DE LA SDRDITÉ AVEC EXCROISSANCES
ces sortes de végétations peut se prolonger après leur extraction. Or, tous ces désoi’dres sont de nature à céder à un traitement rationnel, tel que nous l’avons indiqué dans les chapitres qui traitent de ces différentes maladies de l’oreille.
LIXIV*" OBSERVATION. — Une demoiselle, âgée de huit ans, fut prise, en 1594, d’une petite vérole d’autant plus grave que l’éruption fut à peine sensible. Un au après, elle ressentit de violentes douleurs dans toute la tête , et particulièrement dans l’oreille droite, où elle éprouvait de vifs élancements, accompagnés d’une tuméfaction du même côté de la figure. En peu de temps , l’abcès s’ouvrit , et fournit pendant les premiers jours une matière semblable à de la lavure de chair , et par suite un pus beaucoup plus épais. Peu à peu les douleurs de l’oreille et de la tête , ainsi que la Uiméfaction de la face, s’évanouirent. Vers l’an 1600 , les parents de la demoiselle , s’étant aperçus que son ouïe s’affaiblissait , regardèrent dans son oreille , et en trouvèrent le conduit obstrué par une excroissance charnue. Cependant il n’y avait nulle douleur ni autre symptôme sérieux , quoique cette partie fournît encore un peu de sérosité. Par condescendance pour la jeune personne , qui montra beaucoup de répugnance à réclamer les secours de l’art , ce ne fut qu’en 1 604 que les parents consultèrent Fabrice de Hilden. Le fongus, dont il nous a laissé le dessin, avait la forme du conduit , dans la partie qui s’y trouvait renfermée ; mais la partie qui se montrait au dehors était inégale, dure , livide, et s’épanouissait sur la conque par plusieurs tubercules.
Le traitement de cette maladie ayant été fixé au retour de la belle saison , on commença vers la fin de mars
26 DEUXIÈME PARTIE, EIVRE II, CHAPITRE V. à purger la' malade. Le surlendemain, application des ventouses aux épaules , et le jour suivant établissement d'un séton à la nuque. On lit ensuite usage d’un électuaire tonique , d’apozèmes dépuratifs , interrompus par des purgatifs , en même temps qu’on saupoudrait la tète avec une poudre astringente et aromatique, dont on garnissait chaque jour la suture coronale , avec l'attention d’enlever auparavant celle qu’on avait mise la veille. Après ces moyens préparatoires, on en vint à l’opération : à l’aide d’un stylet , on fit glisser, sur le pédoncule de la tumeur , une anse de fil ,' qu’on serra ensuite avec un serre-nœud composé de deux branches qui s’écartaient l’une de l’autre par leur élasticité, et percées à leur extrémité d’un œil , dans lequel on introduisit le bout du fil pour opérer la ligature. Elle fut faite le 24 mai, el Ki tumeur se délacba sans liéinorragie et sans douleur le 27 du même mois.
Ce qui resta de la racine de la tumeur fut détruit par un escarotique ; et , pour en préserver la membrane du conduit , Fabrice de Hilden eut soin d’interposer , entre elle et la caroncule qu’il voulait détruire, de petites lames de cire. Les applications du caustique furent renouvelées jusqu’à ce qu’en explorant le conduit, on pût voir la membrane du tympan parfaitement libre et dégagée. La guérison fut complète, et Fouie entièrement rétablie, le 24 octobre 1613 (1).
LXXV® OBSERVATION. — « La fille de la veuve Fert, demeurant à Champeaux, âgée de vingt-neuf ans, était sourde depuis sa naissance; ses parents lui avaient enseigné sa langue à la faveur d’un cornet qu’ils lui iiitro-
(1) Fabrice de Hilden ; cent. 3,obs. 1".
DE EA SUEDITÉ AVEC EXCROISSAHCES. 27 duisaient dans la conque. Ils l’avaient conduite à Paris plusieurs fois , et fait voir à différentes personnes de l’art de cette capitale, qui dirent que c’était un mal sans remède. On me la fit voir, après qu’on eut pris différents avis, soit à Paris, soit aux environs de Champeaux. Après l’examen de la malade , je m’aperçus qu’il y avait dans le conduit auditif une excroissance charnue, que je regardai comme un polype ; et je proposai l’opération, en prédisant tout ce qui est arrivé. Le premier de ce mois, je me transportai à Champeaux, je fis l’extirpation du corps étranger , qui était la seule cause de l’infirmité de cette fille. C’étaient deux polypes, qui ax'aient un pouce sept lignes de long ; l’un avait trois racines ou pédicules, et l’autre deux. Nous avons vu avec plaisir cette sourde de vingt-deux ans entendre ensuite plus clair que tous ceux qui étaient présents. Ce succès inespéré a excité la curiosité d’un grand nombre de personnes, qui sont accourues pour s’assurer du fait. La montre à la main , je n’ai été que quatre minutes à faire l’opération et à mettre l’appareil. Ma malade va de mieux en mieux, et sera bientôt guérie.
<■ Voici la manière dont je m’y suis pris pour faire l’extirpation. Je plaçai la malade sur une chaise , après avoir préparé ce que je croyais nécessaire à l’opération , qui est très-simple. J introduisis une pince fort délicate dans le conduit auditif : ayant saisi le corps étranger, et entouré ma pince d’un fil tors et double, que j’avais ciré, après l’avoir fait couler au-dessous du bout de la pince , je serrai fortement le nœud ; ensuite je Mchai le tout; et ayant pris les mêmes précautions pour l’autre polype,, j’entortillai les deux bouts de fil autour de ma main , et j’en fis l’extraction avec force, d’un seul
28 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE II, CHAPITRE V. coup , et de la même mamère pour les deux. Il survint une hémorragie d’environ quatre onces de sang, des deux conduits , qui cessa au bout de deux minutes. La malade tomba en syncope , en voyant son sang couler ; mais cela ne dura qu’un instant, après quoi elle se retira en disant qu’elle n’avait pas senti uu grand mal , et qu’elle entendait les cloches. Les moyens dont je m’étais muni en cas d’hémorragie me devinrent inutiles. J’introduisis une tente de charpie sèche dans les conduits, que je recouvris d’une compresse; les jours suivants, je fis une injection d’eau tiède dans les deux oreilles, quatre fois par jour ; il survint un peu de suppuration , qui dura environ huit jours , et dans la même huitaine la lillc glana dans les champs ; elle se rendait trois fois le jour à la maison , pour se faire injecter les oreilles. Hier, 7 du mois de septembre, j’ai vu cette lille, qui m’a dit entendre parfaitement, excepté certains jours où, quand on lui parle trop bas , elle est obligée de faire répéter (1). »
LXXVP OBSERVATION. — Madame Crovv, âgée de vingt-quatre ans , sujette dès son enfance à des inflammations de l’ime et de l’autre oreilles, qui se terminaient paru lit t j,i 1 lit et purif orme, finit par perdre l’ouïe de l’oreille droite , qui est celle qui a été le plus souvent affectée. Cette surdité fut accompagnée d’une sorte de gêne douloureuse dans le fond du conduit, et de temps en temps d’un léger suintement séro-sanguinolent, qui diminuait un peu cette gêne, mais sans amendement de la surdité. A la suite d’une fièvre catarrhale , pour laquelle madame Crow reçut mes soins , elle
(1) Gazette de
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me fit confidence de son infirmité , qu’elle évitait soigneusement de laisser connaître dans la société, en écoutant avec beaucoup d’attention , et se plaçant convenablement pour prêter sans affectation l’oreille, gauche. J’examinai de suite l’organe malade, et j’aperçus, dans le fond du conduit, quelque chose de brillant et d’arrondi , que je pris pour une bulle d’air enveloppée d’un peu de sérosité. Cependant, en y portant la pointe d’un cure-oreille, je sentis une résistance qui me tira de mon erreur , et me persuada que c’était une excroissance polypeuse. En effet, l’ayant explorée en plusieurs sens, je sentis quelle vacillait cl roulait sur elle-même; j’en conclus qu’elle avait un pédicule fort étroit, et qu’il me serait possible d’en faire de suite l’arrachement. Je glissai , entre le conduit et cette excroissance , l’extrémité concave du cure-oreille ; et ayant brusquement ramené cà moi l’instrument , avec l’attention de presser sur la tumeur, je l’entraînai du premier coup. Elle était de nature graisseuse, de forme oblongue, un peu étranglée dans son milieu , et présentait à son extrémité un pédicule qui avait tout au plus le diamètre d’une épingle.
Immédiatement après l’extraction , l’ouie , qui était complètement perdue , se trouva rétablie , et persista à un haut degré de finesse jusqu’au lendemain ; mais , au bout de vingt-quatre heures , la surdité était tout aussi complète qu’auparavant ; et ce qui est véritablement étonnant , c’est qu’en examinant au soleil le conduit auditif, je le trouvai tout aussi libre , tout aussi intact' que celui de l’oreille opposée , tel enfin que je l’avais laissé la veille après l’opération.
LXX’i^IF OBSERVATION. — Un maçon, nommé Pierre
Dérin , âgé de trente-six ans , devenu sourd de l’oreille droite, à la suited’uneotorrhée quiavaitduré plusieurs années, s’apercevant que l'oreille gauche s’affaiblissait à son tour, se décida a reclamer les secours de l’art, et me fut amené par une de ses parentes, que j’avais guérie d’une pareille infirmité. Cet homme avait eu, au cou, dans son bas âge, des tumeurs scrofuleuses qui avaient suppuré, et une teigne dont on ne l’avait pu guérir que par la calotte de poix. Devenu bien portant et robuste à l’âge de la puberté , il n’avait éprouvé depuis d’autre maladie que celle qui avait attaqué l’oreille droite. L’écoulement s’était établi après une violente douleur dans le conduit, et n’avait cessé qu’au bout de cinq ans, après avoir entraîné au dehors les osselets de l’ouie , et détruit complètement l’audition de ce côté. Peu de temps après il se déclara dans l’autre oreille des bourdonnements, des démangeaisons, et un léger suintement sans douleur; ce qui ne tarda pas à amener un degré de surdité assez prononcé.
J’examinai l’une et l’autre oreilles : je trouvai la droite engouée d’une matière blanchâtre et fort dure. Après l’avoir ramollie, et en partie enlevée par une douche horizontale d’eau chaude, je fis l’extraction de- ce qui restait. Le conduit, ainsi nettoyé, ne m’offrit aucune tracedelamembranedu tympan. Ce canal ne formait avec la caisse qu’une cavité continue, tapissée par une membrane rougeâtre et fongueuse. Cependant l’organe, débarrassédes matièresqui l’engouaient, repritassezde sensibilité pour percevoir quelques sons d’une manière confuse. L’oreille gauche , examinée à son tour , m’offrit, vers le fond du conduit, un tubercule arrondi, baigné d’une matière puriforme , et que je reconnus être la partie