CHAPITRE IV
De l’usage des parties qui composent l’organe de l’ouïe. à
QUELQUES faits avérés, universellement admis, mais séparés par des lacunes immenses ; beaucoup d’autres que l’on soupconnait par analogie; un plus grand nornbre d’hypothèses absurdes, ingénieuses ou insignifiantes , que les esprits peu justes confondent avec les produits de l'observation la plus exacte : telles ont été les bases chancelantes sur lesquelles reposa trop long - temps la science physiologique. Depuis qu'on a cherché à ‘lui donner des fondements plus solides, ses progrès n’ont point été en rapport avec ceux de l'anatomie; malgré les travaux des hommes les plus recommandables , les. connaissances positives sur l’usage des organes ne se sont point accrues, et l'on n'a vu grossir que la somme de nos doutes et de nos connaissances négalives.
Ces réflexions s'appliquent sur-tout aux fonctions de l’oraille, sur lesquelles nous pouvons dire que nous en sayons beaucoup moins que ne croyaient en savoir les anciens physiologistes.
L'élasticité du cartilage du pavillon, les anfrac-
USAGE DES DIFFÉR. PARWIES DE L'OREILLE. 191
tuosités de cette appendice, semblent le rendre trèspropre à recueillir les ondes aériennes sonores; telle était l'opinion de Boerrhaave, qui la croyait prouvée par le calcul : et pourtant tout se réunit pour démontrer que l'auricule est absolument inutile dans l’homme; l'audition n’est nullement altérée quand on l'enlève ; j'ai eu occasion de m'en assurer de lamanière la plus positive. Pour que notre pavillon favorise un tant soit peu l'audition, il faut changer totalement sa forme, et lui donner autant que possible celle d’un cornet. Alors on produit le même effet qu'en placant la main disposée en creux, derrière le conduit auditif, la concavité tournéé en avant, comme le faisait le consul Adrianus dont parle (alien. ù
Chez vggrand nombre d'animaux qui ont l'ouie très-fine, il n’y à pas de pavillon ; la taupe, les oiseaux en sont dépourvus. Chez plusieurs autres il est très-grand, très-mobile, mais il en est peu qui le dirigent vers tous les points d’où le son arrive ; sous ce rapport il semble plus nuisible qu'utile, et les animaux qui l'ont ainsi disposé entendent moins nettement d’un côté que de l’autre. Son étendue ne semble pas même favoriser la réception des ondes qui viennent directement vers son ouverture; car il est peu d'animaux dont loue soit plus fine que les chiens courants, par exemple, dont le pavillon trèsmou tombe au-devant du conduit auditif, et le couvre
entièrement. Les mouvements très - sensibles que plusieurs animaux Jui impriment paraissent n'être pas plus utiles que dans l’homme doué de cette faculté. Un cheval effrayé par la vue d’un objet présenté subitement à sa vue, sans aucun bruit, s'arrète, ride la peau: de son front et dresse fortement ses oreilles en avant. Il les dirige en arrière, quand il est disposé à mordre ou à frapper du pied les personnes qui se trouvent à sa portée. Ceux d’entre les chiens qui sont aussi pourvus d'une auricule mobile, paraissent également la faire servir bien moins à l'exercice des foncuons auditives, qu’à la manifestation de leurs affections, de leurs passions , telles que la joie, la fureur, la crainte, la tristesse, Fami tié envers leur maître. On dirait que la nature, ayant caché sous une peau épaisse et couverte de poils les muscles destinés à l'expression faciale, a voulu suppléer aux fonctions incomplètes de ceux-ci par les mouvements aussi prononcés qu'expressifs dont elle a doué certaines parties saillantes, telles que les oreilles et même la queue.
Le seul usage que l’on puisse assigner à lauricule
chez l’homme, est qu’elle ne s'oppose à l'admission
. d'aucun son de quelque côté qu'il se présente. Chez
l'éléphant il paraït avoir le même usage négatif en raison de sa disposition. | L'out ce qu'on peut dire sur les foncüons du ar duit auditif, c’est qu'il livre passage aux sons dont *
. | USAGE DES DIFFÉR. PARTIES DE L'OREILLE. 1 39 l'intensité est peut-être augmentée par la courbure de ce canal. Soit par cette raison, soit dans l'intention de garantir la membrane tympanique de laction trop directe de l'air ambiant ou de latteinte trop facile des agents extérieurs; toujours est-il digne de remarque que le méat auditif affecte dans tous les animaux qui en sont pourvus-une direction constamment oblique, ou coudée, on tortneuse.
Voulant assigner un usage déterminé à la plus insignifiante partie des corps vivants, des physiologistes, Valsalva sur-tout, ont prétendu que les incisures du cartilage du méat audiuf, rendent l'audition plus parfaite. Santorini assurait qu’elles sont pourvues d’un muscle quien rapproche les bords par ses D comme si tout faisceau fibreux posé transversalement sur une fente située dans un car tülage, devait irrévocablement être de nature musculaire ; se livrer à de pareilles considérations , c’est assurément abuser de lPingénieuse distinction des üssus vivants. | k — . On peut encore citer comme un rare exemple de la manie des explications, l'usage assigné, par Duverney, au tragus, qui, selon lui, analogue à la paupière, couvre lorifice du méat auditif de l'oreille hi sur laquelle on est couché, et empêche ainsi Vaccès déPair: : \ , Les poils du tragus n’ont point assurément pour foncuons de s’opposer à l'entrée de petits corps étran-
gers dans le conduit auditif, s’il en était ainsi, pourquoi n'existent-ils jamais chez les enfants, les femmes, et les hommes adultes méme? pourquoi ne se voient -1ls guère que dans les vieillards ? Ils ne sont pas plus utiles que les poils qui croissent dans les narines, ou plutôt, ils nuisent certainement à l'audition ui ils sont très-nombreux.
La couleur et l’amertume du cérumen avaient inspiré à Bérenger de Carpi une singulière opinon. Îl pensait que cette substance est le produit d'une dépuration , au moyen de laquelle le cerveau se débarrasse des humeurs RIHEUSES que lui envoie le foie. | | . Le cérumen est une humeur oléo-muqueuse , onctueuse, jaunâtre, d'un goût amer, sécrétée par les follicules situés dans le tissu cellulaire sous- eutané de Pauricule et du conduit auditif. Au lieu de chercher à connaitre l'usage dont il peut être aux parues sur lesquelles il se répand , il vaut mieux se borner à exposer quelques-unes de ses propriétés chimiques, qu'il est utile de connaître dans le traitement des maladies du conduit auditif.
Chauffé légèrement, le cérumen se fond, répand une odeur un peu aromatique , et tache le papier comme pourrait le faire l'huile. Jeté sur des charbons incandescents, il se ramollit, répand une fumée Meet se fond, se RARE acquiert une couleur plus foncée, donne une odeur ammo=
niacale et empyreumatique, et laisse un charbon peu volumineux.
Le cérumen est soluble dans l’eau chaude et dans la salive; il forme avec la première une sorte d’émulsion qui se putréfie promptement, et dépose des flocons blancs. Dans lalcohol chaud il se dissout aussi, mais en partie seulement; les 0,375. qui ne se dissolvent pas, ERRFCRES à l’albumine mélée d’un peu de mauère oléagineuse. Si l'on évapore l’alcohol, il reste un résidu orangé, trèsamer, ayant l'odeur et la consistance de la térébenthine, et qui, soumis à l’action du feu, se fond, et disparait en fumée blanche, sans laisser de trace. Ce résidu est aussi soluble dans l’éther. La partie albumineuse du cérumen laisse après elle, quand on la brûle, des traces de soude et de phosphate de chaux. L'autre partie dissoute dans l’éther est moins colorée; moins amère lorsqu'on l’obtient par Palcohol.
Ces résultats sont dus aux recherches de Fourcroy, et de M. Vauquelin,quiena conclu quele cérumen contient de l’albumine, une huile épaisse, une matière colorante , de la soude et du phosphate de chaux. .
L'usage général de la caisse est facile à déterminer. À la vue de cette cavité, terminée de deux côtés par une membrane très - élastique, et percée d’une ouverture analogue à celle qui se trouve au centre de la partie cylindrique d'un tambour, on ne peut
méconnaitre un véritable instrument d’acoustique destiné à recevoir, renforcer et propager les ondes : sonores. Il reste àtrouver le rôle que joue, dans cette fonction, chacune des membranes dont nous venons de parler, et celui de la chaîne ostéo-musculaire, éminemment mobile, suspendue entre deux de ces membranes. |
On a beaucoup écrit sur les mouvements des osselets. Bérenger de Carpi a dit que, mus par l'air agité, ils frappent Pun sur l’autre, et forment ainsi le son. Massa prétendit que le marteau seul frappait, non sur l'enclume, mais sur la membrane du tympan. Selon Ingrassias, l'air extérieur, mu en cercle par le corps sonore, comme l'eau frappée par une pierre, heurte la membrane du tympan, agite Pair inné, enfermé dans la caisse, et qui aidé des oscillations de la membrane et de l’acuon d’un muscle, mel en mouvemeni le marteau, puis l'enclume et l'étrier. Il pensait que cette locomotion n'est pas sousiraite à l'empire de la volonté, et qu'elle s'opère au moment où l’on apporte le plus d'attention pour bien entendre, et où le pavillon semble s’ériger. Manfredi a cru au contraire que les osselets ne sont susceptibles d'aucun mouvement. Duverney se croyait assuré que par l'action du muscie interne du marteau, seul ou agissant de concert avec le muscle externe, cet osselet est porté en dedans, tandis qu'il se dirige en dehors, quand le muscle exterñe se con
tracte isolément. Ce célèbre anatomiste voyait dans les osselets-une chaîne osseuse vibrante; le muscle de l'étrier lui paraissait propre à tendre la membrane qui unit la platine de cet osselet à la fenêtre ovale, à le fixer en tirant cette platine en dehors, et à le rendre ainsi plus susceptible de transmettre limpulsion vibratoire à l'oreille ; 1l croyait tous, ces mouvements indépendants de la volonté. Selon Aranzi, le muscle interne porte le marteau en avant et en dedans, loin de l'enclume restée immobile, tandis qu'au moyen de lPapophyse recourbée de cet osselet, la membrane du tympan poussée en dehors, se met en rapport avec l'air extérieur. Le muscle supérieur ou externe de Cassérius est destiné, selon cet anatomiste, à porter le marteau en dehors. Cotugno a fait voir que le manche de cet osselet est dirigé vers le vestibule par l'action de son muscle inierne, tandis que sa tête est dirigée en dehors, avec la base de lenclume, de telle sorte que l'extrémité libre du marteau se trouve parallèle à Ja paroi interne du tympan, et que l'os lenticulaire et l'étrier sont disposés sur une ligne horizontale; léirier est üré en dedans et en arrière par son muscle propre, et la partie postérieure de sa base pénètre dans le vestibule , sans que sa partie antérieure s'éloigne en aucune facon du bord de la fenêtre. Ces remarques de Cotugno réfutent complétement Valsalva, qui pensait que le muscle de l'éirier empêche cet osselet
de pénétrer trop avant dans le vesubule, et Hamberger qui prétendit que, dans l'état ordinaire, la platine de l'étrier ne touche jamais le bord de la fenétre ovale (1).
L’inspection des cadavres confirme la justesse des observations de Cotugno; mais on ignore COMplétement jusqu'à quel point tous ces mouvements ont lieu dans l’état de vie.
J'ai voulu m'assurer si en effet la membrane du tympan est portée tantôt en dehors, tantôt en dedans, afin d’être plus apte à recevoir les différents sons que lui transmet le conduit auditif. Dans plusieurs cas de surdités séniles incomplètes , le conduit auditif est quelquefois très - évasé, et permet d'explorer la membrane du tympan avec la plus grande facilité. Cette disposition remarquable, dont on n'a point encore parlé, m'a permis de faire de nombreuses expériences à l’aide d'instruments trèssonores; des sons très - aigus, d’autres très-2raves, et tous très-forts, ont Été perçus sans que j'aie V4 la membrane du tympan, que je distinguais trèsbien, subir aucun mouvement général ou parüel mème très-léger. Me défiant du témoignage de mes veux, on du moins voulant ne rien négliger pour que mes expériences fussent concluantes, je plaçai
SE { (1) Physiol. medic. cap. 1x, sect. 5, de auditu ..
USAGE DES DIFFÉR. PARTIES DE L'OREILLE. 139 une soie de porc sur le centre de la membrane, et elle ne bougea nullement.
On aurait tort de conclure de ces recherches, qui me semblent décisives, que la membrane du tympan soit inutile; en sa qualité de membrane très-mince elle contribue à rendre la caisse plus propre à la transmission des ondes sonores. Lorsqu’elle s'épaiss, ainsi que je l'ai vu très - souvent, Vouïe devient très-dure; quand elle est déchirée, dans une grande partie de son étendue, et sur-tout à l'endroit où le manche du marteau lui est uni, il en résulte un changement notable dans l'audition ; la personne ne peut plus alors entendre la voix basse.
Tel est aussi le résultat de la perte des osselets; l'expérience m'a tellement convaincu de cette vérité, que, lorsque dans Potite, et sur-tout dans les otorrhées, je vois se détacher et tomber un ou plusieurs osselets, j'annonce irès-positivement le genre d'aliération qu'éprouvera l'ouïe, et jamais je n'ai été démenti par les suites plus ou moins tardives de ces ficheux accidents: On a donc eu tort de prétendre que la destruction de ces osselets, et même de l’étrier ,n’entrainait d'autre inconvénient que de rendre loue un peu dure pendant quelque temps ; ceue assertion prouve que les sujets de ces observations inexactes n'ont point été examinés avec tout le soin nécessaire. On ne les a point interrogés sur les changements qu'ils éprouvaient dans l'audition relative
ment aux diflérents tons des instruments et de la voix; on s’est contenté de leur demander sils entendaient moins qu'avant la chute des osselets. L’observateur le plus judicieux des maladies qui sont à chaque instant sous nos yeux, peut omettre cer-. taines particularités importantes, quand il est consulté pour des cas peu communs, ou dont il na pas fait une étude spéciale.
Tout porte donc à croire que si l'homme jouit
plus que tout autre animal de la faculté de saisir les
nuances les plus fugitives du son le plus faible, c'est aux osselets qu'il la doit, ou du moins c'est à eux qu'il est redevable de la faculié d'entendre parler à voix basse. |
M. Geoffroy-Saint-Hilaire, dont j'ai fait connaître Vopinion, sur la détermination des os operculaires,
lument au rang des
a donc eu tort de rejeter abso fables, tout ce qu'on a dit sur l'utilité de la membrane du tympan et des osseleis. Il s'appuie sur ce qu'on n'a pas trouvé ces derniers plus grands chez les animaux doués d'une grande finesse d’oreille; sur ce que les oiseaux, qui lui paraissent supérieurs à toûs les animaux , sous le rapport de louïe , ont tous les osselets dans un état plus simple, plus imparfait, ou, comme il le dit, plus rudimentaire que les mammifères. Il fallait d'abord prouver que Pouïe est, dans les oiseaux, plus parfaite que chez
l'homme , ce qui est fort douteux ; car si l'on prend
les fonctions du larynx pour mesure de Paudition , il ne serait pas diflicile de prouver que les sensations auditives sont plus variées dans l’homme, ainsi que la très-bien remarqué Ch. Etienne.
C'est dans les poissons que M. Geoffroy -Saint- Hilaire pense que les osselets sont vraiment uüles ; ils y servent , selon lui, à la respiration. Dans les mammifères , les oiseaux et les reptiles, ils ne sont ‘qu'une sorte de superflu resté rudimentaire et indicateur.
Si les poissons entendent en effet sans osselets, ce que je suis très-éloigné de nier , ne füt-ce que parce qu'il en est ainsi quelquetois chez l’homme, ce fait ne prouve rien , sinon que l'ouïe peut avoir lieu sans eux ; et lon a tort d'en conclure qu'ils sont inutiles chez les animaux dans lesquels on les trouve faisant partie de l'organe auditif. Qui voudrait croire que les orteils, et sur-tout le plus gros, soient inutiles à l'homme . parce que le cheval qui est doué d’une vitesse de progression bien supérieure , en est dépourvu ? Le mot rudimentaire ne me semble devoir être appliqué qu'aux parties dont le développement incomplet dans quelques espèces les rend impropres, non-seulement à la fonction qu’elles remplissent dans d’autres espèces, mais encore inna-
biles à toute foncuon quelconque. Tel est le cas de lappendice cæcale , de la dernière pièce du coceix et de lauricule dans l’homme. Quant aux osselets de
l'ouïe, je pense au contraire, d’après ce que J'ai dit, que chez homme ils sont au plus haut degré de développement nécessaire pour la fonction du sens auditif; Fidée de leur petitesse n’affaiblit point, chez moi, celte opinion; car celte considération ne serait pas digne du siècle éclairé dans lequel nous vivons. Non content d’avoir d'abord voulu réduire les osselets à une complète inutilité , le savant maturaliste , avec qui je me trouve à regret en opposition , veut ensuite qu'ils fournissent aux animaux les moyens de se rendrësourds à volonté; l'oreille, dit-il, peut donc s’en passer; plus loin, il avoue qu'elle en tire quelques services, soit parce que l'étrier ferme la fenêtre ovale , soit que le marteau tende la membrane du tympan et l'étrier, en faisant un mouvement de bascule au-devant du labyrinthe, et mette ainsi « l'oreille au guet ». De toutes ces vues, qu'on ne peut s'empècher de trouver contradictoires, il conclut que les osselets ne rendent que des « services très-secondaires » à l'organe auditif. M. Geoffroy-Saint- Hilaire a tout sacrifié au désir de prouver l’analogie des os operculaires avec les osselets; il eût été plus simple de sacrifier le principe hasardé, qu'un organe peut passer d’une fonc» tion à une autre. On eût ainsi évité de dénaturer les faits les plus notoires et de forcer les analogies. Cette marche, non moins philosophique que toute autre, n'eût pas porté la plus légère atteinte au principe
fécond et lumineux des connexions , si utile dans la recherche des analogues. Seulement on n'aurait pu dire que les osselets de louïe des mammifères, des oiseaux et des reptiles, ne sont que des rudiments des os operculaires des poissons , qui réduits à une petitesse extrême, et renfermés dans la chambre de l’ouïe, « prennent du service dans cette nouvelle condition, et s’y trouvent comme des ilotes à la disposition des organes qui les entourent. »
J'ai dû rappeler 1ci les opinions d’un naturaliste, dont j'honore le savoir , parce qu'elles m'ont paru complétement en opposition avec des faits décisifs, qui jusqu'ici n'ont point été connus.
Jusqu'au temps d'Eustachi hypothèse d'un air inné dans la caisse , fut universellement admise comme un fait démontré; quand cet immortel anatomiste découvrit le conduit guttural de oreille, il fallut bien convenir que l'air qu’elle contient lui est fourni par Pair extérieur; mais l’on crut encore qu'un gaz particulier, plus pur que celui de Patmosphère , occupait le labyrinthe.
La trompe d'Eustachi paraît n'avoir d'autre usage que celui de renouveler l'air contenu dans le tympan. Cest, comme je lai indiqué, l’analogue du trou , sans lequel l’air n'éprouverait aucun mouvement vibratoire dans une caisse militaire. L’analogie est si frappante, que je m'étonne qu’elle n'ait point été remarquée par ceux qui voyaient
dans Ja caisse du tympan un véritable tambour, sur-tout à cause du filet nerveux auquel on a donné le nom de corde.
On a prétendu que la trompe d'Eustachi était une sorte de conduit auditif buccal, à l'aide duquel l'audition peut avoir lieu sans lintervention du conduit auditif externe. Les cas fréquents de surdité, par engouement ou obstrucuon de la trompe, prouvent que son intégrité importe au maintien de louïe ; mais ils ne démontrent pas qu’elle serve à la transmission des sons. Cette erreur a été réfutée par Cotugno, ainsi que je m'en suis assuré tout récemment dans mes dernières recherches sur les travaux des auteurs. Il a très-bien reconnu la manière dont Vaudition a fieu, dans les cas tels que celui-ci, rapporté par Ingrassias : il s’agit d'un Espagnol qui devint sourd à la suite d’une maladie aiguë, par Vobstruction du méat auditif, et qui pouvait néanmoins entendre avec autant de plaisir qu'auparavant les sons d’une guitare, lorsqu'il en saisissait le manche avec ses dents, ou quand il placait dans sa bouche l'extrémité d'une baguette touchant à linstrument par son autre extrémité (1).
Les erreurs se renouveilent à chaque siècle avec
une opiniâureté toujours étonnante. En 1728, J.-C.
(1) Comm. in Galen. de ossibus , Cap. 1, text. 8, p. mn..97; Palerme, 1605, in-fol.
Contag se donna la péine de chercher à prouver que l’on entend par la trompe d'Eustachi quand la bouche est ouverte (1)."F'elle fut aussi la conclusion déduite de quelques expériences superficiellement faites, il y a quelques années, sur un jeune sourd muet di l’'Insttuuon.
L'enfant, à qui l’on avait fait répéter quelques mots , les avait tout simplement entendus par Poreille, et non par la trompe d'Eustachi. Il n'avait pu même entendre en aucune manière par ce conduit tout-à-fait étranger à la transmission du son dans l'organe de loue. Je ne connaissais point alors l'opinion de Cotugno; mais, pour démontrer ma première assertion , je bouchai complétement les oreilles de l'élève, et aussitôt, quoiqu'il eut la bouche grandement ouÿerte , il cessa d'entendre. Pour appuyer ma seconde assertion, il suffit de placer une montre dans la bouche; elle ne s’y fait pas entendre tant qu'elle ne porte que sur la base de la langue, bien que cette partie soit de toutes la plus voisine des trompes d'Éustachi;, mais on entend distnctement le bruit du balancier, dès que la boîte vient à toucher à quelqu'une des parties osseuses de la bouche, et surtout aux dents.
Je fus ainsi conduit à examiner si le son considéré comme vibration ondulatoire de l'air peut arriver
(1) Deauditu; Dantzick, 1728, in-4°.
1/0 PRÉMIÈRE PARTIE, CHAPITRE 1V.
à l'oreille par d’autre voie que celle du conduit au dif , et je vis qu'aucune des autres parües de Poreille, de la bouche et du crâne, ne peut produire cet eflet. Dans le son, il y a deux parties bien distinctes relativement à nous, ou du moins deux circonstances notables doivent avoir lieu, pour qu'il se propage jusqu’à notre oreille ; c’est d'une part les vibrations du corps sonore, et de l’autre les mouvements ondulatoires de Pair. Or, les dents, ainsi que toutes les parties osseuses qui avoisinent l’oreille, peuvent par le contact immédiat, ou par le moyen d'un condutieur solide, transmetire à cet organe les vibrations propres des corps, mais 1l n’y a que le conduit audiuf externe qui puisse communiquer à l'oreille les oscillations sonores de lair. Ce milieu, qui, rejeté par les poumons où ffvient de porier Valiment de l'ouïe , fournit encore à son retour les matériaux de la voix et de la parole , prend pour ainsi dire dans la bouche les sons articulés, et devenu en quelque sorte colporteur de ses propres produits, se charge de les transmettre aux oreilles vivantes. L'air va frapper inutilement dans ses vibrations oscillatoires les parties osseuses de la bouche, il y meurt inaperçu de la partie sentante de loreille. Ceci s'explique ou plutôt est démontré par l'expérience dont je viens de parler ; dès l'instant que le contact de la montre avec les dents cesse, V'orcille cesse d’ouïr. Le résultat est le même si on
USAGE DES DIFFÉR. PARTIES DE L'OREILLE. 147 placeentre les denis le bouton d’une sonnette. C'est encore inutilement qu'après s'être bien exactement bouché les oreilles, on recoit, dans la bouche, la voix de quelqu'un qui parle très - haut. Le peu de son qui arrive alors dans l'organe, n’y vient pas par l'entremise des dents, mais par le méat auditif qu’il est difficile d’oblitérer exactement; ce qui le prouve. c'est qu’on n'entend pas moins, si l’on répète lexpé- -rience , la bouche close. x
On a dit qu'à nos spectacles les gens de la campagne ont presque toujours la bouche ouverte. Le peintre le moins instruit des secrets de son art ré pondrait tout aussi bien que moi à cette prétendue objecuon. I dirait sans doute que l’un des caractères extérieurs de la curiosité ignorante et de l'étonnement stupide git dans le relâchement des muscles de la mâchoire inférieure, et conséquemment dans l'ouverture de la bouche. | |
En vain lon chercherait dans le bâillement un argument plus solide; si après cet acte de l'appareil respiratoire on entend plus distinctement qu'auparavant, ce n'est ni parce que la mâchoire inférieure, en s’abaissant, ouvre un plus libre accès au son vers les trompes, ni parce que les condyles de la mâ- . choire se portant en avant et en bas permettent aux conduits auditifs de se dilater. Il suffit d'introduire le bout du petit doigt dans ces mêmes conduits, pour s'assurer que Gette prétendue dilatation est une de
ces nombreuses assertions physiologiques admises sans fondement pour satisfaire au besoin d'expliquer ; et füt-elle vraie, je puis assurer qu'il n’en résulterait aucun avantage, convaintu d'après mes observations que l'élargissement du conduit auditif, bien loin d'augmenter l'audition, en diminue nota- blement l'étendue et la finesse. Si l’ouïe s'opère avec ‘plus de clarté après le bâillement, c’est que les mouvements alternatifs d'inspiration et d'expiration qui le constituent, et le jeu des muscles des joues et du pharynx, déterminent expulsion des mucosités qui engouent assez souvent l'orifice de la trompe; ce qu'on voit arriver sur-tout d’une manière bien évidente dans la surdité catarrhale.
On a dit que dans la conversation les sourds tiennent la bouche ouverte; je n'ai point fait cette remarque. À la vérité dans quelques surdités, dans celles des vieillards sur - tout, on fait parvenir par la bouche quelques mots dans l'organe de loue; mais ce n'est pas en parlant même très-haut dans la bouche du sourd qu'on parvient à s’en faire entendre. Ce n’est qu'en établissant un conducteur solide entre la bouche qui parle et la bouche qui écoute ; c’est au moyen d’une latte de bois mince et fibreux, qui touche d’une part aux dents du sourd et, de l’autre à celles de la personne qui ui parle. Enfin si les sons pouvaient pénétrer dans la caisse du tympan par la trompe d'Eustachr, ils se trouveraient
USAGE DES DIEFÉR. l'ARTIES DE L'OREILLE. 149 chez l'homme qui entend bien en opposition avec ceux qui arrivent à la caisse par le conduit auditif; la membrane du tympan serait placée entre deux tendances opposées, les ondes sonores seraient confondues et confusément transmises par la caisse au labyrinthe, et Paudition serait notablement altérée.
Quel est donc le mode de comniunication qui transmet la parole à louie par ces mêmes parties osseuses que nous avons dites inaptes à la transmission des sons, lorsqu'ils leur arrivent par les ondulations de Pair? Le même qui rend sensible à l'oreille les oscillations du balancier quand on tient une montre entreles dents; c’est une succession d'ondulaons moléculaires qui se propagent de l'instrument vocal au conducteur, du conducteur aux dents, aux 0, puis aux Cavités du labyrinthe et à la partie sentanie de l'organe. S'il était vrai, comme on me Vobjecta, d’après la théorie d'Ingrassias , que les nerfs dentaires fussent les agents de cette transmis-
sion, il resterait à démontrer par le secours de quel filet nerveux une dent postiche, mise en contact avec une montre, produit sur louïe le même eflet , ainsi que j'ai eu occasion de m'en assurer sur une ‘personne qui voulut bien se prêter à mes expér'ences.
Les cellules mastoïdiennes servent-elles à favoriser la dilatation de Pair de la caisse, ou fournissent-
elles une sorte de diverticulum pour Vair qui s'en
me.
trouve chassé quand la membrane du tympan est portée en dedans ? C’est ce qu’on n’a point démontré, et ce qui es très-peu important à déterminer. Peutêtre ces cellules ne font-elles qu’ajouter à l'ampleur de la caisse du tympan, et favoriser ainsi le dévelop pement des ondes sonores. |
Si les mouvements de la chaîne que forment les: osselets, dans l'audition, étaient rigoureusement démontrés , il en résulierait que cette chaîne, étant raccourcie par ces mouvements, tendraient nonseulement la membrane du tympan, mais encore celle qui unit le pourtour de la platine de l’étrier au bord de la fenêtre ovale. Rien de semblable ne pouvant arriver à la membrane de la fenêtre ronde , tout ce qu'on peut dire d'elle, c'est qu'elle recoit les ondes de Pair contenu dans la caisse, comme lamembrane du tympan recoit celles de Pair extérieur; aussi at-elle été considérée par Scarpa comme une sorte de tympan secondaire. |
Ingrassias pensait que l'étrier, mu par rétine * comprime l'air dans le labyrinthe, le force à en parcourir les cavités, de manière que le son formé comme une sorte d'écho reviendrait par la fenêtre ronde qu'il croyait libre. La découverte de la membrane qui oblitère cette fenêtre, vint à l'appui de la théorie aristotélique qui supposait le labyrinthe rempli d'un air conne. Duverney assigna pour usage à
celte membrane de recevoir les vibrations de Pair
à | USAGE DES DIFFÉR. PARTIES DEL'OREILLE. 191
contenu dans la caisse, et de les communiquer à celui que renfermait, selon lui, la rampe, ou, comme il le disait, le chemin infériQe délimacon.
L on continua jusqu'au dudruitème siècle d’admettre, d’après l'autorité d Arisiote, que les cavités du laby:inthe renfermaient,un fluide aériforme , extrêmement pur, d’une nature particulière et spécialement affecté à l'organe de l’ouïe. Ainsi penserent Vésale, qui ne voyait dans l'oreille qu'un instrument de musique, répétant les sons formés par lébraniement de l'air ambiant; Willis, qui placait le siége immédiat de l’ouïe dans le limaçon; Perrault, qui le plaçait dans a lame spiroïde; et Duverney, qui étendit le siége de l'audition au vestibule et aux Ca maux demi-circulaires.
Ce. ne fut qu'en 168/, que G.-C. Schelhamme:
‘attaqua victorieusement l'existence d’un air innédans le labyrinthe (1); mais ce fut d’abord en vain, puisque, en 1704, Valsalva lui-même se conforma aux
à idées encore généralement reçues; aussi son ou-
vrage est-il peu remarquable sous le rapport phy-
siologique. Je crois inutile de m’arrêter à réfaterson opinion sur le rôle qu'il faisait jouer aux zones sonores des canaux denui-circulaires et du limacon. Déjà l’on trouve des traces de cette théorie dans In-
» (1) De auditu; Leyde, 1684, in-8°. Voyez Manget, Bibl. anat. vol. 2, p. 383.
pur |
grassias, qui Croyait à l'épanouissement membraniforme du nerf audiuf, sur les cavités du labyrinthe. Mais quoi de plustfutile, que d'admettre des wibraons dans des membranes molles, immédiatement couchées sur des parties dures telles que les.os ? Cependant la théorie de Duverney, de Perrault, de Valsalva sur - tout, vient d’être reproduite , avec mention honorable, par une personne étrangère, il faut l’avouer, aux sciences physiologiques (1).
M. Morel considère loreille comme un système. de membranes élastiques; mais si quelques-unes de celles qu'on observe dans l’homme et les mammi-. {ères sont en effet dans un état de tension , on n’en trouve point de semblables dans le sac membraneux qui renferme la pulpe gélauneuse dont se compose l'oreille chez les poissons.
* Ilest d'autant plus étonnant que Valsalva ait cru. à la vibrauon des prétendues zones sonores, qu'il avait très-bien vu que les parois du labyrinthe sont humectées par une liqueur (2) également consta-.
tée par Vieussens (5), Cassebohm (4) et par Mor-. à
(1) Principe acoustique nouveau et universel de la théorie musicale , ou musique expliquée; par A.-J, Morél: Paris, 1816, in-8°.
CEST De 51, n° 1%. .
(4) P. 20, S 2214 ; Halle, 1535.
gagni (1). Ce dernier a de plus remarqué que pour bien voir cette Iymphe il faut tâcher d'ouvrir le labyrinthe tout au plus une heure après-la mort; et c'est sans doute pour n'avoir point rempli cette condition importante que tant d’anatomistes n’ont pu la retrouver. On connaissait donc alors l'existence du liquide labyrinthique; mais il restait à en. déterminer la quantité, et à lui assigner un usage. C'est ce que fit Cotugno, comme: on l'a vu dans le premier chapitre de cet ouvragé.
Selon ce célèbre anatomiste, l'impulsion étant donnée à la lyÿmphe qui remplit exactement le labyrinthe, par le mouvement de dedans en dehors et d'avant en arrière que subit la parue postérieure de la platine de l’étrier, la ly mphe se trouve refoulée , le septum rerveux se bombe en avant, aussi longtemps que l'érier presse sur l'humeur qui passe de la cavité antérieure du vesübule, par le canal externe, à la cavité postérieure, et de là par le canal commun au canal supérieur, et enfin à la cavité antérieure d’où elle était partie. Vel est ce qu'il nomme le grand circuit; le petit s'opère de la manière suivante : l'humeur passe de la cavité postérieure du vestibule dans le canal commun, puis dans le canal postérieur pour revenir dans cette même cavité. Il est un troisième mouvement au moyen duquel elle passe
Li] me
(1} Epist. 12, n° 64.
dans le limaçon en entrant par la rampe du vesubule pour aller dans la rampe du limacon, à la terminaison delaquelle elle reçoit l'impulsion des vibrauons de la membrane de la fenêtre ronde. Il résulte de ces divers mouvements, qui, selon Cotugno,ont lieu simultanément, que l'humeur de la cavité posiérieure du vestibule frappe le septum nerveux; que Veau de la cavité antérieure frappe d’abord la fibre du canal externe, et ainsi de suite.
On peut opposer à cette théorie ingénieuse, que Von ne trouve dans aucun des ouvrages de physiologie publiés depuis Cotugno, que la Ilymphe remplissant, selon lui, complétement toutes les cavités
du labyrinthe, on ne ConCoit pas comment elle peut
être mise en mouvement par le déplacement de l'éirier. Si lon admet avec lui que les aqueducs qu'il a découverts servent précisément à décharger le limaçon et le vestibule d'une certaine quantité, du liquide qu'ils contiennent, faudra-t-il donc admeure aussi qu'à mesure les vaisseaux exhalanis de la membrane interne du labyrinthe suppléent à ceue déperdition? Ceci suffit pour démontrer combien il est difficile d'admettre la circulaüon de l'humeur labyrinthique , contre laquelle d’ailleurs s'élèvent bien d’autres objections. Cette circulation suppose l'existence du sepuum nerveux qui sépare le vestibule en deux cavités ; or, les recherches de Scarpa ont montré, comme nous l’avons dit, que le septum
n'est pas le résultat de l'épanouissement du nerf acoustique, mais un débris des sacs membraneux du vesubule. | 2
Cotugno croyait aussi que nous distinguons le son avec le septum, et le ton avec les filets déployés dans le limacon. Rien n’est plus ridicule que ceue assertion, puisque jusqu'ici lon n'a point reconnu que le ton et le son fussent isolés, ou plutôt puisque ces deux mots ne représentent que deux idées abstraites relatives à des modifications de l'audition , dont nous avons le sentiment, mais dont nous ignorons la cause, sur-tout si nous la cherchons dans l'organe lui-même.
Quoi qu'il en soit, Cotugno et Meckel ont prouvé que le labyrinthe contient une humeur qui en remplit les cavités. Ils ont réfuié complétement, nonseulement Aristote, Platon, Fabrice d’Aquapen- : dente et tant d’autres hommes célèbres, mais encore tous les anatomistes qui prétendaient que Pair de la caisse du tympan pénètre dans le labyrinthe, par une fente entre la base de Pétrier et la marge de la fenêtre ovale, ou à travers les pores de la base de l'étrier, comme le pensaient Covyter et Vesling, ou enfin par la fenêtre ronde comme le croyait Schelhammer. | | bé
Scarpa, et Bichat qui semble avoir copié Meckel dans ce qu'il dit à ce sujet, ont admis l’existence
de la Iymphe de Cotugno. MM. Chaussier, Ribes et
LA
Breschet, assurent que le labyrinthe contient de Vair. Ils en ont trouvé deux fois en ouvrant simultanémeñ les deux fenêtres; ils n’ont jamais, dit-on, trouvé d’eau dans le, labyrinthe d’un homme qui entendait clairement. M. Ribes n’a jamais trouvé dans la parüe la plus déclive de ces canaux aucune ace de lhumeur labyrinthique, et il a de plus observé que l'ouïe s'était conservée intacte jusqu’à la mort, dans un cas où la fenêtre ronde avait été détruite, et où elle aurait dû par conséquent donner issue à cette même humeur, et entrainer par là même la surdité. Mais linducuon ürée de ces deux faits repose sur une supposition démentie par les lois les plus simples de la physique, qui est d'imaginer que dans des conduits capillaires et fermés à l'air extérieur, la colonne du liquide qui y est contenu puisse obéir aux lois de la gravitation. Mettons même de côté cette objection, et tout en accordant à ces recherches la confiance due au nom des anatomistes auxquels on les attribue, faisons remarquer qu'en bonne logique plusieurs faits négaufs ne sauraient balancer un seul fait posiuf; or nous pouvons donner comme tel l'existence wisible de l'humeur labyrinthique; et j'ai exposé dans le chapitre premier les causes qui paraissent expliquer la vacuité, après la mort, des canaux destinés à la contenir pendant la vie; il est inutile de revenir sur ce point. Dirai-je à présent que ce liquide
e a sd &
USAGE DES DIFFÉR. PARTIES DE L'OREILLE. 107 est essentiellement nécessaire à l'audition? c’est ce que je ne saurais avancer. Je me borne seulement à penser qu'il en est de humeur de Cotugno comme de quelques auires parues qui concourent à l'existence du sens auditif, tels que les osselets, par exemple, lesquels peuvent manquer ou être lésés
sans que la faculté d'ouir soit immédiatement ou absolument détruite. |
Pour terminer ce quil y: ay a sur lusage des parties de l oreille : interne , il reste à chercher si les canaux demi-circulaires et le limacon ont des fonctions identiques ou différentes.
D'abord il est évident que le vestibule n'est guère qu'une simple cavité de communication entre les canaux, le limaçon et le tympan ; c'est là que commencent les divisions premières du nerf acoustique; et quoique plusieurs ramifications se rendent dans la membrane qui le revêt, le lHimaçon et les canaux paraissent être plus spécialement destimés à recevoir les impressions, puisque c’est dans ces Cavités que s'épanouit complétement le nerf acoustique. Er fi |
Que nous offrent ces deux parties dont la disposition est si remarquable? d’un côté deux tubes solides, spiroïdes, accolés l’un à l'autre, séparés seulement
par une lame demi-osseuse, demi-membraneuse et
très-légère, contournée en spirale autour d’un mas- .Sif osseux qui lui transmet des filets nerveux, dont.
les ramifications s'étendent spécialement à sa face inférieure. De l’autre côté ce sont trois tubes solides, elliptiques, rapprochés à leurs extrémités, dont deux se confondent en une seule, et sont isolés l’un de l'autre dans le reste de leur étendue; tous trois revêtus d’une membrane garnie de filets ner-
veux , et que l'on retrouve également dans Les deux
autres.
Il y a donc la plus grande analogie entre les canaux demi-circulaires et le lnnaçon; mais dans ce- Jui-ci nous voyons réunies à un plus haut degré toutes les conditions propres à favoriser l'impression des ondes sonores sur les filets nerveux.
En jetant un coup-d’œil sur la prodigieuse variété de grandeur, de proportion, de position des canaux demi-circulaires et du limacon chez les animaux qui en sont pourvus, et qui ne paraissent pas différer autant sous le rapport de la fonction de lorgane, on se Convaincra aisément que la disposition . circulaire et cylindrique de ces cavités les rend seulement plus ou moins aptes à recevoir et à transmettre aux filets du nerf auditif les ondes sonores, et non propres à modifier le son ou à en percevoir spécialement telle ou telle nuance comme on l'a prétendu. Il y a plus de différence entre le labyrinthe d’un oiseau qui prête une oreille attentive aux sons d’un instrument, et qui les répète avec exac-
tüitude , et celui d'un homme bien organisé qui écoute
| USAGE DES DIFFÉR. PARTIES DE L'OREILLE. 159 avec plaisir une musique agréable , qu'entre l'oreille interne de cet homme et celle d’un chien qui semble souffrir lorsqu'il entend les sons du meilleuranstrument. | | |
C’est donc dans aptitude native ou perfectionnée par l’éducation, du nerf auditif ou du centre sentant, qu'il faut chercher ou plutôt concevoir la cause des différences que l’ouïe nous offre dans les divers individus de l’espèce humaine, et peut-être dans les animaux. C'est le nerf qui distingue sans doute dans les sons, le ton, la mesure , l'expression vocale ou insirumentale; aucune des parties de l'oreille n’est spécialement destinée à percevoir quelques-unes de ces nuances; et pour achever de le démontrer il suffit de rappeler que l'organe auditif d’un musicien. habile, ne diffère en rien de celui d’un homme qui entend avec une égale indifférence les sons discordants d’un mauvais instrument, et les accords agréables d’un bon instrument. |
Ainsi, malgré tant de recherches anatomiques , tant de savants calculs, tant de suppositions de toute espèce; malgré tant de travaux dont les auteurs n’en méritent pas moins toute notre reconnaissance , l'état actuel de la physiologie de l'organe de Pouie est à-peu-près le même qu’au temps de Galien, et le tout se réduit à trois points :
Vibrations ondulatoires de l'air agité par le mouvement total ou partiel d'un corps ;
‘lransmission des ondes aériennes jusqu'aux filets du nerf auditif;
Impression produite par ces ondes sur le nerf.
Le reste rentre dans le mystère impénétrable de la perception et de la conscience des impressions exercées sur la fibre vivante.
Il est probable qu'on n’en saura jamais davantage. En eflet que désire-t-on savoir? pourquoi il existe un limaçon, trois canaux demi - circulaires, un labyrinthe , etc. C'est demander pourquoi l'œil se compose de différentes humeurs et de membranes ; c’est retomber dans les causes finales qui ont donné lieu à tant de divagations. I serait également puéril de vouloir chercher un rapport exact entre les nuances de l'audition et de la vision, et la structure compliquée de l'oreille et de l'œil. Les milieux différents de celui-ci, dirigent les rayons lumineux vers la réune ; les cavités de celle-là transmettent les andes sonores au nerf auditif.
Tel est en dernière analyse l’état actuel de la science relativement aux fonctions de l'oreille. S'il offre peu de connaissances positives, au moins il est débarrassé d'une foule de suppositions gratuites , de vues erronées; richesse ficuve dont une méthode expérimentale plus sévère et un sage scepticisme ont dû faire justice. Il en est de même pour presque toutes les autres parties de la science de la vie; son domaine a été plutôt resserré qu étendu , par les pro-
grès de l'anatomie comparée et de l'anatomie pathologique. Ces sciences austères ont banni les théories brillantes dont se composaient les romans physiologiques que l’on a donnés si long-temps pour lhis= toire des corps SRG AISES