CHAPITRE PREMIER
De l’Otite.
L'inrLammarioN de l'oreille, qu’à l'exemple de Vogel j'ai cru devoir désigner sous le nom d’otite plutôt que sous celui d’otalgie, est une affection qui, par sa fréquence , par les douleurs intolérables dont elle est accompagnée, et les accidents fâcheux dont elle est quelquefois suivie, eût mérité de trouver place : dans tous les bons ouvrages de médecine pratique. À peine cependant y est-elle mentionnée, et
DE L'OTITE. 163 l’on chercherait en vain parmi nos meilleurs noso= graphes une description satisfaisante de cette phlegmasie.
Les nosologistes eux-mêmes, si l’on en juge par. la manière dont ils l'ont classée et définie, semblent s'être enuèrement mépris sur sa nature. Sauvage et Linné , prenant le symptôme principal de cette maladie pour la maladie elle-même, l'ont classée parmi les douleurs, et l'ont définie en conséquence. Cullen, la regardant comme une variété du phlesmon, l’a placée dans sa Nosologie parmi les inflammatons phlegmoneuses, et la entièrement passée sous silence dans sa Médecine pratique. Le proies-
seur Pinel, qui a soumis à une division si luminèuse toutes les phlegmasies, ne nous avait éncore donné aucune description de celle dont il est ici question, lorsque cetie lacune importante dans l’histoire des inflammations fut remplie en partie par le docteur Allard, qui prit, en l’an 2, pour sujet de sa thèse, le catarrhe de l'oreille. ,
Ce médecin est le premier qui ait décrit cette maladie, et pourtant la manière dont il la fait laisse peu de chose à ajouter à ceux qui s’en occuperont après lui. Mais son travail n'offre pas l’histoire complète de linflammation de l'oreille. Cette aflection, de nature catarrhale dans la plupart des circonstances , prend d’autres fois un caractère 1el qu'elle se termine par la suppuration des mem-
TJ.
branes et même des parties osseuses. Cette difference essentielle, fondée sur les terminaisons de J'oute, fournira aux subdivisions de cette maladie, et je fondérai mes divisions principales sur la division anatomique de l'oreille en externe et en in-
terne.
De l'otite externe ouinflammation du conduit auditif.
Les parties qu'affecte ou que peut affecter cette inflammation sont, le conduit auditif, la membrane du tambour et une partie même du pavillon.
Les symptômes de lotite externe , sa marche, sa durée, ses effets subséquents varient singulierement selon la nature de l’inflammation, ce qui
ne permet pas d’en faire une description générale, I. De l’otite externe.catarrhate.
Ce catarrhe reconnait ordinairement pour cause éloignée unedisposition aux scrophules, aux fluxions catarrhales , à des érupüons cutanées, etc. Ses causes déterminantes les plus ordinaires sont une température froide et humide l'exposition : de la tête nue à un courant d'air rapide, la disparition d’une ophthalmie ,la terminaison d'une maladie aiguë, la “présence dans le conduit auditif d’un, corps étranger, du cérumen épaissi , ou d’une concrétion gypseuse, les injections irritantes, l'emploi continu
d'un sumulus électrique ou galvanique , etc.
Dans les cas les plus ordinaires, voici quelle est la marche de la maladie. Elle débute par une sorte d’anxiété dans le conduit auditif , laquelle se change bientôt en une douleur tantôt aiguë, tantôt supportable , accompagnée de sifflement , de bourdonnement , et d’une lésion quelconque dans laudition. Si à la lumière d’un rayon solaire dirig dans l’intérieur du conduit , on examine la membrane qui le revêt, on la trouve rouge et gonflée. Mais il n’est pas toujours possible de s’en assurer, parce que la sensibilité dont cette membrane est douée , est tellement exaltée dans l'état inflammatoire, que l’on ne peut, sans exciter les plus vives douleurs, donner à la conque la position Ia ES fav mis pour cette exploration.
Un jour après l'invasion de la douleur, quel: quefois au bout de quelques heures, non rarement au bout de irois ou quatre jours, il survient ‘un écoulement jaunâtre , puriforme et très - féude, très-abondant , si la douleur a été très-vive, et dans ce cas précédé d’un suintement séreux, quelquefois sanguinolent.
Si dans le plus haut période de la fluxion on examine de nouveau le conduit auditif, on le trouve : boursouflé , spongieux et d’une apparencé de texture qui le rapproche alors beaucoup des membranes muqueuses. La consistance de la matière de f'écou- | lement ne paraît pas, comme dans la plupartdes ex-
crétions catarrhales, augmenter d’une manière progressive; Car elle variesimgulièrementdansunemême semaine, et quelquefois dans une même journée.
| Cependant lorsqu'au bout de quinze jours oude trois
semaines le catarrhe touche à son terme, la matière excrétée devient décidément plus épaisse, et présente, tant par sa couleur que par sa Consistance ; et même par l'odeur qui s’en exhale, lapparence d’une matière caséeuse. Alors l'écoulement tarit, et il se fait à sa place, pendant quelque temps, une abondante sécréuon d'humeur cérumineuse.
Cetie affection, quoique ordinairement légère, ne se termine pas toujours aussi promptement, ni d'une manière aussi heureuse; la dégénérescence en fluxion chronique, Pépaississement de la membrane du tympan, linflammation subséquente de la membrane de la caisse, sont trois modes de terminaison assez ordinaires dans cetie maladie, et qui trouveront leur place ailleurs, comme autant d’affections morbifiques distinctes.
Je ne considère ici cette phlegmasie , Que comme une affection purement locale , et ne crois pas devoir m'arrêter à marquer les différens caractères qu’elle prend, lorsqu'elle est causée ou entretenué par quelqu'une des maladies désignées en médecine pratique, par Pépithète de virulentes. Je dirai seulement ici que , parmi ces maladies, celles dans
lesquelles, où à la suite desquelles on rencontre
le plus fréquemment l’ojite catarrhale, sont la syphilis, les scrophules, la gale et la variole. ,
Dans les otitesisymptomatiques , comme dans l'otite idiopathique , même marche à peu près du période inflammatoire , même mode d'action dans la membrane du conduit auditif, même matière excrétée , du moins en apparence , mais durée plus longue , opiniâtreté invincible de la maladie; nul effet des remèdes locaux; ou bien guérison momentanée aux dépens de quelque autre organe; et enfin nulle guérison , nul amendement que-par un traitement dirigé contre la maladie, dont celle-ci n'est en quelque sorte qu'un épiphénomène.