CHAPITRE IV
V’ers et insectes dans l'oreille.
Des vers peuvent se développer, se multiplier dans différentes cavités du corps, telles que le canal intestinal, et y séjourner long-temps sans donner des signes de leur présence; mais il n’en est pas demême de l'oreille, dans laquelle ils ne peuvent s'établir sans éveiller les plus vives douleurs et provoquer les accidents les plus graves. L'introduction, ou si l'on veut le développement de ces animaux dans l'intérieur de cet organe, se fait particulièrement remarquer dans les cas où il se trouve affecté d'otorrhée. Attirés par la matière qui s'en écoule, quel-
quefois ils y séjournent; mais le plus souventils se contentent d'y déposer leurs œufs. Comme dans la plupart de ces écoulements, la membrane du tympan est ouverte, où détruite, il peut arriver qu'ils occupent l'intérieur de la caisse, ce qui rend leur séjour plus douloureux, et leur extraction beaucoup plus difficile.
Les vers quedifférents ea ontextraits où vus sortir de l'oreille, présentent tant de diflérences qu'ilestimpossible d'en donner une description particulière , ce qui tient sans doute au grand nombre d'insectes qui peuvent s’introduire dans l'oreille.
Tharantanus dit avoir vu s'échapper de loreille d'un jeune homme malade d’une fièvre aiguë, deux outrois vers qui ressemblaient à des graines de pin. Volckraner, médecin de Nuremberg , parle d’une jeune filléqui en rendit un de la forme d’une petite noisette. Panaroli rapporte qu'à la suite d’une injec= tion faite avec dulait de chèvre, dans une oreïlle qui était devenue le siége d’une vive douleur, il en sortit plusieurs verssemblables à des mites de fromage, et la douleur cessa. Kerckring donne la figure de cinq vers sortis de la même parüe, et quiressemblaïent à des clopories. Mais on en a vu de plus volumineux, ei icllement disproportionnés avec la cavité qui les contenait, qu'on ne pouvait concevoir, après leursortie, comment ils avaient pu s’y loger. On en trouvera un exemple très-remarquable dans une observation
recueillie par M. Bouteille fils, et rapportée à la fin de cet article. Morgagni parle d’une femme qui, à différentes époques, rendit par l’oreilleun ver dela forme du ver-à-soie. Un chirurgien d’une de nos provinces méridionales, M. Chaudorcy, a fait la même observation. On verra, par les exemples qui suivent, que ces larves sont susceptibles de passer à l'état de nymphe, comme l’avait observé, en 1750, M. Leaucaud, chirurgien - major de l'hôpital d'Arles, qui tira de l'oreille d’un homme, cinq vers dans cet état de métamorphose. Sauvages rapporte pareillement qu'ayant mis dans un vase de terre plusieurs vers oblongs et blancs, tirés de l'oreille d’un homme attaqué Méolié il vit ces vers se changer en peu de jours en mouches carnacières.
Quelle que soit au reste la forme des vers introduits ou engendrés dans l'oreille, ils ont cela de commun que leur présence excite une otalgie plus ou moins violente, des céphalées atroces, des vertiges, des mouvements convulsifs, des accès d’épilepsie, etune sorte de stupeur de la conque auditive.
Il n'est pas toujours facile de pénétrer la causé de ces désordres , non-seulemént parce que, la douleur occupant une grande parte de la tête, on ne s’avise pas d'aller chercher dans l'oreille le siége du mal, mais encore parce que cette oreille, lors méme qu’elle est le centre de la douleur , et qu'élle est soumise à un examen particulier , peut recéler dans ses cavités
intérieures l'animal qui l'irrite si douloureusement, Ceci a lieu sur-tout quand la membrane tympanique est détruite; alors l’insecte pénètre ou se développe dans la caisse. Il peut aussi y arriver par la trompe d'Eustachi. Un fait de cette nature, des plus curieux, est celui que rapporte Andry, dans son | ‘Traité de la génération des vers. Il s’agit d’un ascaride lombrical de la grosseur d’une plume à écrire, qui, du canal intestinal, s'était porté, par le pharynx et les fosses nasales, dans la trompe d'Eustachi. On conçoit même que, sans y pénétrer du dehors, des vers puissent s’y engendrer comme dans toutes les cavités du corps, et dans l'intérieur même de nos organes. Mais ces cas sont infiniment rares et presque toujours les vers de l'oreille sont dus à introduction de quelque insecte dans le canal auditif. Füen ne le prouve mieux que la rareté de ces accidents dans les villes. C’est à la campagne, chez les personnes adonnées aux-travaux des champs et exposées à dormir en plein air, que l’on observe cette espèce de lésion de l'organe auditif.
Il semble au premier coup-d’œil qu'aussitôt qu'on a reconnu la présence de ces corps étrangers dans l'oreille, il ne doit pas être difficile de porter remède aux accidents qu'ils occasionent, soit en faisant périr l'animal par l'injection de quelque anthelmintique, soit en l'entrainant au-déhors à l’aide d’un instrument propre à le saisir. Cependant le premier de
cesmoyensest souventinfructueux, et lesecondn'est pas toujours praticable. Pour que les vers meurent dans les liquides huileux ou amers qui ont la propriété de les détruire, il faut qu'ils puissent en quelque sorte y être plongés; ce qui est difficile dans le conduit auditif dont ils occupent souvent Ja cavité, ou au fond duquel ils se trouvent garantis de l'atteinte de ces poisons par une couche de matière purulente. Le défaut de largeur du conduit rend souvent aussi les moyens d'extraction à-peuprès impuissants , et il est plus aisé d’écraser lanimal dans son réduit que de l'en arracher; mais c'est une pratique que Je ne conseillerais point, dans la crainte d'enfoncer la membrane du tympan , lorsqu'elle existe encore, ou de pousser J’insecte dans la caisse, quand de est dépourvue de sa cloison. Ainsi, lorsqu'on veut employer les injections pour le faire mourir, il faut faire en sorte d’introduire préalablement celles qui ont pour effet de nettoyer le conduit audiuf, après quoi on a recours à d’autres, et surtout aux liquides huileux. Il n'est pas nécessaire de recourir aux huiles médicamenteuses. Quelles qu’elles soient, elles possèdent au même degré la propriété de tuer les vers quand ils en. sont exactement environnés. Il est même toujours prudent de choisir parmi les huiles les plus douces, afin de ne pas augmenter lirritauon, déjà beaucoup trop vive, qui existe dans le con-
duit. La même raison doit faire proscrire les teintures amères ou aromatiques, et les huiles essènticiles qui ne feraient qu'augmenter la douleur. Lorsque le ver ou l’insecte est visible, lorsqu'il n'occupe pas en totalité la cavité du canal , et qu’il write cette parie, bien plus par ses mouvements que par son volume , comme cela arrive par la présence d'une fourmi, d’une puce même, il n’est pas difficile d'en faire l’extracuon , soit avec un cure-oralle, soit avec le petit bout d’une plume qu'on dépouille de ses barbes, qu'on enduit de quelque matière gluante, comme de la térébenthine, du baume de copahu , et dont on se sert pour charger l'animal. Ces moyens locaux ne composent pas tout le traitement de cette espèce d'accident , lorsqu'ils ne peuvent être suivis d’un prompt succès. Il faut alors y joindre les calmants généraux, qui sont d'autant plus indiqués que souvent l’'irritation est portée au plus haut degré ; et lors même qu'elle n'est pas excessive, il faut s'attendre à la voir devenir telle par les manœuvres qu'on est obligé d'employer pour opérer l'extraction. | Lorsqu'on a réussi à expulser l’animal, et que lirritaion est calmée, si l’on a quelque raison de croire, par çe qui s'est passé, qu'il a pris naissance et s'est développé dans l'oreille, il y a tout lieu de craindre qu'il ne soit pas seul , et que par conséquent les accidents se dre On examinera donc
avec soin le conduit auditif, et lon prescrira, dans ce cas seulement, des injections amères, huileuses et salines. pt
Ordinairement , après l'expulsion du corps étranger, l'oreille recouvre ses fonctions qui avaient été troublées plutôt que suspendues. On a vu des cas cependant où il est resté une surdité plus ou moms complète, ce qu’on peut expliquer par linflammation qu'a provoquée le séjour de linsecte, par les désordres qu'une pression long-temps continuée a dû produire sur la membrane du tympan et sur les osselets de cette cavité. Mais ce qu'on ne pourrait expliquer estie faitobservé par M. Bouteille, qui avu la surdité ne se déclarer qu'après la sortie de l'insecte.
Ce que nous avons dit de l’otorrhée comme cause propre à faire naître cet accident, indique assez par quel moyen prophylactique on peut le prévenir : c'est d’avoir soin, en été et sur-tout à la campagne, de tenir bouché, par un peu de coton, le conduit auuf qui est le siége de l'écoulement.
X XXI" OBSERVATION. — :« J'étais, dit Morgagmi(1), avec Valsalva, dans sa ville natale, lorsqu'il se présenta à lui une jeune dame qui lui raconta qu'étant encore demoiselle, elle avait rendu un ver par l'oreille gauche; que six mois après elle en avait rendu un autre de la forme d’un petit ver-à-soie, a ——————————
(1) Epist. xiv.
et dont le séjour avait été accompagné de douleur
dans l'oreille, la tempe et le front, laquelle avait
cessé aussitôt après la sortie du ver et du pus; que
depuis lors elle avait été par intervalle saisie de la
même douleur, mais plus vive et telle qu'elle tom-
baït tout-à-coup privée de ses sens pendant deux heures, jusqu’à ce que la douleur cessant elle revint à elle; que peu après cette crise elle rendait un ver d'une forme pareille aux autres, mais plus petit; ajoutant de plus qu’elle était sourde de cetie oreille, et qu'elle éprouvait de la stupeur et du prurit dans les parues voisines. Valsalva ne douta point que le tympan ne füt ulcéré, et proposa contre la présence des vers, s'il en restait encore, l’eau distillée d’hypéricum , dans laquelle on aurait agité du mercure. »
X XXII" OBSERVATION. — «Je fus appelé, le 10 août 1761, pour voir la fille d'un nommé Nicolas Laurent, laboureur à Chartres, près Méry-sur-Seine, âgée d'environ quinze ans, d’un faible tempérament, malade depuis quatre jours. À mon arrivée, la trouvant sans Connaissance, Jinterrogeai sa mère sur l'origine et les progrès de cette maladie. Il y avait quatre ans que cette fille avait perdu l’ounie de l’oreille gauche, à la suite d’une douleur violente à cette partie, accompagnée de fièvre, d'insomnie, etc. Cette douleur, après avoir durétrois à quatre jours, fat suivie d’un écoulement purulent, à la faveur duqnel tous les accidents se dissipèrent, et laissè-
VERS ET INSECTES DANS L'OREILLE. joï
rent la surdité de cette oreille. Cette maladie, qui exigeait les secours de l'art les mieux administrés , fut abandonnée aux soins de la nature; écoulement purulent se supprima environ trois mois après. La suppuration ayant donné lieu à un engorgement nouveau dans ces parties, tous les accidents se renouvelèrent,; et après s'être fait sentir avec force pendant deux à trois jours, l'écoulement purulent reparut , et ramena un calme aussi trompeur que le premier. Pendant quatre ans cet écoulement s'était supprimé tous les trois mois, et chaque suppression avait été accompagnée d’accidents plus ou moins violents, suivant le temps que l'écoulement mettait à reparaître. | = La malade, dans ces premières alternatives de douleur et de tranquillité, perdit l’ouïe de l'oreille droite, sans éprouver la moindre douleur à cette partie, ni aucun autre accident. Alors les parents voyant leur fille entièrement sourde, pensèrent à Jui chercher du soulagement. Tous les remèdes dont en fit usage ne changèrent ni la nature ni la marche de la maladie de l'oreille gauche; quant à la surdité de l'oreille droite, elle cessa entièrement au bout de deux ans, dans un temps où la Me > n'employait aucun remède. is L’après-midi du 6 août 1761, la mère de la malade allant moissonner près du village, ÿ mena sa fille, qui, à son arrivée, se coucha sur une gexbe
exposée à l’ardeur du soleil, sans avoir rien mis dans son oreille, à laquelle elle n'avait ressenti aucune douleur depuis plusieurs mois, parce que l’écoulement ne s'était point supprimé. Dans cette situation cette fille s'endormit. Après environ une heure de sommeil tranquille, elle fut surprise de sentir toutà-coup un bourdonnement dans son oreille, occasioné, disait-elle d’abord ( ce qu'elle soutint ensuite), par une mouche qui venait d’y entrer. La mère, dans l'instant, regarda dans Poreille, et n’y vit point de mouche, mais quelques gouttes d’un sang rouge, vermeil, qui sortait avec l'écoulement ordinaire. À ce bourdonnement se joignit une vive douleur ; la malade poussait les hauts cris; sa mère la ramena aussitôt chez elle, et chauffa des linges qu ’elle lui appliqua sur la partie souffrante : moyen qui fut inutile, et peut-être dangereux. Le bourdonnement et la douleur augmentèrent; le visage se couyrit d’une rougeur extraordinaire; la fièvre s’alluma imcontinent ; la malade passa le reste de la journée, et la nuit du 6 au 7, dans de violentes agitagions. Le 7, tous les accidents augmentèrent; et sur le soir la malade, étant tombée dans le délire, eutune nuit plus mauvaise que la précédente. Le matin du 8, les muscles de la mâchoire inférieure et des lèvres entrèrent en convulsion, déterminèrent la contorsion de la bouche, ensuite le spasme cynique; quelques heures après les extrémités supé-
rieures, et successivement tout le reste du corps, furent agités de mouvements convulsifs, qui s’annonçaient par un tremblement de tout le corps, et se terminaient par des défaillances.
Vers le soir du 8, les parens allèrent chercher le curé du lieu pour donner les secours spirituels à la malade ; mais la trouvant sans connaissance , il ne put les lui administrer. Surpris de létat de cette fille, il essaya de lui procurer du soulagement; pour cet effet, il lui fit faire dés injections dans l'oreille avec l'huile d'hypéricum et le baume du Commandeur. Ces injections n’eurent d’autre eflet que d'arrêter le sang qui sortait abondamment de cette partie, et non l'écoulement ordinaire. Les accidents augmentèrent, et la malade fut réduite à l’état le plus triste. Q
Le matin du 10, on m'envoya chercher. Après avoir été instruit de ce que je viens de rapporter, jexaminai la malade, qui, depuis vingt - quatre heures, avait refusé toute nourriture. Elle avait le visage violet et boufhi, les yeux éteints, les narines dilatées, les lèvres allongées , la bouche ouverte; il sen échappait beaucoup de salive écumeuse; les mouvements convulsifs étaient moins fréquents; ta respiration était laborieuse ; la voix éteinte et le pouls concentré, faible et intermittent ; toute la partie Laudle gauche de la tête, était de couleur livide, gonflée et menacée d’une gangrène prochaine.
Après avoir absorbé tout le pus contenu dans le conduit auditif, dont la largeur était augmentée du double de l’état naturel, j'aperçus, dans le fond de cette partie, une espèce de membrane blanchôtre, située à l'endroit de la membrane du tambour, et que je doutai en faire partie. Je portai sur elle une sonde , etla touchai un peu fort, ce qui donna lieu à un peut mouvement , après lequel elle me parut être un peu plus enfoncée ; en conséquence de ce changement de situation, et après avoir réflé-chi sur tous les accidents de cette maladie, je me persuadai que c'était un corps étranger ; quelle que fût sa nature, il fallait l'extraire sans délai. Pour \ parvenir, je situai la malade commodément, et je portai des pinces à anneaux dans son oreille pour saisir ce corps étranger ; mais il me présentait une surface polie, et remplissait exactement le conduit auditif, je ne pus le saisir qu'imparfaitement; il m'échappa plusieurs fois. Pendant ces tentatives, la malade ressentit des mouvements convulsifs, et eut une si grande défaillance que je craignis de la voir expirer. Revenue de sa faiblesse, je disposai tout pour l'extraction, mais aux moindres efforts que je fis pour pincer ce corps étranger , les mouvements convulsifs, les faiblesses reparurent, et m'arrêtèrent. Convaincu cependant que, si je 2 à une troisième fois, je trouverais les mêmes difficultés, je ne voulus pas quitter prise que je ne me fusse as-
suré de la nature et de la présence de ce corps étranger : j'arrachai enfin un ver de la longueur d'environ huit lignes. Malgré l'état ficheux de la malade, je continuai mon opération, et successivement Je üral quatre autres vers. Je portai ensuite une sonde dans cette oreille ; les parties molles qui constituent l'organe de l’ouie étaient détruites, et laissaient à découvert tout le conduit auditif de l'os temporal rongé par la carie. J’y fis couler quelques gouttes d'huile d'hypéricum; j'appliquai, sur la partie latérale de la tête, des compresses trempées dans l'eau-de-vie ; la malade était d’une faiblesse extrême, et toujours sans connaissance.
» J’examinai ces cinq vers; ils étaient égaux en grosseur , et avaient la forme d’une pyramide tronquée; leur grosseur, prise à leur base, égalait celle d'un tuyau de plume à écrire; leur tête se terminait en pointe, et l’on y apercevait une ouverture de laquelle partait un petit canal noirâtre. Je n’y remarquai ni barbillons, ni stigmates; leur mouvement était vermiculaire; on les mit dans un vase de terre, où ils vécurent cinq jours sans aucune nourriture ; ils ont été vus de tous les gens du village.
» Le lendemain je revis la malade ; il lui restait à peine le souvenir des accidents qu’elle avait essuyés. Je lui fis des injections dans l'oreille avec la teinture de myrrhe et d’aloès, seul remède dont je me sois servi pendant le traitement de ceite maladie,
J’ai eu la satisfacuon de voir la carie se détruire peuà-peu, et la guérison s’opérer en six MOIS, SANS EXfoliation sensible; cependant le conduit auditif de cette oreille est beaucoup plus large et plus profond que celui de Poreille droite; les sons les plus aigus, les bruits les plus foris n’excitent aucune sensation dans cet organe (1). »
XXXIIT®* oBsERvATION. — « Marguerite Stoeflin, âgée d'environ {2 ans, se irouva attaquée de fièvre, le 27 août 1694, en sortant de son jardin , où elle s'était fort échauflée à travailler. La nuit suivante elle eut un très-grañnd mal de tête, accompa-
gné de défaillance et de vomissement. On la saigna
Se le lendemain pour prévenir les suites; quelques heures ayant la saignée la fièvre et le mal de tête redoublèrent, et il survint une sueur abondante avec syncope. La fièvre étant un peu diminuée, on lui donna un lavement , et le soir un julep somnifère qui calma la douleur. La fièvre se ralluma cependant à l'ordinaire, et continua jusqu'au 9 septembre, jour auquel la malade eut un peu de relâche, quoique le mal de tête continuât toujours. Le 8 du même mois la fièvre recommencça plus fort qu'auparavant, et la malade se plaignit d’une trèsgrande douleur dans Poreille droite, sentant, di-
(1) Bertrand, chirurgien à Méry - sur - Seine ; ancien Journal de médecine, tome 20.
sait-elle, quelque chose qui semblait lui ronger le dedans de cette partie. La douleur était accompagnée de bourdonnements et de si grands élancements qu'elle tombait souvent en syncope, et ne revenait qu'avec beaucoup de peine. Elle eut ensuite quelque calme, pendant lequel on la purgea, et 3 même avec une sorte d'apparence de succès. Mais à au bout de quelques jours les symptômes recommençant, obligèrent d'appliquer des vésicatoires à la nuque , et un cataplasme anodin derrière l’oreille, ce qui la mit encore en état de vaquer à ses affaires pendant quelque temps. Au commencement du mois d'octobre le mal recommenca comme auparavant avec de si grands élancements dans l'oreille, qu'on fut obligé d'y mettre de l'huile d'amandes amères, de l'huile d’absinthe, de l’eau-de-vie , etc. Cinq jours après il sortit de son oreille six petites chenilles vivantes, de différentes grosseurs et couleurs; les unes étaient grosses de trois à quatre lignes et longues de cinq à six; les plus petites de deux à trois lignes, et longues de trois à quatre. Les plus grandes étaient entièrement blanches, et les plus petites mêlées de rouge et de blanc. On les, mit dans l’eau tiède, elles nagèrent à la superficie de ce liquide; il en sortit de cette grosseur jusqu'au nombre de quatorze à différentes fois.
» À Ja fin du mois d'octobre la malade sentit redoubler les éjancements dans fa même oreille; et y
ayant porté son doigt assez rudement, elle occasiona une otorragie considérable, et en même temps la sortie d’une chenille vivante de l'espèce des arpenieuses. ‘
» Cette chenille avait dix-huit à vingt lignes de longueur et cinq à six de grosseur. Son ventre était entremélé de lignes vertes et jaunes, et son dos marqué de rouge, de vert et de brun. Son corps était couvert d'un duvet assez long; elle avait six pates, quatre proche de la tête, deux de chaque côté, et deux vers la queue, une de chaque côté. Elle avait à côté de la tête, sur le devant, deux espèces de cornes qui représentaient assez bien celles du limaçon; sa tête était plate, ses yeux noirs et proéminents ; sa queue avait quelque rapport avec celle de la carpe.
» Après la sorte de cette AFAUE chenille tous les symptômes cessèrent , et la malade se trouva entiè= rement guérie, Sans qu'il restât aucune apparence de mal. Elle entendit et continua d'entendre aussi distinctement de l'oreille malade que de l’autre.
» Il faut remarquer que cetie femme a toujours dit qu’il lui était entré quelque chose dans l'oreille; ce pourrait être quelque papillon qui aurait laissé ses œufs dans le méat auditif, que la matière cérumineuse dont elle est enduite aurait retenus, et que la chaleur de cette partie aurait fait éclore. Il reste à expliquer comment ces insectes ont pu se nourrir,
et dans quel endroit ils ont pu se tenir si long-temps cachés sans boucher l'organe de l’ouïie, ni se faire apercevoir (1). »
X X XIV OBSERVATION. —«Danis le mois de juillet de l’année 1756, un enfant, âgé de 6 ans, fils du sieur Séguy, habitant de Monpéllier. était afiligé depuis un mois environ, d’une légère suppuration , dans le conduit auditif externe de l'oreille gauche, qui ne lui occasionait aucune douleur. Ses parents n’y faisaient pas beaucoup d'attention; ils se contentaient de laver la conque avec l’eau uède, ou la décoction d'orge. Le 1/, du même mois, cet enfant se plaignit d'une douleur vive, qu'il ressentait dans l'oreille affectée. On y fit rayonner du lait de femme; on y jeta de l’eau d'orge ; la douleur se Fe ; quelques heures
/après , elle reparut avec la même vivacité; on eut
recours aux mêmes remèdes, avec le même succès.
Le 15, la douleur fut plus considérable; elle fut
calmée par les mêmes secours. Le 16, elle fut
plus vive et plus fréquente; on était obligé à chaque instant d'employer et les mêmes remèdes, et l'huile d'amandes douces, dont on laissait couler quelques gouttes dans loreille. Le 17, la douleur fut si aiguë vers le soir, que l'enfant eut des mouvements convulsifs, et rendit par l'oreille quelques gouttes desang.
M. Regis, chirurgien, fut appelé ; ilessaya de calmer la douleur par les saignées, par les remèdes déjà in-
(1) Saviard.
es
diqués, et par les gouttes anodines de Sydenham , qu'il joignit à l'huile d'amandes douces; mais le tout fut employé presque sans succès. Le 18 au matin $ là douleur fut si grande que les mouvements convulsifs devinrent pluis fréquents et plus considérables vers le milieu du jour. Le-sang commenca à couler constamment par l'oreille, et en si grande quantité, que dans l’espace de quelques heures il en sorüt la valeur de deux poélettes. La triste situation dé cet enfant détermina les parents à m'appeler; lorsque je le vis, 1l poussait les hauts cris; les mouvements convulsifs persistaient, et l’hémorragie ne discontinuait pas : les saignées, les tiarcotiques et les adou= cissants furent mis en usage sans succès; on naper= cevait rien dans l'oreille, quelque attention qu'on y apportt. À six heures du soir les mouvements convulsifs devinrent plus violents, et les forces diminuèrent considérablement. On commençait à craindre pour les jours de l'enfant; mais à sept heures les convulsions se calmèrent beaucoup, la douleur diminua, et l'enfant se plaignit de quelque chose qui lui rongeait l'oreille. La mère, qui était pour lors toute seule auprès de fui, examina la partie ; et jetant les yeux dans le conduit auditif externe, elle y aperçut un corps blanc; elle y introduisit la tête d'une épingle, et en üra par ce secours un ver blanc, assez gros, qu'elle jeta avec précipitation à terre, où il se rapeussait et s’allongeait. Effrayée
VERS ET INSECTES DANS L'OREILLE. 311 de cet événement, elle me fit appeler avec le chirurgien. À la vue de ce ver, nous ne doutâmes plus de la cause de tous les accidents; et comme ils persistaient, nous augurâmes qu'il y en avait encore quelque autre. En effet, à l’aide de petites pinces, que le chirurgien introduisit assez avant, il en tira deux vers semblables au premier. Dès qu'ils furent sortis, l'hémorragie cessa, la douleur se calma, et les mouvements convulsifs disparurent. Ce jeune enfant s’endormit bientôt après; à son réveil, il fut irès-calme; il ne lui restait qu'une très-légère suppurauon dans le conduit auditif, laquelle se guérit en peu de jours par le secours de la décoction d’orge ! et des eaux de Baréges. Ces vers étaient blancs, de la longueur et de la grosseur d’un gros pignon; leur tête était noire et pointue ; on apercevait sur leur dos une ligne noire.
» Par l'examen que j'en fis, je les trouvai ressemblants ; par leur figure et par leur couleur , à ceux qu'on aperçoit $ur les matières animales qui croupissént dans les latrines et dans les carrefours; je ne pus cependant me persuader qu'ils fussent de la même nature. Je les emportai chez moi, pour les examiner avec plus de soin; mais quelque attention que j'y donnasse, j y trouvais toujours Ja même ressemblance. Pour m'en convaincre, je les enférmai séparément dans des cornets de papier. Cinq jours après je vis qu'ils étaient noircis, et qu'ils
312 DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE iv.
avaient pris la figure d’une chrysalide noire et ferme; javais soin de les examiner tous les jours. Le treizième après la métamorphose, voulant ouvrir, vers les six heures du matin, un de ces corneis, j'en vis sortir une grosse mouche. Fâché de l'avoir laissée échapper, je courus bien vite à mes autres cornets, que j'ouvris avec plus de précaution. Dans le premier, j y trouvai la chrysalide percée par une des extrémités , qui laissait voir la tête d’une mouche. Je me hâtai de la mettre dans une bouteille. Dans le second, la chrysalide était dans son entier, et je la mis dans la même bouteille. Dans la journée, la mouche dont la iête était hors de la coque, se débarrassa enüérement, et vola çà et là dans la bouteille. Le lendemain, l’autre fut aussi sortie de sa coque. Ces mouches étaient entièrement semblables à celles qu'on voit voltiser en été sur la viande exposée à l'air, et dans les endroits où il y a des matières animales corrompues, ou qui par la chaleur peuvent devenir telles. Je fus alors convaincu de la nature de ces vers, et je ne pus douter de leur origine.
» Personne n’ignore que les mouches ( comme bien d’autres insectes) déposent leurs œufs sur les mauères où les vers nouvellement éclos peuvent trouver leur nourriture. Îl est par conséquent à présumer , avec beaucoup de certitude, que Poreille de cet enfant n'étant pas couverte, une de ces mouches, aturée par le pus, dont la conque était enduite,
y déposa quelques œufs, qui furent entraînés dans le conduit par l’eau dont on lavait la partie, et que | la chaleur les y fit éclore; ou bien les œufs s'étant collés aux parois de la conque, ils y ont éclos, et se sont insinués ensuite dans le conduit auditif externe; parvenus à leur grosseur naturelle, ils ont occasioné les accidents , en rongeant la membrane qui tapisse cette cavité.
» Cette observation me paraît éclaircir Vorigine des vers qu'on a vus,et qu'on voit sortir des oreilles, du nez, des sinus frontaux et maxillaires, et de ceux qu'on trouve sur la surface de certains ulcères. N'est-elle pas plus naturelle que de periser que les œufs ont été entrainés et déposés par la voie de la circulation? La finesse des ouvertures des veines laciées , la petitesse des vaisseaux des parties où on trouve des vers, et les actions vitales ne contredisent-elles pas ce système plus ingénieux que vraisemblable (1)? »
XXXV®* OBSERVATION. — « Je fus appelé il y a quelque temps au Ménil-Saint-Denis, à une lieue de Beaumont-sur-Oise, pour voir un enfant de 8 à g ans, à qui il venait, dit-on, de sortir trois gros vers par l'oreille. L’on me dit que l’on en voyait encore qui étaient près de sortir, et que l’enfant poussait des cris affreux. Je m’y transportai; Je visitai l'oreille, et jy vis en eflet plusieurs pointes de vers qui sem-
(1) Farjon.
blaient vouloir sortir de la conque. Je fis mon pose . sible pour les extraire, mais je n’en pus venir à bout, parce qu'ils rentraient en causant des angoisses horribles. J'examinai avec soin ceux qui étaient sorüs, Is ont huit à neuf lignes quand ils s’allongent, cinq à six quand ils sont rassemblés dans leurs anneaux. Ils sont de la grosseur d’une plume à écrire, qu’on appelle bout-d’aile. Il y a une extrémité qui est terminée par un petit point noir; c'est la tête, sur les côtés de laquelle on apercoit de petites eminences comme l’on en remarque à de certains insectes, et
sans queue, terminée en rond avec un petit prolon-
ui ressemblent à des pates; l’autre extrémité est
yement; leur enveloppe est assez dure.
» Je ne crus pas me tromper en conjecturant que ces vers étaient de la classe de ceux qui vivent dans les substances putréfiées. Pour les faire sorür on avait injecté dans Poreille du lait, du jus de morelle, un mélange de suc de brou de noix écrasé, de poivre et de vinaigre. Ces remèdés n'avaient causé que de grandes angoisses sans effet. Je crois qu’on aurait plutôt réussi à les tuer en employant des liqueurs alcalines, Peau de chaux, la lessive de cendres , de soude, la dissolution de savon, dans lesquelles ils noircissent et meurent. Je n'osai pas cependant conseiller ces moyens; je crus devoir en employer de plus simples et de plus doux en tâchant de les attirer au-dehors. Pour y parvenir, je me dé-
VÉRS ET INSECTES DANS L'OREILLE. Ji) termina à mettre dans l'oreille un morceau de chair de bœuf, pensant qu'il serait bientôt putréfié; il n'y fut pas plus d’une heure que l'enfant sentit remuer les vers, et prétendit les entendre manger. La mère ayant soulevé sa tête avec précaution, ainsi que Je Pavais recommandé, elle retira la viande sur laquelle 11 s’en trouva deux ; elle la remit, et au bout d'une demi-heure elle fut encore 6bligée de la retirer à la solhcitation de l'enfant; elle en trouva un qui était si fort entré dedans, qu’ elle ne put len ôter qu'en le déchirant.
» Ce ne fut que depuis la sortie du quinzième ver que l'enfant fut tranquille. Je fis injecter de l'eau salée dans l'oreille, tant pour atténuer la matière qui commença dès lors à couler, et qui était fort épaisse, que pour résister à la puiréfaction. L'oreille n’a pas perdu la faculté d'entendre. I} paraît que cet acci-
dent a été la suite d’un coup qu'avait reçu Penfant,
depuis environ six mois, de la botte d’un cavalier qui le jeta par terre sur le côté, la tête portant sur une éminence de terre. Six semaines après 1l y eut un écoulement par Porcille qui s'arrêta environ trois semaines avant la sortie des vers (1). »
XXX VE OgsERvaTION. — «Une petitefille, âgée de 3 ans, avait un léger dévoiément séreux depuis quatre à cinq jours, sans tranchées et sans perte
(1) Sauveur Alteyrac; Gazette de santé, 1580, n° 22.
d'appétit, lorsqu'un soir elle se plaignit légèrement d'une douleur dans l'oreille gauche. Le père et la mère examinèrent cette oreille, et ne découvrant rien , tant à l'extérieur qu'à l'intérieur , y firent peu d'attention. La petite s’endormit et passa le reste de la nuit assez tranquillement ; mais le lendemain matin elle fut réveillée par le retour de la douleur qui augmentait à chaque instant, et qui devint si aiguë que lenfant faisait les hauts cris, et même avait des mouvements convulsifs. Le père, ne sachant que faire, imagina, pour adoucir la vivacité de la douleur, de lui faire injecter dans l'oreille le lait d’une nourrice du voisinage. Dès que l'injecuon fut faite, la petite jeta des cris perçanis, qui, de même que la douleur, cessèrent presque à l'instant par la sortie d’un ver vivant qui surnageait dans le lait injecté, et qu'on tira de l'oreille avéc de petites pincettes. On coucha l'enfant sur le côté malade pour faciliter l'écoulement du lait, et pour voir s’il sortirait encore quelque autre ver ; mais, après que le lait fut écoulé, il parut sept à huit gouttes de sang, et tout fut terminé par-là. Ce ver, dès qu'il fut hors de l'oreille, se mut pendant quelque temps avec une célérité étonnante. Il était blanc , avec une petite raie noire le long du dos; sa longueur était d'environ six lignes, et sa grosseur égalait à-peuprès celle d’une paille de froment. En un mot, je ne pourrais mieux le comparer, quoique plus gros
cependant, qu'aux vers que l'on trouve dans le fromage. Voulant éprouver si les’ remèdes qui causent la mort aux autres vers du corps humain, feraient à celui-ci le même effet, je le mis dans l’huile d'amandes douces; en deux ou trois minutes, il fut sans mouvement et sans vie. Je l'en retirai, et il passa bientôt à l’état de putréfaction. La petite fille, après la sortie de ce ver, continua d’avoir le dévoiement pendant quelques jours, et rendit des strongles mélés avec beaucoup de matières blanchâtres et glaireuses. Pour n'être point induit en erreur, je m'informai exactement du père et de la mère si cette petite ne couchait point dans un lieu où il y eût des insectes qui eussent pu sintroduire dans l'oreille ; non content de leur réponse, je l'examinai moimême , et ne trouvai rien qui püt me le faire soupconner. La chambre était située au midi, et le lit de l'enfant, voisin de celui du père, était dans un lieu propre, sec, et parfaitement sain (1). »
XXX VIT" opsERvaTION. — (Une petite fille, âgée de trois semaines , fit connaître par ses cris et par le mouvement de ses bras qu'elle éprouvait une vive douleur vers le côté droit de la tête. Au bout de huit jours à-peu-près on apercut un léger écoulement par le méat auditif du même côté; et à compter de
(1) Daquin; ancien Journal de médecine, décembre
ce moment les douleurs parurent calmées. Quinze jours après l'écoulement, les accidents revinrent, et se termunèrent par un semblable flux de loreille gauche. Au milieu de la matière qui sortait on découvrit des vers semblables à ceux qui se forment dans la viande. Ayant été mandé, je irouvai dans le conduit auditif externe un de ces vers qui, s'étant reuré plus loin, n'échappa, On me l'apporta le lendemain , et l'on me dit qu'il en était déjà sorü au moins irente- deux autres entièrement semblables. Je conseillai des famigations avec le semen contra, et des injections avec le vin üède. Il n’en reparut plus; l'écoulement cessa, et l'enfant s'est bien porté depuis (1). »
XX X VIII opsERvATION.—« Le 10 juillet 1786 un enfant d'environ T1 ans étant couché sur le fumier d'une basse-cour , une grosse mouche se reposa sur son oreille gauche, d’où suiniait depuis quelque temps une humeur puriforme, et y fit une piqüre. Dès le lendemam cet enfant sentit du mouvement dans son oreille, et ses parents virent qu'il y avait des vers. Les douleurs aiguës, et la fièvre même quil éprouvait, les déterminèrent à m’appeler le surlendemain. Je uürai avec mes pinces à anneaux, du conduit auditif, cinq vers longs d’un demi-pouce, gros comme le tuyau d’une médiocre
plume à écrire, et six plus petits.
(1) Maget ; ancien Journal de médecine, mars 1786.
VERS ET INSECTES DANS L'OREILLE. 919 » Malgré l’insullation de la teinture de myrrhe et d’aloès que je fis et fis faire dans l'oreille du jeune malade, pour empêcher la reproduction de ces insectes, ou pour les faire périr sils se reproduisaient, jen tirai encore le lendemain de cette même oreille cinq autres, gros à-peu-près comme ceux de la veille; mais à ma troisième visite je n'en trouvai plus, soit qu'il n’y en eût plus, soit que le remède insulle en eût empêché le développement. Je fis faire pendant quelque temps des injections détersives dans l'oreille de cet enfant; elles tarirent la suppuration purulente dans laquelle ces insectes avaient baigné, ce qui m'avait fait craindre que la membrane du tympan ne tombât en suppuraüon ; mais heureusement il Continua d'entendre aussi-bien de ce côté que de l'autre (1).» L AXXIK"" OBSERVATION. — « Rose... , du village de Puimichel, département des Basses-Alpes, ressentait, depuis environ trois ans, une céphalalgie habituelle qui occupait sur-tout la partie gauche de la tête, er s'étendait du front vers les tempes jusqu’à la nuque ; quelquelois les muscles du cou, de ce côté, étaient pris d'une tension spasmodique douloureuse, qui occasionait la constriction simultanée de la partie supérieure de l’œsophage et de la trachée-arière, et rendait la déglutition ‘et la respiration pénibles.
(1) Filleau; ancien Journal de médecine, septembre
Depuis quelques mois la malade éprouvait un trémoussement convulsif et douloureux dans toute la partie gauche du tronc depuis le cou jusqu'à lhypocondre, ainsi que dans le bras du même côté.
» Cette femme négligeait ces maux qu'elle auribuait à un état vaporeux, dont elle croyait trouver la cause dans la cessation de ses menstrues et dans son tempérament nerveux et très-mobile. Ce fut par hasard que je la rencontrai auprès de son fils, ma- Jade aux Mées,dans le courant du mois demars 1806. Je lui conseillai l'application des sangsues sur le trajet des jugulaires, l'usage des bains locaux et généraux , et celui de quelques tempérants et nervins internes. Ces moyens, dont quelques-uns paraissaient calmer instantanément le mal, n’en emptchèrent pas les progrès. Une inflammation des plus violentes à l'oreille se déclara par des douleurs atroces. Le cou, l’épine et l’extrémité supérieure gauche furent agités de mouvements convulsifs. La bouche devint sèche et ardente, des pulsations lancinantes se firent sentir dans l'oreille interne, et firent croire à la formation d’un abcès. à
» Divers émollients furent employés de toutes les manières ; la malade, pour tempérer la sécheresse brülante de la bouche et du fond du palais, se servit avec avantage de l'oxicrat en gargarisme, qu’elle remplaça dans la suite et avec plus de soulagement par le vinaigre pur; souvent même la bouche rem-
plie de ce vinaigre, les voies nasales fermées avec les doigts , la malade faisait une expiration forcée pour: faire pénétrer, disait-elle ; ce liquide }usqu’au cerveau afin de le rafraichir.
» Ce fut dans un de ces efforts, et pendant des douleurs très-vives, que la malade éprouva, le 24 avril, un sentiment de déchirement dans l’intérieur de l’oreille ; et que, présentant le doigt au méat auditif, elle sentit un . étranger qui remuait. Elle retira le doigt, et aussitôt un ver très-gros sortit avec force de l'oreille , et alla tomber à quelque distance du lit. L'apparition de cet animal effraya non-seulement la malade, mais aussi la plupart des nombreux spectateurs que ses souffrances et ses cris avaient attirés auprès d'elle, et dont plusieurs s'enfuirent. Ce ver serpentait avec assez de vivacité sur le sol, et vécut deux jours. L’ouïe , qui n'avait nullement souffert jusqu'à ce moment, fut dès-lors notablement altérée du côté gauche. La malade fut presque tout-àfait calme le reste du mois. Les douleurs reparurent dans les premiers jours de mai; le 4 elles étaient poriées à une violence extrême. J’examinai l'oreille primitivement affectée , de concert avec M. Sarmet, chirurgien du lieu. Nous découvrimes assez facilement un nouveau Corps étranger qui Commençait à être engagé dans le conduit auditifexterne ; les mouvements que ce corps imprimait à la sonde avec laquelle nous l'explorions, ne nous permirent pas
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de douter que ce ne fût un autre ver qui se présentait, et dont nous tâchämes de hâter la sortie à l’aide d’une pince à dissecuon. En effet, nous parvinmes à extraire avec peine un second ver intact et pareil au premier; il vécut dix jours.
» Tous les symptômes maladifs, toutes les souffrances disparurent aussitôt. La malade éprouva , seulement encore pendant quelques jours, un sen-
ment plutôt pénible que douloureux, dans l’inté-
rieur de l'oreille, et une faiblesse notable dans la fonction de l'œil gauche. L'un et l’autre cédèrent facilement à quelques injections ét à quelques appli- : cations nervines et détersives. Une partie de chaque injection pénétrait dans l'intérieur de la bouche. La surdité devint complète du côté gauche, et nous la regardâmes comme incurable. Cependant jai eu occasion de revoir cette femme ; elle m’assura que la santé parfaite dont elle jouissait n'avait pas même été altérée par un seul instant de souffrance, et qu’elle commençait à distinguer de loreille gauche quelques sons, dont la PTE Jui devenait chaque jour plus facile. |
» Les deux vers se ressemblaïient parfaitement. Leur longueur était de vingt-cinq lignes (cinq cen-timètres ), et le plus grand diamètre de leur corps de six lignes et demie (sept millimètres) ; leur cou-
eur extérieure était uniforme et d’un jaune luisant J
analog gue à la couleur du cérumen. Leur tête légè-
rement aplatie était recouverte d’une enveloppe qui avait la dureté de la corne. Cette enveloppe avait à sa partie antérieure une ouverture transversalement oblongue, au milieu de laquelle se trouvait la bouche de l'animal. Auprès de la bouche s’élevaient deux. serres, une de chaque côté, de couleur brune foncée, et assez semblable à celles de la courullière. - Leur corps était partagé en dix anneaux, dont les trois plus voisins de la tête étaient les plus étroits, Le sixième était le plus renflé, les autres diminuaient progressivement Jusqu'au dernier , qui était plus aplati et plus large que tous les autres. La partie qui formait la queue était également aplate, et se terminait en pointe. Chaque anneau était marqué, de chaque côté, sur sa partie latérale inférieure, d’un point rouge. Cette empreinte manquait au dernier anneau, ainsi qu’à la partie qui formait la queue ; elle y était remplacée par un petit repli membraneux transver= sal. Six pates en forme de mamelons, et de couleur eramoisie , étaient placées, trois de chaque côté, sur la face inférieure et un peu externe des trois pre miers anneaux (1). »
(x) Bouteille fils , ancien Journatde médecine, vol. 15.
DEUXIÈME SECTION