‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'auditionChapitre 65 sur 69 · LE MINISTKE DE L’ INTERIEUR · texte numérisé non relu

LE MINISTKE DE L’ INTERIEUR

sympathique est^ comme la plupart des passions grandes et généreuses, l’heureux fruit de son éducation.

Mais si l’on récapitule les changements heureux survenus dans l’état de ce jeune homme, et particulièrement les faits consignés dans les paragraphes IX, X, XI, XII, XIV, XXI, XXV, XXVIII, XXX, XXXI, XXXII, XXXIII, XXXIV, XXXV, XXXVII, XXXVIII, XLIV, XLV, XLVI, XLVII et XLIX, on ne peut manquer d’envisager son éducation sous un point de vue plus favorable, et d’admettre, comme conclusions rigoureusement justes, 1° que le perfectionnement de la vue et du toucher, et les nouvelles jouissances du sens du goût, en multipliant les sensations et les idées de notre sauvage, ont puissamment contribué au développement des facultés intellectuelles; 2° qu’en considérant ce développement dans toute son étendue, on trouve, entre autres changements heureux, la connaissance de la valeur conventionnelle des signes de la pensée, l’application de cette connaissance à la désignation des objets et à l’énonciation de leurs qualités et de leurs actions, d’où l’étendue des relations de l’élève avec les personnes qui l’environnent, la faculté de leur exprimer ses besoins, d’en recevoir des ordres, et de faire avec elles un libre et continuel échange de pensées; 3” que, malgré son goût immodéré pour la liberté des champs et son indifférence pour la plupart des jouissances de la vie sociale , Victor se montre reconnaissant des soins qu’on prend de lui, susceptible d’une amitié caressante, sensible au plaisir de bien faire, honteux de ses méprises, et repentant de ses emportements; 4° et qu’ enfin, monseigneur, sous quelque point de vue qu’on envisage cette longue expérience, soif qu’on la considère comme l’éducation méthodique d’un homme sauvage , soit qu’on se borne à la regarder comme le traitement physique et moral d’un de ces êtres disgraciés par la nature, rejetés par la société et abandonnés par la médecine, les soins qu’on a pris de lui, ceux qu’on lui doit encore, les changements qui sont survenus, ceux

534 RAPPORT A S. EXC. LE MINIST. DE L’iWTÉR. qu’on peut espérer, la voix de l’humanité, l’intérêt qu’inspire un abandon aussi absolu et une destinée aussi bizarre, tout recommande ce jeune homme extraordinaire à l’attention des savants, à la sollicitude de nos administrateurs, et à la protection du gouvernement.

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