CHAPITRE PREMIER
Recherches historiques sur les découvertes anaiomiques relatives à l'organe de l’ouie.
ProroNDÉMENT cachées dans l'épaisseur d'un os peu volumineux et fort dur, les cavités internes de l’organe de l’ouïeet les parties qu’elles contiennent n’ont point été connues des anciens; où du moins aucun d'eux n’en a laissé une description qui puisse faire croire quil les avait observées. Empédocle est le premier qui paraisse en avoir entrevu quélques vestiges; car, au rapport d’Aristote, il parlait d’un carülage contourné en forme de limacon, ou de co- L: | I
2 PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE i.
quille : mais ce carülage n'est-il pas plutôt celui de la conque ? Il est fort douteux aussi qu Alcméon ait connu le canal désigné encore aujourd’hui sous le nom de trompe d'Eustache.
La caisse et la membrane du tympan n'étaient pas inconnues à l’auteur du traité de Principiis, attribué à Hippocrate. Il dit de cette membrane que c'est une pellicule très-sèche et mince comme une aoile d’ar: aignée Gb F Aristote, qui à tant fait pour les progrès des | sciences one n'a rien ajouté aux connaissances des Grecs relatives à l'oreille (2) 2); on lui a justement reproché d’avoir avancé que cet organe ne communique point avec le cerveau, et que de tous les animaux l’homme était le seul qui n'eût pas de muscles auriculaires; toutefois ilsemble avoir eu quelque idée du nerf auditif. . :
La dissecuüon de cadavres humains, faite par Hérophile, contribua peu au perfectionnement de l'anatomie de l’organe de l’ouie; mais Rufus d'Éphèse décrivit avec un soin remarquable les inégalités de l'auricule, et leur donna les noms qu'ils portent encore aujourd Fe (5). Marinus , célèbre par ses
(1) Hipp. Oper. ed. Fan der Linden; Naples, 1555, in-4°; tom. 1, p. 53. |
(2) Hist. animal. c. 11.
(5) Appellationes partium human corporis ; Venise, 1592, in-4°,
: HISTOIRE DE L'ANATOMIE DE L'OREILLE. 9 æecherches sur les nerfs, réunit sous le nom de cinquième Conjugaison le nerf de louïe et le neri facial (1). | |
On à mal compris ce qu'a dit Galien sur la distribution de cette conjugaison nerveuse. Ingrassias a rassemblé péniblement tous les passages des écrits du médecin de Pergame, dans lesquels ce grand homme parle de la structure de l'oreille; la plupart sonttrès-obscurs; presque tous sont contradictoires. Il me semble que l’on doit s’en tenir à celui dans lequel il indique la division de la cinquième conjugaison, lors de son passage dans l'os pierreux, en deux portions, dont l’une se rend dans le méat auditif et Vautre dans le 4ou aveugle. Quoi qu’on ait dit sur ce point, ces derniers mots, littéralement traduits, ne conviennent qu'à l'orifice supérieur de Taquedué de Fallope ; car Gralien ajoute que ce trou n’est point aveugle, mais oblique et flexueux; ce qu'il est facile de démontrer, ajoute-t-il, ex enlevant peu-ü-peu la substance osseuse qui entoure le nerf, de manière à le mettre à découvert et à laisser voir sa direction vers l’oreille (2).
Fout ce que les anciens ont écrit sur la structure
(1) Galen. de nerv. dissect., pag. 205.
- (2) Galeni omnia quæ exstant opera; Venise, 156, in-fol. 10m. 1. De usu partium , lib. 9, c, 10, f. 174
du corps humain est très - vague, SOuvent même inintelligible. C'est seulement dans les temps modernes que le langage anatomique a pris cette exactitude sévère qui le rapproche du langage des sciences mathématiques. Cependant, d’après les citations que je viens de faire, 1l n'est guère possible de se refuser à admettre que Galien a connu le premier V’a- queduc de Fallope. Le docteur Sprengel s’est donc trompé, en faisant dire à Galien que le canal de l'os temporal, qui reçoit le nerf auditif, a une issue (1), puisqu'il a seulement prouvé que le trou qui recoit autre portion de la cinquième conjugaison, est l’orifice d’un canal tortueux dirigé vers l'oreille.
Oniraittrop loin si l’on pensaïique Galien ait connu toutes les anfractuosiiés de l'oreille interne; à l'aide de a préparation grossière qu'il indique, il ne dut voir, dans cette partie de l'organe de l'ouie, qu’un assemblage confus de cavités irrégulières ; et tel fut sans doute le motif pour lequel il lui donna le nom de labyrinthe.
Pendant plus de 1100 ans, l'anatomie ne fit aucun progrès, c'est-à-dire depuis Galien jusqu’à Mondini de Luzzi, qui a recu tant d’éloges, moins À cause de ses découvertes, que pour avoir disséqué publiquement des cadavres humains en 1315. Ce-
(1) Histoire de la médecine, traduction de M. Jourdan, tom. 2, pag. 4111.
HISTOIRE DE L'ANATOMIE DE L'OREILLE, D pendant, loin d’ajouter à ce qu'avait dit Galien, il ne fitqu’indiquer la structure et la forme de l’auricule et du méat auditif; le nerf acoustique et toutes les autres parties de l'oreille Jui étaient inconnues (1).
: On cherche en vain dans l'ouvrage d'Alexandre Achillini (2) ses titres à l'honneur que lui ont fait mants auteurs, et particulièrement Massa, en lui attribuant la découverte du marteau et de l’enclume (3). S'il les eût connus, comment les eut-il passés sous silence dans CR ae détaillée qu'il fait de tous les os du corps humain ? Le premier livre dans lequel il en soit parlé, est celui de J. Bérenger de Carpi (4); mais l'obscurité la plus profonde cache le nom de celui qui les a découverts et l’époque à laquelle ils furent vus pour la première fois.
Pour toutes les parties de l'anatomie on ne trouve
(1) Anathomia Mundini; Pavie, 1478 ( 1" édit. }. J'ai consulté celle de Bérenger de Carpi de 1591, f. 455 va
(2) Anatomicæ annotationes ; Bologne, 1520; petit in-4° de 18 feuillts, le seul exemplaire qui existe à Paris dans la Bibliothèque royale. Il n’en existe aucun à celles du Panthéon et de l'Ecole. à
(3) Massæ Epistolæ; Venise, 1558, in-4°, tom. 1, p. 55. La première édition de cet ouvrage est de 1 542.
(4) Commentaria cum amplissimis additionibus super anatomiam Mundini una cum textu ejusdem èn pristinum et verum nitorem redacto ; Bologne ; 1521, in-4°, avec fig. 1° édition. |
de descriptions soignées , que lorsqu'après avoir ra pidement parcouru les écrits des successeurs de Mondini, on arrive au célèbre Vésale, plus remarquable encore peut-être par la méthode, la précision et la clarté qui distimguent son immortel ouvrage, que par les progrès immenses qu'il fit faire à l'anatomie. La forme du cartilage auriculaire, son. adhérence au pourtour du méat auditif, et la conformation des deux osselets auxquels il imposa, le premier, les noms de marteau et d'enclume, sont très-bien décrites dans son grand traité. Il entrevit le muscle interne du marteau , les différentes cavités du labyrinthe, auxquelles il donna des noms bizarres oubliés aujourd’hui ; il fit graver le conduit auditit externe, lés osselets et l’aqueduc de Fallope, et indiqua la distribution des filets de la cinquième conjugaison ainsi que la corde du tympan, dont il ne connaissait pas la structure (1).
Peu de temps après la publication de l’immortel iraité de Vésale, Ph. Ingrassias trouva, dans une lecon publique, et sans lavoir cheffthé, ainsi qu'il l'avoue lui-mêmeé , le troisième ossélet auquelil donna le nom d’étrier (2). L'honneur de cette découverte,
(1) De Corporis humani fabrica ; Bâlé , 1555 ; infol. 426. 1, c. 36, p. 183. (La 1° édition est de 1545.)
(2) In Gateni Librum de ossibus doctissima ct expectatissima commentaria; Palerme, 1603 . in-fol, P: £710. |
revendiquée par plusieurs anatomistes , doitresier au professeur de Naples, dont la candeur mérite toute confiance. | Aucun des anatomistes dont je viens de parler, aucun deceux dont il me reste à signaler les travaux, n’a fait autant que G. Fallope pour les progrès de l'anatomie de l'oreille. Get infatigable anaiomisie distingua trois muscles dans l'auricule, et reconnut que le conduit auditif est plus court chez les enfants; il établit la similitude de forme et de volume des osselets chez le fœtus à terme et le vieillard, donna le premier le nom de tympan à la caisse, indiqua lobliquité de sa membrane, et les incrustations cartila= gineuses des osselets; il décrivit la fenêtre ovale ainsi que la fenêtre ronde, dont néanmoins il ne connut pas la membrane, non plus que celle qui unit Pétrier au bord de la fenêtre vestibulaire. Ge qu'il dit sur les canaux demi-circulaires, le trou de la pyramide par lequel passe la corde du tympan ,lesrampesetlalame spiroïde du fimaçon : sur le développement du nerf auditif dans la membrane qui revêt les parois du labyrinthe, aurait suffi pour l'illustrer, s’il n'eût d'ail leurs, non pas découvert, comme on l'a prétendu, mais parfaitement décrit le canal qui porte encore son nom, et qui avait été oublié depuis Galien. II a vu le premier que le nerf auditif est une partie disuncte de la cinquième conjugaison, et que ses ramifications pénètrent par de nombreux pertuis, dans
le vestibule et le limaçon (1). Il ne connaissait pas l’aqueduc du vestibule, comme l’a prétendu M. Sprengel; cette cavité ne fut découverte que long-temps après sa mort.
: L’anatomie de l'oreille fit, come on le voit, de grands progrès au seizième siècle; ou plutôt elle date de cette époque mémorable dans l’histoire de toutes les sciences. | R. Columbus indiqua , en 1 559, les muscles posiérieur et antérieur de l'auricule, fit connaître le premier la manière d'ouvrir méthodiquement la caisse et s’atiribua la découverte de létrier (2), également revendiquée en faveur de B. Eustachi, Vun des plus célèbres contemporains de Fallope.
Eustachi dessina le muscle auriculaire supérieur, entrevit le muscle interne du marteau, et non celui de létrier comme le prétend M. Sprengel, indiqua le noyau osseux et la partie membraneuse de la lame spiroïde du limacon , la division du nerf audiuf en trois branches, l’origine et la nature de la corde du tympan et son anastomose avec le nerf maxillaire inférieur. Mais sa découverte la plus importante est celle du coriduit guttural de la caisse (3 ); la mauvaise foi seule put chercher à
() Observationes anatomicæ; Cologne, 1562, in-18. La première édition est de 1558.
(2) De re anathomicä , lib. xv; Venise, 1559, in-fok. (5) Deauditus organoinonusculis anaë. Delft, 1596.
jai en ravir l'honneur en Vatiribuant à Aleméon.
Volcher Coyter remarqua le premier le conduit situé à la base de la pyramide, démontra qu'on peut isoler le cercle osseux du tympan par la coction, décrivit mieux qu'on ne l'avait encore fait le carulage qui revêt le méat auditif externe, et fit voir que malgré la trompe d'Eustachi la respiration ne saurait avoir lieu par les oreilles à cause de la membrane du tympan (1).
En 1987, J. C. Aranzi enirevit l'os lenticulaire et découvrit l'apophyse recourbée du marteau (2). Après avoir contesté l'existence du muscle interne de cet osselet, C. Varoh découvrit en 1591 celui de Pétrier (3), et placa l’origine du nerf acoustique dans la protubérance annulaire du cerveau (4). A. Piccolhuomini le fit ensuite naître du quatrième ventri= cule (5), etF. Plater, dans des tableaux synoptiques,
pareils à ceux du professeur Chaussier, avanca qu'un
p- 129 (la prem. édit. est de 1565). — Tabulæ anat. Ed. Lancisi; Rome, 1714; in-fol. tab. 24, 4x, 45.
(1} De auditus instrumento ; Nuremb. 1593, c. 10.
(2) De humano fœtu , liber 3° editus cum anatomicarum observationum lib. ac de tumoribus secundum locis affectibus Liber ; Venise, 1587; c. 15, p. 162.
(5) Anatomia ; Francfort, 1591 ; in-8°, 46. 1, e. 6, p. 28.
(4) De Nervis opticis ; Padoue, 1575; f. 4. a.
(5) Anatomicæ prælectiones; Rome, 1581, in - fol. P 300. ,
des filets du nerf audiuf sort par une ouverture du limacon (1).
Injusie envers Eustachi, Kubues Mn bihdenres à qui l'on doit la première mention écrite du muscle externe du marteau , prétendit qu'Aristote avait connu la trompe gutturale du tympan (2). |
J. Casserius, qui admettait cinq muscles de l’auricule, observa le premier le ligament qui fixe la conque au pourtour du méat auditif, prouva que la membrane du tympan n'est ni un. prolongement de la dure-mère, ni l'épanouissement du nerf audiuf, et que la corde du tympan n’est pas en contact avec cette membrane dans toute son étendue; 1l décrivit irès-bien les deux apophyses du marteau , et le muscle externe de cet osselet. |
Le savant auteur de l'Histoire de la médecine s’est contredit en attribuant d'abord à Varoli, puis à Casserius, la découverte du muscle de l'étrier : mais qui pourrait s'étonner de trouver quelques erreurs dans un ouvrage si étendu (3) ?
Pour mieux connaitre l'oreille interne , Casserius conçüt l’heureuse idée de l'étudier dans le fœtus; les préparations anatomiques qu'il indique sonttrès-méthodiques. Morgagni lui attribue à juste titre la dé-
(1) De Corporis humani structuré et usu, libri nr, 2conibus illustrati; Bâle, 1583, in-fol.
(2) De visu, voce ,auditu; Venise, 1600 ; in-fol.
(3) Histoire de la Médecine, t, 4, p. 24 et 236.
HISTOIRE DE L'ANATOMIE DÉ L'OREILLE. 11 couverte des membranes de la fenêtre ovale et de la fenêtre ronde. Il a reconnu qu'il n’y a point d’ouverture à Ja partie supérieure du limaçon, et mieux
décrit que Fallope la partie membraneuse de la lame
spiroïde. Ses planches sont fort belles; l'une d'elles représente les osselets chez l'homme, le veau, le chat, le chien, le lièvre, le cheval, la brebis, la souris, le cochon, et l’oie; il est à remarquer qu'il assure ne point les avoir trouvés dans le singe (1).
À. Spigel distingua, long-temps après, les deux portions nerveuses confondues sous le nom de cinquième paire (2). L’os lenticulaire, entrevu par Aranzi, en 1597, fut décrit avec soin en 16/0 par François Deleboë, qui trouva un os 'sésamoïde dans le tendon du muscle de l'étrier chez quelques animaux (3). Vers la même époque, J. Vesling (4) décrivit le premier l'apophyse du marteau, dite de Raw, dont la découverte fut bientôt attribuée à C. Folius, à qui lon doit celle du muscle amérieur du marteau (5).
(1) De auris , auditus organis ,; historia anatomica; Ferrare, 1@oi ; in-fol.
(2) De DANS a fabricä; Padoue, 1627, P. 161. ;
(3) Opera omnia; Genève, 1680, n-fol. — Th. Barthotini anatome renovata; Lyon, 168%, in-8°, p. 714.
(4) Syntagma anatomicum ; Francfort, 1641, in-1 2.
(5) Nova internæ auris delineatio ; Venise, 1645, in-4° ; et dans les Dissertationes selectæ de Haller.
En 1652, D. Marcheutis contesta l'existence de l'os lenticulaire, décrivit un ligament fixé d’une part à la 1ête de Pétrier, etde Pautre à la partie voisine de lenclume, et prétenditle premier que, dans l’état ordinaire de la vie, la membranedu tympan est percée d'une petite ouverture (1).
Martin Lyser découvrit,en 1655, le bec de cuiller, et l'éminence pyramidale (2); et trois ans après Th. Warthon fit connaitre les glandes du conduit au dut (3).
Le nom de cinquième paire donné par Marinus* au faisceau résultant de la réunion des nerfs auditif et facial, était encore en usage en 166/, lorsque Th. Willis, si honorablement connu par ses utiles travaux sur la névrologie, prouva que ces deux nerfs forment la septième des paires encéphaliques, décrivii plusieurs rameaux de la portion dure, et indiqua très-bien l’obliquité ou plutôt la courbure du conduit auditif externe (4). | À cette époque À. Molineiti vit le premier la membrane déliée qui occupe l’intervalle des deux .bran-
(1) Anatomia;Harderwick, in-12, 1656, in-4°, p. 222. La premnitre édition est de Padoue , 1652,
(2) Cutter anatomicus ; Copenhague, 1653, in-8°.
(5) Adenographia, $sive glandutlarum totius corporis descriptio ; Londres, 1656, in-8°.
(4) Cerebri anatome ; Londres, 1664, in-123 p. 110. De animä brutorum; Genève, 1680, in-4. *
ches et de la base de l’étrier (1). P.Manfredi en donna une descripuüon plus détaillée et décrivit avec soin l'articulation de latête du marteau avec l'enclume (2).
Au milieu des erreurs sans nombre qui déparent les recherches de J. Méry sur l'oreille (5), on trouve quelques remarques qui ne sont pas sans Intérêt. Il considérait les muscles de l’auricule comme des prolongements du peaucier, de loccipital et du frontal; il a vu le premier que la rainure du cercle osseux du tympan ;'si manifeste dans le fœtus, s’eflace peu-àpeu et finit par disparaître, et que le muscle interne du marteau s’atiache quélquelois à cet osselet par deux tendons. L |
Les travaux de J. G. Duverney sur l'oreille, occupent dans l’histoire de lanatomie une place non moins honorable que celle des recherches de Fallope. Le célèbre académicien de Paris décrivit avec uné rare exactitude le conduit audiüf externe, son cartilage, ses incisures et ses glandes cérumineuses, ainsi que les ligaments qui affermissent les arucula-
(1) Dissertationes anatomicæ et pathologicæ de sensibus et eorum organis ; Padoue, 1669, in-4.
(2) Novæ observationes circa uveam oculi et aurem; Rome, 1668, in-/°.
(3) Description exacte de Poreille, insérée dans Pouvrage de G. Lamy, intitulé: Explication de l’ame sensitive; Paris, 1677, in-12 ; et depuis imprimé isolément en 1681, Paris, in-12.
tions des osselets. Il dessina le premier la trompe d'Eustachi, et les cing orifices des canaux demicirculaires, fit voir quelle calibre de ces conduits est tantôt rond, tantôt ovale, et qu'ils sont pour l’ordinaire élargis à leurs extrémités comme le pavillon d’une trompette. Sa description du limaçon est un modèle de clarté, d'exactitude et de précision. Il a fait connaître le premier les vaisseaux nourriciers des osselets, les artères de la membrane de la caisse et du labyrinthe. On ne saurait trop louer ses.
excellentes observations sur la distribution de 185, septième paire qu'il faisait venir de la protubérance : annulaire près du pédoncule du cerveler, et dont il divisait la portion molle en trois branches. Le temps a confirmé l'exactitude de ses remarques sur l'état de l'organe auditif dans le fœtus. Les planches de son ouvrage, sans être brillantes, sont très-exactes et ajoutent beaucoup au mérite du texte (x,
En 1697, l'opinion de D. Marcheuis sur lexistence constante d'un trou à la membrane du tympan, fut adoptée par J, Munnicks (2); et peut-être seraitelle encore admise sans les belles expériences de F. Ruysch, qui démontra que cette ouverture est
(1) Traité de l'organe de Fouie, contenant la structure, les usages et les maladies de toutes les parties de l’oreille; Paris, 1683, in-12.
(2) De re anatomicä; Utrecht , 1697, in-12.
toujours accidentelle {1). Ge célèbre anatomiste fit aussi connaitre les vaisseaux qui serpentent sur le périoste des osselets et ceux de la membrane du tympan ; il démontra que l’apparente duplicature de cette membrane est due à ce que l'épiderme qui revêt la peau du conduit auditif, se prolonge sur elle (2), et que la membrane qui tapisse la caisse lui fournit une troisième tunique (3). On n’a jamais re- - trouvé le muscle de l’enclume dontil soutient l’exisjence (4).
: Après tant de recherches, faites dans le cours du
dix-septième siècle, il semblait qu'il n’y eût plus rien
à ajouter à l'anatomie de l'oreille , et pourtant le dixhuitième siècle vit paraître le plus bel ouvrage qui ait encore été publié sur la structure de cet organe;
au moins sous le rapport du texte (D). Le célèbre
(1) Thesaurus anatomicus 1; Amsterdam, 1703; — in-4°, p. 1; Vi, 1705 , in-4°, p. 80. | (2) Thesaurus anatomicus 11; Amsterdam, 1705, in-/4°,p. 50. | | | (3) Epistola problematica vin; Amsterdam, 1696, tom. 9, pag. 10. | (4) Thesaurus anatom. 11; Amsterdam, 1702, in-4°. (5) 4. M. Valsalvæ de aure human tractatus, in quo integra ejusdem aurès fubrica, multis novis inventis et iconismis illustrata describitur ; omniumque ejus partium usus indagantur; Venise, 1740, in-{4°. ( La première édition est de Bologne, 1704. )
16 PRÉMIÈRE PARTIE, CHAPITRE 1.
A. M. Valsalva découvrit les glandes cérumineüses qui avoisinent le tragus, et les muscles tragien, anü-tragien et transversal de la conque:; il fixa le nombre des incisures à deux; décrivit avec beaucoup d'exactitude la courbure du conduit auditif et les muscles des osselets; contesta l’existence constante de la membrane située entre la plane et les” branches de l’étrier, et prétendit avoir découvert des trous par lesquels la caisse du tympan communique avec la cavité du crâne. É Illes plaçait vers la partie supérieuredes cellules mastoïdiennes , au-dessus du lieu où le marteau s’arücule avec l’enclume. Il dit les avoir vus au nombre de deux ou de trois, d’autres fois il n’y en avait qu'un seul. Leur situation, leur grandeur, leur forme ne variaient pas moins. Dans certains cas 1l put les distinguer à la première inspection, d’autres fois il lui a fallu, pour les voir, injecter la caisse par la trompe d'Eustachi, et dans ce cas il a vu constam= ment le liquide passer dans le crâne. Valsalva avait trop de sincérité pour vouloir affirmer positivement l'existence de ces trous, auxquels il donnaït pour foncuon de débarrasser la cavité encéphalique des liquides que la nature veut expulser par l'oreille; mais on ne peut s'empêcher de sourire en lisant tous les raisonnements subuls dans lesquels l’entraine son ardent désir de prouver que ces trous existaient : en effet. Dans un homme, chez lequel il avait ob=
servé une perforation de la membrane du tympan, il trouva un liquide copieux et limpide dans les ventricules du cerveau et entre la dure-mère et la
pie-mère; la parte añtérieure du cerveau était
sphacelée et jaunâtre; la dure-mère offrait la même couleur,non-seulement près des circonvolutions lésées, mais encore jusqu à la région où il placait les trous de communication dont il s'agit; la surface interne de la caisse était teinte en jaune, ainsi que la face antérieure de la membrane du tympan. il rapporte une auire observation d’un homme mort en peu d'heures à la suite d’une apoplexie avec paralysie de la moitié gauche du corps, et qui rendit par la bouche, après être expiré, du sang fourni par la trompe d'Eustachi. Les ventricules du cerveau étaient remplis de sang, beaucoup plus à droite qu’à gauche; la parue postérieure du ventricule droit était rompue et l'oreille du même côté était remplie de sang. Dans l’un et l’autre cas, Valsalva dit avoir trouvé les trous de communicauon très-visibles. Ses recherches sur l'ouverture de la membrane du tympan, sont fort intéressantes ; il déclare lavoir observée très-distinctement, mais que depuis il Ja chercha en vain , et que peut-être il l'avait faite avec la pointe du stylet. À l’endroit où il vit ce trou, il ajoute que la membrane est moins tendue que partout ailleurs, et qu'il Va trouvée mouillée de quelques gouttelettes de liquide dans certains cadavres, quoi-
Fr o
qu'il n'ai pu faire passer aucune matière d'injection dans le conduit auditif, en la poussant par la trompe d'Eustachi. Voulant décider la question par des recherches d'anatomie pathologique, il ouvrit le cadavre d'un homme qui, à la suite d’une contusion violente au crâne, eut d’abord un écoulement de sang, puis un flux abondant de matière purulente par l'oreille gauche, et mourut au bout de trois semaines. La membrane du tympan était couverte à sa face exierne d'une pellicule jaunâtre formée par le pus accumulé; après qu'il eut enlevé ce corps étranger, l'examen le plus attentif ne put lui faire reconnaître aucune lésion sensible; mais à-Paide d’une soie de porc, il chercha le pertuis dans l’endroit indiqué, et dès les premières tentatives la soie pénétra sans difhculté. Chez un personnage marquant, affecté d'écoulement purulent par l'oreille, il vit du pus et de Pair sorür à travers la membrane du iympan, au lieu désigné pour être le siége d’une ouverture naturelle. Ces deux faits ont dù contribuer à lui prouver que lexistence de celie ouverture estioujours un phénomène morbide. Ce qu'il y a de plus remarquable peut-être dans son ouvrage, Cest la précision géométrique avec laquelle il a indiqué l'étendue de chacune des parties de l'oreille. Des mesures laborieusement prisesisur un grand nombre de sujets l'ont amené à faire con-
naitre avec la plus grande exactitude les proportions
particulières à chacun dés canaux demi-circulaires
et aux deux rampes du limaçon. Il reconnut que
ces proportions sont constamment les mêmes dans les deux oreilles de chaque sujet, et que cette uniformité se retrouve dans les vices de conformation primitive de ces organes; une fois il trouva tortueux lun des canaux demi-circulaires; cette difformité existait également à droite et à gauche. f
11 démontra que la parue à de la cinquième paire se divise en cinq branches dans le conduit au-
ditif interne , et assura que toutes vont former dans
le labyrinthe une membrane très-fine , suspendue
au milieu du vestibule, et qui se divise elle-même
pour aller former dans les canaux et le limacon, des
prolongements circulaires auxquel sil donnait le nom de zones sonores.
Son ouvrage est fait pour servir de modèle, car l'auteur a su éviter également la sécheresse des descriptions anatomiques et l'ennui que cause une diction trop verbeuse. Le style d certainement contribué à faire la réputation de cette production, qui se trouve aujourd'hui inférieure à quelques autres; toutefois il serait injuste d'oublier à quelle époque elle fut publiée.
R. Vieussens a très-bien indiqué la ht Le qui revêt la caisse et les vaisseaux qui la parcourént, ainsi que la position des neuf trous du vestibule, et Ja partie membraneuse de la lame spiroïde ; mais jl
à très-mal assigné les rapports du manche du mareau avec la membrane du tympan , et les particularités relatives aux muscles des osselets; ainsi sous le nom de monogastrique, il comprenait l’interne et V’externe du marteau. Il prétendit avoir démontré avant Valsalva l'épanouissement de la portion molle du nerf audiuf dans le vestibule et les zones nerveuses des canaux demi- circulaires (1); il aurait fallu d’abord démontrer l'existence de ces zones.
C'est ici le lieu d'indiquer les recherches de G. Derham sur l'organe de l’ouïe et ses fonctions; il à été souvent cité avec honneur par plusieurs anatomistes célèbres (2).
L'existence constante d’un trou à la membrane du tympan, admise par Marchettis et Munnicks, Va été aussi par À. Q. Rivinus, qui prétendit l'avoir découvert en 1680, et le démontrer en remplissant de mercure la caisse du tympan ; mais ce moyen seul suflit pour prouver qu'il avait tort. Cet anatomiste fut, comme tant d’autres, tellement tourmenté de la soif des découvertes, qu'il osa dire avoir vu ce trou garni d'une valvule et d'un sphincter musculeux (3). L'opinion de Marchettis fut aussi
(1) Traité de la structure de loreille; Toulouse, 1714, in-4°. |
(2) Physico-theology ; Londres, 1515, in-8°. Traduit en français, Rotterdam, 1526, in-8° ; Paris, 1732, in-8°. -
(5) De auditüs vitiis ; Leipsick, 1717, in-4°.
défendue par O. P. Schott, sous la présidence de 3. Salzmann, dans une thèse qui n’est qu'une verbeuse compilation (1).
Duverney n'avait décrit ni le périoste ni les vaisseaux des osselets; J. A. Schimid en donna une descripuon soignée, ainsi que plusieurs figures qui n'ont rien de reinarquable (2).
Personne n’a mieux décrit l'oreille externe et surtout les muscles de cet appendice que J. D. Santorini (3); il a fait voir que l'auriculaire supérieur ne s'attache pas seulement au carülage du conduit auditif externe, mais encore à la partie postérieure du cartilage de lauricule, ce qui lui permet d’épanouir en quelque sorte ce cartilage, et de le porter en arrière. On lui doit la description exacte de trois muscles, intrinsèques que Valsalva n’a pas connu : le transverse auriculaire, le muscle de l'incisure, et lhélicien, qui depuis fut divisé en deux par Albinus.
L'hypothèse si vivement défendue par Rivinus, sur la perloration de la membrane du tympan, ayant été de nouveau proposée par J. A. Kulm (4), C. Bose, ou plutôt À. F. Walther, voulant décidément savoir
(1) De aure human ; Strasbourg, 1719, in-4°.
(2) De periosteo ossiculorum audits cjusque vas= . culis; Leyde, 1519, in-4?°.
(3) Observationes anatomicæ ; Venise, 124, in-4°, €. 2, p. 42.
(4) De auditu; Dantzick, 1724, in-4°.
si cette opinion était admissible et SL Valéahe ne
s'était pas mépris à ce sujet , injecta, dans le tympan, par la trompe d'Eustachi, de l'air, de la fumée de tabac, du mercure, de l’infusion de safran. Aucune de ces es ne se fit Jour à travers la membrane, à laquelle l'examen le plus atienuf ne put faire découvrir la plus petite ouverture. Ces expériences fu-. rent répétées sur cinq cadavres avec beaucoup de soin, et toujours avec le même résuhat. Cette disser-. tation fait le plus grand honneur au professeur de Leipsick (1); cependant elle ne porta pas la conviction dans tous les esprits, car H. F. Teichmeyer revint encore à Lepaion de Rivinus, et, comme on le peuse bien, n° appuya son sentiment que sur de faibles argumens (2).
Parmi ies anatomisies célèbres du dix-huitième siècle qui se sont spécialement occupés de la structure de lorgane de l'ouie, J.F. Cassehohm (35) occupera toujours une place distinguée. Anatomiste érudit, il ne se contenta pas de décrire les objets avec une
(1) De membranû tympant; Leipsick, 1725, in 4.
(2) Findiciæ quorumdam inventorum anaitomicorum in dubium revocatorum ; Jena, 1527, in-4°.
(5) De aure internä; Francfort-sur-l’Oder, 1750. —. De aure humanätract. n, ui; Halle, 1550, in-4°. — De aure human traet. 1 ; Halle, 1554, in-4°.— De aure humanä tractai. v, vi; Halle, 1755, in-4°.
HISTOIRE ‘DE L'ANATOMIE DE L'OREILLE. 29 exactitude” rare ; son livre est une des meilleures sources auxquelles on puisse recourir pour écrire l'histoire de lanatomie de loreille; ses citations sont parfaitement exactes , et l’on ne peut lui reprocher qu'un style lourd et verbeux. I a fait d'intéressantes recherches sur l'état de l'organe de Pouïe dans le fœtus. On lui doit la remarque que les osselets n’existent pas même à l’état rudimentaire, deux mois après la conception; et qu’à cette époque seulement, on commence distinguer la caisse. Dans un fœtüs de trois mois, il a trouvé le marteau carülagineux, avec . un point d’ossification ; lenclume était dans le même état, sauf sa longue apophyse qui était en partie ossi: fiée , ainsi que latète de l'étrier. À quatre mois la tête du marteau était osseuse intérieurement , cartilagineuse à l'extérieur; l’apophyse la plus longue était cartilagineuse, l'autre n'était pas encore visible; la portion de lenclume aruculée avec le marteau était recouverte d’une lamelle cartilagineuse, et celle qui est en rapport avec l’étrier, n'était pas encore ossifiée, non plus que la partie correspondante de cet osselet; à cinq mois lossification était complète. Cassebohm a donc le premier fait connaître Pépoque à laquelle se développent les osselets, en prouvant que ce développement est déjà sensible à trois mois, tandis que Kerkring ne l'avait fait commencer qu'au cinquième. Il a aussi démontré qu'il existe une petite cavité dans épaisseur de lenclume, du marteau,
ct même de létrier; mais il ne parait pas que cette disposition soit constante.
Il dit ayoir vu non-seulement le quatrième OSselet, ou los lenticulaire, mais encore un autre osselet, entre le marteau et l’enclume, chez un seul enfant, sur trois cents cadavres qu'il à disséqués pour étudier oreille. Il a fort bien démontré contre Valsalva qu'il n’y a point de trous de communicauon entre la caisse du tympan et la cavité du crâne. Sa description du rebord des fenêtres est forte exacte. IL découvrit le’ crochet que forme l'extrémité de la lame spiroïde du limaçon, lui donna le nom d’hamecçon, et reconnut plusieurs des ouvertures par lesquelles le nerf auditif pénètre dans le vestibule. Enfin il a donné une descripüon très - détaillée d’un enfant qui vint au monde avec quatre oreilles, dont deux étaient dans la place ordinaire , tandis que les deux autres étaient situées près de la nuque; chacun des temporaux avait deux por tions pierreuses (1 ). |
Le beau traité de Valsalva, sur l'oreille, a Are l’occasion àd. B. Morgagni de Fe son immense érudition , ses td connaissances en anatomie, et son inviolable attachement à son illustre maître.
Les épitres anatomiques de Morg >agTil sont peut-être