‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'auditionChapitre 58 sur 69 · A SON EXCELLENCE LE MINISTRE DE L^INTÊRIEUR · texte numérisé non relu

A SON EXCELLENCE LE MINISTRE DE L^INTÊRIEUR

Paris, Je i9 novembre laoe.

Monseigneur ,

J’ai l’honneur de renvoyer à votre Excellence le mémoire de M. Itard, sur les développements et l’état actuel du jeune homme connu sous la dénomination de sauvage de l’Aveyron. La classe, conformément au désir que lui en a témoigné votre Excellence, a examiné ce mémoire avec autant de soin que d’intérêt, et elle a reconnu qu’il était impossible à l’instituteur de mettre dans ses leçons, dans ses exercices et dans ses expériences, plus d’intelligence, de sagacité, de patience et de courage; et que s’il n’a pas obtenu un plus grand succès, on doit l’attribuer, non à un défaut de zèle ou de talents, mais à l’imperfection des organes du sujet sur lequel il a travaillé. Elle n’a même pu voir sans étonnement qu’il soit parvenu à développer ses facultés intellectuelles au point qu’il l’a fait; et

486 LETTRE DE M. DACIER AU MIN. DE L’INTÉR. elle estime que, peur être juste envers M. Itard, et avoir la vraie mesure du prix de ses travaux , il ne faut comparer son élève qu’à lui-même ; se rappeler ce qu’il était lorsqu’il a été mis entre les mains de ce médecin , voir ce qu’il est maintenant ; qu’il faut enfin considérer la distance qui sépare le point d’où il est parti de celui où il est arrivé, et par combien de méthodes nouvelles et ingénieuses cet intervalle immense a été rempli. Le mémoire de M. Itard contient d’ailleurs l’exposé d’une suite de phénomènes singuliers et intéressants, d’observations fines et judicieuses, et présente une combinaison de procédés instructifs, propres à fournir de nouvelles données à la science, et dont la connaissance ne pourrait qu’être extrêmement utile à toutes les personnes qui se livrent à l’éducation de la jeunesse. D’après ces considérations, la classe pense qu’il serait à désirer que votre Excellence voulût bien ordonner la publication du mémoire de M. Itard, que l’éducation de Victor, commencée et suivie si heureusement jusqu’à ce jour, ne-fùt point abandonnée, et que le gouvernement continuât de jeter des regards de bienfaisance sur cet infortuné jeune homme.

J’ai l’honneur de saluer votre Excellence très-respectueusement.

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