CINQUIÈME CATÉGORIE
« Nombre et nature des faits : Surdité avec engouement catarrhal ou purulent de la caisse, accompagnée de la destruction ou de la perforation spontanée delà membrane du tympan : vingt-huit cas.
« Traitement : Douches d’air de part en part, de la durée de six à sept minutes , du volume de trois quarts de ligne , sous la pression de trois à cinq atmosphères , et au nombre de quinze à trente.
« Résultats : Effet nul sur plus de moitié ; chez les autres, amendement de quelques instants ; chez aucun , la matière contenue dans la caisse ou dans le conduit externe ne s est lait jour au dehors, quoique l’air s échappât avec bruit par l’ouverture de la membrane.
« D’après cette récapitulation fort abrégée d’une série de deux cent trente-huit histoires de traitements tentés par les douches d’air , sans autre résultat durable que celui de deux guérisons, auxquelles d’autres causes ont concouru, l’Académie pensera peut-être, comme
nous , que l’action de l’air atmosphérique injecté dans la trompe d’Eustache est impuissante à effectuer une guérison durable des lésions de l’audition, même de celles qui dépendent d’un embarras matériel des cavités de l’oreille moyenne. Si tous nos résultats avaient été complètement négatifs , nous n’eussions osé en tirer une pareille conclusion ; car , de ce que nous eussions toujours échoué , il ne s’ensuivrait pas qu’un autre n’eût quelquefois réussi ; mais la nature mixte de nos faits leur donne une tout autre valeur. Ils démontrent évidemment que les opérations ont été bien faites et bien appliquées, puisqu’un certain nombre a été suivi de succès, et qu’il est dans la nature des succès obtenus par un pareil moyen de n’avoir qu’une durée éphémère ; ce que démontrent aussi non-seulement la raison, mais encore l’analogie déduite de l’instabilité des guérisons obtenues par les simples injections d’eau tiède.
« Si , en d’autres mains, les douches d’air ont eu des effets plus durables et plus complets , si réellement, et toute illusion à part , elles ont rendu l’ouïe à des sourds complets de naissance , il est à croire qu’elles auront dû leurs qualités curatives à quelque auxiliaire puissant, dont on aura oublié de nous parler.
« Nous venons de voir à quoi se réduisent les effets thérapeutiques des douches d’air. Il nous reste à examiner en quoi consistent les avantages diagnostiques qu’on leur a attribués, et que leur a reconnus une compagnie savante. Ces avantages seront de faire connaître l’état pathologique de la caisse , par le bruit qu’y produit le refoulement de l’air atmosphérique. L’auteur qui le premier a observé et décrit la surdité catarrhale, l’une des plus fréquentes et des plus curables, a signalé, il y a
186 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE II, CHAPITRE XIII. longtemps , comme signe ordinaire de cette cophose , les changements brusques occasionnés quelquefois dans l’audition , soit par l’éternument , soit par l’action de se moucher , soit enfin par une expiration forte et prolongée, qui refoule violemment dans la caisse une partie de l’air expiré retenu dans la bouche. Les douches d’air, employées comme exploration de la cavité du tympan, ne sont, comme l’on voit, qu’une extension de ce dernier procédé, et nous ajouterons un abus de ses conséquences, si on regarde comme signe pathognomonique de l’engouement de la cavité du tympan, l’espèce de crépitation produite par les douches d’air.
« Il s’en faut de beaucoup que ce phénomène soit en rapport constant avec cet engouement, et, comme on l’a prétendu encore , avec les progrès du traitement. Nous pouvons assurer qu’il se rapporte uniquement à la présence de quelque mucosité dans la trompe, et nullement à l’engouement de la caisse. Il est facile de s’en convaincre sur le cadavre : car ce signe n’ayant rien de vital, et tenant complètement à un effet invariable d’acoustique, on ne peut récuser les conséquences de notre expérience. Elle consiste à remplir la caisse de mucus nasal par le méat auditif, en détruisant la membrane du tympan , qu’on remplace ensuite par un tampon de suif. Puis on dirige dans la trompe , au moyen de la sonde , comme dans le vivant , un jet d’air violent et continu. On s’aperçoit alors que tant que la mucosité n’arrive pas jusqu’à la trompe , l’insufllation n’y produit aucun bruit , et qu’il suffit, pour l’obtenir dans toute son intensité, de faire couler dans ce conduit une partie du mucus introduit dans la caisse, ou même, laissant cette cavité libre, d’en déposer quelque peu dans le fond de la trompe. Ainsi
établie, la crépitation continue jusqu’à ce que la matière muqueuse qui la produit ait été entraînée dans la caisse par l’afflux de l’air, ou ramenée par son reflux vers l’orifice de la trompe , hors du passage de la colonne d’air.
« Notez encore que cette projection continue de l’air dans la caisse n’a d’autre effet sur le mucus qu’elle contient, que de l’appliquer contre ses parois et de le refouler vers lescellules mastoïdiennes, sans en entraîner la moindre partie au dehors. Ou peut rendre encore plus patents ces résultats mécaniques de la douche d’air, en expérimentant de préférence sur l’oreille du bœuf , dans laquelle la caisse du tympan et surtout le conduit guttural ont une plus grande étendue que dans l’homme. Des résultats de cette expérience on peut conclure :
« r Que, comme moyen d’explorer l’état d’engouement de la caisse par la crépitation qui souvent les accompagne , les douches d’air ne sauraient fournir aucun indice certain ;
« 2° Que , comme agent mécanique de détersion ou d’évacuation de la matière obstruante , elles ne peuvent que la déplacer et la refouler , et qu’en conséquence , sous ce deuxième comme sous le premier point de vue , les douches d’air ne sauraient mériter la confiance des hommes de l’art.
« Cathétérisme de la trompe d’Eustache. — Après la critique que nous avons dû exercer sur plusieurs parties du mémoire de M. Gairal , nous éprouvons une vive satisfaction à applaudir à ceux de ses travaux et de ses instruments qui ont pour objet le cathétérisme de la trompe. Sur ce point on peut dire que ce jeune chirurgien a rendu service à la science ; car, au moyen de la
188 DEUXIÈME PAKTIE, LIVRE II, CHAPITRE XIII. sonde qu’il a imaginée, il a donné à la principale opération de la thérapeutique acoustique un degré de perfection qu’elle n’avait point encore atteint. On s’aperçoit facilement que c’est spécialement vers ce point qu’il a dirigé ses efforts et ses recherches , et qu’il a procédé méthodiquement. Il a d’ahord fait une étude approfondie des dispositions anatomiques des fosses nasales et de l’arrière-bouche, pour calculer avec justesse les obstacles ouïes facilités qu’éprouvait, pour parvenir jusqu’au fond de la trompe , telle ou telle sonde présentant telle ou telle courbui'e, et construite soit en métal, soit en matière élastique. De là la nécessité de faire un examen critique de tous les instruments et méthodes de cathétérisme successivement mis en usage depuis l’année 1 724, époque à laquelle cette opération fut imaginée par un maître de poste de Versailles, qui l’expérimenta sur lui-même. Il serait trop long de suivre M. Gairal dans cette revue opératoire ; nous nous contenterons de faire connaître les inconvénients que présentent, selon lui, les trois procédés opératoires qui sont actuellement le plus communément suivis, et qui sont ceux de Saissy, de M. Deleau, et du rapporteur de votre commission.
«M. Gairal trouve à la méthode de Saissy trois inconvénients : 1° d’exiger deux sondes différentes, une pour chaque oreille ; 2° de ne pouvoir faire servir aucune des deux à injecter la trompe par la narine opposée , quand celle du côté malade n’est pas accessible ; 3“ d’avoir établi, pour indice de l’arrivée du bec de la sonde à l’orifice de la trompe , la disparition de la seconde courbure de l’instrument sous l’aile du nez. Ces défauts sont réels , et le dernier surtout est grave : ils sont une conséquence inévitable de l’idée fondamentale et défectueuse
qui a dirigé l’inventeiir de ce cathéter , et qui a été d’établir un rapport exact entre les trois courbures de l’instrument et les anfraetuosités du canal qu’il avait à traverser. Or, comme de toutes les anfractuosités du corps humain , les fosses nasales sont celles dont les creux , les reliefs et la capacité offrent le plus de différences individuelles , il en résulte que les rapports établis entre la configuration des parois nasales et la forme de l’instrument doivent se trouver souvent en défaut , et en rendre l’application plus ou moins difficile et inexacte.
Les objections élevées contre la méthode deM. Deleau sont plus nombreuses et plus détaillées.
«M. Gairallui reproche d’avoir , à l’exemple de Cléland et de Watben , donné la préférence aux sondes flexibles, et d’avoir établi que leur introduction était plus facile et moins douloureuse. Il trouve au contraire que , par suite de la très-courte courbure donnée par M. Deleau au bec de sa sonde , on a moins de facilité qu’avec toute autre à circonscrire la saillie du cornet inférieur et de l’apophyse ptérygoïde , et d’aborder par conséquent l’orifice de la trompe ; que, sous le rapport de la douleur, une sonde de métal bien polie entraîne moins de douleur qu’une sonde de gomme élastique , roidie par un mandrin , qu’il faut ensuite extraire par le diamètre le plus étroit de la fosse nasale. Quant au but de l’opération, qui est finjection liquide ou gazeuse, M. Gairal soutient qu’on le remplit moins parfaitement avec une sonde de gomme élastique , qui , en raison de la glus grande épaisseur de ses parois et de son moindre calibre , ne peut fournir qu’un jet de fluide plus ténu. M. Gairal aurait pu ajouter que ce jet, par le seul fait de l’élasticité du conduit qui le fournit, perd considéra-
190 DEUXIÈME PARTIE, MVKE II, CHAPITRE XIII. blement de sa force impulsive, et que, par une autre conséquence de cette flexibilité du conduit, augmentée par la chaleur halitueuse de la gorge, le bec de la sonde reste flottant dans le pavillon de la trompe, d’où il est continuellement repoussé par le reflux du liquide ou de l’air : ce qui nous a été démontré non-seulement par nos expériences sur le cadavre , mais encore par nos observations sur le vivant. Car lorsqu’on veut , dans ce dernier cas, donner un surcroît d’impulsion à l’injection liquide ou gazeuse , il arrive souvent que l’extrémité de l’algalie élastique se dégage de la trompe , et lance la matière de l’injection dans le pharynx. Cette mobilité de la sonde est un inconvénient grave, qui ôte à l’opération son plus grand avantage , celui de forcer le détroit de la sonde , quand elle est opiniâtrément engouée.
« Passons ensuite à l’examen de la sonde employée et recommandée par le rapporteur de votre commission. M. Gairal ne la trouve pas moins défectueuse que les précédentes ; il en critique surtout la trop petite courbure , qu’il reconnaît également insuffisante pour embrasser la saillie de l’apophyse ptérygoïde et du cornet inférieur, et parvenir jusqu’à l’orifice du conduit guttural. Il nous aurait, peu s’en faut, démontré l’impossibilité de la faire servir au cathétérisme de la trompe , sans la preuve du contraire que nous fournit notre pratique de chaque jour, depuis bientôt vingt-cinq ans. Toutefois, la même impartialité qui nous a fait reconnaître la justesse de ses observations contre les deux autres procédés opératoires , nous fera convenir qu’en critiquant le trop peu de courbure de notre sonde , il en a indiqué le défaut capital : non qu’il en résulte l’impossibilité de contourner le cornet inférieur , ce qui n’est nullement
nécessaire , attendu qu’elle doit passer et se placer audessous de ce même cornet , mais parce qu’une fois engagée de trois ou quatre lignes dans le pavillon de la trompe , il n’y a pas moyen d’en porter le bec jusqu’au fond de ce conduit : ce qui devient nécessaire , comme nous l’avons dit ci-dessus , dans certains engouements fort tenaces qui le ferment complètement.
« Mais alors nous faisons usage d’une sonde demi-flexible, c’est-à-dire qui a sa partie droite en argent, et son col ou sa partie courbe en gomme élastique, courbée à l’étuve , selon le procédé suivi depuis quelques années pour la construction des algalies flexibles de l’urêtre. Le bec de cette sonde , une fois parvenu à l’orifice de la trompe d’Eustache, glisse facilement jusqu’au détroit de ce conduit, et , soutenu par la partie métallique qui lui est invaginée, tient bon contre l’impulsion rétrograde du fluide injecté. Ce n’est pas toutefois qu’il n’y ait, de la part de cette portion molle de la sonde, un peu de recul, à la faveur duquel la matière de l’injection s’échappe avec trop de facilité entre les deux orifices de la sonde et de la trompe. Cet inconvénient ne pouvait être levé que par l’usage d’une sonde complètement métallique , à coude assez allongé pour l’empêcher d’exécuter son évolution. C’est là le problème que M. Gairal a résolu d’une manière fort heureuse , en donnant à son cathéter une courbure plus développée, prise de plus loin, et en le manœuvrant de telle sorte qu’au moment où la saillie de cette courbure est près de toucher la paroi interne de la narine, l’excédant de la courbure est déjà reçu dans la trompe. Cette conception, comme toutes celles qui marquent un progrès dans la science , est simple et
192 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE II, CHAPITRE XIII. heureuse, et l’on s’étonne qu’elle ne se soit pas présentée de prime-abord.
« La sonde de M. Gairal représente un tube en argent, qui a six pouces de long , une à deux lignes de diamètre, une courbure de 1 15“ dans une étendue de deux pouces, et, sur sa face convexe, des numéros qui indiquent la distance à parcourir pour arriver à l’orifice postérieur des fosses nasales.
n Cette distance étant la même à peu près que celle qui existe entre l’arcade dentaire et les bords flottants du voile du palais , M. Gairal mesure d’abord celle-ci avec une lame d’argent qu’il appelle palatomètre , sur laquelle est gravée une échelle correspondante à celle de la sonde, et qui lui indique par conséquent jusqu’à quel numéro elle doit être enfoncée dans la narine. Après avoir décrit très en détail le modus faciendi du cathétérisme , voici comment M. Gairal le résume :
« r Mesurer avec le palatomètre l’étendue de la voûte palatine ; 2“ enfoncer dans les fosses nasales la sonde jusqu’au numéro indiqué par le palatomètre ; 3“ exécuter le mouvement de rotation jusqu’au numéro 1 du pavillon ; et 4“ pénétrer dans la trompe en enfonçant doucement la sonde, en même temps que l’on continue la rotation jusqu’au numéro 2.
« Pour explorer l’état de la trompe , et reconnaître surtout le siège plus ou moins profond des obstacles qui peuvent s’y rencontrer, M. Gairal a encore imaginé un mandrin en baleine , fort délié, qui, introduit à l’aide de la sonde dans la trompe , peut traverser toute la caisse, et parvenir jusqu’au voisinage des osselets de l’ouïe. Il serait difficile d’indiquer à priori les.avantages
et les inconvénients de ce moyen de dilatation et d’exploration. Il faut attendre que l’expérience ait prononcé.
« Cette épreu ve du moins n’a pas manqué à la méthode et aux autres instruments de cathétérisme de M. Gairal. Nous ne nous sommes pas bornés à en juger d’après les faciles essais que nous lui en avons vu faire sur le cadavre : le rapporteur de votre commission a dû saisir toutes les occasions que sa pratique lui a présentées, pour les expérimenter sur le vivant. Si nous n’avons pas trouvé le cathéter de M. Gairal d’une application toujours facile , nous pouvons attester que cette application nous a constamment paru plus exacte , plus avantageuse , que celle de toute autre sonde : que si ces avantages sont peu importants dans le plus grand nombre des cas , il en est d autres où ils décident du succès, comme dans 1 engouement persistant du détroit de la trompe ; et d’autres où ils rendent possible et même facile une 'espèce de cathétérisme difficilement praticable par d’autres cathéters. Nous voulons parler de celui qu’il faut exécuter par la narine opposée à la trompe, quand la narine du même côté , par maladie ou par défaut de conformation, s’oppose à l’introduction ou à l’évolution de la sonde. Nous devons doue applaudir aux corrections heureuses que M. Gairal a fait subir au cathéter et au cathétérisme de la trompe d’Eustache. Et c’est en considération de ce service rendu à une partie encore fort reculée de la science, que nous avons l’honneur de vous proposer de déposer le mémoire de ce jeune confrère dans vos archives, de le remercier de sa communication, et de l’encourager à poursuivre une carrière où il marque ses débuts par des succès. »
Tom. II.
Nous avons pensé qu’il était nécessaire de faire suivre les considérations du rapport présenté à l’Académie des sciences par MM. Magendie et Savart , sur un mémoire communiqué par M. Deleau.
Ce rapport, dont les conclusions ont été adoptées, est ainsi conçu ;
« La multiplicité des parties qui entrent dans la composition de l’organe de l’ouïe , leur extrême délicatesse , et leur réunion dans un espace très-resserré , apportent de grandes difficultés dans le diagnostic, le pronostic et le traitement des maladies dont cet organe peut être affecté; aussi peut-on dire que jusqu'à ces derniers temps on ne possédait aucune donnée positive sur ce point , d’ailleurs si important , de la pathologie humaine.
<> M. Deleau , qui consacre tout son temps au traitement des maladies de l’oreille, a entrepris de jeter quelques lumières sur un sujet si compliqué; et, dans le travail qui fait l’objet de ce rapport, il a eu principalement en vue l’étude des affections chroniques de l’oreille moyenne. Les premiers chapitres de son traité sont consacrés à des considérations sur le rôle que joue l’air dans l’oreille moyenne , et il s’attache d’abord à montrer que la force élastique de ce fluide , qui remplit la caisse du tambour et les cellules mastoïdiennes , a une influence considérable sur le degré de finesse de l’ouïe ; que quand cette force est moindre ou plus grande que celle de l’air extérieur , l’ouïe est dure ; phénomène qui s’explique très-bien lorsqu’on fait attention que, dans 1 un ou l’autre cas , la membrane du tympan se trouve plus tendue que dans l’état naturel , ce qui diminue nécessairement l’amplitude de ses oscillations , quoique d’ailleurs elle
produise toujours le même nombre de vibrations que le corps qui l’ébranle à distance à travers de l’air.
« Une conséquence naturelle de cette observation , c’est que toute lésion qui empêchera l’introduction de lair dans 1 oreille moyenne devra déterminer une surdité, qui ne pourra disparaître que par le rétablissement de la libre circulation de l’air. Or, M. Deleau observe avec raison que plusieurs maladies de l’arrière-bouche et des fosses nasales peuvent produire une oblitération ou un rétrécissement du canal même de la trompe d’Eustache. Ainsi il arrive souvent que la tuméfaction des amygdales , lésion fort commune, surtout chez les jeunes sujets, produit une surdité qui dépend évidemment de ce que ces glandes , en augmentant de volume , écartent les piliers du voile du palais, et, parla , déterminent la compression des orifices des trompes d’Eustache. De même encore, il arrive fréquemment que linflammation de la membrane muqueuse, dans les angines, les ulcérations vénériennes , les phlegmasies scrofuleuses , les catharres chroniques delà membrane pituitaire, etc., s’étend jusqu’au pavillon de la trompe d’Eustache, même dans toute l’étendue de ce canal , et jusque dans la caisse du tambour. Ces diverses affections, en empêchant la libre circulation de l’air dans l’oreille moyenne, doivent donc produire une dureté d’oreille plus ou moins intense. Mais, maintenant, par quel procédé pourra-t-on distinguer si la surdité dépend ainsi d’un rétrécissement, d’une simple obstruction de la trompe , ou bien si elle tient à quelque autre lésion , soit de l’oreille interne, soit des osselets , soit du nerf acoustique lui-même ? Pour résoudre cette difficulté, on se bornait autrefois à engager les malades à condenser de l’air dans la bouche , en la tenant
196 DEÜXIÈME PARTIE , LIVRE II, CHAPITRE XIII. fermée, ainsi que le nez ; et, par les renseignements qu’ou obtenait des sujets eux-mêmes , on tàehait de déterminer si l’air pénétrait ou non dans la caisse. On avait même imaginé d’introduire une sonde dans la trompe d’Eustache ; mais l’étroitesse de ce canal vers sa partie moyenne, lorsqu’il commence à pénétrer dans la portion pierreuse du temporal , s’opposait le plus souvent à ce que la sonde pût arriver jusque dans la caisse du tambour. Enfin , au moyen d’une sonde creuse introduite dans le pavillon de la trompe, on était parvenu à injecter un liquide jusque dans l’oreille moyenne; mais ce procédé ne suffisait pas toujours pour indiquer le siège et la nature de la lésion qu’il s’agissait de combattre. M. Deleau, considérant que la membrane muqueuse qui tapisse l’oreille moyenne possède le degré de sensibilité nécessaire pour supporter sans douleur le contact de l’air atmosphérique, a pensé que des injections d’air ne seraient nullement dangereuses, et que, par la différence des bruits qu’elles occasionneraient lorsqu’elles arriveraient ou non jusque dans la caisse, on pourrait reconnaître si la surdité dépendait d’un simple rétrécissement ou d’une obstruction de la trompe. A cet effet il introduit par les fosses nasales une sonde creuse de gomme élastique jusque dans la trompe d’Eustache, et ensuite , au moyen d’une pompe qui comprime l’air dans un réservoir muni d’un manomètre , il pousse de fair dans la sonde : on conçoit que si la trompe n’est pas entièrement obstruée, ou que si l’obstacle est de nature à céder, fair doit pénétrer jusque dans la caisse, et de là refluer sur lui-même, en se frayant une route rétrograde entre les parois de la trompe et celles de la sonde.
« Par ce procédé, on peut reconnaître l’état patholo-
DE LA SURDITÉ CATARRHALE. t97
giqiie de l’oreille moyenne, en faisant attention : 1° à la nature des bruits que le courant d’air détermine , bruits que l’opérateur peut apprécier en appliquant sa propre oreille contre le pavillon de celle du malade ; 2“ en observant avec soin les changements que ces injections produisent sur la faculté d’entendre ; 3° enfin, en tenant compte de leurs effets sur la sensibilité. 11 est clair que, pour juger ainsi de la nature et du siège de la lésion, d’après les effets qui sont produits par le courant d’air, il était indispensable d’examiner d’abord les phénomènes qui se passent lorsqu’on injecte de l’air dans une oreille saine: c’est ce qu’a fait M. Deleau, et il a observé que, dans ce cas, l’ouie devenait dure lorsque l’air de la caisse du tambour était comprimé ou dilaté, et que le son qu’on entendait dans l’oreille du sujet soumis à l’expérience était analogue à celui d’une pluie assez forte qu’on entendrait tomber sur les feuilles des arbres. L’auteur désigne ce bruit par l’expression de bruit sec de la caisse; et il remarque que l’injection de l’air dans une oreille saine n’a produit aucune sensation douloureuse; qu’il en résulte seulement un léger engourdissement dans l’oreille, sans que la faculté d’entendre soit diminuée ou altérée en rien. Lorsque l’orifice de la trompe se trouve comprimé par la tuméfaction de l’une des amygdales , ou bien lorsque ce canal est obstrué qu rétréci dans une partie de sa longueur , sans que d’ailleurs la caisse du tambour soit le siège d’aucune lésion , si le courant d’air peut surmonter les obstacles qui s’opposent à son passage , il occasionne dans la caisse un bruit tout à fait analogue à celui qu’on observe dans une oreille saine; et, aussitôt après que la sonde a été enlevée , le malade entend à une distance plus considérable qu’avant l’opé-
198 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE II, CHAPITRE XIII. ration. Cette amélioration se soutient pendant plusieurs heures, quelquefois pendant plusieurs jours, et elle semble indiquer que , quand la trompe est obstruée , l’air enfermé dans la caisse est en partie absorbé , ou qu’il est altéré par son mélange avec d’autres fluides. Enfin, si l’intérieur de la caisse contient un liquide purulent , on entend un bruit d’une tout autre nature , qui ressemble à une sorte de gargouillement tellement prononcé, que l’oreille la moins exercée le distingue facilement : l’auteur appelle ce bruit, bruit muqueux. En général, l’injection de l’air ne cause aucune douleur. Au moins c’est ce qui a lieu dans tous les cas de phlegmasie chronique. Mais il n’en est pas de même dans les cas de phlegmasie aiguë, et cette différence est encore utile pour le diagnostic de l’affection dont on recherche la nature. Après axoir ainsi distingué les différents bruits qui accompagnent les injections de l’air dans l’état naturel et dans l’état pathologique , l’auteur met en évidence tous les avantages que l’on peut tirer de ce procédé pour l’établissement du diagnostic et du pronostic des affections de l’oreille moyenne. Ensuite il cherche à déterminer si les injections d’air sont susceptibles d’être employées comme moyen thérapeutique, et il pensequ’en les administrant à plusieurs reprises et pendant longtemps, elles peuvent être utiles dans les cas d'otite chronique, pour expulser les matières purulentes qui sont quelquefois renfermées dans la caisse du tambour, ainsi que pour dilater la trompe d’Eustacbe lorsqu’elle a été rétrécie par une phlegmasie qui est entièrement éteinte , mais à la suite de laquelle les parois de la trompe sont cependant devenues plus épaisses que dans l’état normal. On, conçoit eu effet que l’air, étant fortement
DE LA SÜRDITÉ PAR COIfGESTION SAKGDINE. 199 comprimé dans un canal très-étroit, doit tendre à en écarter les parois , et qu’il joue alors le même rôle que les sondes de gomme élastique dont on fait usage pour dilater le canal de l’urètre, dans le cas analogue de phlegmasie éteinte. Tel est en substance le contenu de la première partie de l’ouvrage de M. Deleau. La seconde renferme soixante et dix observations , qui viennent à l’appui des principes énoncés dans la première. L’auteur y a recueilli non-seulement les faits qui étaient favorables à ses manières de voir, mais il y a même rapporté plusieurs cas de non réussite, et jusqu’aux accidents que l’emploi de la sonde et les injections d’air avaient déterminés dans certaines circonstances.
« En résumé, il nous paraît que M. Deleau a rendu un véritable service à l’art de guérir, par l’invention ingénieuse des injections d’air , considérées surtout sous le point de vue de leur emploi dans le diagnostic et le pronostic des affections de l’oreille moyenne ; et nous pensons en conséquence que son travail mérite l’approbation de l’Académie. » ]