‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'audition (volume 4)Chapitre 18 sur 47 · IV. Otite interne purutente · texte numérisé non relu

IV. Otite interne purutente

Il est rare qu'un écoulement puriforme qui se fait jour tout-à-coup , à travers la membrane du tympan, ou par la trompe d'Eustachi, soit le résultat d'une véritable suppuration. Cependant quoique les connaissances actuelles sur le mode d'action des

membranes , aient fait regarder comme essenuellement défectueuse la dénomination d’abcès de l’oreille, des ouvertures cadavériques , des observaüons recueillies avec soin m'ont convaincu que la suppuration de l'oreille n'était point inadmissible. | Sans doute il ne se forme point, et il ne peut se former de véritables abcès dans la caisse; mais il arrive que la membrane qui la tapisse se gonfle, s’'ulcère à la suite d’une inflammation aiguë et fournit un véritable pus qui sy accumule. Toutes les fois que ces symptômes ont lieu , la carie en est la suite immédiate et en forme en quelque sorte le symptôme pathosnomonique suce qui Li prime à cette maladie aiguë un caractère chronique d’après lequel je me suis décidé à la ranger ‘parmi les otorrhées. Jé n’affirmerais cependant pas que la suppuration de l'oreille interne puisse exister autrement qu'accompagnée de la carie des os. On conçoit même la possibilité d’une suppuration simple et aiguë de l'oreille interne, enfin d’une véritable otité purulente ; mais comme il ne m'a pas été possible d'observer cette maladie avec ce caractère de simplicité, je me contente d'indiquer ici sa place, me gardant bien de puiser sa description dans le champ sans bornes des probabilités. |

Traitement de L’otite.

Le traitement de l'otite est celui de toutes les phleg-

masies. Les moyens généraux que lon mettra en usage seront en raison de l'intensité de l'inflamma- “ion, ou plutôt de la douleur. Cependant lors même quelle est peu vive, et “4 on juge linflammation modérée, il ne faut pas s'en tenir aux moyens locaux, et l’on doit , sauf les contre-Indications , tenter, par la saignée , la résolution de linflammation aussitôt qu’elle se manifeste. Ce moyen est des plus efficaces , et lon espérerait en vain le remplacer par d’autres, même par lapplication des sangsues aux tempes ou derrière les oreilles. L'effet des saignées locales n'est qu'instantané ; après quelques moments de calme , les douleurs se font senür aussi vives qu'auparavant.

On varie les applications locales en raison du siége qu’occupe la maladie et du période de l'inflammation. Si l'oute est externe , et non fluente encore , on peut la résoudre par les émollients unis aux Calmants ,et même aux narcotiques. Ainsi rien de plus efhicace dans ce cas que des injections faites avec une solution de cinq ou six grains d’opium dans une décoction de plantain; et l'introduction dans l’oreille d’un bourdonnet de coton, dans lequel on a enveloppé trois grains de camphre; et en même temps l'application derrière l'oreille d’un cataplasme fait avec la verveine. Mais si l'oreille a déjà commencé à fluer , proscription des narcotiques , emploi des calmants et des adoucissants et de tout ce qui peut

facihier le dégorgementde lamembrane enflammée. Insullations faites avec le lait tiède, l’eau de guimauve miellée; application, sur toute l'oreille et la région temporale, d'un cataplasme de farine de graine de lin. Si l'otite est interne , les douleurs persisteront , tant que la matière muqueuse, catarrhale ou purulente , résultat de inflammation, ne se fera point jour au dehors. Il s’agit donc alors d'en obtenir la sorte ; la voie la plus naturelle est sans doute par la trompe d'Eustachi; mais j'ai dit combien elle est difficile et combien peu il faut compter sur elle. Il est néanmoins des moyens propres à diminuer l'obstacle qu'oppose à l'écoulement de la matière, l'engouement du conduit. Tels sont des gargarismes employés de manière que le floi de liquide vienne frapper fortement, et à diverses reprises , les parois latérales de l'arrièrebouche, ou l'action du tabac en fumée que le paent souüre d’une pipe, et qu'on lui fait expirer toutà-coup et avec force, en lui recommandant de te- ‘ nir la bouche close et de se fermer les narines avec la main.

Si, comme cela arrive assez ordinairement, ces moyens sont insufhisants pour remplir le but qu'on se propose , il faut évacuer la matière par l'issue que lui fournit le plus communément la nature, et prauquer la perforation du tympan. Il y a un grand inconvénient à attendre l'ouverture sponta-

DE L'OTITE, : ‘: 179 née de-cette membrane. Je suis persuadé que a plupart des surdités qui viennent à la suite de l'inflammation de l'oreille interne , reconnaissent pour cause , le séjour prolongé de la matière catarrhale dans la cavité fympanique. Cette matière ainsi amassée , renfermée dans des parois qui ne peuvent se prêter à son accumulation progressive, s'insinue dans les plus étroites sinuosités de lorgane , s'y épaissit, y adhère et les obstrue à jamais. 4 Ilest donc important d'évacuer sans délai les coklections muqueuses ou purulentés de la caisse, en pratiquant une ouverture à la membrane du tympan. Cette perforation est simple, facile et sans inconvénient , ainsi que nous le dirons à l’arucle de cetie opération. Dès qu'on donne un libre cours à l'écoulement , soit qu'il vienne du conduit auditif, soit qu'il ait sa source dans l'oreille interne , il faut pendant quelque temps abandonner cette fluxion à la nature, et se borner à l'emploi de quelques injections délayantes. Pendant ce temps on cherche à s'assurer , par les signes exposés ci-dessus, si l’otite est catarrhale ou purulente. Si Poute est catarrhale, emploi journalier des toniques, du quinquina sur - tout, purgatifs fréquents auxquels on donne pour base la rhubarbe ou l’aloès; bons effeis des poudres sternutatoires de muguet, de bétoine et de celle dite de Saint-Ange , mélées avec le tabac, et

prises en assez grande quantité pour causer un corysa violent.

Lorsque par l'emploi de ces moyens, et parücuhèrement des purgaüis , l’on a obtenu une diminution considérable dans l'écoulement, si sur-tout il y a peu ou point de douleur, on peut sans crainte recourir aux injections astringentes, et sur-tout à celle que l’on fait avec des eaux de Barrèges artificielles. On conçoit le danger d’un pareil moyen, si l'otite s'était présentée comme la crise heureuse de quelque maladie habituelle, ou comme la suite de quelque éruption.

Si l'otite est purulente, il faut soigneusement examiner si Celte suppuraton est purement locale où dépendante de quelque affection virulente, telle que les scrofules, la syphilis, une diathèse dartreuse. Dans tous ces cas, nul espoir de guérison jusqu’à ce qu'on ait soumis le malade à un traitement général approprié au caractère de la maladie, Le virus détruit, la suppuration tarit d'elle-même. Quand on a lieu de la croire locale , il convient d'employer les | injections émollientes, secondées de lapplication réitérée de sept ou huit sangsues à l’auxicule, puis, “instillation de quelque liquide tonifiant , tel qu'une solution de deux gros de potasse caustique par pinte d’eau de roses. S'il y a carie du conduit auditif ou de la caisse, cette complication exige des moyens qui

seront RAA à la suite de D os

DE LOTIE TôT

Le oBsEnvATION. Otite catarrhale externe. — Grivel, sourd - muet, âgé de 7 ans, d'un tempérament lymphatique bien prononcé, ayant eu plusieurs écoulements par l'oreille et différentes éruptions cutanées pour lesquelles il avait porté pen+ dant long-temps un vésicatoire au bras, éprouva, au commencement de germinal e un Corysa des plus violents. Le mucus nasal, qui mouillait conunuellement la lèvre supérieure, y détermina une éruption pustuleuse qui se prolongea bientôt jusque dans les narines. Peu de temps après, le cuir chevelu se couvrit de croûtes farineuses , pour les pansements desquelles il fallut raser la iêie. Un refroidissement brusque, qui survint le jour même de cetie opération , dessécha les croûtes de la tête ét celles du nez. Le surlendemain, perte de appétit, assoupissément , fièvre légère; même état pendant trois jours, au bout desquels, démangeaisôn et douleur dans lune et l’autre oreilles ( diète , injections et vaporisations émollientes ). Le second : jour à dater de celui où la douleur s’était déclarée, écoulement par les oreilles d’une matière puriforme peu copieuse. Dès ce moment disparition de la fièvre, retour du sommeil et de appéut. Le troisième jour augmentation de l'écoulement, plus consistant le matin que le soir, boursouflement fongueux du conduit auditif, rougeur de la conque, suintement séreux derrière les oreilles. Le quatrième, retour de

l'éruption pustuleuse du nez, diminution de lécoulement; la matière excrétée est très-épaisse et sem= blable à du fromage à la crème. * Même quantuté et même consistance de l’écoulement du Cinquième au dixième jour, époque à laquelle les oreilles furent trouvées lematin à-peu-près sèches et remplies d’un véritable cérumen trèsépais ; j'examinai avec soin l'oreille externe, qui ne m'offrit aucune apparence d’altération de sa texture. IF onsErRvaTION. Otite purulente externe. — Une jeune personne âgée de 12 ans, pensionnaire chez madame G..., institutrice, douée d’une forte constitution , était convalescente d’une rougeole pour laquelle je lui avais donné mes $oins. Trèsdifhcile à purger, elle avait pris sans aucun effet bien marqué deux potions purgatives, dont la dernière était composée des drastiques les plus actifs. Deux jours après cette seconde purgation, mademoiselle KR... ressentit, dans l'oreille droite, un bourdonnement sourd, accompagné de douleur ei d’une audition très-obtuse. Je prescrivis l'application d'un cataplasme émollient et une injection sédative; la sarde que je chargeai de la faire, me dit le lendemain que le liquide poussé par la seringue n'avait pu pénétrer dans l'oreille , parce que le conduit en était bouché. Je trouva en effet le méat auditif extraordinairement rétrééi par de petites tumeurs roU-

seûtres situées à peu de distance de son orifice. de

DE L'OTITE. | 109 les pris pour un polype qui, n'étant pas d'abord accompagné de douleur, aurait pu se développer lentement à l'insu de la malade. Le lendemain la tumeur s'était beaucoup accrue, et se montrait tout-à-fait à l'entrée du conduit. Devenue plus apparente et en même temps visiblement phlegmoneuse, la tumeur me parut alors, ce qu'elle était en

‘effet, un peut abcès qui avait son Siége dans l'épais-

seur dé la membrane du conduit. Il s ouvrit spontanément le jour d’après, quatrième à dater de celui où la douleur s'était fait sentir. Il en coula un pus épais, sanguinolent, très - dés à en raison du volume nécessairement limité de cépetit phlegmon. Cet écoulement purulent dura à-peu-près une semaine, au bout de laquelle la source qui fournissait le pus se ferma. Mais il resta toujours dans la membrane une sorte d’engorgement, et par conséquent un rétrécissement dans la partie du con: duit qui avait été le siége de labcès, sans que ce rétrécissement nuisit à la libre perception des sons.

IL®° oBsERvATION. Otite purulente externe. — «Le nommé Harwen Berggheer, âgé de 27 ans, nauf de Haoster-Capel en Hollande, entra à Phôpital Le 9 mars 1765 pour un mal d'oreille qui avait commencé depuis quinze jours. En l'examinant j'apercus la face antérieure du pavillon, élevée en bosse arrondie depuis l'hélix jusqu’à la crête transversale de la conque. Cette tumeur avait à-peu-près le vo-

lame et la grosseur d’un œuf; la membrane, qui la recouvrait, quoique assez épaisse, n'empêchait point d'y reconnaitre un fluide. En eflet, après avoir cerné cette espèce de calotte, il sortit une quantité de lymphe roussâtre, mélangée avec une matière purulente mal liée, dont l’évacuation entière mit à découvert le cartilage, de façon que je reconnus aisément que ce singulier dépôt avait son siége entre ce dernier et la peau qui le recouvre. Le pansement fut des plus simples ; le malade guérit dans l’espace d'un mois, ayant son oreille, comme on peut le penser, repliée en cornet et en dedans (1). »

Cette observation nous prouve combien les cartilages se recouvrent promptement d’une substance propre à former les cicatrices, lorsqu'ils ont été dépouiilés de leur membrane commune, et que - leur exfoliation n’est point nécessaire pour cet ob- 16 |

IV" oBsERVATION. Otite purulente interne. — Nicolas Päris, militaire, âgé de 28 ans, doué d'un tempérament bilieux, d'une consutution robuste, n'ayant jamais ressenti de douleursrhumatismales, ni aucune fluxion aux oreilles, éprouva, le 12 frimaire an 10, à la suite d’une manœuvre très-fatigante , des bourdonnements dans l'une et l'autre orcille, qui furent bientôt suivis de douleur et de

. ne SO A nn + om

(1) Martin, ancien Journal de médecine, tom. 25. :

surdité incomplète. Au bout de trois jours la douleur fat des plus vives, et se compliqua de fièvre, de céphalalgie et d'insomnie. Le moindre bruit, l'exposition même des yeux à urie lumière vive, les mouvements de la tête et de la mâchoire, augmentaient les angoisses du malade. Il retira pourtant quelque soulagement de l'application des sangsues derrière l'oreille et d’une salivation abondante qu'il se procura en fumant du tabac à plusieurs reprises. Au bout de quinze jours la douleur, d’aigüe qu’elle était, devint gravative, et la surdité presque complète. Ce fut alors que dans un effort de toux catarrhale qui compliquait cette affection, la congestion formée dans la caisse de l'oreille gauche s’ouvrit spontanément , et se fit jour par le conduit audiuf; l'écoulement, d’abord très - abondant, dimimua prompiement de lui-même au bout de quinze jours. Mais aussitôt après, l'oreille droite, qui était toujours dure et douloureuse, le devint encore davantage, et ne laissa de calme au malade que lorsque la matière qu’elle contenait se fit jour au dehors. Dès ce moment, disparition de la douleur et de la surdité, bien-être inexprimable, retour du sommeil et de l'appétit. Ce militaire ayant aussitôt repris son service par un temps froid et pluvieux, l’écoulemeni se supprima. Aussitôt reparurent la douleur et sur-tout la surdité, pour laquelle ce militaire entra à hôpital le 15 nivôse an 15. ,

Bel OS |

J'examinai à la clarté du soleil l'intérieur des deux conduits auditifs ; je trouvai celui du côté droit obstrué par une matière jaunâtre, croûteuse , de consistance très-dure. Après en avoir entrainé une grande partie avec l'extrémité d’une sonde canelée à cul-de-sac, je détachai ce qui restait et qui était beaucoup moins solide, par une injection d’eau tiède poussée avec violence: Ayant ainsi nettoyé le canal, j'en examinai le fond, et je pus voir distinctement la membrane du tambour que je crus intacte; mais elle ne l'était apparemment que dans la partie visible; car, ayant ordonné au malade de se moucher avec violence, il s’échappa par ce même conduit des bulles d'air mêlées avec une matière purilorme et sanguinolenie, qui, sans doute, avait son foyer dans la caisse. Dès ce moment l’écoulement se rétablit, et continua avec plus d’abondance qu'auparavant. Le conduit auditif, les anfractuosi-h tés de la conquie, abreuvées continuellement d’une matière qui possédait apparemment des qualités irritantes, se phlogosèrent, prirent un aspect purulent, et sécrétèrent de même un liquide épais, puriforme, qui se concrétait facilement par Paction de Pair, et qui déterminait sur les parties voisines du cou, et par-tout où il coulait, de la rougeur, du prurit et des pustules vésiculairés: Avec l'écoulement $e rétablirent presaue entièrement les fonctions de Fouïe ; mais elles se perdirent de nouvean à mesure que le \

DE L'OTITE. 197 conduit auditif se trouva lui-même atteint de ceite inflammation consécutive. D'abord on s'était borné à faire des injections détersives et à purger fréquemment le malade. Ces moyens n'ayant eu aucun effet contre l'abondance de l'écoulement, on prescrivit un vésicatoire à là nuque. Cette appleation eut l'effet que je lui aï vu depuis produire le plus souvent dans des circonstances analogues : il augmenta considérablement l'écoulement. On le laissa se fermer; on revint aux purgatifs fréquemment répétés ; le malade fut mis à l'usage des sucs de cresson, de cerfeuil et de bourrache. Ces moyens et un laps de temps de six semaines diminuèrent l'écoulement; et ce qui contribua sans doute à le tarir complétement fut un dévoiement considérable qui, par les tenesmes qu'il occasiona, rétablit un flux muqueux hémorroïdal auquel ce militaire était sujet depuis

6 quelques années.

L’écoulement tari, l'oreille qui en avait été le siége resta néanmoins un peu dure; toutes les lois que le malade se mouchat, il entendait dans cette même oreille un sifflement pareil à cel que produit l'air quand il s'échappe avec peine par une ouverture très-étroite. Cependant la membrane du tambour paraissait intacte, au moins dans sa partie visible; il était aisé néanmoins de voir qu'elle avait perdu sa transparence. Were

V®® opservariox. "Otile purulente interne. —

Mademoiselle Viotte, couiurière, âgée de 27 ans, rachiique, convalescente d’une affecuon catarrhale fébrile,ayant passé plusieurs heures assise sur l'herbe, dans la soirée du 21 prairial an 13 , fut prise le lendemain d'un accès de fièvre avec froid, céphalalgie , douleurs dans les membres, et bourdonnement dans l'oreille gauche. La fièvre ne dura que vingt-quatre heures, mais le bourdonnement augmentant rapidement, dégénéra en une douleur des plus violentes, qu'exaspérait le moindre bruit et même les mouvements de la mâchoire dans la mastication. Enflure de la joue du même côté, pesanteur de la tête perte du sommeil et de l'appétit, surdité complète.

Même état à-peu-près pendant une semaine, au bout de laquelle je vis la malade pour la première fois. La douleur d'oreille était moins aiguë, c'était plutôt un sentiment de plénitude dans toute la région temporale. La malade assurait qu’elle avait un # dépôt dans la tête, et qu'elle sentait même la pesanteur du liquide. L'examen du conduit auditif ne me montra aucune lésion sensible. La parotde du côté affecté était visiblement tuméfiée. Lorsque la malade se mouchait, elle sentait dans l'oreille comme une matière qui remontait au cerveau. ny avait point de fièvre, quoique la figure fût irès - animée , l'anxiété extrême, les veux cernés et douloureusement tiraillés au fond de leur orbite. Je prescrivis des fumigations émollientes, dirigées dans le conduit

audiuf et dans la bouche, et une potion narcotique,

Le lendemain, qui était le dixième jour à dater de l'invasion de l'accès fébrile, pendant que la malade renouvellait ses fumigations , il survint une quinte de toux , dont les efforts déterminèrent l'issue par la trompe d'Eustachi, d’une matière puriforme, sans goût et sans odeur, assez abondante pour remplir une tasse ordinaire. Dès ce moment la douleur dis-

DE L'OTITE. - 1e)

parut, mais non la surdité.

Pendant un mois , l'écoulement par la trompe conünua avec abondance ; la matière puriforme était quelquefois mêlée avec les mucosités de l’arrière-bouche,td'autres f6is presque pure. Pendant la nuit elle fluait dans la trachée-artère; alors la malade s’éveillait en sursaut , tourmentée par un chaiouillement au larynx,qui la faisait tousser. Peu-à-peu cette sécrétion muqueuse diminua, mais au détriment de la malade, qui commenca à ressentir de

mouveau dans l'oreille une pesanteur douloureuse, et par intervalles un bourdonnement quine l’incommodait pas moins que la douleur. Pour désobstruer la trompe d'Eustachi et redonner issue à la matière dont la rétention me paraissait causer tous ces accidents, je conseillai des gargarismes irritants , des vaporisations acéteuses et l’usage de la pipe. Aucun de ces moyens ne réussit. Cependant la douleur allait croissant et se compliquait d’insomnie, de fièvre, de céphalalgie violente; la malade réduite à un état de

maigreur squelétique, trouvaitson existence pire que Ja mort, et me demandait du soulagement à quelque prix que ce fut. Je lui proposai l'ouverture de la membrane du tympan, elle n’attendit pas que je lui eusse expliqué ma proposition pour y adhérer, et me pressa de la metire sur-le-champ à exécution.

Ce fut le lendemain matin ,quarante-huitième] our de la maladie, que je pr atiquai celte opération au moyen d'un ue poinçon d’écaille, tel que je ke décrirai en parlant ailleurs de cette perforation. Avant de lintroduire , jexaminai de nouveau le fond du conduit auditif, et je vis que la membrane était d’un blanc mat, et nullement transparente. En la perçant de part en part, je n’entendis point le bruit de déchirement que rend cette cloison dans le cas où elle est saine, et la caisse vide; je sentis la pointe de mon instrument s'enfoncer dans une matière que je jugeai, d'après l'espèce de résistance qu'elle offrait, avoir à-peu-près la consistance du # fromage. Aussi l'opération faite, il ne s’en écoula rien d'abord, et ce ne fut qu'après avoir imjecté, avec beaucoup de force, quelques onces d’eau tiède dans le conduit auditif,que la matière qui était contenue dans l'oreille interne commença à se faire jour au dehors. C'était un liquide puriforme, sanguinolent, très-fétide, inégalement consistant, et du reste peu abondant. Néanmoins le soulagement n’é-

lait qu'impariait. Je latiendais d'un dégorgement

complet , et pour lobtenir je conseillai de fréquentes fumigations et injections. Ces moyens suflirent en effet; pendant douze jours l'écoulement fut considérable et entraîna au dehors les osselets de l’ouïe et plusieurs concrétions de la consistance et de la couleur du savon. Les liquides injectés qui, d’abord ressortaient en totalité par le conduit auditif, passèrent en partie au bout de quelques jours par la trompe d'Eustachi, et ce ne fut qu’alors que disparurent co mplétement,etsansretour, les bourdonnements, la douleur d'oreille et la céphalalgie. Je crus pouvoir alors substituër aux injections émollientes des décocuonstoniques et un peu astringentes, avec la précaution de purger fortement et fréquemment. À l’aide de ces moyens, je vins à bout de tarir toutà-fait l'écoulement. Cependant l'oreille resta privée de ses fonctions, et la nature de cette surdité ne laissant aucun espoir de guérison, je conseillai de s'abstenir de tout remède inutile. |

VI OBSERvATION. Otite purulente interne. — Mademoiselle G...., âgée de quinze ans, était montée sur un, cheval qui galoppait avec force lorsqu'il tomba; elle fut jetée sur lherbe, sa tête porta à terre sur le côté droit, mais cetie chute ne fut pas assez violente pour l'empêcher de remonter à cheval et de continuer sa promenade. Le lendemain aucune incommodité ni aucun remède prétendu préservatif, saignée ou autre. Dans le

cours de l'année qui suivit cet accident, pesanteur de tête par intervalles, sentiment de gêne et de plénitude. Ces légers accidents se renouvelèrent de temps en temps, sans devenir jamais assez vifs pour exiger aucun remède. Un an après sa chute, mademoiselle Gr... allait à une fête de campagne, quoiqu'elle se trouvât un peu incommodée, sans éprouver cependant autre chose qu'un état de malaise, lorsqu'elle sentit tout-à- coup dans Poreille droite un élancement très-vif qui alla toujours en augmentant, et l’obligea de revenir chez elle pour se mettre au lit, où les douleurs continuèrent à s’accroître. Cetétat très-pénible dura deuxjours, au bout desquels elle éprouva une nouvelle augmentation de douleur , suivie d’une sorte de craquement dans l'oreille, nouveau surcroit tout-à-coup suivi d'un écoulement qui procura quelque soulagement. Dans Ja nuit où cela eut lieu elle avait été saignée pour la troisième fois, après avoir essayé tous les topiques anodins et émollients. [écoulement fut à l'instant assez abondant, diminua bientôt , fut suivi d’un renouvellement de douleurs qui donnèrent lieu à un nouvel écoulement. Cette alternative de bien et de mal conunua malgré tous les remèdes imaginables, injections et autres, quatre ou cinq fois dans l’espace de quinze jours, ensuite plus rarement, ei avec moins de violence pendant encore un mois,

époque où l'écoulement ayant totalement cessé, la

DE L'OTITE. 193 malade s'aperçut qu’elle était complétement sourde de l'oreille droite. Cette surdité dura trois mois, et se dissipa insensiblement sans aucun remède. Il n'est resté aucune trace de cette incommodité (1). |

VII" o8sERvaTION. Otite interne catarrhale. — Jean Bouquette, âgé de vingt-six ans, fusilier dans le 18° régiment de ligne, doué d’un tempérament sanguin et d’une constitution robuste, fut reçu à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce le 19 veniose an 12 , et placé dans la salle du cloitre, qui m'était alors confiée. Sa maladie étaitune pleurésie catarrhale dont il avait été pris deux jours auparavant en montant la garde. Les principaux symptômes étaient une douleur vive, redoublant par le toucher, occupant tout le rebord des fausses côtes gauches et une parte de lhypochondre du même côté, une toux fréquente qui amenait difficilement des crachats muqueux un peu sanguinolents et très-visqueux, beaucoup d’op: pression, une langue couverte d’un limon épais, les pommettes coiorées d’un rouge vergeté, beaucoup d'anxiété, un pouls dur, plein et fréquent.

Je prescrivis une saignée de dix onces, un vomiüf avec l’ipécacuanha pour le lendemain matin, etun cataplasme émollient très-chaud sur la partie dou-

loureuse , la diète et des boissons oxymelées,

(1) Communiquée par le docteur C...., médecin à Paris.

Le lendemain, quatrième jour de la maladie, la douleur de poitrine et de l’hypochondre avait entièrement passé à l'épaule, la respiration était libre , la toux , quoique assez fréquente, indiquait beaucoup moins d'embarras dans les bronches; la figure était moins animée et moins jaune, mais le pouls toujours fréquent et dur quoique moins plein ; nul remède, même boisson. Le malade, d'après mon conseil , se revêt à nu d’un gilet de laine tricoté qu'il portait sur sa chemise. Dans la soirée la douleur se déplaça de nouveau et se porta dans la région lombaire; les urines, qui jusque-là avaient présenté une couleur naturelle, devinrent rouges, briquetées et sédimenteuses. Pendant la nuit sueurs abondantes.

Le cinquième au matin, la douleur des lombes était moindre, mais l’état de la poitrine à-peu-près le même que la veille ; le malade souffrait beaucoup d'un torücolis , accompagné de gonflement dans les glandes parotides. Ce gonflement s’accrut rapidement dans la journée, et prit le caractère des oreillons. Il s’y joignit une douleur vive dans lesoreilles, sur-tout dans celle du côté gauche, et un bourdonnement qui imitait le bruit d'un torrent. Fomentations et cataplasmes émollients appliqués sur les pa-roüdes ; vaporisations d'éther , dirigées vers le conduit auditif.

Le sixième, gonflement monstrueux des parties latérales et supérieures du cou et du pourtour infé-

DE L'OTITE. 199 rieur de la face ; douleurs intolérables, lancinantes , avec pulsations dans les oreilles, surtout à gauche; mastication et déglutition excessivement doulouréuses ; céphalalgie violente, figure animée, pouls dur et plein ; plus d’oppression ni de douleur, et cependant toux sèche, expectoration muqueuse peu abondante et libre. Nulle lésion visible dans l’intérieur de l'oreille, qu’on ne peut explorer qu'imparfaitement faute d’un jour assez pur. Mêmes remèdes que le jour précédent. Les accidents redoublent dans la soirée. Le malade ne pouvant goûter aucun repos, ne trouvant aucune bonne position dans son lit, le quitte, se promène à grands pas dans une salle voisine dont toutesles croisées étaient ouvertes, parce qu'il ny avait point de malades, et ne rentre dans sa salle et dans son lit que lorsqu'il ÿ est forcé par un rèdoublement de fièvre, précédé d’un frisson des plus vifs. Pendant la nuit un peu de délire et beaucoup d’agitation. |

Le septième jour au matin, je trouvai le malade bien moins souffrant, mais dans un état plus alarmant. La douleur des oreilles était supportable , la tuméfaction du cou était entièrement affaissée , la figure pâle, le pouls profond et fréquent , la respiration forte. Le malade éprouvait sous le mamelon gauche une douleur profonde dont il ne se plaignait que lorsque la toux l’arrachaït à une sorte de stupeur dans laquelle il était tombé. Je reconnus dans

l'ensemble de ces symptômes une véritable pleurésie métastatique. Mais ce fut en vain que, d’après cette idée, je tentai de ramener le point d'irritation dans son siége primitif en faisant appliquer deux vésicatoires sur les parotides. Les symptômes ne firent qu'empirer, et le malade mourut le lendemain matin.

À l'ouverture du cadavre, qui futfaitevingt-quatre heures après la mort, je trouvai dans la cavité thorachique le poumon droit tenanten plusieurs points à la plèvre costale par des adhérences anciennes, compacte et crépitant sous les doigts; le poumon gauche adhérent aussi à la plèvre, mais à la faveur de fausses membranes récentes, gorgé de sang, se laissant déchirer par la traction, à l'instar de la rate, et baignant dans une assez grande quantité d’eau sanguinolente. Plusieurs incisions faites en divers endroits de sa substance, ne fournirent qu'un liquide rougeâtre et très-gluant, dont les bronches étaient totalement engouées.

Les parotides et le ussu cellulaire environnant ne présentèrent aucune sorte de tuméfaction; j'y aperçus seulement un réseau vasculaire fortement injecté, avec nombre de taches ressemblant à des ecchymoses. La dissecuon desoreilles me laissa voir, dans celle de droite, la membrane de la caisse encore rouge, gonflée, villeuse, tapissée d’un mucus puriforme dont cette cavité était entièrement remplie;

les liens membraneux qui unissent les osseleis entre eux considérablement épaissis; un bourrelet circulaire formé tout autour de la membrane du tambour , résultant évidemment du gonflement inflammatoire du feuillet membraneux fourni à cette membrane par celle de la caisse; de telle sorte que, vue de ce côté, la membrane iympanique , au lieu d'être convexe, présentait une excavation dont le fond seulement avait conservé l'épaisseur et la transparence ordinaire de cette cloison. Les cellules mastoïdiennes étaient pareillement engouées de matières muqueuses, ainsi que tout l’intérieur de la trompe d'Eustachi. Le mucus amassé dans ce conduit était plus épais, moins puriforme que celui de Pintérieur de la caisse; et sa consistance étant plus considérable encore vers lorifice guttural , il formait là un bouchon assez résistant pour empêcher l’écoulement des matières muqueuses.

L'oreille gauche, qui avait été le siége d’une douleur beaucoup plus vive, ne présenta pas à beaucoup près des traces d’une inflammation aussi intense, La membrane tympanique n'avait perdu ni sa ténuité ni sa transparence, l'intérieur de la caisse et les cellules mastoïdiennes ne présentaient aucune congestion muqueuse; néanmoins la membrane qui tapisse ces Cavités était d’un rouge très-foncé, ainsi que celle qui revêt la trompe d'Eustachi. Mais ce canal ne présentait de ce côté aucun obstacle qui

en produisit l'oblitération ; ce qui donnait lieu à penser que l’excrétion muqueuse inflammatoire, s'était évacuée par la trompe. La partie de la dure-mère, qui revêt le rocher dans ses deux faces antérieure et postérieure , tenait au cerveau par des adhérences récentes ; elle était rouge, épaissie, détachée du rocher qui avait déjà une couleur terne. Entre cet os et la membrane se trouvait une demionce à-peu-près d'un liquide gélatineux et transparent. £

VIII oBsERvATIoN. Otite externe catarrhale.

— Un cuirassier, âgé de vingt-sept ans, portait derrière l'angle droit dela mâchoire deux cicatrices d’écrouelles. Tourmenté toutes les années, depuis le commencement de l'hiver jusqu'à la fin du printemps, par un catarrhe pulmonaire très-opimiâtre , il entra pour la même maladie à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce dans le milieu de prairial an 12, et fut placé dans une des salles dont la visite m'était confiée. Je traitai cette affection catarrhale avec les sucs de cresson et les vomitifs, fréquemment répétés. Ce militaire, entièrement débarrassé de sa toux au bout de huit jours, était prêt à quitter l'hôpital, lorsqu'il fut pris presque tout-à-coup d'une violente douleur dans l'oreille gauche, accompagnée d’une grande dureté d'ouie , d’un bourdonnement aigu, qu'il arrêtait à son gré en enfonçant le bout de son petit doigt dans le conduit andiuf; ce qu'il ne

DE LOTITE. 199 pouvait faire cependant sans beaucoup augmenter la douleur. Insomnie, agitation , perte de l'appétit, pouls dur, quoique peu fébrile. Je mis le malade à la diète, et prescrivis application de trois sangsues derrière l'oreille et des vaporisations éthérées. À la suite de ces moyens, diminution de la douleur , disparition momentanée du untement.

Le deuxième jour de cette nouvelle affection je trouvai le malade plus souffrant que jamais; 1l balançait sa tête sans relâche, ne trouvait de repos dans aucune position , et demandait que je lui ouvrisse l'oreille. J’examinai cet organe aux rayons du soleil; je trouvai le conduit auditif d'un rouge trèsfoncé, nullement gonflé cependant, ce qui me permit de voir la membrane que je trouvai de même fortement injectée. Saignée du bras, cataplasme émollient , large et épais, couvrant l'oreille et toute la région latérale de la tête. Le chirurgien chargé du pansement étant venu le soir pour le renouveler, trouva le cataplasme imprégné d’une sérosité roussâtre. Dans la nuit, l'écoulement muqueux s'établit complétement , et le malade se trouvait le lendemain à la visite du matin considérablement soulagé, et délivré complétement du tintement d'oreille. Cependant la dureté d’ouïe n'avait éprouvé aucune diminution. Injections et fumigations émollientes, nourriture légère.

Cet écoulement, tantôt plus, tantôt moins abon-

dant et consistant , toujours accompagné de surdité incomplète, se soutint ainsi pendant un mois, au bout duquel je parvins à l'arrêter en donnant plusieurs purgaufs drastiques à des distances très-rap= prochées. Restait toujours la dureté d’ouiïe du côté quiavait été aflecté. Je fis appliquer, pour la dissiper, un vésicaioire à la nuque, et prescrivis en même temps les sialagogues et les errhins les plus acüfs ; ce fut en vain. Geue incommodité persista; le militaire, 1 impatienté du ‘peu de succès de ces moyens, ne voulut plus se soumettre à aucun autre, et sortit de Phôpital.

IX°° OBSERVATION.— Dans le commencement de fructidor an 12, un ferblantier de la rue Saint-Jacques m'amena, pour consulter, son frère âgé de irente ans’, doué d’une constitution robuste et d’un tempérament |ymphatiquesanguin. Cethommesoutfra depuis trois jours d’une vive douleur dans l’oreille droite, accompagnée d’une tension douloureuse dans le pavillon, d'un bourdonnementi -qui disparaissait par intervalle , lequel avait été précédé par une odontalgie des plus violentes, qui n'était devenue supportable que lorsque ia douleur s'était fait sentir dass l'oreille. Je trouvai le conduit auditif d’un rouge très-foncé, et si douloureux qu’il me fui impossible de donner à sa partie cartilagineuse la rectitude nécessaire , pour rendre visibles le fond de

ce même conduit et la membrane du tambour.

DE BOTIPE > » ! 201

Le pouls était dur, les yeux rouges, la tête pesante et douloureuse; j'ordonnaiune saignée du pied, l’'exposiuon de l'oreille à la vapeur d’une décoctuion de mauves, et l'application sur la même parue, d'une vessie à moitié remplie de la même décocuon. Dès le soir du même jour , il survint un écoulement séreux qui augmenta considérablement pendant les trois jours suivants, sans prendre cependant plus de consistance. Au bout de ce temps, il fut remplacé par une excréion d'apparence caséeuse, qui ne fluait point, qui seulement remplissait le méat auditif pendant la nuit, et que l’on enlevait le maun avec un cure-oreille. Cependant, quoique ce catarrhe füt àpeu-près terminé , il restait du côté qui avait été affecté une surdité presque complète, dont cet homme ne s'était aperçu que lorsque la cessation de la douleur lui avait permis de supprimer les pansements de son oreille. Deux purgatifs drastiques, l’instillation, dans l'oreille malade , de quelques gouttes d'huile de camomille sufhirent pour dissiper cetie incommodité. X®© OBSERVATION. Otite externe catarrhale. — La femme d’un pâussier du faubourg Saint- Jacques , âgée de vingt-un ans, douée d’une constitution délicate et d'un tempérament sanguin, ayant, dans un des jours gras de lan 9, couru les rues de Paris, la figure couverte d'un masque qui fit transpirer abondamment cette partie, et s'étant

tout-à-coup , après s'être démasquée, exposée à un

courant d'air froid et rapide, fut prise d’un gonflement douloureux de tout le côté gauche de la face. OEdème des paupières, roideur du cou, céphalalgie violente, langue sale, pouls lécèrement fébrile, vin üède sucré pris en grande quantité, d’après le conseil de son mari; sueurs abondantes , crachement continuel; disparition de la fluxion au boutde deux jours. Le lendemain , bourdonnement continuel dans l'oreille gauche, douleur très-supportable qui ne précéda que de quelques heures un écoulement de matière muqueuse très-liée. Cette affection catarrhale, qui n’avait eu jusque-là que des symptômes peu prononcés, augmenta d'intensité, et fut accompagnée de fièvre, de surdité, d’une douleur des plus vives, d'un écoulement de matière qui en-" flammait toutes les parties qu'elle touchait, et d’une agitation continuelle qui écartait le repos et le som- meil. Cependant, après cinq ou six jours, tous ces symptômes s’adoucirent et disparurent , à l’exception de la surdité et de l’écoulement, qui ne tarit qu’au bout de deux mois; pour la surdité, elle resta dans le même état. Je ne proposai aucun remède pour la dissiper, tout occupé que j'étais des soins qu'exigeait une maladie bien plus grave dont cette femme commençait à ressentir les atteintes; c'était une phthisie pulmonaire à laquelle elle était double ment disposée, et par sa conformation et par hérédité. "Fous les secours de lart furent inutiles, la

marche de la maladie fut si rapide, que la malade y succomba au bout de deux mois et demi. Ayant demandé et obtenu d’en faire l’ouverture, je n’oubliaï pas, après avoir examiné la poitrine, de visiter soigneusement l'oreille, qui, à la suite de l’otite survenue deux mois auparavant, était restée atteinte de surdité complète. Je crus en trouver la véritable cause dans la membrane du tympan qui était opaque et visiblement plus épaisse; cette cause me parut d'autant plus démontrée, qu'ayant examiné avec soin Voreille interne, je n°ÿ pus découvrir aucune trace de lésion organique.

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