‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'auditionChapitre 10 sur 69 · DE DA SURDITÉ AVEC EXCROISSAHCE · texte numérisé non relu

DE DA SURDITÉ AVEC EXCROISSAHCE

saillante d'ime excroissance polypeuse. J’en fis à l’instant même la ligature , au moyen de laquelle je n’eus pas de peine à l’arracher complètement. C’était un corps arrondi, un-peu allongé, et terminé par un pédicule , qui se trouvait heureusement compris dans la ligature. L’extraction faite, l’audition fut déjà un peu moins dure. En examinant de nouveau le conduit, je ne fus point surpris de n’avoir obtenu que cette légère amélioration : il était tellement rétréci, surtout au fond, par le boursouflement de la membrane, que ses parois étaient presque en contact, et qu’il était impossible d’entrevoir la cloison tynipanique. Je portai dans cette partie du conduit un cylindre très-effilé de pierre infernale, et je l’appuyai fortement dans tous les sens. L’oreille flua ai)ondammcnt pendant deux jours, au bout desquels Dérin vint me revoir. 11 entendait beaucoup mieux ; le canal était plus ouvert, et laissait entrevoir la membrane du tympan, qui paraissait phlogosée. Pour la garantir de l’action du caustique, je poussai dans le fond du conduit un très-petit bourdonnet de coton , et j’y soufflai ensuite de l’alun calciné, au moyen d’un tuyau de plume chargé de cette poudre. Cette application, renouvelée chaque jour avec la même précaution pendant une semaine , dégorgea complètement le conduit et tarit l’écoulement : enfin l’ouïe se trouva parfaitement rétablie. Dans la crainte que l’otorrhée ne récidivât, ce qui est fort ordinaire, je conseillai à cet homme d’assurer sa guérison par un cautère à la nuque.

LXXVIIF OBSERVATION. — Une de nos sourdes-muettes avait depuis son enfance un écoulement très-abondant par l’oreille droite. En 1 \ n t ec soin, j’entrevis à l’entrée du conduit une tumeur polypeuse , que je me

32 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE II, CHAPITRE V. proposai d’extraire, dans le seul espoir de tarir cet écoulement fétide. L’opération faite, je trouvai le conduit rempli de carnosités , que je détruisis en quelques jours avec la pierre infernale et l’alun , de la manière indiquée dans la précédente observation. Cependant, quoique le canal se trouvât désobstrué par ee moyen, il me fut impossible de distinguer la membrane. Je trouvai à sa place, dans le fond du conduit, de petits bourgeons fongueux , semblables à ceux qui remplissaient le méat auditif. J’osai les attaquer avec le muriate d’antimoine, dont j’enduisis légèrement l’extrémité d’une allumette. La douleur ne fut pas très-vive , mais il résulta de cette application une suppuration fort abondante. Je laissai s’opérer le dégorgement des parties cautérisées, et je me proposais d’en achever la destruction , quand je m’aperçus que la membrane propre du conduit se eouvrait de nouvelles fongosités. Je remarquai de plus que, malgré l’ablation du polype, et la destruction de presque toutes les excroissances qui occupaient le fond de l’oreille , l’écoulement n v t 1 le d i L m, ce qui m’en fit regarder la source comme très-profonde, et résultant de quelque altération de l’oreille interne : en conséquence, je renonçai à toute tentative ultérieure de guérison. Au bout de quelques mois, le conduit fut de nouveau obstrué par des végétations de la membrane , et une nouvelle tumeur de la nature des polypes remplit l’ouverture de l’oreille. — J’ai eité cette observation comme un exemple de la dégénérescence fongueuse qui s’empare quelquefois de toutes .les membranes de l’organe auditif.

LXXIS'* ORSERVATioH. — Le jeune Mour, âgé de sept ans , fut amené à mes eonsultations , par sa mère ,

en 1812. Cet enfant était complètement sourd de l’oreille gauche. iMndamc Mour ne put me dire de quelle époque datait son infirmité : seulement on s’était aperçu, dès qu’il avait été èn âge de parler, qu’il présentait toujours l’oreille droite pour 'écouter. En examinant comparativement les deux oreilles , je fus frappé du peu de profondeur qu’avait le conduit auditif de l’oreille gauche , et de la disposition de la membrane qui le terminait, à cinq millimètres environ de son ouverture. Cette membrane, au lieu d’être unie, pellucide et inclinée, comme celle du tympan , offrait dans son milieu un repli qui paraissait résulter de l’union , sous un angle obtus , de deux segments membraneux, placés l’un un peu devant l’autre. Dans l’espoir très-fondé de rétablir les fonctions de l’oreille, en incisant cette fausse membrane , qui en bouchait le conduit , je proposai de faire de suite l’opération ; mais il fallut plusieurs jours pour j décider l’enfant, naturellement très-timide, ,1c le plaçai au soleil, la tête fixée entre les mains de sa bonne ; je plongeai dans cette cloison membraneuse la pointe d’un bistouri trèsdélié , et , par deux incisions faites en croix et coup sur coup, je la divisai en quatre petits lambeaux. Après avoir étanché quelques gouttes de sang, qui me dérobaient l’aspect de cette ouverture et le sommet des lambeaux , je voulus les saisir avec des pinces pour les exciser ; mais je ne pus y réussir, à cause des mouvements involontaires que faisait l’enfant, toutes les fois que je voulais introduire et ouvrir ma pince dans le conduit. Je me contentai donc de les cautériser avec le nitrate d’argent, et je tamponnai avec de la charpie le conduit auditif, non sans m’être préalablement assuré du résultat de mon opération. Ce résultat n’était que très-imparfait; je ne

désespérai pas cependant de voir bientôt s’effectuer un mieux plus considérable. En effet , dès le lendemain , l’enfant entendait plus nettement ; et l’audition s’améliora encore les jours suivants, lorsqu’au moyen d’injections répétées j'eus débarrassé la partie du conduit située au delà de la fausse membrane, d’une matière poisseuse qui l’engouait. Enfin, quand les quatre petits lambeaux eurent été détruits par la suppuration, qu’elle eut tari , et que le canal se trouva libre dans toute son étendue (ce qui ne fut que l’affaire de dix jours) , l’audition se trouva rétablie de ce côté , sans être pourtant aussi parfaite que de l’oreille droite.

[Quelquefois l’otorrhée sanieuse est accompagnée d’excroissances polypeuses , tantôt mollasses et fongueuses , tantôt dures, comme fibreuses ou carcinomateuses, assez souvent saignantes au moindre attouchement. On tente ordinairement la guérison de ces espèces de polypes par l’extraction , par la cautérisation , ou par l’application de caustiques ou d’emplâtres et d’onguents dessiccatifs , parce qu’on les confond avec les polypes ordinaires : c’est une erreur, qui peut avoir les plus graves conséquences. Ces xcgétations sont des prolongements de la membrane qui tapisse la cavité du tympan ou de la dure-mère. Elles sont produites par la même cause que la carie , et ressemblent aux fongosités qui se développent à la surface des os cariés. Les tentatives qu'on fait pour les arracher ou les brûler augmentent rinlbunmation ; les onguents qu’on applique dessus forment , avec la tumeur , un tampon qui bouche le conduit auditif , et retient la suppuration dans la caisse du tympan. On les distingue des polypes ordinaires, qu’on doit chercher à guérir par les circonstances qui ont

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