‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'audition (volume 4)Chapitre 37 sur 47 · MALADIES DE L'OREILLE INTERNE · texte numérisé non relu

MALADIES DE L'OREILLE INTERNE

des lésions de l'oreille, celles qui affectent profondément cet organe; réservant les observations et le traitement pour l’article des différentes cophoses qui signalent ces mêmes affections.

Sans faire mention de celles qui sont communes à la membrane du tympan, et à la tunique qui tapisse le conduit auditif et la caisse du tympan , telles qu'une inflammation aiguë ou chronique, un catarrhe ou une suppuration de ces parues, dont nous avons déjà parlé, et qui, par cette raison, ne présentent aucune considération particulière, il en est qui sont propres à cetie membrane, et qui, pour la plupart ; sont des suites de la durée ou de l'intensité de l’otite et de l’otorrhée, soit internes, soit externes : tels

sont sa rupture , Son érosion et son épaississement. ; P

La rupture de la membrane du tympan est une suite inévitable de l'otite interne, toutes les fois que les produits de cette inflammation s'évacuent audehors par le conduit auditif. Ainsi toutes les ohservations que j'ai données plus haut sur cette inflimmation de la caisse, en tant qu’elle affecte ce

mode de terminaison, peuvent être regardées comme autant d'histoires de rupture de la membrane du tympan. Îl est digne de remarque que c’est presque toujours vers les bords, et rarement au centre de cette membrane, que s'opère la rupture; c’est au point quelquelois qu'il ne parait y avoir qu'un simple décollement d’un des bords. Il résulte de là un bien moindre dérangement dans les fonctions de la membrane, que dans le cas où cette solution de continuité s'opère vers le centre, près du point où s’insère le manche du marteau. Ce qui

est bien remarquable encore , c’est la facilité avec laquelle la nature ferme en peu de jours cette ou- verture,

Rien de plus ordinaire en eflet que de voir, dans les cas d’otite interne violente, une grande quantité de matière puriforme s'échapper de la caisse, à travers la membrane du tympan, cet écoulement tarir, et l'ouverture qui lui a donné passage se fermer en peu de jours, au point de n’en laisser apercevoir aucune trace à l'œil. Îl n'en est pas de même si, par la durée ou peut - être même par la nature de Fécoulement, la suppuration s'empare de la mernbrane , la corrode ;, la détruit en grande parue, et entraîne la chute des.osselets. Dès-lors l'ouverture, ou plutôt la destruction de la membrane , reste absolument irréparable. Mais ici, comme pour les résuliats les plus constants de l'observation en mé-

decine pratique, il faut encore admettre des exceptions. On n'imaginerait jamais que cette membrane puisse se réparer non-seulement quand elle est à moité corrodée, mais encore lorsqu'elle a été totalement détruite. C'est pourtant ce que Valsalva nous assure avoir vu dans l'oreille d’une femme devenue sourde à la suite d’un long écoulement: Derrière la membrane du tympan, qui avait été rongée par la suppuration, s'élevait obliquement une autre membrane qui laissait au dehors le marteau et l'enclume, et couvroit la base de l’étrier. Toutefois il n'en faut pas moins, malgré ce fait, regarder comme irréparable la brèche que font à la membrane les écoulements chroniques de la caisse.

Il n’en est pas de même des déchirures accidentelles faites à cette cloison par l’action des corps extérieurs inconsidérément enfoncés dans le conduit auditif, des contre-coups supportés par les os du crâne dans les cas de chute sur la tête , ou de coups portés sur cette même partie. Quels que soient, dans ces diverses circonstances , létendue et le siége de la solution de continuité, à moins que les osselets n'aient été lésés où désarticulés , et que la tunique qui tapisse la caisse ne se trouve vivement offlensée, ce qui produit toujours une otite violente, et complique la plaie faite à la membrane tympanique; hors ces cas, dis-je, la plaie se cicatrise avec une facilité et une promptitude qu’on n'oserait

espérer d'une partie si tenue et si dépourvue de tissu cellulaire, Valsalva a constaté par des expériences, cette force réparatrice de la membrane. Il a ouvert celle de plusieurs chiens ; il l'a dilacérée, en enfonçant dans le conduit un gros stylet; il a éntendu la crépitation de la tunique déchirée par l'instrument ; 1l a une fois dilaté la rupture autant que possible, en remuant en tout sens l’extrémiié du poincon; et lorsqu’au bout de quelque temps il a tué ces animaux, et fait l'examen de leurs oreilles , il a trouvé que les ravages produit par l'instrument sur la membrane étaient si bien réparés, qu'il n’en restait pas de vestige, et que la cicatrice même était inapercevable. J'ai répété les mêmes expériences sur des animaux de la même espèce, sans obtenir constamment le même résultat. Lorsque je perlorais simplement la membrane, soit avec un poincon mousse, soit avec un instrument tranchant, l’ouverture se refermait complétement au bout de quinze à vingt jours. Mais si, ne me contentant pas d’ouvrir la membrane, je la déchirais dans tous les sens avec l'extrémité d’un stylet mousse, il survenoïit dèslors un léger écoulement, et la membrane ne se réparait point. |

J'ai fait la même observation sur les personnes à qui j'ai pratiqué cette opération pour cause de surdité. Dans les commencements , je me servais d’un

petit trocar aigu et tranchant; l'ouverture qui en

RUPTURE DE LA MEMBRANE DU TYMPAN. 399 résuliait était guérie en peu de jours. Lorsque, par suite, jeus fait usage d’un poincon d’écaille à exwrémité mousse, elle ne se referma plus, et l'air

continua de passer par le conduit auditif aussi liment qu'après l’opération.

. Des insectes, en s’iniroduisant dans le conduit auditif, peuvent perforer la membrane, ainsi que je lai déja dit, et que je le prouverai par plusieurs observations. On a encore donné comme cause de }a rupture de cette même parte, le refoulement de Pair pulmonaire dans la caisse par les trompes d'Eustachi, soit dans l’éternument, soit dans les cas où la respiration se trouve considérablement gènée par quelque gonflement inflammatoire de l'arrière-bouche. Je crois très-rare cette dernière espèce de rupture, d'après ce que j'ai observé moi-même dans les angines pharyngiennes. J'ai toujours vu, quelque légères qu'elles fussent , la trompe d’'Eustachi se trouver momentanément fermée , soit qu'elle parus cipât à linflammation, soit qu'elle se trouvât seulement engouée de mucosités attirées dans cette partie par l'état morbifique.

Je concois encore moins cette rupture dans les paroxismes de l’asthme; et quoique Tulpius parle de deux cas où cette contre-ouverture a prévenu la suffocation de deux asthmatiques , le peu de détail qu'il en donne, et l'impossibilité de concevoir ce mode de rupture, ainsi que les avantages qu’il lui

aür ibue, me font croire que ces observations sont . controuvées.

Mais il n'est pas rare de voir cet accident arriver daus les violents ébranlements communiqués à air atmosphérique par quelque explosion Où. détose tion violente , telles que le produit un coup de tonuerre, où la décharge d'une grosse pièce d’ artillerie. Ceux qui ont pratiqué la chirurgie dans les armées, ont vu plus d’une fois des canonniers offrir une preuve de cette rupture ,en faisant sortir de la famée de tabac par le conduit auditif.

L'érosion de la membrane est un mode partculier de destruction qui s'opère sans écoulement, sans suppuration, et souvent même sans douleur. En examinant l'oreille de personnes devenues sourdes, ou qui se plaignaient de bourdonnements, j'ai souvent rencontré cetie cloison perforée ou détruite, sans que cette lésion se füt manifestée par d’autres signes que par l’affaiblissement de l’ouïe, ou par la sortie de l'air à travers le conduit auditif dans l’action de se moucher. D’après cela, je suis fort tenté de croire que cette érosion est une maladie primitive de la membrane, et que, lorsqu'elle coïncide avec l'engouement cérumineux du conduit, elle peut bien ne pas en être le résultat. Cependant M. Ribes, qui a le premier fait connaitre cette espèce d'usure (1), n'hésite pas à la regarder comme un

(1) Journal général de médecine, tome 31.

effet de la présence du bouchon cérumineux, qui, selon cet anatomiste , exfolie lames par lames cette cloison membraneuse. Il fonde son opinion sur des ouvertures cadavériques, qui lui ont fait voir cette usure dans ses différents degrés , depuis les plus petites ouvertures jusqu à l'érosion presque complète, et toujours disposée obliquement à l'extérieur, du centre à la circonférence. de n'ai eu qu'une fois l’occasion d'examiner dans le cadavre cette lésion de la membrane, compliquée de l'engouement cérumineux du conduit. Le bouchon formé par cette matière, pénétrait dans la caisse à travers l'ouverture de la membrane tympanique, et enveloppait les osselets, à l'excepuon du’ martéau qui manquait totalement; mais il me fut impossible de disünguer dans le trou de la membrane la disposition dont parle M. Ribes.

Ces perforations accidentelles de la membrane du tympan, firent naître , au commencement du siècle. dernier, l'opinion déjà citée de Rivinus , qui assurait avoir découvert une ouverture naturelle à cette cloison. Il faut croire que ce n'était autre chose qu'une de ces ouvertures étroites qui se forment insensiblement de la manière que je l'ai an- noncé plus haut, ou une cicatrice incomplète de quelque déchirure ancienne. Tel fut précisément le cas rapporté à l'appui de cette prétendue découverte , par Antoine Leprotti, dans les Mé-

inoires de l'Académie des sciences de Bologne, L'auteur de cette observation, disséquant l'oreille d’un enfant de dix ans, quis’était noyé , trouva à lamembrane un très-petit trou, recouvert extérieurement d'une espèce de soupape, et qui put recevoir une soie de cochon. Sa circonférence avait l'apparence d'une sorte d'anneau qui semblait formé par une membrane repliée sur elle-même. Mais je dois ajouter, di Leproiuü, que ce garcon, à ce que nous apprimes ensuile, avait été sujet dans son enfance à des écoulements de sérosité par les oreilles , sans que cependant l’ouïe en eut été afjaiblie. La membrane de lautre oreille ne put être examinée, ayant été déchirée par les manœuvres employées pour la mettre en évidence.

Îlest possible que l'ouverture de la membrane du tympan soit une lésion parfois congénitale. Nous avons parminos sourds-muets de naissance, un enfant qui a cetie membrane percéé d’un côté et complétement détruite de l’autre, sans que, de l'aveu de ses parenis, 1l ait éprouvé, depuis sa naissance , aucun écoulement par le conduit auditif. On me présenta, il y a quelques années, un enfant qui avait à peine huit mois; la mère m'assura qu'il avait rendu du lait par les oreilles en vomissant, ajoutant quelle le croyait tout-à-fait sourd, d'après l'insensibihié qu'il témoignait dans-le choc des corps les plus bruyans. J'examinai au soleil les oreilles de cet en-

{ant ; je les trouvai l’une et lauire dépourvues de la membrane du tympan. La caisse, vide de ses osselets, se confondait avec le conduit auditif.

Après avoir indiqué les différentes causes qui peuvent produire l'ouverture de cette membrane, il nous reste à examiner quels en sont les résultats par rapport à laudition. L'opinion généralement admise parmi les anatomistes, est que cet accident doit amener insensiblement la surdité, lorsqu'il n'en est pas immédiatement suivi. Willis, qui le premier voulut s’en assurer par des expériences, perfora la membrane de une et l'autre oreille d’un chien, et observa que cette opération n'avait point interrompu laudition pendant les trois premiers mois, mais qu'au bout de ce temps, cétte fonction s'était entièrement perdue. Silvius de le Boé affirme positivement que cet accident est suivi d’une surdité incurable. C’est encore l’opinion de Haller, de Duverney et de Leschevin. Un médecin russe, qui a traité des maladies de cette membrane dans une dissertation inaugurale, pense pareïllement que cette partie une fois déchirée et détruite, louïe finit par se perdre. Îl y a cependant trop d'exemples du contraire pour regarder ce résultat comme général. Sans parler des faits qu'on pourrait puiser dans les anciens auteurs , tels que Bonet, Rivière, Riolan , Fabrice de Hilden, on wouve dans les fastes plus récents de l’art, beaucoup d'exemples de perforation

364 DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE xl.

ou de destruction de la membrane sans lésion notable des foncuons de l'organe auditif.

Trois observations consignées dans le Journal de Médecine pour l’année 1769 ,etrapporiées à la fin de ce chapitre, prouvent évidemment que la surdité n'est pas, au moins immédiatement, la suite de cet accident. On lit dans la Splanchnologie de Gavard, “un fait analogue, communiqué par Desault. Ce célèbre praticien avait vu un jeune homme chez qui la membrane avait été ouverte par un grain de fer rouge qui lui était tombé dans l'oreille. Cet accident fut suivi d'une difhculté d'entendre qui diminua peu-à-peu et cessa tout-à-fait au bout de trois mois. Cependant l'ouverture de la membrane ne s’est point refermée, et ce jeune homme a conservé la faculté de chasser, par le conduit au-

ditif, l'air contenu dans l’arrière-bouche.

Le docteur Cooper, dans ses deux Mémoires lus à la Société royale de Londres en 1801, sur les effets résultanis de la destrucüon de la membrane du tympan, et sur l'opération de la perforation, comme moyen curatif d'une espèce particulière de surdité, a rapporté nombre d’observations dont le résultat est à-peu-près le même.

Que conclure de ces opinions et de ces faits diamétralement opposés, sinon que les suites des maladies de la membrane du tympan sont incertaines et variables , que tantôt la plus légère de ses

lésions est suivie de surdité, tandis qu'en d'autres circonstances, le sens de louïe survit à la destruction complète de cette partie de l'organe, et cela, sans qu'on puisse positivement assigner la cause de cette différence ? On peut cependant admettre, comme règle générale, malgré les nombreuses exceptions qu'offrent mes observations sur l’otorrhée, et celles qui accompagnent ce chapitre, que lorsque cette membrane est en grande partie déchirée ou détruite, et que ses ravages se sont étendus jusqu'aux -osselets et à la tunique de la caisse, une surdité plus ou moins complète en est ordinairement la suite ; ce qui est beaucoup moins à craindre lorsque la membrane du tympan a été simplement perforée. :

La lésion de la faculté auditive n’est pas le seul résultat ficheux que produit, dans quelques circonstances, la perforation de la membrane du tympan. Une foule d'accidents nerveux, tels que des vertiges opiniâtres, la céphalée, des élancements, des espèces de commotions électriques dans l’intérieur du cerveau, peuvent en être la suite, et persister long-temps , aiusi qu'on le verra dans une des observations suivantes. |

Il semble que dès qu’une fois lamembrane est perforée, il ne reste au médecin qu’à observer les suites de cette lésion , et qu'il ne lui est permis d’y porter aucun remède. Mais ce que j'ai recueilli sur les phé-

nomènes qui accompagnent l'opération de la pertoration, la disposition de la membrane à se cicatriser, et les moyens de prévenir les accidents attachés à cette ouverture, me met dans le cas de donner ici quelques conseils dont j'ai été à portée de reconnaître l'efficacité. Si ceue cloison a été ouverte par un instrument piquant ou tranchant, elle peut aisément se cicairiser ; la même chose peut avoir lieu lors même qu'elle à été décollée par la pression de quelque corps mousse , ainsi que je m'en suis assurépar mes expériences sur des animaux. On aura d'autant plus d'espoir d'obtenir cette cicatrisation , que la division aura été peu considérable, et plus éloignée du point où s'insère le manche du marteau, qu'elle aura été accompagnée de peu de douleur , et d'aucun écoulement purilorme. Quand cet écoulement survient , il ne faut plus compter sur l'obliiération; la membrane restera à jamais ouverte, à moins qu à la suite de l’otorrhée , il ne se forme une membrane contre nature, Ce quon a vu arriver quelquefois, ainsi que je Pai dit. Il résulte de R, que lorsque l'ouverture est récente, on peut aider la nature, ou du moins prévenir l'accident qui trouble son travail réparateur. Get accident est Vinflammation. On cherchera à la prévenir par des sangsues derrière l'oreille, des pédiluves, des vaporisations émollientes dans le conduit auditif, et sur-tout par l'attention de tenir le conduit exaç-

tement bouché avec une éponge humide, afin de garantür la caisse du contact de lair extérieur, et la membrane de l'action des ondes sonores. On ne peut pousser ce soin trop loin; et de même que lorsqu'on craint linflammation d’un œil blessé, on se hâte de les soustraire tons deux à l’action de la lu mière , il est de même avantageux, dans le cas qui nous occupe, de préserver les deux oreilles de toute espèce de bruit. Ordinairement louverture se referme en peu de jours. Si cette occlusion ne s'opérait pas au bout de deux ou trois semaines, il ne faudrait pourtant pas la regarder comme impossible, quoiqu'elle s'effectue alors beaucoup plus difhcilement.

J'ant que cette ouverture existe, l'oreille se trouve exposée à divers accidents, tels que l’otalgie, Pinflimmation de la caisse, la disjonction des osseleis, l'introduction des insectes qui se logent dans le conduit ; enfin l’affaiblissement progressif de laudition, par l'action de l'air extérieur sur les parties profondes de l'organe. On obviera facilement à une parue ‘de ces inconvénients, en recommandant à ceux qui ont le tympan ainsi perforé, de se tenir continuellement l'oreille bouchée avec un tampon de coton, et de se garder particulièrement de tout traitement consistant en injections , instillations et vaporisations faites dans le conduit. Tous ces moyens ne sont propres qu'à enflammer la membrane qui

368 DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE XI tapisse la caisse, et à détruire sans retour les fonc tions de l'organe. |

XL OBSERVATION. — « J. Mares, âgé de douze ans, entra le 26 août 1769 à l'hôpital, pour se faire traiter d’une douleur d’oreillé des plus aiguës, accompagnée de la sortie de quelques vers ressem= blants à l'espèce qu'on nomme grillons. Dans les informations que je pris, pour savoir la cause de la maladie, il me dit qu'il y avait environ deux mois qu'il s'était laissé surprendre par le sommeil , dans une jachère , et que, lorsqu'il fut éveillé, il senüt dans loreille gauche une douleur assez in-

commode, qui augmenta jusqu'à lui causer une

fièvre ardente, accompagnée d’insomnie. On le

saigna plusieurs fois , tant du bras que du pied, mais il ne fut bien soulagé que lorsqu'il cracha un pus sanguinolent, venant, selon ses expressions, de l'arrière - bouche, et qu'il rendit par loreille quelques vers; sa mère et d’autres femmes lui en tirèrent plusieurs, lui firent différents remèdes, qui furent sans succès; ce qui les détermina à soumettre le malade à mes soins. Je lui tirai, et fis ürer en ma présence, plusieurs de ces insectes; et, jugeant qu'il pouvait y en avoir dans la caisse, je fis des injections avec Phuile de térébenthine, qui, au premier coup de piston de seringue , passa dans lœsophage, et même dans le larynx. Craignant d’enflammer ces parties par l'ir-

RUPTURE DE LA MEMBRANE DU TYMPAN. 509 ritation , je supprimai cette injection, ét je lui en substituai une autre faite avec la racine de fougère mâle et les feuilles de scordium , qui passa aussi quelquelois dans le larynx, mais sans y causer aus tant de douleur que la première. Les dernières mjections furent continuées durant l’espace de quinze jours, et le malade sortit CFP EUR guéri le 24 septembre suivant.» AT DRE. ”

XLI®SOBSERVATION. — (Un Lio âgé de6o ans,

fit, le 22 mars 1760, sur le dos et derrière la tête,

une chute qui lui produisit, dès le moment de l’accident ;,un écoulement de sang par le nez et les oreilles, : et peu de temps après le délire. Le chirurgien qui fut appelé lui donna les secours mdiqués en pareil cas, et le malade guérit parfaitement de ces divers accidents. Le. 1°quin il lui survint à l'oreille droite une vive douleur... qui fut peu de temps après accompagnée d’une abendante suppuration. Je lui fis le 18 de ce mois, une injection vulnéraire qui passa avec la plus grande facilité dans l'arrière - bouche. Cette injection fut continuée jusqu’au 8 juillet, que Le malade n’en voulut plus, parce qu'il lui attribua une légère ophihalmie dont il fut attaqué, et à laquelle il n’avait jamais été sujet. »

XLIL"* OBSERVATION. — « I y à PRES 13 décembre 1768, dans mon hôpital, une servante chez qui, à la suite d’une prodigieuse suppuration par l'oreille , il s'est formé un dépôt à l'apophyse

mastoïde. La liqueur qu'on injecte par louverture de labcès, sort par le nez, ou tombe dans l’œsophage, ainsi que celle qu'on pousse par la conque, et dont une partie sort encore par la fistule niastoïdienne.

» Les malades qui font le sujet des deux premières observations entendaient aussi distinctement qu'avant leur accident, et la dille qui fait le sujet de la troisième commence à recouvrer la finesse de l’ouie, qu’elle avait perdue au commencement de sa maladie (4 ).»

XLAL OBSERVATION. — « M. Radford donna ses soins, en 1779, à une dame qui avait une portion du palais et des amygdales, détruite par un ulcère , lequel avait sur-tout porté ses ravages dans les trompes d'Eustachi. Chaque fois que cette dame avalait un liquide, ‘une partie s’en écoulait par les oreilles. Néanmoins, quoique cet ulcère eût étendu ses effets jusqu’à la membrane du tympan, louiïe ne s'en trouvait aucunement diminuée m affai-' blie (2). »

XLIV®® OBSERVATION.— « En 1774, une dame, âgée d'environ {6 ans, d’un bon tempérament, et qui y'avait été jamais sujète aux maux de nerfs, sentant

PE

(1) Cette observation et les deux précédentes sont de M. Martin. Voyez Journat.de médecine, août 1560. (2) Gooper.

RUPTURE DE LA MEMBRANE DUTYUPAN. 371 quelque démangeaisôn dans l'oreille , se servit d’une aiguille à iricoter pour se gratter. Dans le même instant quelqu'un étant entré dans la chambre, elle tourna la tête tout-à-coup , et s'enfonca brusquement et fortement l'aiguille dans le conduit de l'oreille. À linstant elle sentit une douleur horrible et un trouble inexprimable ; il lui parut que la chambre, elle-même, et tout ce qui lenvironnait tournait sens dessus dessous; l'aiguille, comme repoussée avec force, alla tomber à quelques pas, mais il parait que la violence seule de la douleur la Lui fit retirer avec la main. Cet état de vertige fut accompagné de spasme, et de contractions telles ; que tout son corps était courbé, sa tête rapprochée des genoux, et ses jambes fléchies au point de ne pouvoir poser le pied par terre; les traits de son visage retirés et contractés exprimaient la plus grande angoisse. Elle éprouvait en même temps des nausées et des vomissements très - violents et très - douloureux. On employa pendant quatre jours toutes sortes de remèdes antispasmodiques , sans le moindre succès , et l'on commençait à craindre beaucoup pour les jours de la malade, lorsqu'une de ses amies vint le soir du quatrième jour disant qu'elle avait une liqueur qui la guérirait sûrement : elle fui en injecta dans l'oreille blessée avec une seringue; Ce qui la soulagea promptement, et fit d’abord cesser les vomissements; ensuite les

vertiges et les spasmes se calmèrent peu-à-peu en continuant les injecuons de cette liqueur, dont la dame faisait un secret, et qui n'était qu'une solution de plomb. Le gout sucré que la malade sentit peu après qu'on Jui en eut injecté dans l'oreille, découvrit aisément la présence de ce métal. Mais: cette circonstance prouva en même temps que la membrane du tympan était percée, et que la liqueur avait pénétré dans la bouche par la trompe d'Eustachi. |

» Quoique les principaux accidents eussent cessé, la malade resta encore fort long - temps ébranlée, et surtout incapable de supporter un bruit un peu {ort. Au bout de quelque temps, lorsqu'elle put permettre qu'on examinât l'oreille, on vit qu'en effet le tympan était percé, et il parut manifestenent qu'un trou fait à cette membrane, bien loin ‘de causer la surdité, comme quelques personnes auraient cru.,.avait rendu son ouïe trop délicate , et qu’au lieu d'entendre plus mal, elle entendait trop bien. is 1%

» ÎL.se passa plus de deux ans avant que la malade püt supporter un bruit un peu plus fort qu'à lordinaire. Il lui était impossible de rester, sans se trouver mal, dans l'église pendant le chant des psaumes, ou d'entendre une conversation entre des personnes qui élevaient là voix. Cette grande sensibilité diminua par degrés; le lait d’ânesse fut

RUPTURE DE LA MEMBRANE DU TYMPAN. 373 le remède qui contribua le plus à son rétablissement. Elle avait toujours som de tenir du coton dans ses oreilles ; celui qu’elle plaçait dans Poreille malade en sortait souvent comme de lui-même, soit en se mouchant, soit en mangeant; ce qui lui arrive encore quelquefois, quoique beaucoup plus rarement , mais jamais du côté de l'oreille saine (1). »

XLV®® OBSERVATION. — Léon Navier, âgé de 10 ans, s'amusait dans une prairie avec ses camarades à se laisser rouler du haut d’une meule. Dans une de ses chutes la tête s'étant enfoncée profondément dans le foin , une tige de quelque plante menue et

desséchée pénétra dans le conduit auditif, et y fit une piqûre qui produisit une vive douleur et l'écoulement de quelques gouttes de sang. Une servante ayant conseillé à cet enfant de se moucher fortement pour faire sorür, disait-elle, tout ce qui pouvait être dans l’oreille; on vit s'en échapper avec bruit une écume sanguinolente , ce qui fut répété deux ou trois fois dans la soirée. Le lendemain l'enfant me fut amené. IL avait de la fièvre et du mal de tête, et se plagnait de la douleur qu'il ressentait dans Poreille quand il buvait ou parlait. J'examinai le conduit, où je ne pus rien découvrir à cause du sang caillé qui en couvrait les parois et le fond, et que Je ne jugeai pas à propos d'enlever. Je recom-

Li ES CRUE TT Li SC FT LR - de

(1) Vieusseux; Bibliothèque britannique, vol. 92.

mandai de soustraire l'enfant à toutes sortes de bruits, de veiller à ce qu'ilne se mouchât pont, et de lui tenir l'oreille malade bouchée avec une petite éponge humide et cachée sous un bandeau. Huit jours après jinsuüllai dans loreille un peu d’eau üède seulement, pour la nettoyer, et je pus facilement examiner la membrane. Elle était rouge et gonflée , mais beaucoup plus dans une partie de sa circonférence qu'à son centre. Î me fut impossible d’y dis- ‘tinguer aucune solution de continuité, sans doute parce que cette membrane avait été seulement détachée dans cette partie de sa circonférence , qui était, comme je l'ai dit, plus particulièrement injeciée et tuméfiée. Une quinzaine de jours après cette seconde inspection , j'examinai de nouveau la mem- . brane; elle était traversée de plusieurs stries blanchâtres, opaques, qui lui avaient ôté une parte de sa transparence, sans toutefois que l’ouïe en éprouyât la moindre diminution. NE XLVI® OBSERVATION. — Un commis de la poste aux lettres, qui était tourmente par des darires, et qui éprouvait des démangeaisons intolérables dans Îles oreilles, voulant détacher de celle du cété gauche une croûte dartireuse qu'il supposait adhérer au fond du conduit auditif, s'y prit avec si peu de ménagement qu'il se creva la membrane du tympan avec l’extrémité pointue d’un cure-oreille. Un petit craquement qu'il sentit au même instant, et qu'il compara au

RUPTURE DE LA MEMBRANE DU TYMPAN. 379 bruit que produirait la piqüre d’un morceau de parchemin, mit cette lésion hors de doute. Un chirurgien qu'il consulta dès le soir même, lui en. fournit une nouvelle preuve en lui disant de se moucher fortement , et lui faisant observer que l'air sortait par Poreille blessée. Je ne vis le jeune homme que le troisième jour après son accident. J’aperçus distinctement la déchirure de la membrane où plutôt son décollement; elle était détachée du conduit dans le tiers inférieur de sa circonférence. Cependant louie n'était point affublie, quoiqu’elle für légèrement troublée per un bourdonnement continue semblable au bruit d’une cascade lointaine. de prescrivis les mêmes moyens: que j'avais indiqués pour Navier, mais ils n’eurent pas le même succès, soit parce que louverture était plus grande, soit parce que ce commis, obligé de vaquer aux fonctions de sa place, ne put pas sentourer d’un silence absolu. | |

XLVIE®® oBSERVATION.—Je dinais dans un pensionnat de jeunes demoiselles, quand on myamena une pensionnaire qui en plaisantant avec une de ses compagnes s'était introduit une aiguille de moyenne grosseur dans le conduit auditif. Le chatouillement qu y avait produit ce corps étranger avait sollicité de la part de cette demoiselle de brusques tentatives pour en faire l'extraction, ce qui n'avait fait qu'enfoncer plus avant l'aiguille dans Le conduit. Geue

jeune personne ressentait une vive douleur lorsqu'elle me fut amenée. Il faisait un beau soleil ; jy exposai la tête de la patiente, et j'examinai le conduit. Je vis que la pointe de l'aiguille était engagée dans une ouverture qu'elle avait faite à-peuprès au milieu de la membrane du tympan. Cette cloison était vivement colorée; mais il me fut impossible de distinguer si cette rougeur dépendait de lextravasation du sang ou de son passage dans les vaisseaux blancs de cette membrane. Il me fut trèsfacile, au moyen d’une petite pince à toilette qu’on me procura, de saisir l'aiguille et de la retirer. l/extraction faite, j'examinai la petite plaie qui se présentait aux yeux sous laformed’un point ecchymosé. Je remplis loreille d’une petite éponge humide, et recommandai à cette demoiselle de ne point se moucher et d'éviter le bruit. Quatre jours après on ne voyait sur la membrane qu'une petite tache d’un blanc mat. [l ne s’y était opéré aucun autre changement, la dernière fois que j'examinai l'oreille de cette demoiselle, trois mois après l'accident. Du

reste, l'organe n'avait souflert aucune aliération dans ses fonctions.

XLVIIL®® OBSERVATION. — J'ai vu , un jour à Yhôpital militaire du Val-de-Grâce, un malade convalescent qui , entouré de-plusieurs de ses camarades, parlait qu'ilsne devineraient point par où il pourrait en soufflant éteindre une chandelle. Quand toute

l'assemblée eut inutilement épuisé sa pénétration, il prit uné lampe qui était accrochée à un mur, et la mettant vis-à-vis d’une de ses oreilles , il l'éteignit du second coup. Questionné sur l'accident qui avait pu produire cette ouverture de la membrane du tympan, il me répondit que se trouvant de garde dans une ville d'Allemagne, près d’un magasin à poudre qui prit feu tout-à-COup , il avait été jeté par l'explosion à plus de vingt pas de là dans un fossésans eau , dont on le retira sans connaissance pour le st ter à l'hôpital; on ne lui avait vu d'autre mal qu'un grand nombre de contusions à la tête et sur le corps; mais il n'était pas moins resté quinze jours dans le délire, et les deux mois suivants dans une espèce de stupidité qui ne lui avait laissé qu’un faible souvenir du temps qu'il était demeuré dans cet état. Après quoi il s'était aperçu qu'il entendait beaucoup moins d’une oreille, ce dont il ne se füt point avisé sans un bourdonnement continuel qu'il éprouvait dans cetie partie, et qui lui fit croire , lorsqu'il commença de revenir à lui, que lhôpüal, dans lequel il se trouvait , était tout près de quelque rivière considérable. Cependant lorsque peu de temps après le bourdonnement diminua et disparut, louïe se rétablit, au point quelle était redevenue aussi délicate d'un côté que de l’autre. À l’époque où je recueillis cette observation, il y avait cinq ans que cet accident avait eu lieu, sans que depuis l'instant où l'o-

reille avait repris toute lintégrité de ses fonctions, l'ouïe eût éprouvé aucun autre dérangement consécutif.

atatiiaiuunaisanns cadet ds à À Le der ras CHAPITRE XIE .

De l’épaississement de La membrane du tympar.

L'ÉPAISSISSEMENT , qui est le résultat assez ordinaire de l'inflammation propre de la membrane, ou de celle qui lui est commune avec le conduit audit où la caisse, peut aussi tenir à d'autres causes qu'il n'est pas toujours facile de déterminer. J'ai observé une fois cet épaississement chez une femme qui n'avait ressenti aucun symptôme d'otite ni d’otalgie, mais qui était sujète à de fréquentes céphalal- - gies. Les maladies éruptives, et particulièrement la petite-vérole, en remplissant de pustules le conduis auditif, peuvent épaissir la membrane tympanique. La même altération peut tenir à des excroissances chroniques. On lit dans les Éphémérides des Curicux de la nature qu'en ‘disséquant une brebis sourde, on trouva la membrane du tympan d’une de ses oreilles couverte tant en dedans qu'en dehors d'excroissances verruqueuses.

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