HISTOIRE DE L*ANAT0M1E DE L^ÔREILLÊ
recherches sur les nerfs, rëunit sous le nom de cinquième conjugaison le nerf de Touïe et le nerf facial (i).
On a mal compris ce qu'a dit Galien sur la distribution de cette conjugaison nerveuse. Ingrassias a rassemblé péniblement tous les passages des écrits du médecin de Pergame, dans lesquels ce grand homme parle de la structure de l'oreille; la plupart sont très-obscurs; presque tous sont contradictoires. Il me semble que l'on doit s'en tenir à celui dabs lequel il indique la diyisioii de la cinquième conjugaison, lors de son passage dans l'os pierreux, en deux portions, dont l'une se rend dans le méat au-* ditif^ l'autre dans le trou as^eugle. Quoi qu'on ait dit sur ce point, ces derniers mots, littéralement traduits , ne conyiennent qu'à Forifice supérieur de Taqueduc de FaUope ; car Galien ajoute que ce trbû n'est p(Hnt as^eugle, mais oblique exjlexueux; ce qu'il est facile de démontrer , ajoute-t-il , en enle^vcuU peurà^eu la substance osseuse qui entoure le nerf, de manière à le mettt^ à découvert et à laisser voir sa direction vers Voreille (2).
Tout ce que les anciens ont écrit sur la structure
(1) GuUn. denerv. dissec^., pag. ao5.
(a) GaUni omnia quœ exstant opéra; Venise^ 1 676» in~foI. tom. 1. De tin# partium, lib. 9, c. 10 9 f. 174 » ^
/^ PREMIÈRE P<yiTm, .CHAPITRE I.
du corps humain esl très - Yayue , souvent même îninielligiLle. C'est seulement dans les temps mo* dernes que le lanjjage anatomique a pris celle exactitude sévère (jui le rapproche du langage des sciences matlie'matic[ues. Ccpeadant, d'après les citations que je viens de faire , il n'est guère possiljle de se reluser à admettre que G.alien a connu le premier l'aqueduc de Fallope. Le docieur Sprengel s'est donc lroni])e , en faisant dire à Galien que le canal de l'os temporal, qui reçoit le nerf auditif , a une issue (l ) , puisqu'il a seulement prouvé que le trou qui reçoit Vaiiti-e portion de la cinquième conjugaison, est l'orifice d'un canal tortueux dirige vers l'oreille.
Oniraîttroploinsil'onpensaitqueGalienailconnu toutes les anfractuosités de l'oreille interne; à l'aide de la prépaiation grossière qu'il indique, il ne dut voir, dans cette pai-tie de l'organe de l'ouïe, qu'un assemblage confus de cavités irrégulières ; et tel fut ^aiis doute le motif pour lequel il lui donna le nom e labyrinthe.
Pendant plus de I loo ans, l'anatomie ne fit aucun progrès, c'csL-à-dire depuis Galien jusqu'à Mondini de Luzzi , qui a reçu tant d'éloges , moins à cause de ses découvertes, que pour avoir disséqué publiquement des cadavTes humains en l3l5. Ce-
(i) HUtoire de ta médecine, traduction de M. Joiirdan, (Qm. a, pag. m.
HISTOIRE DE l'aNATOMÏE DE l'ORBïLLE. 5
pendant,' loin d'ajouter à ce qu'avait dit Galien , il ne fit qu'indiquer la structure et la forme de l'auSricule etdu méat auditif; le nerf acoustique et toutes les autres parties <ie roreilleiui étaient inconnues (ï). • On cherche en vain dans l'ouvrage d'Alexàhdrc Achillinii (2) ses titres à l'honneur que lui ont fait maints -auteurs , et particuHèrement Massa, en lui attribuànft la découverte du marteau et de l'en* clume (3). S'il les eût connus*, comment les eût-R passés sous silence dans l'énumération détaillée qu'tt firit de tons les os du corps hiunain ? Le premier livre dans lequel il en soit parlé, est celui de J. BA«ngèr de Carpi (4) 5 lï^sds l'ohscuriié la plus profonde cache le nom de cehii c[ui les a découverts et l'époque' à laquelk ils lurent vus pour la première fois. ! ■ * . Pour toutes les parties del'anatomie on ne trouvé
{\\Anathamia Muiulini; Pavlc^ 147B ( 1" éd^ ) . J^ai consulté civile de Bérenger de Carpi de i5.2i, f.. 47^»
(d) jifiaiomiccB annotatianes ; Bologne 9 i52o; petit; jn-4* dè'iê feuillets, le'séul exemplaire qui existe à Paris dans Ik- Bibliothèque royàleJ U n'en existe aucun ù eeHes duPanthéon et de TEcole. ' > . «:
(3) Massœ Epistoiœ; Venise, i558, in-4% tom. 1, p. 55. La première édition de cet ouvrage est de 1 b/^^.
(4) CormvhôfUària cutn amjdissimis additioniiu^ super amUomiam MundirU una cum textiè ejusdem in pristinum et verum nùortm redacto; hologne^ i5ai , in-4% avec fig. i** édition.
avoir ra- ^1
(le descriptions soigni^es , que lorsqu'après pidement parcouru les écrits des successeurs de Mondini, on arrive au célèbre Ve'sale, plus remarquable encore peut-être par la méthode, la précision et la clarté qui distinguent son immortel ouvrage, que par les progrès immenses qu'il fit taire à l'aualomie. La Ibrme du cartilage auriculaire , son adhérence an pourtour du méat auditif, et la conformation des deux osselets auxquels il imposa, le premier, les noms de marteau et à'enclicme, sont très-bien décrites dans son grand traité. Il entrevit le muscle interne du marteau , les difterentes cavités du labyrintbe , auxquelles il donna des noms bizarres oubliés aujourd'hui ; il fit graver le conduit auditif externe, les osselets et l'aqueduc de Fallope , et indiqua la distribution des filets de la cinquième conjugaison ainsi que la corde du tympan , dont il ne connaissait pas la structure (l).
Peu de temps après la publication de l'immortel traité deVésale, Ph. Ingrassias trouva, dans une leçon publique, et sans l'avoir cherclié, ainsi qu'il l'avoue lui-même , le troisième osselet auquel il donna le nom à!étrier (2). L'honneur de cette découverte,
( i) De CorporU humani faiticâ ; Baie , 1 555 ; infol. Ui. 1, c. 56 , p. i8â. (La i" édhion est de 15/(3.)
(a) In Gateni Librum de- essihua daclisaima et expcctatiasiwa commentaria; Palerrne, i6o3 , in-foL 1>. s-vo.
HISTOmE- DE l'aNATOBUB DE L^OREILLE. 7
reyendi({uëe par plusieurs anatomistes , doit rester au professeur de Naples ^ dont la candeur mente toute confiance.
Aucun des anatomistes dont je viens de parler , aucun de ceux dont il me reste à signaler les travaux, n'a fait autant que G. Fallope pour les progrès de Tanatomie de ToreillcCet infatigable anatomiste distingua trois muscles dans l'ainricule, et reconnut que le conduit auditif est plus court chez les enfants; il établit la similitude de forme et de volume des osselets chez le fœtus a terme et le vieillard, donna le premier le nom de tympan à la caisse , indiqua l'obhquité de sa membrane, et les incrustations cartilagineuses des osselets; il décrivit la fenêtre ovale ainsi que la fenêtre ronde, dont néanmoins il ne connut pas la membrane, non plus que celle qui unit l'ëtrier au bord de la fenêtre vestibulaire. Ce qu'il dit sur les canaux demi-circulaires, le trou de la pyramide par lequel passe la corde du tympan, les rampesetlalame spiroïde du limaçon ^ sur le développement du nerf auditif dans la membrane qui revêt les parois du labyrinthe, aurait suffi pour l'illustrer, s'il n'eût d'ailleurs, non pas découvert, comme on Ta prétendu, mais partisiitement décrit le canal qui porte encore son nom , et qui avait été oubUé depuis Gahen. D A vu le premier que le nerf auditif est ime partie distincte de la cinquième conjugaison, et que ses ramifications pénètrent. par de nombreux pertius, dans
3 PREBOÈRE PAR'nS, CHAPITRE I.
le vestibule et le limaçon ( i ). Il ne connaissais pas racpeduc du vestibule , connue l'a prétendis M. Sprengel; cette cavité ne fat découverte que long-temps après sa mon.
Kanatomie de IWeille fit, connue on le voit, de grands progrès au seizième siècle; ou plutôt elle date de cette époque mémorable dans l'histoire de toutes les sciences.
R. Columbus indiqua , en 1 559 9 ^^^ muscles postérieur et antérieur de l'auricule, fit connaître le premier la manière d'ouvrir méthodiquement la caisse et s'attribua la découverte de l'étrier (2) ^ également revendiquée en faveur de B. Eustachi , l'un des plus célèbres contemporains de Fallope.
Eustachi dessina le muscle auriculaire supé< rieur , entrevit le muscle interne du marteau, et non celui de l'étrier comme le prétend M. Sprengel, indiqua le noyau osseux et la. partie membraneuse de la lame spiroïde du limaçon , la division du nerf auditif en trois branches, l'origine et la nature de la corde du tympan et son anastomose avec le nerf maxillaire infériein*. Mais sa découverte la plus importante est celle du ccmduit guttiœal de la caisse ( 3 ); la mauvaise foi seule put chercher à
(1) Oifservationes anatomicœ; Cologne, i56a, in- 18.. La première édition est de i558.
(2) De re anathomicâ^ iii, xv; Venise, i559, in-foL \'5) Deauditus orffanoinopuscuUs anat, Daifiy 17261^
HISTOIBE DE l'aNATOMŒ DE l'OHEILLE. 9
)ui en ravir l'honneur en l'attribuant à Alcmëon« Volcher Coyter reniarqua le premier le conduit . situé à la base de la pyramide, démontra qu'on peut isoler le cercle osseux du tympan par la coction^ décri\it mieux qu'on ne l'avait encore fait le cartilage qui revêt le méat auditif externe, et fit voir que maigre la trompe d'Eustachi la respiration ne saurait avoir lieu par les oreilles à cause de la membrane du tympan (i).
En 1 587 , J. C. Aranzi entrevit l'os lenticulaire et découvrit l'apophyse recourbée du marteau (2). Après avoir contesté l'existence du muscle interne de cet osselet, C. Varoli découvrit en iSgi celui de Pe'lxier (3) , et plaça l'origine du nerf acoustique dans la protubérance annulaire du cerveau (4). A. Piccolhuomini le fit ensuite naître du quatrième ventricule (5), et F. Plater, dans des tableaux synoptiques, pareils à ceux du professeur Chaussier, avança qu'un
p. 129 (la prem. édit. est de i565). — Taéùiœ anat» ^d, Lâncm/ Rome, 1714; in-fol. tab, 24» 4^9 4^*
(1) De auditus iiistrumento ; Nuremb. i^jZj c. 10.
(2) De humano fœtu , iiéer 5" editus eum anato^ micarum oiservationum Uù. ae de tumariéussecun' dum tocis affecliôus liber; Venise^ 1687; c. 17, p. 162.
(3) Anatomia; Francfort, iSgi ; in-8**, ii6. 1, c. 6, p. 38.
(4) De Nervis opticis ; Padoue , 1 675 ; f. 4» »•
(5) Anatomiçœ prœtectioneè ; B,ome ^ 1 58 1 , ia - foK P^ 3oct,
turc du ^1
ndente, H muscle H le avait H
des filets du nerf auditif sort par une ouverture
limaçon (l).
Injuste envers Eustachi, Fabrice d'Aquapcndente, à qui l'on doit la première mention e'criie di externe du marteau , prétendit qu'Arislolf connu la trom]ie guiliu"ale du tympan (2).
J . CASscrius , qui admettait cinq muscles de l'auricule, oLserva le premier le ligament qui fixe la conque au pourtour du méat auditif, prouva que la membrane du tympan n'est ni un prolongement de la dure-mère, ni l'épanouissement du nerf auditif, et que la corde du tympan n'est pas en contact avec celte mendiranc dans toute son étendue; il décrivit très-bien les deux apopbyses du marteau , et le muscle externe de cet osselet.
Le savant auteur de l'Histoire de la me'dccine s'est contredit en attribuant d'abord à Varoli, puis à Casserius, la découverte du muscle de l'étrier : mais qui pourrait s'étonner de trouver quelques erreurs dans nu ouvrage si étendu (3) ?
Poiu- mieux connaître l'oreille interne , Casserius conçut l'heureuse idée de l'étudier dans le foetus; les préparations analomiqucs qu'il indique sont très-méthodiques. Morgagnî lui allribue à jnste titre la dé~
{1) De Corporis fiJimani structura etusu, tibriui, iconilus illuatrati; Bûle, i583, in-lol.
(2) De visu, voce, auditu; Venise, 1600, in-fol. (5) Histoire de la MédecÎQC , t. 4 1 p- 34 «t îi^e,
HISTOIRE DE l'aNATOMIE DE l'OREILLE. II
couverte des mem])raDes de la fenêtre ovale et de la fenêtre ronde. Il a reconnu qu'il n'y a point d'ouverture à la partie supérieure du limaçon , et mieux décrit que Fallope la partie membraneuse de la lame spiroïde. Ses planches sont fort belles ; Tune d'elles leprésenteles osselets chez l'homme, le veau, le chat, le chien, le lièvre , le cheval, la brebis, la souris, le cochon, et l'oie; il est à remarquer qu'il assure ne point les avoir trouvés dans le singe ( i ).
A. Spigel distingua, long-temps après, les deux portions nerveuses confondues sous le 'nom de cinquième paire (2). L'os lenticulaire, entrevu par Aranzi, en iBSy, fut décrit avec soin en 1640 par " François Deleboë, qui trouva un os sésamoïde dans le tendon du muscle de l'étrier chez quelques ani-« maux (3). Vers la même époque, J. Vesling (4) dé^ crivit le premier l'apophyse du marteau, dite de Raw, dont la découverte fut bientôt attribuée à C. Folius, à qui l'on doit celle du muscle antérieur du marteau (5).
(1) De auris , auditus orgajni'S » historia anaia^ mica; Ferrare, 1601 ; in-fol.
(a) De CarpofU humani fabricâ; Padoue^ 1627,
(3) Opéra omnia; Cepèvc, 1680, în-fol. — Th. EdrthoUni anatome renovata; Lyon, 1684 9 in-8% p. 71 4*7
(4) Syntagma anatamicum ; Francfort, i64i9in-]a^
(5) Nova^^intemœ auris deiineatio ;\en\8efi^5^ 10-4" p e( dans les Dissertationes seiectœ de Haller,
En l652,D. Marcheitis contesta l'existence de l'os lenticulaire, décrivit un ligament fixe' d'une part à la tête de l'e'trier, et de l'autre à la partie voisine de renclume , et pre'tendit le premier' que , dans l'e'tat ordinaire de la vie , la membrane du tympan est petcée d'une petite ouverture (i). '
Martin Lyser découvrit, en 1 653, le bec de cuiller, et l'éminence pyramidale (2); et trois ans après Th. Warthon fit connaître les glandes du conduit audtil (3).
Le nom de cinquième paire donne par M arinus Qu iaisceau re'sultant de la reunion des nerfs auditif et facial, était encore en usage en 1664, lorsque Th. Willis, SI honorablement Connu par ses utiles travaux sur la névrologie , prouva que ces deux nerfs iormentla septième des paires encéphaliques, dé- * crivit plusieurs rameaux de la portion dure , et indiqua très4>ien l'obliquité ou plutôt la courbure du
conduit auditif externe (4).
A cette époque A. Molinetti vit le prepiier la membrane déliée qui occupe l'intervalle des deux .bran-
( 1 ) Anatomia; Harderwick, in- 1 3, 1 656, în-4% ?• 2 a a . La I reinière édition est de Padoue , i652.
(a) Cuiier cmatomicus ; Copenhague, i6S3,în-8*.
(5^) Adenographia , sive giandtUarutn totius cor-' paris descriptio ; Londres , i656, in-8".
(4) Cereéri anatome; Londres, 1664? iB-12; p. 1 i(u Dt anima hrutorum; Genève, .1680, in-4"- ^
filSTOIRË DE l'aNATOMIE DE l'oREILLR. i3
cïies et de la base de l'étrier ( i ) • P- Manfredi en donna une description plus dëtaillëe et dëcrivit avec soin Farticutationde la tête du marteau avec l'enclume (2)*
Au milieu des erreurs sans nombre qui déparent les recherches de J. Mëry sur l'oreille (3) , on trouve quelques remarques qui ne sont pas sans intérêt. Il consiiderait les muscles de l'auricule comme des pro- , longements du peaucier, de l'occipital et du frontal; il a vu le premier que la rainure du cercle osseux du tympan y si manifeste dans le fœtus , s'efface peu-àpeu et finit par disparsutre, et que le muscle interne du marteau s'attache quelquefois à cet osselet par deux tendons.
Les travaux de J. G. Duvemey sur l'oreille, occupent dans l'histoire de l'anatomie une place non moins honorable que celle des recherches de Fallope. Le. célèbre académicien de Paris décrivit avec une rare exactitude le conduit auditif externe, son cartilage,, ses incisureset ses glandes cérumineuses, ainsi que les ligaments qui affermissent les articula-
(1) Disseruuiones anatomicœ et pathologicœ de sensibus eteorum organis; Padoue, 1Q69, in-/).
(j) Novœ ohservatianes eirca uveam ocuii et aurem y Rome 9 1668 » in-4*«
(5) DescriptioQ exacte de roreille, insérée dans Fouvrag& de G, Lamy, intitulé : Explication de Tame sensitive; Paris 9^77, in-ia; et depuis imprimé isolément eq 46819 Paûsy in-i|à;
16 PREIBIÈRE PARTIE, CHAPITRE I.
A. M. Valsalva découvrit les ^'landes céruiuiiieiisefr^ cpii avoisînent le trayus, et les muscles iragiei anti-tragien et transversal de la conque; il fixa Je nombre des incisures à deux ; décrivit avec beaucoup d'exactitude la courbure du conduit auditif et les muscles des osselets; contesta l'existence constante de la membrane située entre la platine et les branches de l'e'trier, et prétendit avoir découvert des trouS'par lesquels la caisse du tympan communique avec la cavité du crâne.
nies plaçait vers la partie supérieuredes cellules mastoïdiennes , au-dessus du lieu où le maplcau s'articule avec l'enclume. Il dit les avoir vus au nombre de deux ou de trois , d'autres ibis il n'y en avait qu'un seul. Leur situation, leur grandeur, leiu" tbrme ne variaient pas moins. Dans certains cas il put les distinguer à la première inspection , d'autres lûîs il lui a i'allu, pour les voir, injecter la caisse par la trompe d'Eustachi, et dans ce cas il a vu constamment le liquide passer dans le crâne. Valsalva avait trop de sincérité pour vouloir ailirmer positivement l'existence de ces trous, auxquels il donnait pour Ibnction de débarrasser la cavité encéphalique des liquides que la nature veut expulser par l'oreille; mais on ne peut s'empêcher de sourire en lisant tous les raisonnements subtils dans lesquels l'entraîne son ardent désir de prouver que ces trous existaient en effet. Dans un homme, clicz lequel il avait oh-
ËISTOIKB DB l'aNATOMIE DE l'oREÎLLE. l^
tiervé une perforation de la membrane du tympan , il trouva un liquide copieux et limpide dans les ventricules du cerveau et entre la dure-mère et la pie -mère; la partie antérieure du cerveau ëtait^ sphacelëe et jaunâtre; la dure-mère offrait la même couleur, non-seulement près des circonvolutions lésées, mais encore jusqu^à la région où il plaçait les trous de communication dont il s'agit; la surface interne de la caisse était teinte en jaune, ainsi que la face antérieure de la membrane du tympan. Il rapporte une autre observation d'un homme mort en peu d'heures a la suite d'une apoplexie avec paralysie de la moitié gauche du corps , et qui rendit par la bouche , après être expiré, du sang fourni par la trompe d'Eustachi. Les ventricules du cerveau étaient remplis de sang, beaucoup plus à droite qu'à gauche; la partie postérieure du ventricule droit était rompue et l'oreille du même côté était rempUe de sang. Dans l'un et l'autre cas, Yalsalva dit avoir trouvé les trous de commimication très-visibles.
Ses recherches sur l'ouverture de la membrane du tympan, sont fort intéressantes ; il déclare l'avoir observée très-distinctement, mais que depms il la cliercha en vain , et que peut-être il l'avait faite avec la pointe du stylet. Â l'endroit où il vit ce trou, il ajoute que la membrane est moins tendue que partout ailleurs, et qu'il l'a trouvée mouillée de quelques gouttelettes ^e Uquide dans certains cadavres , quoi-*
l8 PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE té
qu'il u'ail pu fwe passer aucune matière d^injectîotf dans le conduit auditif, en la poussant par la trompe d'Eustachi. Voulant décider la question par des re^ cherches d'anatomie pathologique^ il ouvrit le cadavre dW homme qui^ à la suite d'une ContuMOU violente au crâne , eut d'ahord un ecouleiâént de sang, puis un flux abondant de matière purulraite pai* ToreUlc gauche, et mourut au bout de trcHis semaines. La membrane du tympan était couverte à sa &ce externe d'une pelHcule jaunâtre ibrinée par le pus accumulé; après qu'il eut enlève ce corps étranger, l'examen le plus attentif ne put lui faire réconnaître aucune lésion sensible ; mais à l'aide d'une soie dé porc, il chercha le pertuis dans l'en— droit indiqué, et dès les premières tentatives là soie pénétra sans difficulté. Chez un personnage mar^ quant, affecté d'écoulement purulent par l'oreille ,: il vit du pus et de l'air sortir à travers la mem-' brane du tympan, au Ueu désigné pour être le siège d'une ouverture naturelle. Ces deux Imt» ont du contribuer à lui prouver que l'existence de cette ouverture est toujours un phénoniène morbide. Ce qu'il y a de plus remarquable peut-être dan» son ouvrage, c'est la précision géométrique a^ec laquelle il a indiqué l'étendue de chacune des paiitie» de l'oreille. Des mesures laborieusement prisés su^ un grand nombre de sujets l'ont amené à faire càe^ ^ naître ayec la plus grande exactitude les proportion»
mST0IIŒ DE L^ANATOMIE DE l'oREILLE. I9
particulières à chacun des canaux demi-circulaires et aux deux rampes du limaçon. Il reconnut que ces proportions sont constamment les mêmes dans les4eux preilles de chaque sujet, et que cette uniformité se retrouve dans les vices de conformation primitive de ces organes ; une fois il trouva tortueux l'un des canaux demi-circulaires; cette difformité estait également à droite et à gauche.
S iSémo^tra que la partie molle de la cinquième paire se divise en cinq branches dans le conduit auditif interne , et assura que toutes vont former dans le labyrinthe. une membrane très-fine , suspendue au milieu du vestibule, et qui se divise elle-même ipeur ifier former dans les canaux et le limaçon, des praiengements circulaires auxquel sil donnait le ïiom ée zones sonores.
Sonaouvrage est fiiit pour servir de modèle, car l'ameura su éviter également la sécheresse des descriptions «oiatomiques et l'ennui que cause une dftctioairop yerbeusç. Le style a certainement contr&né âËdre la réputation de cette production, qui •se trouve aujoiird%ui inlérieure à quelques autres; toutefois il -serait injuste d'oublier à quelle époque éSie fut pubUée.
H. Yieussens a très-bien indiqué la membrane qpi xevét la caissie etles vaisseaux quji la parccnir^t , «M^t^piEe la |)((>sîtiQn des lie^f trous du vestii^uift/ec; la partie 4»ei9biranea6e de la lame spiroïde ;' \d^ il
PIIEMIËIIE PARTllî , CHAPITRE I.
a,très-mal assigne les rapports du manche du map? teau avec la meinLrane du ijrapan , ei les pai-ticul lite's riilalîves aux muscles des osselets; ainsi sous le nom de niono^ojft'içwe, il comprenait l'interne et l'externe du marteau. 11 prétendit avoir démontré avant Valsalva l'épanouissement de la portion molle du ncri' auditif dans le vestibule et les zones ner-» vcuscs des canaux demi - circulaires (i); il aurait fallu d'aLord démontrer l'existence de ces zones.
C'est ici le lieu d'indiquer les recherches de G- De^ham sui' l'organe de l'ouïe et ses tbnctions ; il a e'te' , souvent cite avec honneur par pltisieurs auatomistes célèbres (2).
L'existence constante d'un -trou à la mcnihrane du tympan, admise par Marchettis et Munnicks , l'a ete aussi par A. Q. Rivinus, cpii prétendit l'avoir découvert en 1 680 , et le démontrer en remplissant de mercure la caisse du tympan ; mais ce moyen seul sufïît poui' prouver qu'il avait tort. Cet anatomiste fut, comme tant d'autres, tellement tourmenté de la soit' des découvertes, qu'il osa dire avoir vu ce trou garni d'une -valvule et d'un sphincter mus~ culeitx ( 3 ). L'opinion de Marchettis fut aussi
(1) Traité de la structure de l'oreille; Toulouse, 1714^ in-4''-
(3) Phtjsico-lhcalagy ; Londres, ijiS, in-8*. Traduit cn:fa'i«i^isi)R<3l>er'l3i°t <ra6t iD-8°; Paris, 1^53, io-8*.-
(5J De auditâs viliia; Leipsick, i7i7> iii-4'-
mSTOIKE DE l'aNATOMIE DE l'oREILLE. 21
ilétëndue par 0. P. Schott, sous la prcsidcncc de J. Salzmann, dans une tlièse qui n'est qu'une verbeuse compilation ( i ) .
Duvemey n'avait décrit ni le périoste ni les vaisseaux des osselets; J. A. Scbmid en donna une description soignée, ainsi que plusieurs figures qui n'ont rien de remarquable (2).
Personne n'a mieux décrit l'oreille externe et sui^tout les muscles de cet appendice que J. D. Santorini (3); il a fait voir que lauriculaire supérieur ne s'attache pas seulement au cartilage du conduit auditif externe, mais encore à la partie postc'ricure du cartilage de l'auricule, ce qui lui permet d'e!panouir en quelque sorte ce cartilage , et de le porter en arrière. On lui doit la description exacte de trois muscles intrinsèques que Valsàlva n'a pas connu : le transverse auriculaire , le muscle de fincisure , et l'hélicien, qui depuis fut divise' en deux par Albinus.
L'hypothèse si vivement défendue par Rivinus, .sur la perforation de lamembrane'du tympan, ayant été de nouveau proposée par J . A. Kulm (4), C. Bose, ou plutôt A. F. Walther , voulant décidément savoir
(1) De aure humanâ ; Strasbourg^ , '7199 in-4"- '
(2) De periosteo ossicuiorum avditûs ejusque vas* cutis f Leyd«, 1719? in-4'.
(3) Observationes anatomicœ; Venise, 1724? in-4% c. 29 p. 4^*
(4) De audiiu; Dantzickj 1724» iQ~4''*
22 PREMIÈHE P.UITIE, CHAPITRE !.
si cette opinioa était admissible et si Valsalva ne s'clailpasraéprisàcesujet , injecta, dans le tympan, par h trompe d'Euslachi , de l'air, de la i'umée de ta- J)ac , du mercure , de l'inlusion de safian. Aucune de ces substances ne se fit jour à travers la membrane ,à laquelle l'examen le plus atienlit* ne put faire découvrir la plus petite ouverture. Ces expériences furent repe'iees sur cinq cadavres avec beaucoup de soin , et toujours avec le niLjne résultat. Celte dissertation fait le plus grand bonneiir au professeurdo Leipsick ( l ) ; cependant elle ne porta pas la conviction dans tous les esprits, car H. F. Teîcbmeyer revint encote à l'opinion de Rivinus, et, comme on le peuse bien , n'appuya son sentiment que sur de faibles arguniens (2).
Parmi les anatomistes célèbres du dix-buitième siècle qui se sont spécialement occupes de la structure de l'organe de l'ouïe, J. F. Cassebohm (i) occti-* pera toujours une place distinguée. Anatomiste érudit, il ne se contenta pas de décrire les objets avec une
(1) Dcmcmbranâ tympani; Leipskk, 1725, in-4v (a) f'ittdiciœ ifuorumdatn invenlorum anatotnicorum in duiîutn rtvocalorwm ; Jéna, 1727, in-4"'
(3) De aare interna; Francfort -sur- l'Oder, 1730. — De aure fiumanâ tract. 11, m; Halle, 1730, in-4"- — 'ï* aure humanâ tract, iv ; Hnllc , ijS^ > in-4". — ^* dure humanâ tractai. 1, n; Ba^e, 1735, iD-4'-
HisTOuiË m l'anaxoxie de l'orbille. 23
exactitude rare ; son livre est une des meilleures sources auxquelles on puisse recourir pour écrire l'histoire de l'anatomie de l'oreille; ses citations sont,partÎMtement exactes y et l'on ne peut lui rcpro^ cher cpi'uii style lourd et verbeux. Il a fait d'intëressantes recherches sur l'état de l'organe de Tmiie / dans le fœtus. On lui doit la remarque que les osselets n'ei^stent ps^ même à l'état rudimentaire , deux mois après la conception ; et qu'à cette époque seulement, on commence à distinguer la caisse. Dans un fœtus de , trois mois, il a trouvé le marteau cartilagineux, avec un point d'ossification; l'enclume était dans le même état, sauf sa longue apophyse qui était en partie ossifiée, ainsi que la tête de l'étrier. A quatre mois la tête du marjieau était osseuse intérieurement , cartilagiw neusc; à l'extérieur; l'apophyse la plus longue était cartilagineuse, l'autre n'était pas encore visible ; la portion de l'enclume articulée avec le marteau était recouverte d'une lamelle cartilagineuse, et celle qui est en rapport avec l'étrier, n'était pas encore ossij» fîëe,non plus que la partie correspondante de cer osselet; à cinq mois l'ossification était complète. Gassebohm a donc le premier fait connaître l'époque â laqiieUe se développent les osselets, en prouvant que ce développement est déjà sensible à trois mois, tandis que Kerkring ne l'avait fait commencer qu'au .cinquième. IT a aussi démontré qu'il existe une petite cavité dans l'épaisseur de l'enclume., du martc^iu,.
è4 PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE I.
et même dé Te'trier ; mais il ne paraît pas que cette disposition soit constante.
Il dit avoir vu non - seulement le quatrième osselet, ou Fos lenticulaire , mais encore un autre osselet, entre le marteau et Fcnclume, chez im seul enfant, sur trois cents cadavres qu'il a disséqués pour étudier Foreille. Il a fort Lien démontré contre Valsulva qu'il n'y a point de trous de communication entre la, caisse du tympan et la cavité du crâne. Sa description du rebord des fenêtres est forte exacte. Il découvrit le crochet que forme l'extrémité de la lame spiroïde du limaçon, lui donna le nom d'hameçon, et, reconnut plusieurs des ouvertures par lesquelles le nerf auditif pénètre dans le vestibule. Enfin il a donné une description très - détaillée d'un enfant qui vint au monde avec quatre oreilles, dont deux étaient dans la place ordinaire , tandis que les deux autres étaient situées près de la nuque ; chacun des temporaux avait deux portions pierreuses (i).
Le beau traité deValsalva, sur l'oreille, a fourni l'occasion à J. B. Morgagni de déployer son immense érudition , ses profondes connaissances en anatomie, et son inviolable attachement à son illustre maître. Les épîtres anatomiques de Morgagni sont peut-être
(i) Tract. \^
HISTOIRE DE l'aNATOMIE DE l'oREILLE. 25
ée toutes les productions de ce grand homme, celles qui remplissent mieux le but (ju il s'e'tait propose ; c'est un traite complet anatomique et historique de la structure de l'organe de Fouie. Cette riche mine a été mise à contribution par tous ceux qui jusqu'ici ont écrit sur l'histoire de l'anatomie. Comme cette science ne laisse point de place aux hypothèses , il n'y a rien à retrancher dans ces savantes épitres , dignes de passer tout entières à la postérité la plus reculée , comme un beau monument de la profondeur des hbmmes célèbres qui ont cultivé l'anatomie au l8*^ siècle, et qui nous ont montré , par leur glorieux exemple , que cette prodigieuse consommation de temps , consacré aux découvertes cadavériques , ne dispense point des recherches de l'érudition , non moins nécessaire à l'anatomiste qu'au médecin. L'ouvrage de Morgagni est en même temps un modèle de critique. Sans avoir fait aucune découverte importante relative à l'anatomie de l'oreille , ce grand homme a rendu un grand service en fixant, pour ainsi dire, l'état de la science à l'époque où il écrivait ; d'ailleurs on lui doit une foule de remarques, minutieuses en apparence , mais qui ont complété les travaux dé ses devanciers (i).
(i) Epistolœ anatomicœ adexplananda opéra Vaifalvœ; Venise ^ 17 4^1 2 vol. in-4^
PREMIEHE P.4RTIE, CHAPITRE I.
Après Slorgaf^ni on ne trouve plus aucun •tnalOT^ miste célèbre qui se soit occupe de perfectionner;!» description de l'oreille jusqu'à D. Cotiiyno, qui ^ dès l'âge de vinf-t-cinq ans , se plaça au rang des grande maîtres , par la pul^licatiofl de ses recherches sur cel organe, et' sur-lout par la découverte des aqueducs du limaçon et du vestibule (i). Il a , pour ainsi dire ^ de'couyert de nouveau la lymphe du labyrinthe dont Valsalva avait dit quelques mois, el il est la premier auiitomistc qui ait assigné un usage plau^ sible aux canaux denii-cii'culaires , au Umaçon et aix vestibule.
La marche qu'il suit n'est pas déhuée d'avanLagcs; il décrit d'abord le tympan, puis il lait connaître, avec Ijeaucoup de délail, la disposition de la fenêtre ovale, le veslibule, les canaux demi - circulaires , la f(:nètre ronde, et enfm le hmaçon el les aqueducs. Ses descriptions l'emportent, pour l'cxacUludc , nicnie sur celles qu'avait données Valsalva. Il indique très-hicn le trajet du nerf acoustique , et dit avoir vu les filets de ce nerf marcher dans la lame spiroïde jusque vers la zonç membraneuse, où il les admet par analogie, sans les avoir vus distinctement. I>ans le vestibule 1«
1760, in-S"; Vienne, 17741 in-LO. Cette dernière édition •st celle dont je me suis servi, . >
HisToms DE l'anatohiie de l'oreille. 27
nerf additif s'ëpanouit en membrane , et forme une .doîson au moyen de lacjuelle cette cavité est dirisëe en deux parties : Vnne, antërieure, où l'on voit Fori-^ fice antérieur du canal demi - circulaire externe, Torifice projHre du canal supérieur et la fosse demiovale ; l'autre , postérieure , offre rorifice commun ^ l'orifice propre du conduit inférieur, l'orifice postérieur de l'externe et la fbssç hémisphérique. La partie inférieure du septum nerveux , formée par l'épaiioiûssement de la portion molle de la septième paire, idfaère à la crête du vestibule. Cotugno a vu , chez un tœius^ dont le vestibule était dans un état de dessiccation, une lamelle très^blanche adhérente à la pyramide de cette cavité. Quelque léger que soit le septiun nerveux , il résiste , disait-il , à l'impulsion du mercure poussé dans la partie anté^ rieure du vestibule par l'orifice commun. Il dit avoir vu ce septom non -seulement dans l'homme, mai& encore dans les animaux qui ont des canaux demi-^ circulaires^ et qu'il .est plus grand dans l'homme, chez qui le vestibule et les canaux sont aussi plus développés. De cette difi^cence il déduit des conclusions en faveur de la perfection de l'organe auditif dans Fespèce humaine.
Il est le premier qui ait démontré que Vhumeur dont y alsalva avait parlé , remplit le labyrinthe , et que les nerfs acoustiques pénètrent dans le viestîbuley non. par cinq tr3us comme le prétei^dliait
Valsalva, mais par uii très-grand nombre de pe-< lits pertuis. On voit qu'il a réfiite'* complètement la théorie d'Aristote (i) sm* Vaer ingenitus de l'o-' reille interne , hypothèse de Tantiquité qui e'tait encore admise au commencement du 1 8® siècle, et que G. C. Schelhammer avait de'jàlortement attaquée (2).
La description qu'il donne des aqueducs, dont on lui doit la découverte , lui a fait le plus grand honneur. Comme ces ouvertures ne se trouvent pas dans les oiseaux, il faif remarquer que chez ces animaux le limaçon n'existe pas non plus , et que leurs canaux demi-circulaires sont autrement disposés que les nôtres. Aujourd'hui per-sonne ne conteste l'existence des aqueducs ; ainsi, cette dissertation n'est plus intéressante que sous le rapport historique , en la lisant on voit que , pour l'ordinaire , les analomistes qui ont cherché à démontrer des découvertes palpables, ont souvent joint à des arguments irrésistibles les. preuves les pluséquivoques et les moins irrécusables , ce qui donnait beaucoup de prise à leurs adversaires.
Les recherches de Cotugno sont sur-tout intéres— , santés sous le rapport de l'histoire de la physiologie , c'est pourquoi j'y réviendrai dans le chapitre suivant.
Ses travaux n'ayant point porté la conviction dans
{^lyDe anima, Wh, n,
(2) De auditu Ui^er unw; Lejde^ 1684^ ia-8°.
BISTOIRE DE L^ANATOMIE DE l'oREILLE 29
tous les esprits 9 Caldani les appuya, en 1773, de J'auiorité de nouvelles expériences ( i) , et P. F. Meolel essaya, en 1777, de prouver définitivement qu'il nes^tait pas trompé (2).
La dissertation de Meckel est un chef-d'œuvre d'érudition , de méthode et d'exactitude dans les descnptions; il consulte tour-à-tour les livres et les cadavres. D'abord il passe en revue tous les auteurs qui, depuis Valsalva jusqu'à G>tugno , ont eu quelques notions de l'humeur labyrinthique, et ceux qui ont partagé et confirmé l'opinion de l'anatomiste -napolitain. Il indique ensuite la préparation que l'on doit Ëdre subir au labyrinthe pour voir toutes les parties qui y sont contenues. On isole d'abord la partie latérale du crâne, sans léser l'organe qu'on désire étudier; puis ondétacheFos temporal du crâne et de la mâchoire inférieure, ainsi que toutes les' autres parties environnantes , eii ayant soin de couper la dure-mère avec le scalpel et non avec la scie. On enlève la plartie antérieure de la caisse du tympan avec la scie, en observant de ne point tirer à soi l'étrier qu'on a préalablement détaché avec soin du ^narteau. Il importe aussi déménager le périoste qui
(1) Institutianes physiologicœ ; Padoue , 1773, ■p. 238.
(2) Dissertatio anatomico-pathotogica de iabyrm'^ thiaurU contentis; Strasbourg, 1777^ iQ-4% P^*
32 PPEMIÈRE PARTIE, CHAPITRE I.
les cerfs , et dans plusieurs oiseaux, tels que la p .. l'oie et le canarrl.
Pour prouver qu'il n'y a point d'air dans le laby- . rinthe, il chassa, autant que possible, tout celui que pouvaient contenir les cellules mastoïdiennes et les parties molles, dont on ue peut guère débarrasser .compk'temeni le rocher; puis il plonyea la pièce dans un vase remph d'eau, ouvrit le laJ}yrinthe,a^| perçant le sommet du hmaçon , et agita la pièce snd^fl qu'aucune bulle gazeuse se montrât à la surl'ace du liquide. Voulant rendre la démonstration »
plus complète, il ouvrit la paroi supérieure < vestibule , qui est e'paissc de plusieurs lignes, et | celte ouverture il introduisit du mercure, de mani que la plus grande partie du labyrinthe en i'ul rem plie ; pressant ensuite l'ouverture avec le doigt, et g conséquent tm peu au-dessous delà base de l'e'tri* il ne vil sorlii' aucun globule de mercure hors < labyrinthe , d'où il conclut qu'il n'existe aucm communication entre celte cavité et celle du tynj pan.
Mcckcl pense que Cotugno a eu lorL de compan l'humeur du labyrinUie à celle qufresulie de la condensation de la vapeiu' qui s'exhale du corps des animaux, que l'on ouvre peu de temps après qu'ils ont e'té tues ou même quand ils vivent encore. La lymphe labyrinthique lui paraît, avec raison, avoir plus d'aï logie avec l'hiuneur aqueuse de l'œil. Si d'abord d
è&t à l'ëtat de Tapeur comment poiirrait*éUe se ooih deoier sam bosser un yide^ qui, selon Go€ugnolni« ^iBième, n'exisie pas ? Cinq expériences sur Je jeunes diats vifants lui ont prouve que cette humeur est s&ctivemettt à l'état liquide durant la vie coaHne api^la mort. U dit qu'dle est gélatino^-aqueuse et eonoescible p»r les acides.
Meckel nehcurne pas là ses recherches; il indiqn«
comment on peut reconnaître la forme et la position
doMptumnerreux. On peut enlev^ l'ëtrier, et ëpon*
fst nnisneuFi mais de cette manière on ne voit pas
. tfès^>disttnctement; ilvaut mieux, après avoir convs^
aahkment iiolé l'oreille interne des parties voisines^
eûiever la dnre-'-mère qui tapisse la face interne des
temporanix, excepte la portion qui pénètre dans lé
eûbdoic auditii' interne , et ouvrir le labyrinthe avec
Knstrament tranchant; idors l'on voit à découvert
l'épanouissement membranitbrme du nerf ac(ms«'
tiqne, en rapport avec une duplicature dii périoste
qui divise le labyrinthe en deux cavités, dont l'une
est antérieure et interne, et l'autre postérieure et
extame. Qu»id on a lu avec attention la belle dis-
senatîan dont je me plais- A d<Haner ici Fanalyse, on
afMnie ânier l'exist^Eice de ce septum membrane*
Mfvenx*
fl y a.en outre dans le labyrinthe des filets ner^ nxoL flottants derrière cette cloison ; on les reccmnait à ce tpiÛB sont Hnn blanc médullaire et d'une sub- I. 3
'HIEMTÈHE PARTIE, CHAPITRE J.
rs.M
si^ce molle ; lauie de s'être altache à ie des parties voisines , ValsaJva et Vicusscns sont lombes dans de yraves erreurs. Les zones nerveuses qu'ils disent avoir vues dans le limaçon et les canaux demi - circulaires, ne sont que des portions du périoste, qui, quoique humide, est rouge et cendré. Les fibres du scpluni vont en convergeant vers, partie supérieure et ante'rieure du vestibuJe; est très-evidenl chez le veau.
Meckel a trouvé dans le canal vertical supérieur, ouvert dans toute son étendue, un filet médullaire très-blanc , continu aux filets floiiants dans le vestibule derrière le septum ; U en a vu de semblables dans les autres canaux , ei pense que ces filets tent dans la lymphe qui remplit ces cavités; il n'a pu voir dans le hmaçon que de légères blanches, dont il n'a pu reconnaître exactemi nature,
La planche qui accompagne l'excellente dis:
tation de Meckel offre des figures très -exactes l'oreille interne.
Depuis ce ce'lèbre analomiste jusqu'à Antoine Scarpa l'on ne trouve plus guère de recherche importante sur la structure de l'organe de l'ouïe. En 1772, l'illustre professeur de Pavie pubha une dissertation très-intéressante sur la conibrniation de la fenêtre ronde. Il considère la meml^rane de cette Jênélrc cçmme remplissant à l'égard du limaçon les
HISTOIRE DE l'aNATOMIË DE l'oRÊILLE. 35
fenctions que la membrahe du tympan remplit ré^ lativementà la caisse (i), et assure que celte fenêtre se rétrécit à mesiure, et finit même par disparaître' dans la vieillesse. En 1 789 , il réunit toutes ses jdées sur l'anatomie de l'oreille en un traité spécial (2). Ces deux ouvrages contiennent une foule de remar- . ques pleines d'exactitude , principalement sur la névrologie acoustique; mais je m'abstiens de les: signaler ici, parce qu'on lea trouve consignées daiiB^ tous les traités classiques d'anatomie , et que j'en, ferai moi-même usage dans le chapitre suivant.
La fin du 18^ siècle a vu publier divers écrits sur l'anatomie comparée de l'oreille; à cette époquo^se* rapportent les travaux de M inasi , de Fabriciu^*,' de P. Camper, mais sur-tout ceux de Comparetti(3), et ks recherches de C. F. L. Wildberg, de Loder, de J. Hunter^ deVenturi, de M onro, de Oeofiroy (4)^ '
En 1800, M. Cuvier présenta , dans ses Leçons d'anatomie comparée , le tableau des connaissanceis relatives à l'organe de l'ouïe, non- seulement dai^v t ■ I I. ■ ■ - .. - . ■ ,. , I. , , ■ •
(1) Oés. anaU de structura fenestrœ rotundœ; Mo-*: dène, 1772.
(a) jiru^tatnicœdisquisitianes de emditu e$ otfàctu; Padoiie,.i789; Milan, 17969 gr.in-foL ûg,
(5) 06s. anat, deaure interna coniparatâ ; Vadoue^
(4) Dissertation sur Torgane de l'ouîe de rhomftie , de». reptiles, des poisusops ; Amsterdam et Paris ^ ^777» in'^^
limaux chnH
36 HtEMIÈHE PARTIE, CHAPITRE I.
l'homme , mais encore dans tous les animaux lesqixcls cet organe a éie étudie avec quelque soin (l ). Ce sayant naturaliste afouta lui-même beaucoup à cette pai-tie si curieuse de l'anatomie comparée.
S- Th. Soemmering fit paraître en 1806 sa magnifique iconofi;raphie de l'oreille humaine , où l'on ■voit représentes avec une si admirable exactitude les moindres détails de Torganisaiion de l'appareil auditif; les arte'rioles de la lame spiroïde y sont figurées pour la première fois (2). Ce bel ouvrage mérite tous les éloges qui lui ont été prodigue's. H n'en est pas de même de celuideJ.C. Saunders,mis au )our dans la même année ; les planches de l'anatomiste anglais ne sont que de faibles copiesde ce! de Scarpa (3). '
Parmi les productions plus modernes, il très-remarquaLie par sou objet et par la réputation de l'autcm'; c'est la Philosophie anaiomique de M. Geoffroy-Sainl-Hilaire (4)- Ce savant natural ayant égard à la position et aux dépendances des de l'opercule des poissons , beaucoup plus qu'à Ui I ferme , les ccHisidère comme des jHcces corresi
iiiiM
(1) Leçons d'anatomio comfMrée; Paris, tSoo, Id-^«J
(a) Icônes organi auditûs humani; Fruiiafort'»ii la-Uein, 1806, in-fol.
(5) The analomy ofthe hwnan ear; LoiidreSf ii 1806,%.
(4) fhilosopbie anatomi^ue ; Paris, tftt^f îii-&°» fif-j
HISTOIRE DE l'aNATOMIE DE l'OREILLE. 37
dautes.aux osselets de l'ouïe^ au cercle' osseux du tympan et à la caisse des animaux chez lesquels Tor^ gane auditif se rapproche de celui de rkomine;.Si l'on n'a égard (ju'au principe général sur lequd il se fonde , on ne peut en effet se refuser à admettre avec lui que: chez les poissons à opercules la çaissçdu tympan' est trè^largeet peu profonde; que le cer^ cle du tynipan n'est qu'un arc presque droit ; que l'enclimie; n'est qu'un long stylet osseux; le marteau une sorte, de plaque qui présente à peii^equel* que saillie à sa face interne ; que l'ëtrier ressemble a un vaste bouclier; que le lenticulaire est plus, large , plus long quQ l'enclume, et qvi'il a la forjçoe d'une plaque trè9r^;nduye et coudée, à l'une de ^s extrémités ; enfin que les larges fentes qui résultent de l'entre-bailleinent des ouïes sont analogues aux ouvertures auriculaire et buccale de la caisse dans les mammifères.
Je n'ai pas cru devoir faire mention de plusieurs traités généraux«d'anatomie dans lesquels on trouve de bonnes descriptions de l'organe de IWïe; tels sont celui de Sabatier^ où se trouve réunie l'exacti;?tude à l'érudition la mieux choisie ; ceux de Gavard et de M. Boyer ^ qui ont si fidèlement suivi là méthode de Desault; .celui de Bichat, qui* a puisé dans les meilleures sources^ et notan^nent dans^ Meckel et Cassebohm; et enfin l'ouvrage de M. Cloquet, dont les descriptions sont d'autant, plus
fe avec na^l
38 rRBBIÈBE PARTIE, CHAPITRE 1.
exactes , que cet anatomiste s'est livre ( lou^le persévérance à la dissection de toutes les par(iesde l'appareil auditif, comme l'attestent ses belles pn^paralions déposées au cabinet de l'Ecole de médecine de Paris.
Aux nombreux auteurs que j'ai cités j'am-ais pu en joindre un grand nombre d'autres , mais il m'a élé impossible de me procurer leurs ouvrages , ou bien leurs écrits ne méritent pas qu'on les signale d'une manière particulière. On les trouvera d'ailleurs indiques dans loules les bibliographies médicales. Si je n'ai pu réussir à rendre ces recherche» aussi complètes que je te désirais , je suis certain , du moins, de n'avoir omis aucun auteur qui ait iàit quelque remarque iniportante sur l'analomie ou la physiologie de l'oreilie humaine.