‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'audition (volume 4)Chapitre 22 sur 47 · CHAPITRE JIL De l’Otalgie · texte numérisé non relu

CHAPITRE JIL De l’Otalgie

JE prends ce mot dans sa véritable signification, et le donne exclusivement aux douleurs de l'orcille. Si ces douleurs n'avaient jamais d'autre cause que Pinflammation de cet organe, le séjour d’un corps

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éwanger dans son conduit ou dans ses cavités intérieures , il serait fort déplacé de traiter de cette affection à part; puisque dans ces cas, qui sont cependant très-nombreux, la douleur n'est que le symptôme d’une maladie principale vers laquelle le praücien doit diriger son attention. Je ne parlerai donc ici que des douleurs idiopathiques de l'oreille; et si je fais mention des autres, de ne sera que pour établir la différence qui existe entre elles et Potalgie proprement dite.

Hoffmann semble avoir saisi le véritable caractère de la maladie en la désignant sous le nom de spasme | otalgique ; mais il parle d'écoulement, d’abcès, comme étant une suite de cette douleur , ce qui montre qu'il l’a confondue avec l'oute. Il y a cependant entre celle-ci et l’otalgie toute la différence qu'il y aentre les douleurs du bas-ventre dans la dysenterie ou lentérite et celles qui constituent la colique spasmodique. à

Il est impossible de dire avec précision quelle est la parte de l'organe qui est le siége de lotalgie, et de quelle nature est cette douleur. Serait-ce une véritable névralgie de la corde du tambour ou du nerf acoustique ? ou bien ne serait-ce qu'une légère irritation des membranes qui revêtent les différentes cavités de cet organe? C’est ce qu'on ne peut déterminer. Quoi qu'il en soit, voici par quels signes se caractérise cette espèce de douleur. Soit qu'elle se

manifeste subitement, soit qu'elle succède à l’odontalgie ou à des douleurs rhumatismales vagues, elle a cela de particulier qu'elle parvient en peu de temps à son plus haut période; qu’elle n’a point, comme la douleur qui accompagne les différenies espèces d'otite, un développement progressif F que très-souvent au moment où elle est plus intense elle disparait tout-à-coup pour se faire sentir dans quelque autre partie de la tête. Le canal auditif externe ne présente ni-gonflement ni rougeur; la membrane a toute sa transparence. Si la douleur est très-vive, les yeux sont rouges, et des irradiations douloureuses se font sentir sur la tempe et ia joue. Je ne crois pas, d'après mes propres observations, que son intensité puisse aller au point de causer le délire et desconvulsions, ainsi que plusieurs auteurs l'ont écrit. Lorsque ces accidents ont lieu, il faut remonter à une autre cause qu'à celle de l’otalgie, et l’on reconnaït'par les symptômes qui existent où par ceux qui ne tardent pas à se développer, qu'il y a inflammation de l'organe, ou séjour de quelque corps étranger, introduit ou devenu tel, dans le conduit ou dans la caisse.

Il est rare que l'otalgie ait lieu sans être accompagnée de üntemenis d'oreille; ce symptôme ajoute à la douleur, et contribue à la surdité momentanée qui se joint à loialgie.

Il est des cas où cette affecuon douloureuse de

DE L'OTALGIE. 209 Yoreille ne se fait sentir que par sympathie; c’est ainsi qu'on la voit quelquefois accompagner les né- -vralgies de la face ainsi que les fluxions catarrhales de cette partie, et inflammation des amygdales dans l’esquinancie. Îl peut même arriver que l’affection principale qui agace sympathiquement loreille ne se trahisse par aucune douleur locale. Fauchard rapporte l’histoire d’une otalgie,avechémicranie, qui durait depuis plusieurs mois, entretenue par unecarie dentaire , et qui fut guérie par l’arrachement de la dent malade. Je fus consulté, il n’y a pas long-temps, par un entrepreneur de bâtiments, qui ressentait par intervalle une douleur des plus aiguës dans l'oreille. Cette otalgié ne s'était manifestée qu'après le développement d’une petite tumeur dure , roulante et incolore , qui me parut être une véritable loupe ; elle n'était point douloureuse ; mais en la comprimant un peu fortement, on éveillait ou l’on aug mentait l'otalgie. Cette épreuve ‘me parut sufisante pour me faire regarder l'affection de l’oreille comme une dépendance de la tumeur, et m'en faire conseiller lexuürpation. J'ignore si mes avis ont été SUIVIS.

On voit par ce qui précède qu'il est important de déterminer le véritable caractère de Potalgie , si on veut y apporter un remède efficace. On cherchera donc à s'assurer si elle ne tient pas à la présence d’un corps étranger dans le conduit auditif,

à quelque congestion muqueuse ou purulente de la caisse, à une véritable inflammation de l'oreille externe ou interne, ou à quelque maladie de la bouche ou de la gorge; car, dans tous ces cas, les remèdes les mieux indiqués pour lotalgie primitive n'auraient aucun succès. Parmi ceux que je prescris avec avantage dans cette affection, je placerai les suivanis :

Je fais éponger la tête avec de l’eau chaude pendant un grand quart d'heure; et pour éviter le froid de l’évaporation, aussitôt après qu'elle est terminée, je fais frictionner les cheveux avec une flanelle trèschaude, qu'on peut remplacer bientôt par une autre. jusqu'à ce que la dessiccation soit complète; alors on laisse la tête enveloppée sous une autre flanelle sèche et également chauffée, ou encore mieux sous une coiffe de taffetas gomimé. Presque toujours, après cette opération, la têtetranspireabondamment et la douleur disparait. Ce moyen n’est applicable que chez les personnes dont les cheveux sont irès-courts ; il faut, lorsque cette circonstance ne peut en faciliter l'usage, recourir à quelque autre. Je fais alors appliquer sur toute la région temporale, y comprenant la joue, un cataplasme entre deux linges, composé avec des tiges de verveine écrasées, cuites dans le lait, et liées par une addition de farine de graine de lin.

* On associe à l’un ou à l’autre de ces deux moyens

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üne vaporisation, dont j’obtienstoujours beaucoup de soulagement. Elle m'a fréquemment suffi pour faire disparaître l’otalgie, et même pour la calmér moméentanément , quand elle était symptomatique. Je mets dans une fiole à médecine trois gros de liqueur minérale anodine d'Hoffmann et une demi-once d’eau; je plonge aussitôt la fiole dans un vase qui contient de l’eau chaude, j'en dirige le goulot dans le conduit auditif, etje ly laisse jusqu’à ce qu’il ne s’exhale plus d’odeur de la bouteille. Un autre moyen , qui west pas moins eflicace, et qui ‘se trouve sous la main de tout le monde, est Papplication à la tempe, d'un peu de savon noir, étendu sur un morceau de peau de la largeur d'un petit écu. J'ai une fois par cette facile pptéattén EME subitement une otalgie des plus intenses, compliquée de douleur

dentaire. Une mouche à vésicatoire produirait une

diversion encore plus sûre. La grande quantité de nerfs qui tapissent le pourtour de l'oreille, rerid

très-efficace l’action de ces agents dérivatifs. Aussi je ne pense pas qu'il soit jamais nécessaire de recourir aux cautérisations employées par les anciens,

et dont Albucasis nous a décrit le procédé, et figuré les instruments. Cette disposition anatomique, qui fait réussir les plus légers irritants, assure de même le succès des narcotiques, sur - tout de lopium ;

mais Je ne conseillerais pas de Pappliquer immédiatement dans le conduit audiüf. Ïl est à ma connais-

sance qu'une pareille application fut suivie, chez une servante, d'un assoupissement avec vertiges, qui dura deux jours, après lesquels il se déclara une fièvre OR ARE Un fait de cetie nature ne prouverait rien, sil n'était appuyé d'observations analogues, couilles par d'anciens auteurs. Zacutus parle d'un Espagnol qu'un violent mal de tête tourmentait et privait du sommeil ; un charlatan lui mit dans le méat auditif un morceau d’opium. Le malade dormit en eflet , mais à son réveil il eut quelques mouvements convulsifs , tomba dans un état maniaque, et mourut bientôt après. Galien paraît avoir soupconné le danger d’une pareille application, car il en blâme l'usage dans les douleurs d'oreille. Il est vrai que, dans le livre de la composition des médicaments , il le prescrit mêlé avec le lait de femme. Fntre deux opinions contradictoires sur les vertus d'un médicament, il faut, je crois, embrasser celle qui le fait regarder comme dangereux, lorsque sur-tout ce même médicament peut être avantageusement remplacé par un autre, ou du moins employé d'une autre manière. Ainsi l'opium ne perd rien de son eflet calmant, lorsque, au lieu d'être ne en injection, on en fait la base d’un emplâtre qu’on applique sur la tempe ou sur lapophyse mastoïde.

On se contentera pour injection de prescrire du lait uède, une décocüon de graine de lin , à laguelle

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on joindra quelques gouttes de baume tranquille. Lorsque ces moyens locaux seront insuffisants, * on emploiera les calmants à l’intérieur et les remèdes généraux usités dans les vives douleurs, à l’exception cependant du bain général dont je n'ai jamais retiré aucun avantage.

Si l’on n’obtient aucun effet de ces divers moyens, il faut en conclure que la douleur n'est point la maladie principale, et qu'elle dépend de quelque autre dont on doit épier les symptômes pour en approfondir le diagnostic.

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