurait expliquer, ce mouvement, jusque-là mapprécié, se fasse sentir à la pulpe nerveuse auditive. Dans les inflammations violentes de l’oreille interne, l'impulsion du sang artériel établit un tintement isochrone avec les mouvements du cœur, et les malades comparent ces pulsations intérieures à des coups de marteau qui

semblent leur fendre la tête. IL y a des céphalalgies

qui sont également accompagnées de pareils tntements. Je ne dirai rièn des maladies dans lesquelles ils se présentent comme symptômes, parce qu'ils appartiennent à ces maladies, et sont subordonnés aux indications qu'elles présentent. L' dti L'anaiomie pathologique ma encore démontré aucune dilatauon anévrismatique des petites arières qui distribuent le sang dans l'oreille interne; et quand on considère la situation et l'exiguité de

DU BOURDONNEMENT. 19 éés vaisseaux, on croit difficilement à la possibilité de cette dilatation. Mais peut-on expliquer autrement ces violents battements qui ne se font sentir

que dans une seule oreille, qui sont isochrones avec

les mouvements des artères, et qui, semblables encore en ceci aux pulsations anévrismatiques, aug- ‘mentent tumuliueusement au moindre exercice? Je suis fondé à croire que, dans ces circonstances , il

y a véritablement quelques vaisseaux dilatés, sinon |

dans loreille, au moins dans le voisinage de vet or-

gane. Les artères nombreuses qui l'environnent, ra- “mifications de l’occipitale, de la temporale, de Pauriculaire postérieure, sont, par leur volume, plus propres que celles de l'oreille même à devenir anévrismatiques, et peuvent, par leur contact médiat ou immédiat avec le temporal, faire retentir dans oreille des bruits inaccoutumés. C'est'ainsi qu'on peut expliquer les violents tintements observés par Mercurialis, Plater et Duverney, et qui faisaient un tel bruit dans l'oreille , que les assistants mêmes pouvaient distinctement Fentendre.

Je me rappelle une observation recueillie ‘dans

le temps de mes études, qui confirme parfaitement mon opinion. Il se présenta à la visite du chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu, un homme qui portait un anévrisme à Ja partie supérieure de là carotide externe , lequel avait déjà beaucoup diminué par la

compression modérée et méthodique que le malade

20 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE NH, CHAPITRE avait lui-même très-habilement exercée sur sa tumeur ; il assura n'en éprouver aucune espèce d’incommodité, si ce n’est une forte palpitation étourdissante dans l’intérieur de l'oreille, sur-tout lorsqu'il se livrait au moindre exercice.

J.-J. Rousseau nous fournit un autre fait, qui vient à l'appui de la théorie que je propose, et dont sans doute on lira avec intérêt la relation insérée parmi les observations qui terminent ce chapitre.

J'ai dit que tout obstacle mécanique qui s'oppose à la libre circulation de l'air dans l'oreille, tant externe qu'interne, produit aussi le bourdonnement. vrai, de la même manière que s'opère cette espèce de murmure ou de sifflement que nous entendons dans une chambre fortement chauflée, lorsque l'air extérieur n’y pénètre qu'à travers une ouverture étroite. C’est ainsi qu'en introduisant l'extrémité du. doigt dans le conduit auditif, ou en appliquant sur la conque le creux de la main, on produit de suite un bourdonnement incommode. Un pareil effet a lieu dans les fluxions catarrhales du pharynx ou des fosses nasales, soit pendant toute la durée de cette inflammation, soit seulement dans certains moments où l'engouement étant très-considérable, on pousse, par des eflorts d'excréation, quelques mucosités dans la trompe d'Eustachi. Si ces mêmes matières, au lieu d'embarrasser simplement le conduit guttural de l'oreille, viennent à le remplir

DU PBOURDONNEMENT. 2,

eomplétement , dès lors la surdité succède au bourdonnement, qui diminue considérablement ou disparaît en totalité. Nous pouvons obtenir un effet analogue dans le méat auditif; car si, au lieu d'y introduire modérément le bout du doigt, on l’enfonce fortement, de manière à boucher hermétique ment ce conduit, dès ce moment le bourdonnement cesse ou diminue, et l'audition devient plus obtuse.

Le bourdonnement faux, beaucoup plus commun que le vrai, me paraît être le plus souvent dû à un agacement du nerf acoustique, qui tantôt lui-est propre, et tantôt lui est communiqué par sympathie; d’où suit la subdivision naturelle de ce bourdonnement faux en idiopathique et en symptomatique. Beaucoup plus rare que ce dernier, le bourdonnement faux idiopathique ne se rencontre ordinairement que chez les personnes dont louïe très-délicate à été ébranlée par une violente explosion , comme celle de larüllerie, des armes à feu; ou fatiguée par un bruit uniforme long-iemps prolongé, tel que le font entendre une grande chute d’eau, un torrent, le voisinage d’une forte machine hydraulique; où bien lorsque ce bruit, sans être ni violent, ni continu, a été accompagné de circonstances qui en ont rendu l'impression extrêmement vive et profonde, comme dans l'observation que je rapporterai bientôt. Toutes ces perceptions tiens nent à un ébranlement du nerf'anditif, soit que cet

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22 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE Il, CHAPITRE f.

ébranlement se prolonge long-temps après la'causs qui l'a déterminé, soit qu'il se reproduise par une susceptibilité morbide de la partie nerveuse de l'oreille. | |

Le bourdonnement faux symptomatique attaque de préférence les gens de cabinet, les hypocondriaques, les femmes hystériques. [l accompagne souvent les embarras gastriques, les affections vermineuses sur-tout, et la diathèse rhumatismale. On l'observe encore dans les cachexies qu’amènent les grandes hémorragies, particulièrement les pertes utérines, et dans cettefatigue du cerveau qui est produite par des veilles prolongées, des occupations

d'esprit excessives, et les peines de l'âme.

- Le bourdonnement faux peut également simuler toutes sortes de bruits, des cris d'animaux, et même la voix humaine; et c’est alors qu'on peutle ranger parmi les perceptions fausses , les sensations fantastiques ou hallucinations proprement dites.

Le bourdonnément faux, considéré en général, est sujet à des rémissions plus où moins lonvues, et à de nombreuses variations, ce qu'on ne rencontre pas dans le bourdonnement vrai. Il en diffère encore en ce que l’afflux du sang vers la tête par une marche accélérée, où par Pinclinaison du tronc vers la terre, ne le rend pas plus imtense, et que souvent même il disparaît pendant la diges-

‘on.

‘ En général le bourdonnement est uñe incommodité extrêmement pénible, et qui jette dans une tristesse profonde les personnes qui en sont affectées. Parmi les indispositions auxquelles nous sommes sujets, elle est du nombre de celles que le temps et l'habitude adoucissent le moins. J'ai vu des personnes qui en étaient tourmentées, solliciter en quelque sorte l'emploi des remèdes les plus violents, tels que le moxa, le séton, la cautérisation, et ne me demander, pour s'y soumettre, qu’une faible espérance. On est donc quelquelois dans le cas d'appliquer au bourdonnement un traitement méthodique.

- Les divisions que nous avons établies plus haut, peuvent servir à éclairer, jusqu'à un certain point, la prescription des remèdes propres à cette affection.

Quand elle accompagne la surdité sans en être la cause, tous les moyens curatfs doivent être dirigés contre la maladie principale; mais lorsque le bourdonnement est simple, ou si étant compliqué de la surdité , il paraît évidemment la produire , c’est contre lui qu'il faut diriger le traitement. Si on a quelque raison de penser qu'il tienne à un afflux trop considérable du sang vers la tête, les pédiluves irritans, des sangsues aux jambes, l'ouverture même de la saphène parviendront à le détruire ou à le diminuer considérablement. Quelquefois ce que ces moyens révulsifs n’ont pu faire, on l’obtent par Je dégorgement immédiat des vaisseaux capillaires

du cou ou des oreilles, à l'aide des sangsues, Lorsque j'ai vu ces derniers moyens échouer, j'ai réussi en ouvrant la jugulaire. Fe 7

Ces évacuations sanguines doivent être accom- . pagnées de lotions et même de douches d’eau froide sur la tête, s'il n'existe aucune contre -indication:, telle que des fluxions habituelles, une disposition ‘imminente aux catarrhes, ou lorsque le malade a des cheveux longs et fournis dont il ne veut pas faire le sacrifice.

Le succès qu'on obtiendra presque toujours par ces moyens contre le bourdonnement par pléthore locale, n'est pas ordinairement de longue durée. Mais il n’en est pas de même si cetie pan est l'effet d’une pléthore générale, ainsi qu on l’observe chez les personnes éminemment sanguines, OÙ SU= jettes à des pertes de sang qu’elles n’éprouvent plus, et particulièrement chez les : jeunes gens, vers l’époque de la puberté.

Il est inutile de dire que si le bourdonnement est pr boisé par la dilatation de quelque vaisseau artériel, hors de la portée des secours chirurgicaux, tout traitement devient superflu. |

Je ne m'étendrai pas non plus sur les moyens à employer quand les bourdonnements sont produits . par quelque embarras, soit du conduit auditif, Soit de l'oreille interne ; presque toujours il y a surdité, et lors même qu'elle n'existe pas, les moyens à em-

ployer sontles mêmes que ceux que l'on meten usage

contre ces mêmes embarras, lorsqu'ils produisent la cophose. Je me sers alors avec avantage de la préparation suivante :

zx Semences de carvi et de coriandre. . . . . . äà 3 i]. Coloquinte. . . . . . - . Re nu dc Faites bouillir dans de l’huile de rhue ; Après une forte décoction , passez et ajoutez : Eau de mélisse spiritueuse. . . . . + . - . op Ad Instillez quelques gouttes dans l'oreille.

Quant au bourdonnement faux , on y remédie quelquelois par les antispasmodiques , soit généraux, soit employés localement; parmi ces derniers, un des plus efficaces, est l’éther dirigé en vaporisation dans le conduit auditif, ainsi que je l'ai indiqué pour le traitement de lotalgie. Les fricuons sur la tête, les-applications chaudes sur cette même partie, de manière à y provoquer une transpiration abondante, m'ont réussi quelquefois.

Parmi ces bourdonnemenis faux, il en est qu'il serait absurde de vouloir dissiper par les moyens thérapeutiques ordinaires : tels sont ceux qui tiennent à une impression trop vive et morbifiquement prolongée sur le sensorium commune, d’un son qui l'a trop vivement frappé, ou qui s’est Trouvé acCOmMpagné de circonstances eflrayantes , comme dans la 55° observation, que je donne à la fin de ce chapitre. Ce que Je tentai pour obtenir la guérison ,

pourra mettre sur la voie de la conduite que l'on doit tenir dans des cas analogues.

. Le bourdonnement fantastique, plus rare qu’on ne pense, n'étant qu'un symptôme d’aliénation mentale, doit être attaqué par les moyens appropriés à cette maladie. Il faut par conséquent se garder de le confondre avec les autres variétés de bourdonnements faux que nous ayons indiquées.

- Il arrive bien souvent que le traitement le plus méthodique du bourdonnement , tant vrai que faux, lors même qu'il n’est point ancien ni compliqué de surdité, échoue contre l’opimâtreié de celie lésion acoustique. Il ne reste alors autre chose à faire qu'à le rendre moins insupportable , en lui tant le plus grand de ses inconvénients, celui de priver du sommeil ou de le troubler presque continuellement; jeme suis avisé pour cela d’un expédient bien simple et qui-manque raremeni son effet, c’est de couvrir le bruit intérieur, réel ou imaginaire, par un bruit extérieur analogue et également continuel. Ainsi, celui que produit un feu de cheminée bien act, soulage considérablement l'incommodité de ces bourdonnements sourds qui simulent le murmure lointain des vents et d'une rivière débordée. Le mème moyen peut s'adapter encore au sifflement de l'oreille, en alimentant le feu avec du bois vert ou légèrement mouillé. Lorsque le tintement imite le son des cloches, on le couvre

aisément, pourvu qu'il ne soit pas très-fort, par le résonnement que produit un grand bassin de cuivre ” dans lequel tombe de haut un filet d’eau fournie par un vase d'égale capacité, percé à son fond d’une très-petite ouverture. Dans les cas enfin où l'oreille est fatiguée par un bruit semblable à celui d'un rouage en mouvement, on peul placer au chevet du lit quelque mécanique bruyante, mise en jeu par le débandement lent d’un ressort, et adaptée à un jeu d'orgue ou à quelque pendule grossière, dont on accélère le mouvement en Ôtant le balancier. IL est digne de remarque que ces bruits extérieurs , qui doivent être nécessairement plus imtenses que la percepuon morbide, au lieu d'éloigner le sommeil, comme le fait celle-ci, finissent par le provoquer et le rendre très-profond. | LATISe onsenvarion — Madame de St.-J...., veuve à 33 ans d’un mari jeune , qui usait avec prodigalité des droits de l’hymen, éprouvait des unterments d’oreillessi violents qu'elle en avait perdu le sommeil et l'appétit. | - Au chagrin que lui causait cette incommodlité , avait succédé une indifférence profonde sur son état et sur tout-ce qui lintéressait auparavant, au point qu'impatientée de la présence même de ses “enfants , elle avait obtenu de sa mère qu'elle les gar- qâr chez.elle. Plusieurs médecins consultés , reCATdant cet état corame une véritable mélancolie ma-

niaque, avaient conseillé un long voyage et un se cond mariage; mais la malade ne voulait entendre parler nide l’un nide Vautre de ces moyens, etdisait quelquefois en plaisantant, qu'avant de la remarier ou de la faire voyager, il fallait lui donner une autre tête. Consulté à mon tour, je fus fort étonné en arrivant , de trouver une femme dans un état d’embonpoint et de fraicheur qu'on rencontre fort rarement à la suite des affections mélancoliques. Le teint étaittrès-animé, la peau des bras rouge, comme chez la plupart des jeunes filles; autour du cou , et sur-tout entre les épaules, existaient quelques-uns de ces boutons rouges insensibles , très-creux , non suppuranis, tels qu'on en voit chez les personnes éminemment pléthoriques, et qui cèdent presque toujours aux évacuations sanguines. La menstruation avait lieu deux fois par mois, mais peu abondamment : cependant le pouls était pelit, serré, profond, et les forces musculaires Lout-à-fait abattues. À toutes les questions faites à madame de St.- J...:., sur sa santé, elle répondit que out son mal était ps la tête; que si on pouvait faire cesser les bruits tumuliueux et continuels qui s'y faisaient en tendre, elle serait la femme la mieux portante et la plus heureuse. Elle comparait ces bruiis à ceux. que produirait une machine à plusieurs rouages et à plusieurs mouvements inégalement bruyants, dont quelques-uns seraient continuels et d’autres inter

ments. Il est digne de remarque cependant que, malgré ces violents et continuels tintements , louie avait conservé à-peu-près toute son intégrité, ét que si, parfois, la malade paraissait sourde, ce n'était que par préoccupation profonde de tous les sens, effet ordinaire du trouble du cerveau dans les forts bourdonnements d'oreille.

Je crus reconnaître, dans cet appareil de symptômes , un état pléthorique bien prononcé, malgré la petitesse du pouls et la débilité des forces musculaires, et j'en eus la certitude lorsqu’ayant exercé une compression momentanée sur les cafotides, jeus fait disparaître, presqu’en totalité, les bruits intérieurs de la tête. |

Jeconseillai en conséquence une saignée du pied; mais la prostration apparente des forces de la malade, lui donnant, ainsi qu’à sa famille, beaucoup de répugnance pour ce moyen, il fallut y . suppléer par un autre. On appliqua, à la partie imterne des jambes, huit sangsues qui ne tirèrent que peu de sang, et déterminèrent une vive irritation par leurs piqûres, que la malade irouva excessive ment douloureuses. Six heures après lapplication, le pouls s’éleva d’une manière extraordinaire, devint dur, rebondissant et même un peu fébrile; il n’y avait, du côté de la tête, qu'un léger soulagement; il était suffisant néanmoins pour faire reoretter à madame de St.-J.... de n'avoir pas perdu

de: à

30 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE I, CHAPITRE à.

plus de sang, et l’amener à se laisser pratiquer une

saignée du bras. On üra à-peu-près douze onces de

sang. Gette seconde évacuation eut un succès

plus marqué; la tête devint libre, légère, selon les expressions de la malade; elle éprouvait seulement par intervalles de légers tintements qui aug-

mentaient pendant la digestion. Quelques sang-

sues au éou dissipèrent entièrement le reste de la

congestion sanguine, Pour prévenir une récidive ,

fort ordmaire dans ces sortes d’indispositions , Je prescrivis un régime peu nourrissant, et sur-tout beaucotip d'exercice, moyen qu'on n'avait pu emplover jusqu'alors, à cause de nee insurmon< table qu'éprouvait madame de St. -J…... “pour toute

espèce de mouvement. |

LIV®® OPBSERVATION. — Un jeune homme de

vingt-deux ans, sujet aux catarrhes, particulière ment à ceux qui aflectent la membrane nasale et celle de l'arrière-bouche, était resté incommodé , à la suite d’une de ces deux affections, d’un bourdonnement continuel dans les oreilles, auquel s’éiait joint, au bout de quelques mois, une surdité à-peu-près complète. L’excrétion muqueuse du nez, naturellement peu abondante chez ce jeune homme, était totalement supprimée, au point que la surface interne des narines était aussi sèche que extérieur du nez ; qui était déprimé vers sa

racine, ainsi que je l'ai presque toujours remar-

DU BOURDONNEMENT. Ji

qué chez les personnes atteintes de surdité catarrhale. Un signe plus évident encore de la nature de cette affection, était une toux dont les quinies tour- mentaient ce jeune homme pendant la nuit, seulement lorsqu il s'endormait couché sur le dos, la tête portant sur l’occiput. Toui-à-coup un Laon.

. ment incommode vers le larynx, tel que le produirait une liqueur froide ét gluante avalée de iravers, l'éveillaiten sursaut , et provoquait un accès de toux ‘qui durait que doefois une demi-heure, et amenait une grande quantité de pituite filante, avec diminution des tintements, après néanmoins que l'agitation de cette espèce de crise était entièrement calmée.

Il me parut évident que la maladie de l'oreille tenait à un véritable engouement des cavités intérieures par la matière catarrhale. Je conseillai en conséquence un vomitif répété toutes les semaines, au moyen de deux et même trois onces d'oxymel scillitique, pris par dose d'une once, avec des intervalles de vingt minutes; l’usage quotidien ( à l’exception du jour du vomitif } des pilules aloétiques , en nombre suffisant pour obtenir deux ou trois selles; le trèfle d’eau sec, employé tous les matins, en guise de tabac à fumer. En cas de non - succès de ces moyens, jen conseillai encore divers autres que je ne relaterai point ici, parce qu'on n'en fit aucun usage , les premiers ayant produit tout le bien qu'on pouvait en attendre.

32 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE I1, CHAPITRE fi.

LV" OBSERVATION.—Madame de Souvray, âgéé de 29 ans, douée d’une vive imagination et d’une grande mobilité nerveuse , est, une nuït, éveillée en sursaut par un mugissement sourd, partant d'une chambre voisine, où était couché son fils unique, âgé de 5 ans. Elle se lève avec effroi et précipitation, ouvre la porte de cette chambre, et trouve les rideaux du lit de son fils, en proie aux flammes dont l’activité redoubla avec un bruit plus effrayant encore dès que la porte fut ouverte. Elle écarte ces draperies embrasées, se précipite sur le lit, saisit son enfant qui dormait encore, s'enfuit avec ce précieux fardeau. dans la chambre à coucher de son mari, auprès duquel elle tombe évanouie, sans avoir pu articuler d'autres mots que ceux - ci: le pa le feu! Je passe sous silence toutes les suites de cet accident, qui n'ont aucun rapport avec l'objet principal de cette observation.

Après dix-huit mois d’une maladie nerveuse, ca ractérisée par des convulsions fréquentes , des crampes de la poitrine et de l'estomac, une menstruation très-irrégulière, des mouvements de terreur sans cause réelle, une maigreur excessive, elle se rétablit

‘en partie dans un voyage qu’elle fit, pendant lété de 1918, dans les pays méridionaux. C'est là que je la viset qu'elleme consulta sur le reliquat très-pénible de sa maladie. C'était un bourdonnement d'oreille continuel, et qui, pour le tourment de cette dame;

simulait parfaitement le bruit des flammes , tel que ses oreilles en avaient été frappées à shine où elle avait ouvert la porte de la chambre de son fils. Ce faux mugissement augmentait à l'approche de la nuit, et ne laissait à la malade qu'un sommeil agité et continuellement interrompu par la crainte du feu, dont elle se croyait environnée , au sortir. de ces accès eflrayants. | Cet état était si pénible que madame de Souvray redoutait l'approche de la nuit et du sommeil, et craignait de voir disparaître, à l'approche de l'hiver, tout le bien qu ’elle avait retiré de son voyage et de la belle saison. | Pour que cette crainte, qui me paraissait raisonnablement fondée, ne se vérifiât pas, je conseiilaide tenter la guérison de ce fâcheux bourdonnement. Il était, à la vérité, plus aisé de pressentir l’urgence de l'indication que de trouver le moyen de la remplir. Le savoir et l'intelligence des médecins qui avaient dirigé la malade , ne me laissaient aucun re- . mède rationnel à tenter.

Je sentis donc qu’il fallait chercher ailleurs que dans la pharmacie et la chirurgie des moyens’ curatifs. D’après l’idée que j'avais de la nature de ceue affection et des causes qui devaient l’augmenter et la diminuer, j'obtins, en questionnant madame de Souvray, divers renseignements, dont les plus nrécieux furent que, lorsqu'elle pouvait s'endormir

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dans la journée, il n’y avait point de réveil en sursaut, ni de rêve effrayant; qu'ayant passé pendant

son voyage deux nuits pleines en voiture, le peu

de repos qu'elle avait pu goûter avait été également tranquille et sans rêve; que lorsque la voiture ayail roulé pendant quelque temps sur un pavé sec et inégal, le tniement était beaucoup moindre: qu ‘elle avait parcillement éprouvé une diminution. de son” incommodité, un jour qu'en voyant défiler des troupes à Lyon, elle avait, pendant plus d'une heure, entendu battre le tambour. D’après ces divers renscignements, je crus devoir conseiller à cette dame, de s’habituer à dormir dans la journée, après rs diner , qui iétaitle momentoù elle setrouvaitle mieux; de se faireéveiller à l’entréede lanuit; d'occuper alors ses oreilles aussi long - temps que possible, du son d'un instrument de musique un peu bruyant, tel que la clarinette ou le violon, dont heureusement son mari savait très-bien jouer; de lire, ou de se faire lire ensuite à haute voix quelque ouvrage qui capuivat. fortement son attention; de renouveler. fréquemment ses. courses en Voiture sur le pavé: el à son retour dans son pays, de se loger dans les quarüers les plus bruyants de la ville, au heu de se con= finer, ainsi qu'elle avait fait jusque-là, dans ‘une petite maison isolée. Corame elle saisissait parfaitement l'indication que je me proposais de remplirpar ces divers moyens, elle medemanda si je ne croyais

DU BOURDONNEMENT. 35 pas qu'il lui füt utile de se loger dans un moulin à eau, et qu'en ayant un en propriété, il ii serait facile de s'y établir. J'approuvai fort ce moyen, et j'ajoutai que je le regardais comme plus. efhcace encore qu’ aucun de ceux que j'avais conseillés.

De retour à Paris , je recus au. bout de quelques MOIS, une lettre de cette dame qui n° ‘annonçait, avec les expressions de la plus vive reconnaissance, qu'elle s'était si bien trouvée du régime bruyant que je lui avais conseillé, qu'elle avait été débarrassée de ses bourdonnements au bout de quinze “jours, et que ce n'était que par la crainte d’une récidive, qu'elle l'avait continué pendant deux mois.

LVI® OBSERYATION. — Durant le. séjour de , d: -J: Rousseau à Annecy sa santé s 'altéra sensible- TIR « Jene sais, dit-il, d'où venait qu'étant bien conformé par le coffre, et ne faisant d’excès d'aueune espèce, je déclinais à vue d'œil. J'ai une assez bonne carrure, la ponrine large, mes poumons doivent y jouer à l'aise; cependant j'avais la courte haleine, je me sentais oppressé, je soupirais involontairement, j'avais des papitionsiie crachais du sang; la fièvre survint, et je n'en ai jamais. été bien quitte. Comment peut-on tomber dans cet état à la fleur de l'âge, sans avoir aucun viscère vicié, sans avoir rien fait pour détruire. sa santé? L'épée use le fourreau, dit-on quelquefois : voilà mon histoire. Mes passions m'ont fait vivre , et mes, passions

m'ont tué... » Devenu sédentaire «je fus pris, non de l'ennui, mais de la mélancolie; les vapeurs succédèrent aux passions; ma langueur devint tristesse ; je pleurais et soupirais à propos de rien; je sentais la vie m échapper sans l'avoir goûtée; enfin j je tombai tout-à-fait malade. »

Il se rétablit; mais « quoique guéri, dit-il, de ma grande maladie , je n'avais pas repris ma vigueur ; ma poitrine n'était pas rétablie; un reste de fièvre durait toujours, et me tenait en langueur.» Il se mit à l'usage du lait, et bientôt il fallut le quitter.

« C'était alors la mode de l’eau pour tout remède; je me mis à l’eau, et si péu discrétement qu’elle faillit me guérir, non de mes maux, mais de la vie. Tous les matins en me levant j'allais à la fontaine avec un grand gobelet, et j'en buvais successivement, en me promenant, la valeur de deux bouteilles. Je quittai tout-à-fait le vin à mes repas. L'eau que je buvais était un peu crue et difficile à passer, comme sont la plupart des eaux des montagnes. Bref; je fis si bien qu'en moins de deux mois je me détruisis totalement l'estomac, que j'avais eu trèsbon jusqu'alors. Ne digérant plus, je compris qu’il ne fallait plus espérer de guérir. Dans ce même temps il m'arriva un accident aussi singulier par lui-même que par ses suites, qui ne finiront qu'avec moi. »

«Un matin que je n'étais pas plus mal qu’à l’or-

dinaire, en dressant une petite table sur son pied, je sentis dans tout mon corps une révolution subite et presque inconcevable. Je ne saurais mieux la comparer qu'à une espèce de tempête qui s'éleva dans mon sang, et gagna dans l'instant tous mes mem bres. Mes artères se mirent à battre d'une si grande force, que non-seulement je sentais leur battement, mais que je l'entendais même, et sur-tout celui des carotides. Un grand bruit d'oreilles se joignit à cela; et ce bruit était triple ou plutôt quadruple; savoir, un bourdonnement grave et sourd, un murmure plus clair comme d’une eau courante, un sifflement très-aigu, et le battement qué je viens de dire, dont Je pouvais aisément compter. les coups sans me tâter le pouls, ni toucher mon corps de mes mains. Ce bruit interne était si grand qu'il m'ôta la finesse d’ouie que J'avais aupar avant, et me rendit non tout-à-fait sourd, mais dur d’ oreille conime je le suis depuis ce temps-là. »

€ Onf peut juger de ma surprise et de mon effroi ;

j° me crus mort; je me mis au lit; le médecin fut appélé; je lui contai mon cas en aan et le jugeant sans remède. Je crois qu'il en pensa de même. La cure qu'il lui plui de tenter était si pénible, si dégoütante , et opérait si peu, que je m'en lassai bientôt; et, au bout de quelques semaines , voyant que je n'étais ni mieux, ni pis, je quittai le lit, et repris ma vie ordinaire avec mon hattement

d'artères et mès bourdonnements, qui, depuis ce |

temps-là, C'est-à-dire depuis trente ans, ne in’ont pas quitté une minute. A & #5

(J'avais été jusqu’ pi grand dormeur. La totale privation du sommeil qui se joignit à tous cès symp-

tômes, et qui les a constamment accompagnés jus-

qu'ici , acheva de me persuader qu'il me restait peu

de temps à vivre. Cette persuasion mé tranquillisa pour un tempssur le soin de guérir. Ne pouranr pro-

longer ma vie, je résolus de ürer du peu qui m'en

restait tout le parti < qu'il était possible; et cela se pouvait par une singulière faveur de la Providence,

qui, dans un état si funeste, fn 'exemptait des dou-

leurs qu'il semblait devoir nvattirer. J'étais impor

tuné de ce brüit, maïs je n'en souffrais pas; il n'était

accompagné d aucuné autre incomimodité “habituelle que de l'insomnie durant les nuits , et en tout temps d'une courte haléine > qui n'allait pas jusqu’ à Vasthme, et ne se faisait sentir que quand jé voulais courir où agir uni peu fortement... Je quittai Pétroit régime, je repris Pusage du vin, et tout le iraini de Vie d’un honime en santé, selon la mesuré de mes forces, sobre en toutes éhbse3! mais nié m'abstenant de rien. » : Hs LUEUR

Cependant sa santé ne se rétablit pas. «J'étais, dit-il, pâle commé un mort et maigre-conme tt

squelette; mes battements d’artères étaient terribles;

mes palpitations plus fréquentes; j'étais conunuel- |

LS

DU BOURDONNEMENT. 39 lement oppressé, et ma faiblesse enfin devint telle, que É avais peine à me moucher ; jé ne pouvais presser le pas sans étoufler ; je né pouvais me baisser sans avoit des vertiges ; je ne pouvais soulever le plus lé: | ger fardeau; j'étais réduit à inaction la plus tourinentatite pour un homine aussi remuant que mho1. Îl est certain qu'il se mélait à tont cela beaucoup de vapeuts. Les vapeurs sont {a maladie des gens hieureux; c'était là mienne; les pleurs que je versais souveñt sans raison de pleurer; les frayeurs vives au bruit d'une feuille on d’un oiseau ; l'inégalité d'humeur dans le calme de la plus doucé vie; tout cela marquait cet ennui du bien-tiré qui fait, pout ainsi diré, extravagüer la sensibilité (1). »

RNA AAA A A A A A AA a a 4 * >. < z . @ a CHAPITRE IE L] &°

Des Añomalies acoustiques:

Quand Poute se déprave , il y a tels Sons où tels

bruits qui font stür l'oreille urié Impréssion différente

de celle qu'ils y produisaient dans l'état naturel, sans néanmoins que la sensibilité de organe paräisse sensiblement augmentée où diminuée. I arrive de

jé Se kr

(1) Confessions, part. 1°, Liv. 5 et G; passim.

que l'oreille devient fausse, et perd, si elle en était douée, ses facultés Huicae C'est ce que j'ai pu observer chez un acteur qui vint me consulter pour une pareille indisposition. Toutes les fois qu'il voulait chanter dans le haut, les sons de sa voix produisaient sur son oreille une sensation confuse qui le faisait contunuellement détonner. Les mêmes sons tirés d’un instrument à vent ou à corde produisaient sur lui le même effet, si l'instrument n'était pas éloigné ; car, à une certaine distance, la perception était nette.

Quelques semaines de repos accordées à Éérne malade, deux applications de sañgsues, et des lotions de la tête avec de l’eau froide, dissipèrent cette singulière indisposition.

Un noble allemand me fit consulter par un de ses amis, pour un dérangement de l’ouie à-peu-près semblable; il avait été obligé de renoncer à la musique, pour laquelle il était passionné , parce qu’il se rencontrait dans lé jeu des instruments tel ion ou telle combinaison de ton qui aflectait si dés- ‘agréablement son oreille, qu'après que le même effet s'était reproduit plusieurs fois, il n’entendait plus qu'un bruit pénible et confus qui l’obligeait à quiuier la place. N'ayant pu tirer de la personne qui était venue me consulter , des détails plus circonstanciés sur cette espèce d’incommodité, et particulièrement sur la nature des sons qui étaient devenus, de pré-

DES ANOMALIES ACOUSTIQUES. hi {érence, incommodes à l'oreille, je m'abstims de donner aucun conseil, et je demandai un mémoiré détaillé qu'on me promit, et que je ne recus point. Si une des deux oreilles vient à se dépraver, tandis que l'autre réste saine, la sensation produite par les sons n’en est pas moins discordante; mais alors, en bouchant complétement l'oreille viciée , la perception redevient juste comme auparavant. Madame de M... m'a offert un exemple de cette espèce de lésion. Depuis une couche très-pénible qu'elle eur il y a dix ans, elle est restée fort sujette à 'otalgie, particulièrement du côté droit. La dernière fois qu'elle fut tourmenice de ceue douleur, elle éprouva, ce qui ne lui était pas encore arrivé, que certains bruits, certains sons, tant aigus que graves, faisaient.sur son oreille une impression différente , comparable à ce qu'elle aurait éprouvé, si, tout-àcoup, pour lui faire entendre ces sons particuliers, on lui avait placé, dans loreille, un cornet acousti- ‘que qu'on eût retiré aussitôt après. Elle espéra que les douleurs de l'oreille une fois dissipées, ce trouble de l'audition disparaîtrait également, ce qui n'arriva pas. Madame M... s'est vue. obligée de condamner son oreille malade, en la tenant bouchée, afin de pouvoir se servir utilement de l'autre. Cette précaution n'est ioutefois nécessaire que lorsque cette dame veut suivre une conversation générale, ou entendre de la musique, mais elle ne suflit pas

f3 DEUXIÈME PARTIÉ, LIVRE NI, CHAPITRE 11.

pour lui permettre d’én faire, et sür-tout de chanter. | | di deu On peut ranger parmi les anomalies acoustiques cette lésion de l’ouïe que Sauvages appelleparacusis duplicata, a dans laquelle on enterid le son double. Il en cite deux exemples; Fin est celui d’un donneur de cor qui fat ar dé cette incommodité , de lendemain d’un : jour qui ïle était Exposé au froid da l'himnidité, ce | qui lui avait occasioné un catarrhe du côté droit. Lorsqu'il donnait de son instrument, il chtendait le son qu'il voulait en tirer, pra die autré son du iême rhythm, quoique tout af, :

ce qui lui reñdait louïe double. Ce n'était pas un écho, | puisque les deux sons se faisaient entendre simultanément ; ce n’était pas non plus deux sons consonnams, car ils eussent été agréables, Aù comiraire, ils Pain Si peu, que, fatigué de cette discites: le musicien abaändonna son cor jusqii'a= près la güérison de son catärrhe, et alors louie se rétablit complétement. | Le sujet de la seconde dbservation était un étranger Vent pour consulter un des collègues dé Sauvages. Jse plügnäit de ne pouvoir entendre parler sañs avoir V'éuïe frappée de deux sonis à fa fois, dônt l'un était plus haut que l'attré d’une octaÿé, ce qui parait doutéux à Sauvages , Qui 6bServe , cé me semble, avec raisort, qüie si les deux sons eussent été à cette distance l'an dé l'autre, ils se seraient confon-

DES ANOMALIES ACOUSTIQUES. 45 dus dans l'oreille, et y auraient produit la douceur d'un véritable accord. En J'ai observé cette singulière affeetion chez une dame qui est incommodée d’une surdité en quelque sorte intermittente. Lorsque l'oùie paraît se rétablir, il lui arrive souvent d’ entendre double totis les sons de sa voix, pourvu toutefois qu'ils soient émis lentement ét d'une manièredistincte , mais elle ne peut, par aucun moyen, la mettre à l'unisson; et à quelque ton qu'elle fasse monter le son qu’elle vêut eti= tendre ; celui qui fait répétition est toujours att- «dessus. Il m'a été facile de m'assurer, üœhez cetie damie, de la cause de ce phénomène acoustique. Il est évidemment Ve Véffet de linégal rétablissement des deux oreilles, dans cette guérison romentänée; car; en bouchant alternativement late et Yautre oréille, elle entend séparément, ou le son naturel, ou le son aigu, Les vaporisations d éther dans celle qui percoié ce dérniér son , Ont plusieurs fois ramené l’or-

gané à sa sensibilité ‘précédente, sans ri tin cffét durable et constant. |

Je rie dirairién du traitement des anomalies acoûüstiques. Nos observations sur cétte espèce de lésion: dé l'ouïie sünt twop rares et trop incomplètes pour qu'onpuissé en tirer quelques indüctions pratiques.

4 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE II, SECTION Hi.

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