CHAPITRE XL
De la rupture de la membrane du tympan.
La rupture de la menibrane du tympan est une 8uil€f inévitable de l'otite interne , toutes les fois que les produits de cette inflammation s'évacuent audehors par le conduit auditif. Ainsi toutes les observations que j'ai données plus haut sur cette inflammation de la caisse, en tant qu'elle affecte ce
mode de terminaison, peuvent être régardées comme autant d'histoires de rupture de la m^a4>rane. dur tympan, n est digne de remarque que c'est presque toujours vers les bords, et rarement au centre de cette membrane , que s'opère la rupture ; . c'est . au point quelquefois qu'il ne parait y vavpîr' qu'un simple décollement d'un des bords. Il résulte de: là un bien moindre dérangeaient dans les fonc-^ tions de la membrane, que dans le cas. où c^te solution de continuité s'opère vers le centra, près, du point où s'insère le manche du marteau. Ce qui, est bien remarquable encore , c'est la iacilité a^ec laquelle la nature ferme en peu.de jours, cette ouverture, ï
Rien de plus ordinaire en effet que de voir., dans les cas d'otite interne violente, une grande quantité de matière puriforme s'échapper de la caisse , à travers la membrane du tympan , cet écoulement tarir, et l'ouvçrture qui lui a donné passage se fiermer en peu de jours , au point de n'en laisser apercevoir aucune trace à l'œil. Il n en est pas de même si , par la durée ou peut - être même par la nature de l'é- CQulement , la suppuration s'empare de^ la n^nibra|ie , la corrode , la détruit en grande partie | et < entraîne la chute des osselets. Dès-lors l'p^vei;tu]:e, OU plutôt la destruction ^de la membrane , reste absolument irréparable. Mais ici , comme peur les résultats les plus coiistant^ de l'observation en mé-
decine pratique, il faut encore admettre des exceptions. On n'imaginerait jamais que cette membrane puisse se re'parer non -seulement quand elle est à moitié corrodée , mais encore lorsqu'elle a e'té totalement -détruite. C'est pourtant ce que Valsalva nous assure -avoir vu dans l'oreille d'une femme devenue sourde à la suite d'un long écoulement. Derrière la membrane du tympan, qui avait été rongée par la sup- ' puration, s'élevait obliquement une autre membrane •qui laissait au dehors le marteau et l'enclume, et couvroit la base de l'étrier. Toulefois il n'en faut pas ^ moins , malgré ce fait , regarder comme irréparable la brèche que font à la membrane les écoule- . 'ments chroniques de la caisse.
Il n'en est pas de même des déchiriu^s acciden-
'^telles faites à cette cloison par l'action des corps
" ^;cxté^ieurs inconsidérément enfoncés dans le conduit
••auditif, des contre-coups supportés par les os du
•crâne dans les cas de chute sur la tête , ou de coups
• portés sur cette même partie. Quels que soient , 'dans ces diverses circonstances , l'étendue et le
• siège de la solution de continuité , à moins que les osselets n'aient été lésés ou désarticulés , et que la tunique qui tapisse la caisse ne se trouve vivemept
' -oftêns^, ce qui produit toujours une otite violente,
•et complique la plaie faite à la membrane tympa-
mique; hors ces cas, dis -je, la plaie se cicatrise
avec une facilité et une promptitude qu'on n'oserait
espérer d'une partie si tenue et s^ dépourvue de tissu cellulaire. Yalsalva a constaté par des expé- . i^ences, cette force réparatrice de la mekabrane. U a ouvert cell^ de plusieurs chiens; il Fa dilacérée, en enfonçant dans le conduit un gros stylet; il a entendu la crépitation de la tunique déchirée par Vins- . Crûment ; il a une fois dilaté la rupture autant que possible, en remuant en tout sens l'extréimté duf poinçon ; et lorsqu'au bout de quelque temps il a tué ces animaux, et fait Fexamen de leurs oreilles ^ il à trouvé que les ravages produit par l'instrument sur la membrane étaient si bien réparés, qu'il n'en restait pas de vestige, et que la cicatrice même était inapercevable. J'ai répété les mêmes v expériences sur des animaux de la même espèce , sans obtenit constamment le même résultat. Lorsque je perforais simplement la meml^rane , soit avec un poinçon mousse, soit avec un instrument trandhant, IWverture se refermait complètement au bout de quinze à vingt jours. Mais si , ne me contentant pas d'oiH vrir la membrane , je la déchirais dans tous les sens avec l'extrémité d'un stylet mousse, il survenoit dèslors un léger écoulement, et la membrane ne se réparait point.
J'ai fait la même observation sur les personnes à qui j'ai pratiqué cette opération pour cause de surdité. Dans les commencements , je me servais d'un petit trocar aigu et tranchant ; l'ouverture qui en
iirésultait était guérie en peu de jours. Lorsque, par. suite , j'eus fait usage d'un poinçon d'écaillé à extrémité mousse, elle ne se re%ma plus, et l'air continua de.gMser par le conduit auditif aussi librement qu'eues l'o^ration.
Des insectes y en s'introduisant dans \e cohduit auditif, peuvent perforer la membrane, ain^i que je l'ai déjà dit , et que je le prouverai par plusieurs observations. On a encore donné comùie cause de la rupture de cette même partie , le refoulement de l'air pulmonaire dans la caisse par les trompes d'Eustacbi , soit dans l'éternument , soit dans les cas où la respiration se trouve considérablement gênée par quelque gonflement inflammatoire de l'arrière-bouche. Je crois très^rare cette dernière espèce de rupture, d'après ce que j'ai observé moi-même dans les angines pharyngiennes. J'ai toujours vu , quelque légères qu'elles fussent , la trompe d'Eustachi se trouver momentanément fermée , «oit qu'elle participât à l'inflammation, soit qu'elle se trouvât seulement engouée de mucosités attirées dans cette partie par l'état morbifique.
Je conçois encore moins cette rupture dans les paroxismes d e l'asthme j et quoique Tulpius parle de deux cas où cette contreK)uverture a prévenu la sufibcation de deux asthmatiques , le peu de détail qu'il €ai donne , et l'impossibilité de concevoir ce mode de rupture, ainsi, que les avantages qu'il lui
36o DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE XL
attribue, me font croire que ces observations sont côntrouvées.
Mais il n'est pas rare de voir cet accident arriver dans les violents ébranlements comiMmiqu^ à Fair atmosphérique par quelque exploiwMi ou [détona-r tion violente , telles que le produit un coup de tonnerre, ou la décharge d'une grosse pièce d'artillerie. Ceux qui ont pratique la chirurgie dans les armées, ont vu plus d'une fois des canonniers offî:ir Une preuve de cette rupture, en faisant sortir de la fumée de tabac par le conduit auditif.
L'érosion dje la membrane est un mode particulier de destruction qui s'opère sans écoulement, sans suppuration, et souvent même sans douleur. JEn examinant l'oreille de personnes devenues sourdes, ou qui se plaignaient de bourdonnements, j'ai souvent rencontré cette cloison perforée ou détruite, sans que cette lésion se fut manifestée par' d'autres signes que par l'afiaiblissement de l'ouïe , ou par la sortie de l'air à travers le conduit auditif dans l'action de se moucher. D'après cela, je suis tort tenté de croire que cette érosion est une maladie primitive de la membrane, et que, lorsqu'elle coïncide avec l'engouement çérumineux du conduit, elle peut bien ne pas en être le résultat. Cependant M. Ribes , qui a le premier fait connaître cette espèce d usure (i), n'hésite pas à là regarder conune un
(i ) Joumç^i générai de médecine, tome' 3i .
effet de la présence du bouchon cerumineux, m^^y selon cet anatomiste , exfolie lames par lames cette cloison membraneuse. Il tonde son opinion sur des ouvertures cadavériques , qui lui ont fait voir cette usure dans ses différents degrés , depuis les plus petites ouvertures jusqu'à Férosion presque complète, et toujours disposée obliquement à Vextériew^ du centre à la circonférence. Je n'ai eu qu'une ibis l'occasion d'examiner dans le cadavre cette lésion delà membrane, compliquée de l'engouement cérumineux du conduit. Le bouchon formé par cette matière , pénétrait dans la caisse à travers l'ouverture de la membrane tympanique , et enveloppait les osselets , à l'exception du marteau qui manquait totalement; mais il me fut impossible de distinguer dans le trou de la membrane la disposition dont parle M. Ribes.
Ces perforations accidentelles de la membrane du tympan, firent naître , s^u commencement du siècle dernier , l'opinion déjà citée de Rivinus , qui assurait avoir découvert une ouverture naturelle à cette cloison. Il faut croire que ce n^était autre chose qu'une de ces ouvertures étroites qui se forment insensiblement de la manière que je l'ai annoncé plus haut , ou une cicatrice incomplète de quelque déchirure ancienne. Tel fut précisément le cas rapporté à l'appui de cette prétendue découverte , par Antoine Leprotti , dans les Mé-
moires de VÂcademie des sciences de Bologne. L'an*leur de cette observation, disséquant l'oreille dW eniant de dix ans , qui s'était noyé , trouva à la memixrane un très-petit trou, recouvert extérieurement d'une espèce de soupape, et qui put recevoir une soie de cochon. Sa circonférence avait l'apparence d'une sorte d'anneau qui semblait formé paâ: une membrane repliée !sur elle - même. Mais je dois ajouter y dit Leprotti, qiée ce garçon ^ à ce que nous apprîmes ensuite y as^ait été sujet dans son enfance à des écoulements de sérx)sité par les oreilles , sans que cependant VouXe en eût été affaiblie. La membrane de l'autre oreille ne put être examinée , ayant été déchirée par les manœuvres employées pour la mettre en évidence.
Il est possible que l'ouverture de la membrane du tympan soit une lésion parfois congénitale. Nous avons parmi nos sourds-muets de naissance^ un enfant quia cette membrane percée d'un côté et complètement détruite de l'autre, sans que, de l'aveu de ses parents, il ait éprouvé, depuis sa naissance , aucun écoulement par le conduit auditif*. On me présenta, il y a quelques aim^, im enfant qui avait a peine huit mois \ la mère m'assura qu'il avait rendu du lait par lés oreilles en vomissant, ajoutant qu'elle le croyait tout-à-fait sourd, d'après l'insensibilité ipi'il témoignait dans le choc des corps les plus b^^uyans. J'examinai au soleil ,les oreilles de cet en-
RUi^URË DE LA MBMBKlNE DU TYMPAN. 363
iant ; je les trouvai Tune et Tautre dépourvues de la membrane du tympan. La caisse , vide de ses osselets , se ccMifoi^dait avec le conduit auditif.
Après avoir indique les différentes causes qui peuvent produire l'ouverture de cette membrane, il nous reste à examiner quels en sont les r^ultats par rapport à l'audition. L'opinion généralement admise parmi les anatomistes, est que cet accident doit amener insensiblement la surdité , lorsqu'il n'en est pas immédiatemeitt suivi. Wiilis, qui le premier voulut s'en assurer par des expériences , perfora la membrane de l'une et l'autre oreille d'un chien, et observa que cette opération n'avait point interrompu l'audition pendant les trois premiers mois, mais qu'au bout de ce temps, cette .fonction s'était entièrement perdue. Silvius de le Boé affirme positivement que cet accident est suivi d'une surdité incurable. C'est encore l'opinion de Haller, de Duverney et de Leschevin. Un médecin russe , qui a traité des maladies de cette membrane dans une dissertation inaugurale, pense pareillement que cette partie une fois déchirée et détruite , l'ouïe finit par se perdre. Il y a cependant trop d'exemples du contraire pour regarder ce résultat comme général. Sans parler des faits' qu'on pourrait puiser dans les anciens auteurs , tels que Bonet , Rivière , Riolan , Fabrice de Hilden , on trouve dans les &stes plus récents de l'art, beaucoup d'exemples de perforation
OU de destruction de la membrane sans lésion notable des fonctions de l'organe auditif.
Trois observations consigna dans le Jourhal de Médecine pour l'année 1 769 , et rapportées à la fin de ce chapitre , prouvent évidemment ^e la surdité n'est pas, au moins immédiatement, la suite de cet accident. On lit dans la Splanchnologie de Gavard, un fait analogue , communiqué par Desault. Ce célèbre praticien avait vu un jeune homme» chez qui la membrane avait été ouverte par un grain .de fer rouge qui lui était tombé dans l'oreille. Cet accident fut suivi d'une difficulté d'entendre qui diminua peu-à-peu et cessa tout -à- fait au bout de trois mois. Cependant l'ouverture -de la metnhtakene s'est point refermée, et ce jeune homme a conservé la faculté de chasser, par îe conduit auditif, l'air contenu dans l'arrière-bouche.
Le docteur Cooper, dans ses deux Mémoires Jus à la Société royale de Londres en l8ai jsur lies effets résultants de la destruction de k' membrane du tympan , et sur Fopération de la perforation, comme moyen cfliratif d'une espèce par^ ticulière de surdité, a rapporté nombre d'observations dont le résultat est à-peu-près le même.
Que conclure de ces opinions et de ces fints diamétralement opposés, sinon que les suites des maladies de la membrane du tympan sont incertaines et variables , que tantôt la plus légère de ses
lésions est suivie de surdite' , tandis qu'en d'autres circonstances, le sens de l'ouïe survit à la destruc-, tiou complète de cette partie de l'organe, et cel^ , sans -^ qu'on puisse positivement assigner la cause de cette différence ? Ofi peut cependant admettre , comme règle générale, maigre le» nombreuses exceptions qu'offrent mes observations sur l'otorrhe'e, et celles qui accompagnent ce chapitre, que lorsque cette: membrane est en grande partie déchirée ou. détruite , et que ses ravages se sont étendus jusqu'aux osselets et à la tunique de la caisse, une surdité plus ou moins complète en est ordinairement la suite ; ce qui est beaucoup moins^à craindre lorsque la membrane du tympan a é^' simplement perforée. »
La lésion de la faculté auditive n'est pas le seuL résultat fâcheux que produit, dans quelques cir« constances, la perforation de la membrane du tym-« pan. Une foule d'accidents nerveux, tels que des^ vertiges opiniâtres, la céphalée, des élancements ^i des espèces de commotions électriques dans l'intérieur du. cerveau , peuvent en être la suite , et perr sister long-temps , ainsi qu'on le verra dans une des observations suivantes. .
. Il semble^ue dès qu'une fois la membrane est perforée, il ^e reste au médecin qu'à observer les suites de cette lésion , et^'il ne lui est permis d'y porter aucun remède. Mais ce que j'ai recueiUi sur les phé-
Domines qui accompagnent ropëration de la perib* ratiôn, la disposition de la membrane à se dcatriser, et les moyens de preyenir ks accidents attaches a cette ouverture, me met dans le cas de doimer ici quelques conseils dont j'ai étë a porcëe de reconnmtre l'efficacité. Si cette cloison a ëté ourorte par un instrument piquant jou tranchant, elle peut aisémoit se cicatriser ; la même chose peut avoir lieu lors même qu'elle a été décollée par la pression de quelque corps mousse , ainsi que je m'en suis assuré par mes expériences sur des animaux. On aura d'autant plus d'espoir d'obtenir cette cicatrisation , que la division ^aura été peu considérable , et plus éloignée du point oyi s'insère le manche du marteau, qu'elle aura été accompagnée de peu de douleur, et d'aucun écoulement purilbrme. Quand cet écoulement survient , il ne faut pluç compter sur l'oblitération; la membrane restera à jamais ouverte, à moins qu'à la suite de l'otorrhée , il ne se forme tmé membrane contre nature , ce qu'on a vu arriver quelquefois , ainsi que je l'ai dit. Il résulte de là , que lorsque l'ouverture est récente, on peut aider la nature, ou du moins prévenir l'accident qui trouble, son travail réparateur. Cet accident est l'inflammation. On cherchera à la prévenir par des sangsues derrière l'oreille , des pédiluves , des vaporisations émollientes dans le conduit auditif, et sur-tout par l'attention de tenir le conduit exac-
tem^nt bouché avec une éponge humide , afin de £:arantir la caisse du contact de Fair extérieur, et la membrane de Faction des ondes sonoi^es. On ne peut pousser ce soin trop loin ; et de même que lorsqu'on craint l'inflammation d'un œil blessé, on se hâte de les soustraire tous deux à l'action de la lu-> mière , il est de même avantageux, dans le cas qui nous occupe, de préserver les deux oreilles de toute espèce de bruit. Ordinairement l'ouverture se referma en peu de jours. Si cette occlusion ne s'o* pérait pas au bout de deux ou trois semaines, il ne faudrait pourtant pas la regarder comme impossible , quoiqu'elle s'eiiectue alors beaucoup plus difficilement.
Tant que cette ouverture existe, l'oreille se trouve exposée à divers accidents, tels que Fotalgie, l'inflanunation de la caisse, la disjonction des osselets, ' l'introduction des insectes qui se logent dans le conduit; enfin l'afiaibUssement progressif de l'audition , par l'action de l'air extérieur sur les parties profondes de l'organe. On obviera tellement à une partie de ces inconvénients , en recommandant à ceux qui ont le tympan ainsi perforé, de se tenir continuellement l'oreille bouchée avec un tampon de coton, et de se garder particulièrement dé tout traitement consistant en injections , instillations et vaporisations faites dans le conduit.Tous ces moyens ne sont propres qu'à enflammer la membrane qui
tapisse la caisse , et à dëtrtiire sans retour les fbnctiçns de Forganç.
XL""* OBSERVATION. — « J. Mares, âgé de douze ans , entra le 26 août 1765 à l'hôpital , pour se faire traiter dWe douleur d'oreille des plus aiguës , accomps^ëe de la sortie de quelques Ters ressem- Uants à l'espèce qu'on nomme grillons. Dans les. informations que je pris , pour savoir la cause de la maladie, il me dit qu'il y avsdt environ deux mois qu'il s'ëtait laisse surprendre par le sommeil , dans une jachère , et que , lorsqu'il fut ëveillé , il sentit dsqis l'oreille gauche une douleur assez' in-, commode,^ qui augmenta jusqu'à lui causer une fièvre ardente, accompagnée d'insomnie. On le saigna plusieurs fois , tant du hras que- du pied, .mais il ne fut hien sojilagé que lorsqu'il cracha un pus sanguinolent, venant, selon ses expressions , de /l'arrière -houche, et qu'il rendit par Fo-: reille quelques vers; sa mère et d'autres fenmies. lui en tirèrent plusieurs , lui firent ^iifférents remèdes, qui furent sans succès; ce qui les déter-mina à soimiettre le malade à mes soins. Je lui tiriû, et fis tirer' en ma présence , plusieurs de ces insectes ; et , jugeant qu'il pouvait y en avoir dans la caisse, je fis des injections avec l'huile de térébenthine, qui , au premier coup de piston de seringue , passa dans l'œsophage , et même dans le larynx. Craignant d'enflammer ces parties par l'ir^
ritation , je supprimai cette injection , et je lui en substituai luie autre laite avec la racine de fougère mâle et les feuilles de scordium , qui passa aussi <]uelquetbis dan$ le larynx , mais sans y causer autant de douleur que la première. Les dernières uir jections furent continuées durant l'espace de quinze jours, et le malade sortit parfaitement guen le 24 septembre suivant.))
XLI"*^ oèservation. — «Un homme, âgé de 60 ans> fit , le 22 mars 1760, sur le dos et derrière la tête , une chute qui lui produisit, dès le moment de Taccident , un écoulement de sang par le nez etles oreilles, et peude temps après le délire. Le chirurgien qui fut appelé lui donna les secours indiqués en pareil cas , et le malade guérit parfaitement de ces divers accidents. Le l^*^ juin il lui survint à. Foceille droite une vive douleur , qui fut peu de t^mps après accompagnée -d'ime abondante suppuration. Je lui fis le 18 de ce mois, une injection vulnéraire qui passa avec la plus grande facilité dans l'arrière - bouche. Cette injection fut continuée jusqu'au 8 juillet, que le malade n'en voulut plusy parce qu'il lui attribua une légère ophthalmie dont il fiit attaqué , et à laquelle il n'avait jamais été sujet. »
XLII""^ OBSEïiVATiON. — (( Il y a aujourd'hui, i3
décembre 1768, dans mon hôpital, une servante
chez qui, à la suite d'une prodigieuse suppuration
par l'oreille , il s est formé un dépôt à l'apophyse
mastoïde. La liqueui* qu on injecte par l'ouverlurc de l'abcès, sort par le nez, ou tombe dans l'œsophage, ainsi que celle qu'on pousse par là conque, et dont une partie sort encore par la fistule mastoïdienne.
» Les malades qui font le sujet des deux premières observations entendaient aussi distinctement qu'avant leur accident , et la fiUe qtd fait le sujet de la troisième commence à recouvrer la finesse de l'ouïe, qu'elle avait perdue au commencement de sa maladie (i). » '
XLIII"*^ OBSERVATrfK. — (( M^ Radfeixl donna ses soins, en 1779, à une dame qui avait une portion du palais et des amygdales, détruite par un ulcère, lequel avait sur-lout porté ses ravages dans les trompes d'Ëustachi. Chaque fois que cette dame avalait un liquide, une partie s'en écoulait par les oreilles. Néanmoins, quoique cet ulcère eût étendu ses effets jusqu'à la membrane du tympan , l'ûuJiè ne s'en trouvait aucunement dimifiurfe ni affaiblie (2). »
•XLIV"*^ OBSERVATION. — (( En 1774, une dame, âgée d'environ 46 ans, d'un bon tempérament, et qui n'avait été jamais sujète aux maux de nerfs, sentant
(1) Cette observation et les deux précédentes sont d« M. Martin. \oye% Journal (fe mcdeci ne, ao<it 1769.
(2) Cooper. . ,
quelque démangeaison dans Toreille , se servit d'une aiguille à tricoter pour se gratter. Dans le même instant quelqu'un étant entre dans la chambre , elle tom'ua la tête tout-à-coup , et s'enfonça brusquement et fortement l'aiguille dans le conduit de l'oreille. A l'instant elle sentit une douleur horrible et un trouble inexprimable ; il lui parut que la chambre , elle-même , et tout ce qui l'environnait tournait sens dessus dessou^; l'aiguille , comme repoussée avec force y alla tomber à quelques pas y mais il parait que la violence seule de la douleur la lui fit retirer avec la main. Cet état de vertige fut accompagné de spasme, et de contractions telles , que tout son corps était courbé , sa tête rapprochée des genoux, et ses janod^es fléchies au point de ne pouvoir poser le pied par terre ; les traits de son visage rétirés et contractés exprimaient la plus grande angoisse. Elle éprouvait en même temps des nausées et des vomissements très - violents et très - douloureiix. On employa pendant quatre jours toutes sortes de remèdes antispasmodiques , sans le moindre succès , et l'on commençait à craindre beaucoup pour les jours de la malade , lorsqu'une de ses amies vint le soir du quatrième jour disant qu'elle avait luie liqueiu* qui la guérirait sûrement : ^Ue lui en injecta dans l'oreille blessé^ . avec une seringue; ce qui la soulagea promptement , et fit d'abord cesser les vomissements; ensuite les
vextiges et les spasmes se calmèrent peu-à-^eu en continuant le$ injections de cette liquem*, dont la dame faisait un secret , et qui n'était qu'une solution de plomb. Le goût sucré que la malade sentit peu après qu'on lui en eut injecté dans l'oreille, décou-» vrit aisément la présence de ce métal. Mais cette circonstance prouva en même temps que la mem-r , hrane du tympan était percée, et que la liqueur avait pénétré dans la bouche par la trompe d'Eusr . tachi.
)) Quoique les principaux accidents eussent cesse, la malade re^ta encore fort long - temps ébranla , et surrtout incapable de supporter un bruit un peu fort. Au bout de quelque temps, lorsqu'elle put permettre qu'on examinât l'oreille, on vit qu'en eflFet le tympan était percé , et il parut manifeste- . ment qu'un trou fait à cette membrane, bien loin de causer la surdité comme qiielques personnes l'auraient cru , avait rendu son ouïe trop délicate , et qVau lieu d'entendre ^lus mal, elle entendait trop bien.
}) n se passa plus de deux ans avant que la malade. pût supporter un bruit un peu plus fwt qu'à l'ordinaire. Il lui était impossible de rester, sans «e trouver mal, dans l'église pendant le chant des psaumes , ou d'entendre une conversation entre des personnes qui élevaient la voix. Cette grande sensibilité diminua par degrés ; le lait d'ânesse fut
le remède qui contribua le plus à son rétablisse^ ment. Elle avait toujours soin cle tenir du coton dans ses oreilles ; celui qu'elle plaçait dans l'oreille malade en sortait souvent comme de lui-même , soit en se mouchant, soit enmangeant; ce qui lui arrive encore ^qaelquetbis, quoique beaucoup plus rarement , mais jamais du côte de l'oreille saine (l). »
XLV"^*" OBSERVATION. — Leon Navier, âge de i o ans, s'amusait dans une prairie^vec ses camarades à se laisser rouler du haut d'une mfeule. Dans upe de ses chutes la tête s'ëtant enlbncëe profondément dans le foin , une tige de quelque plante menue et desséchée pénétra dans le conduit auditif, et y fit une piqûre qui produisit une vive douleur et l'écoulement de quelques gouttes de sang. Une servante ayant conseillé à cet enfant de se moucher fortement pour faire sortir, disait-elle , tout ce qui pouvait être dans l'oreille ; on vit s'en échapper avec bruit une écume sanguinolente , ce qui fut répété deux ou trois fois dans la soirée. Le lendemain l'enfaut me fut *amené. Il avait de la fièvre et du mal de tête , et se plaignait de la. douleur qu'il ressemait dans l'oreille quand il buvait ou parlait. J'examinai le conduit, où je ne pus rien découvrir à cause du sang caillé qui en couvrait les parois et le lond , et que je ne jugeai pas à propos d'enlever. Je recom-
(i) Vicusseux; BiMi4>thique britaimique 3 VoK 22^.
mandai de soustraire Fenfam à toutes sortes dé brcûts , de veiller à ce qu'il ne se mouchât point , et de lui tenir Foreille malade bouchée avec une petite éponge humide et cachée sous un bandeau. Huit jours après j'instillai dans l'oreille un peu d'eau tiède seulement, pour la nettoyer, et je pus facilement examiner la membrane. Elle était xouge et gonflée*, mais beaucoup plus dans une partie de sa circoni^ rence qu'à son centre. Il me fut impossible d'y dis* tinguer âiicune*solution de continuité , sans doute parce que cette membrane avait étp seulement détachée dspis cette partie de sa circonférence, qui était , comme je l'ai dit, plus particulièrement injectée ettmnéfiée. Une quinzaine de jours après cette seconde inspection , j'examinai de nouveau la membrane; eUe était traversée de plusieurs stries blanchâtres, opaques, qui lui avaient ôté une partie de sa transparence, sans toutefois que l'ouïe eh éprouvât la moindre diminution.
XLVT^* OBSERVATION. — Un commis de la poste aux lettres, qui était tourmenté par des dartres, et qui éprouvait des démangeaisons intolérables dans les oreilles, voulant détacher de celle du coté gauche ime croûte dartreuse qu'il supposait adhérer tau fond du conduit auditif, s'y prit avec si peu de ménagement qu'il se creva la membrane du tympan avec l'extrémité pointue d'un cure-oreille. Un petit craquement qu'il Sentit au même instant, et qu'il compara au
RUPTURE DE LA MEMBRANE DU TYMPAN. SyS
bruit que produirait la piqûre à! un morceau de parchemin, mit cette lésion hors de doute. Un chirurgien quHl consulta dès le soir même, lui en fournit une nouvelle preuve en lui disant de se moucher fortement , et lui taisant observer que l'air sortait par l'oreille blessa. Je ne vis le jeune homme que le troisième jour après son accident. J'aperçus distinctement la déchirure de la membrane ou plutôt son décollement; elle était détachée du conduit dans le tiers intérieur de sa circonférence. Cependant l'ouïe n'était point affaiblie, quoiqu'elle tût légèrement troublée par un bourdonnement continuel semblable au bruit d'une cascade lointaine. Je prescrivis les mêmes moyens que j'avais indiqués pour Navier, mais ils n'eurent pas le même succès, soit parce que l'ouverture était plus grande, soit pairçe que cp commis , obhgé de vaquer aux fonctions de sa place, ne put pas s'entourer d'un silence absolu.
XLVU"'*' OBSERVATION. 7— Je dînais dans uapen^ sionnat de jeunes demoiselles , quand on m'amensT une pensionnaire qui en plaisantant avec une de ses compagnes s'était introduit une aiguiUe de*moyi»iEi^ grosseur dans le conduit ^auditif. Le chatouillement qu'y avait produit ce corps étranger avait «oHicité de la part de cette demoiselle de brusques tentatives pour en faire l'extraction , ce qui ,n'avait fait qu'eurfoncer plus avant l'aiguilte dans le conduit. CeCté
jeune personne ressentait une iiiye douleur lôrs-» qu'elle me fut amenée. Il faisait un beau soleil; j'y exposai la tête de la patiente, et j'examinai le conduit. Je vis que la pointe de Faiguille était engage dans une ouverture qu'elle avait faite à-peuprès au milieu de la membrane du tympan. Cette cloison était vivement colorée ; mais il me fut impossible de distinguer si cette rougeur dépendait de l'extravasation du sang ou de son passage dans les vaisseaux blancs de cette membrane. Il me fut très- &cile, au moyen d'une petite pince à toilette qu'on me procura 9 de saisir l'aiguille et de la retirer. L'extraction faite 9 j'examinai la petite plaie qui se présentait aux yeux sous laformed'un point ecchymose. Je remplis l'oreille d'une petite éponge humide, et recommandai à cette demoiselle de ne point se moucher et d'éviter le bruit. Quatre jours après on ne voyait sur. la membrane qu'une petite tache d'un blanc mat. Il ne s'y était opéré aucun autre changement, la dernière fois que j'examinai Toreille de 'cette demoiselle, trois mois après Faocideikti Du feste, l'organe n'avait soufiert aucune altération dans ses ibnctions.
; XLVni"'* OBSERVATION. — J'ai VU , un jour à l'hô|)ital militaire duV al-de>Grâce, un malade convalescent qui , entouré de plusieurs de ses camarades , pariait qu'ils ne devineraient point par où il pourrait en soufflant éteindre ime chandelle. ^Quand toute
rassemblée eut ututileineiit épuisé sa pénétration , il prit une lampe qui était accrochée à un mur , et la mettant vis-à-vis dWe de ses oreilles , il Téteignit du second coup. Questionné sur l'accident qui avait pu produire cette ouverture de la membrane ^ du tympan, il me répondit que se trouvant de .garde dans une ville d'Allemagne ^ près d'un magasin à poudre qui prit feu tout-à-coup , il avait été jeté par l'explosion à plus de vingt'pas de là dans un fossé sans eau , dont on le retira sans connaissance pour le porter à l'hôpital ; on ne lui avait vu d'autre mal qu'un grand nombre de contusions à la tête et sur le corps; mais il n'était pas moins resté quinze jours dai^s le. délire, et les deux mois suivants dans une espèce de stupidité qui ne lui avait laissé qu'un faible souvenir du temps qu'il était demeuré dans cet état. Après quoi il s'était aperçu qu'il entendait beaucoup moins d'une oreille, ce dont il ne se fût point avisé sans un bourdonnement continuel qu'il éprouvait dans cette partie , et qui lui fît croire , lorsqu'il commença de revenir à lui ^ que l'hôpital , dans lequel il se trouvait , était tout près de quelque rivière considérable. Cependant lorsque peu de temps après le bourdonnement diminua et disparut, l'ouïe se réta* blit, au point qu'elle était redevenue aussi délicate d'un côté que de l'autre. A l'époque où f^ recueillis cette observation, il y avait cinq ans que cet accident avait eu lieu , sans que d^[mis l'instant où l'o-*
reille avait repris toute Tintëgrité de ses fonctions, Fouïe eût éprouve aucun autre dërangement consécutif*
CHAPITRÉ Xïï.
De Vépqississenient de la membrane du ty-mpan,
L'ÉPAlsdls^MËNT , qui est l&^ultat assez <>rdinàire de l'inflMdiAation prop^i^ de la m^nbrane, oit de celle qur kn est commune avec le conduit auditif ou k caisse, peut aussi teâir à d'aii^es causes qu'il n'est pas toujours facile de déterminer. J'ai observé une f(HS cet épaississeipent chez une femme qui n'avait ressenti aucun «ymptôme d'mite ni d'otaU gie, mais qui était sujète à de fréquentes céphalalgies. Les maladies éruptives, et particulièrement la petits-vérole, en remplissant de pustules le conduit auditif 9 peuvent épaissir la ihembrane tympaniqùe. La même altération peut tenir à des excroissances chroniques. On lit dans les Ephéniérides des «Curieux de la nature qu'en disséquant une hrehis sourde, on trouva la membrane du tyïnpan d'une de ses oreilles couverte tant eu dedans qu'en dehors d'excroissances verruqueuses.