Traité des maladies de l'oreille
L'ouvrage du docteur Kramer dont nous publions la traduction, est l'une des monographies les plus complètes et les mieux faites qui aient paru depuis longtemps. Elle est le fruit d'une pratique étendue et a par suite un caractère expérimenta' qui lui rend en utilité immédiate ce qu'il lui ôl( d'éclat et de subtilités théoriques. Tout y est clai: et précis et les discussions critiques même ont ui but pratique qui en fait pardonner l'âpretè et la longueur. La pathologie et la thérapeutique des maladies de l'oreille fourmillent en effet de tant d'erreurs grossières, qu'il n'est guère possible qu'un homme instruit, en traitant ex-professo ce sujet, y reste froid et mesuré. Ces erreurs ne sont toutefois pas aussi généralement répandues en France qu'en Angleterre et en Allemagne; les écrits de feu Itard et de M. Deleau ont jeté dans le premier de ces pays des opinions plus saines sur cette partie de la médecine, quoique les ouvrages de ces auteurs ne «oient d'ailleurs pas exempts de principes erro-
6 FRÉFACE DU TRADrCTEUR.
Iles. Aussi avons-nous cru pouvoir abréger sans inconvénient la revue crilique qui se trouve dans l'original , après avoir toutefois pris Tassentinient de l'auteur. Nous avons aussi fait quelques suppressions dans le courant de l'ouvrage ; elles sont trop insignifiantes pour que nous les indiquions d'une manière spéci le. M. Kramer nous a en revanche communiqué quelques corrections que nous avons insérées dans le texte de notre tradiiclion. Ce livre a èlé traduit en anglais et imprimé à Londres en 18S8; on a réimprimé cette version anglaise à Philadelphie en 18S9. Tout cela prouve mieux que nous pourrions le faire , le mérite de cet ouvrage ; nous souhaitons qu'il n'en ait rien perdu en passant par nos mains.
Mai, 1840.
On s'est souvent plaint de là négngen<:e avec laquelfe les auteurs et les praticiens ont traité jusqu'à ce jour les maladies de Toreille; ces plaintes paraissent fondée» quand on compare sous le rapport du nombre et du mérite les ouvrages qui s'occupent des affections des yeux, avec ceux qui ont pour objet les lésions de l'organe auditif; les premiers l'emportent en effet de beaucoup sur les seconds. Ces plaintes paraissent encore plus justes lorsqu'on considère que les yeux ont certainement moins d'influence sur la sensibilité et l'intelligence de l'homme que les oreilles ; elles étaient au contraire inutiles, dès qu'on n'améliorait pas ce que nos prédécesseurs avaient laissé dans l'imperfection et qu'on perdait de vue que le grand nombre des maladies des yeux, ainsi que la conformation pour ainsi dire diaphane de ces organes attirent depuis longtemps les savants et leur offrent un butin riche et assuré, tandis que l'oreille qui est comnïe cachée aux regards, le rend toujours très-incertain, même après Ics^ recherches les plus pénibles.
Aussi ne voulons-nous pas commencer notre travail par ces plaintes inutiles; nous préférons présenter au lecteur une revue complète et chronologique des connaissances qu'on nous a transmises sur la pathologie auriculaire : il pourra juger ainsi par lui-même la critique que nous en ferons et voir si nous avons atteint le but que nous nous y proposons : nous voulons en effet enlever à ces autorités consacrées par le temps cette vieille estime qui les soutient encore, et faire mieux apprécier la vérité qu'on ne l'a fait jusqu'à présent. Nous considérons même ce point comme un des fruits les plus précieux de nos recherches.
Nous déclarons par avance que le vrai dans les affections de l'oreille n'appartient qu'aux temps les plus modernes et que ce progrès tardif doit surtout être attribué à la négligence avec laquelle on a traité jusqu'à ce jour l'examen de cet organe dans l'état morbide : ce défaut devait nécessairement produire l'incertitude dans le diagnostic et l'empirisme dans le traitement.
Nous commencerons par les écrits d'Hippocrate, quoique les maladies de l'oreille n'y soient nulle part mentionnées comme des affections particulières ; elles n'étaient importantes pour le médecin de Cos que comme symptômes concomitants d'autres maladies, par exemple des affections fébriles et rapides, surtout en tant qu'elles donnaient des considérations de pronostic sur leur terminaison favorable ou funeste. C'est dans ce sens (1) qu'il mentionne la surdité, les bourdonnements, les tumeurs derrière les oreil-
(1) Coacœ prœnot. et aphor.
les, le pus qui s'en écoule, le pavillon froid, transparent, contracté ; mais c'est toujours dans leur rapport avec d'autres phénomènes importants, le délire , la paralysie, lessueurs,leschangements dans l'urine, etc., qu'il les cite. 11 dépeint comme particulièrement dangereuses les vives douleurs des oreilles quand elles se rattachent à une fièvre chaude et ajoute qu'elles ne peuvent être soulagées que par une suppuration abondante de ces organes ou par le saignement du nez. Si nous ajoutons que « les tumeurs » derrière l'oreille qui suppurent ou doivent se résoudre » par des diarrhées abondantes pour qu'elles ne devien- » nent pas mortelles » , ressemblent à la carie de l'apophyse raastoïde qui suit l'otite interne ; si nous disons de plus que le traitement de la surdité, considérée comme un trouble fonctionnel sans changement visible à l'extérieur (l), se bornait à ne pas laver les oreilles, mais à les nettoyer avec de la laine, à y verser de l'huile, se promener, se lever de bonne heure, boire du vin blanc, s'abstenir de l'oisiveté, manger du pain ainsi que des poissons qui se tiennent dans le voisinage des écueils : nous aurons réuni tout ce qu'il y a de plus important pour peindre l'état où se trouvait alors la connaissance des affections de l'oreille.
Celse (2) posa le premier la base d'un développement scientifique de cette branche de l'art en établissant les maladies de l'oreille comme des affections tout à fait particu-
(1) Demorb.vutg. sect. vu. p. 278, cd.. Foésii
(2) Demedec.f hb, vi. c. 7.
iO INTRODUCTION.
lières, en donnant de bons principes de traitement dans les inflammations violentes de l'organe auditif, en exigeant l'inspection oculaire de l'oreille dans la surdité de longue durée et en enseignant à enlever les impuretés qui s'y accumulent, comme le cérumen durci, les corps étrangers, etc. Il mérite moins d'être imité quand dans la dycésie, accompagnée de maux de tête, dans les bourdonnements, etc , il fait raser, frictionnei' et laver la tête avec de l'eau chaude, tenir une diète sévère, aller beaucoup promener, etc. , quoique des auteurs modernes, comme Itard (1), louent encore ces préceptes. Il est fâcheux que dans sa pratique Celse donne une préférence dangereuse à l'usage local de moyens très-irritants, comme la myrrhe, le vinaigre, l'opium, l'ellébore blanc, l'alun, l'encens, la térébenthine, le castoréum, etc., et cela indifféremment qu'il s'agisse d'inflammations, de douleurs d'oreille sansphlogose, selon lui, de polypes, de rétrécissements, de surdité, de bourdonnements, etc. Non content de cet empirisme, il veut encore simplifier l'arsenal pharmaceutique des praticiens et leur donner, comme il dit, un remède certain contre toutes les maladies de l'oreille : c'est la composition d'Àrchigène qui était formée de castoréum, poivre blanc , amomum , myrobalanum , encens , nard syrien , myrrhe grasse, safran , nitre et vinaigre !
Getusage funeste d'employer sans distinction contre toutes les affections de cet organeles remèdes les plus violents, même quand plus tard on en eut reconnu la différence , cet
(1) Trailô des mal. de l'or cille ^ i. p. 22S-290.
usage acquit depuis Celse jusqu'à nos jours la plus grande extension, et écarta dès le temps deGalien (1), lesbons principes de pratique que le médecin romain avait donnés sur le traitement des maladies inflammatoires de l'oreille. Galien (2) distingua, il est vrai, différentes causes dans le développement des douleurs de cette partie, comme le refroidissement, l'introduction d'eaux minérales,l'inflammation delà peau voisine, une sécrétion irritante et visqueuse du conduit auditif; il blâme même ceux qui traitent ces douleurs d'après les principes d'Apollonius qui employait la graisse, la bile de bœuf et l'ail ; mais ce n'est là qu'un moment lucide, comme l'opinion qu'il émet sur la différence dynamique et intime des maladies de l'organe auditif; car immédiatement après qu'il a blâmé Apollonius, il conseille lui-même de traiter la douleur et les abcès des oreilles avec les remèdes les plus échauffants. Il mentionne à cette fin une suite interminable de compositions de Héras, Apollonius, Asclepiade, Charixène, Archigène, Andromaque , etc.; ces mixtures étaient faites de galbanum, myrrhe, térébenthine, castoréum, alun, opium, etc., et étaient alors généralement employées contre les maladies des oreilles de toute espèce. Les indications que le médecin de Pergame tirait de la cause du mal, disparaissaient complètement dans son traitement : si les douleurs provenaient d'un refroidissement , il introduisait dans l'oreille de l'ail, des ognons, de l'euphorbe, de la Sabine
(1) Opéra omniayCd.Kiiha, t. xii.
(2) Loc. cil. p. 599. sqq.
cuite dans Ihuile et du poivre bien pulvérisé ; lorsqu'elle: claient produites par une inflammation delà peau voisine, il y appliquait de la pommade de nard, de l'opium et du castoréum avec du lait de femme ; il faisait employer l'ellébore blanc et noir, le nitre , la cannelle, la cassia, la bryone, l'arum, etc., quand les douleurs avaient leursource dans une sécrétion irritante et visqueuse du conduit auditif. Outre les remèdes composés que nous avons indiqués plus haut, il prescrivait encore contre les abcès des oreilles du safran, de la myrrhe, du chclidonium glaucinum, de la limaille de fer cuite dans le vinaigre, etc. Les bruits de ces organes sont d'après lui ou bien des spiritus flaluos», ou bien une exquisfta sensûs audiendi sensîbili' tas, et d'après cela, il les traite par des medicamentis discussorifs et incidentibus, ou stupeficientibus, c'est-à-dire qu'il en vient toujours à ses moyens locaux et irritants comme l'opium, le castoréum, le nitre, etc. 11 recommande très-souvent contre la surdité des fomentations et des Instillations de vinaigre blanc avec du nitre, de suc d'ognons, de bile de bœuf, d'huile de noix, d'alun cuit dans le vinaigre, de myrrhe, etc.; de sorte qu'on doit convenir que la connaissance des maladies de l'oreille avait fait au temps de Galien un grand pas rétrograde, puisque la direction que Celse avait donnée pour les individualiser, avait complètement disparu.
Les principes empiriques de Galien restèrent pendant plus de mille ans paisibles possesseurs d'une estime sans bornes. Les découvertes anatomiques que firent dans l'organe auditif vers la fin du 15e et au commencement du I6c siècle Achillini,Berenger,Vésale, Ingrassias, Eustachi, Fallope, Casserius, etc., n'eurent aucune influence
sur les Yucs pathologiques et thérapcutiqiif s tics iricdecins de cette époque, et nous ne trouvons dans le traité de H. Mercurialis (1), si renommé de son temps, que ce que Galien avait écrit 14 0 ans auparavant, si ce n'est toutefois quelques ornements de théorie. On y voit la surdité provenir des mêmes frîgid'S et calidis obstruentibus , les bourdonnements du même spîritus ou nimia sensus audiendi sensibilitas , les douleurs d'une causa calida ou frigida : il recommande le même traitement dans les maladies inflammatoires les plus violentes ; quelquefois il le modifie par les saignées, les ventouses ou les purgatifs ; mais dans le plus grand nombre des cas c'est à l'usage local du suc d'ognons, de l'ellébore, du casloréum, etc., qu'il a recours. Il recommande en toute confiance même les préceptes les plus barbares de l'antiquité : il conseille, par exemple, d'élever par les jambes l'enfant qui a un corps étranger dans l'oreille et de le secouer, et de lier sur une planche l'homme fait qui se trouve dans le même cas pour lui donner des secousses violentes en l'élevant et le laissant retomber. Fabrice (2) deHilden rouvrit le premier la voie des recherches raisonnées ; mais il ne fixa malheureusement son attention que sur le conduit auditif externe et sur ses maladies, comme les polypes, les corps étrangers, l'irritation produite par des liquides acres, etc. ; il inventa le premier spéculum auris pour mieux examiner ce conduit : c'est un instrument indispensable à tout médecin qui s'occupe des affections
(1) De ocu\ etauHum affecl. prœferl. I59J.
(2) Opéra omnki, 1 6 < (? .
Il INTRODUCTION.
àe roreille. Plut à Dieu que Bonnet (1) eût autant fait pour les maladies de l'oreille interne que Hilden fit pour celles de l'oreille externe ! mais cet auteur n'a pas seulement négligé de joindre des explications pathologiques à ses ouvertures de cadavre ; il n'a même pas examiné une seule fois avec soin l'organe auditif; tout ce qu'on peut apprendre chez lui, c'est la manière dont on ne doit pas faire des autopsies pareilles, quand on veut servir la science, Duverney (2) publia quelques années après Bonnet ud omTage dont la partie anatomique , riche en recherches et en explications lumineuses, fit à tort accepter les déductions patTiologiqucs et thérapeutiques qui s'y lient. Il est vrai que Duverney a fait un pas de plus que ses devanciers en traitant non-seulement des affections du conduit auditif et de la membrane du tympan, mais encore de celles de la caisse du tambour et du labyrinthe. Malheureusement (3) il déprécie lui-même ce que son travail promet, en déclarant qu'il ne veut pas examiner les maladies de l'oreille à fond, mais seulement dans leur rapport avec la structure de cet organe, pour montrer de quelle importance la connaissance anatomique des parties est pour l'interprétation de l'état morbide. Il n'atteint même pas ce but, car on le voit établir la douleur d'oreille comme une affection existant par elle-même, sans rechercher quels changements organiques peuvent l'occasionner et l'entretenir. Au lieu de se livrer à ces recherches, il se contente de l'attribuer .à un cérumen acre, à une sécrétion irritante et salée des
(1) Sçpulchrelum. 1679.
(2) Traité de {''organe de l'ouïe, elc. 1683.
(3) r.oc. cil. p. 110.
glandes du conduit auditif. Il ajoute qu'elle s'accompagne h)ujours de fièvre chaude, de perte de sommeil, de délire, de convulsions et de syncopes et se voit cependant, immédiatement après, forcé d'avouer que cette douleur peut, nialgré sa violence, se développer sans inflammation (1), ni tumeur. II commet encore d'autres erreurs, c'est d'attribuer l'otite interne,comme l'externe, au cérumen aigri,etc., de faire de l'indication tirée delà cause le point fondamental du traitement et d'unir à la saignée des moyens échauffants extérieurs , comme fomentations chaudes , injections (2) d'infusions de mélisse et de marjolaine, instillations d'huile d'anis et de clou de girofle . On peut supposer qu'il reconnaît une douleur d'oreille produite par le refroidissement et une autre par l'échaufifement ; mais alors il n'aurait pas dû oublier les symptômes différentiels des deux formes morbides et ne pas les traiter toutes les deux de la même manière par des saignées, des- purgatifs, et des remèdes externes adoucissants, échauffants ou narcotiques. Ses vues pathologiques paraissent toutes troublées, quand il sépare la douleur d'oreille'qu'une fièvre chaude accompagne de l'inflammation de cet organe avec abcès ; ce ii'est là qu'une même forme morbide, observée à différents points de développement. C'est parce qu'il a négligé l'inspection oculaire de l'oreille malade qu'il a été conduit à admettre toutes ces opinions erronées : ce qui le prouve, c'est qu'il établit comme maladies de la membrane du tympan le relâchement et la trop grande tension de cette
(,1) Lac. cit. p. 124.
{"}) Loc» cit. p. l35.
INTRODDCTION.
partie, affections qu'aucun œil humain n'a encore découvertes chez aucun malade; ce qui le démontre encore mieux, c'est qu'il croit qu'on peut déchirer cette membrane en respirant fortement pendant que le nez et la bouche sont fermés ; son propre sentiment se soulève cependant contre cette opinion purement théorique et il déclare qu'une telle rupture est tout à fait (1) incompréhensible. Il est vrai que Duverney fut le premier médecin qui soutint que les bruits d'oreille ne sont pas une maladie particulière et existant par elle-même, mais seulement un symptôme d'un mal du cerveau ou des affections les plus différentes de l'oreille. Sa manie de subtilités théoriques ne lui permet malheureusement pas d'aller plus loin dans la connaissance des rapports opposés de ces états morbides. Il n'est pas plus riche en principes thérapeutiques convenables, si nous exceptons toutefois la saignée qu'il recommande faiblement dans les maladies inflammatoires de l'oreille. L'examen du traitement qu'il conseille contre les sécrétions irritantes du conduit auditif, contre les rétrécissements de ce canal, la tuméfaction du tissu glandulaire, le relâchement et la tension de la membrane du tympan, etc., nous écarterait trop de notre route : il n'est guère déterminé que par des spéculations théoriques ou par (2) l'amour des mixtures spécifiques, transmis par les anciens. Jl conseille même de traiter la carie de la caisse du tambour par les remèdes locaux les plus violents comme le camphre, l'euphorbe, la myrrhe et l'aloès , et cependant tout engouement de cette cavité lui paraît in-
(1) Loc. cit. p. 179,
(2) to^. c/Y.p. 17M72,
curable. Admirons donc toujours dans Duverney l'anatomiste, mais non pas le médecin.
Ce jugement est applicable dans toute son extension à Vieussens, Valsava et Cassebohm. Nous ne devons à Valsava (1) que quelques autopsies assez intéressantes où l'on trouva la membrane du tympan et les osselets détruits ou fortement altérés ; mais ces recherches n'avancèrent pas plus la connaissance, ni le traitement des maladies de l'oreille que les observations isolées de Wepfer, Willis, Riedlin, F. Hoffmann , etc.
Ce fut un maître des postes de Versailles, nommé Guyot, qui donna l'impulsion la plus favorable aux progrès de cette partie de la pathologie. Un heureux hasard lui inspira l'idée d'alléger sa surdité en faisant des injections dans la trompe d'Eustache On fit en 1724 sur cette découverte une courte communication à l'académie des Sciences de Paris. La trouvaille de Guyot fait époque dans l'histoire des maladies de l'oreille quoique sa méthode fût très-imparfaite et qu'on ne suive plus la voie gênante de la bouche pour introduire la sonde comme il le faisait. C'est en effet cette invention qui a donné une base certaine au diagnostic et au traitement des lésions de l'oreille interne et moyenne. Les médecins français ne s'enthousiasmèrent guère de la découverte de leur compatriote ; ce fut l'anglais Cleland (2)qui la perfectionna le premier en cherchant à introduire une sonde flexible en argent à travers le nez. Ce ne fut que plusieurs année*
(1) fract, de aure humana, 1717.
i^l) Philou transact,\. 41. p. 2. p. 848. 1741.
après que les médecins de Montpellier (l) remplacèrentle cathéter flexible par la sonde inflexible qui mérite à tout égard cette préférence. Wathen (2) publia le premier des observations où les injections de la trompe d'Eustacbe avaient produit quelque petit résultat favorable ; il ne s'agissait pas encore à cette époque du diagnostic des maladies de ce canal ; aussi Wathen conseille-t-il d'essayer le cathétérisme delà trompe quand le traitement appliqué au conduit auditif et aux amygdales, n'avait rien produit ; ce conseil est même encore répété par Ilard (3).
Leschevin (4) ne fit cette opération que sur des cadavres et son mémoire couronné ne s'élève en rien au-dessus de l'état superficiel où se trouvait alors cette branche de l'art.
Nous pouvons passer sous silence Bûchner, (5j Gniditsch (6) et Wildbcrg(7), parce que leurs ouvrages n'ont aucune importance pour l'objet de notre travail.
Morgagni n'en a pas davantage ; car le petit nombre de remarques cadavériques qu'il a faites sur la suppuration et la carie de l'oreille, n'ont aucune valeur; il n'a bien examiné l'organe affecté ni pendant la vie ni après la mort
(1) Sauvages, nosof. méthod. n. p. 228. 1771.
(2) Philos, tmnsact^ vol. 49. p. 1. p. 213. 1755.
(3) rraaé, etc. 11. p. 77.
(4) Prix deVacad. de ch'rurgie, t. iv. p. 67. sqq.
(6) Abhandl, von ein tes, und leich. art. taitbe hor, z» . }nach. 1759.
(6) De tnorb. membr. lymp, 1786. in plalneri apus. acad. ved. Neumann. p, 608.
(7) Versuch einer anal, etc. abh.ûber d.gehonv.des mens. 179».
dès malades. Ses opinions sur les lésions de la membrane du tympan ne sont pas mieux fondées.
Malgré tous ces défauts des meilleures productions littéraires de cette époque, le traitement des maladies aiguës de l'oreille était encore supportable ; on suivait avec succès les indications thérapeutiques générales et l'on traitait ( 1 ) les malades par les antiphlogistiques ; mais la perspicacité des médecins de la fin du 18e et du commencement du 19e siècle n'allait pas au delà des affections aiguës ; le malheureux essai que Lentin (2) fît pour avancer le diagnostic des maladies chroniques de l'organe auditif, en est la meilleure preuve. L'auteur s'y perdit entr'aulres dans des spéculations sur les changements morbides de l'eau de Cotugno et sur la manière de les guérir ; i\ montra d'ailleurs tant de timidité dans le traitement des maladies de l'oreille externe et de la trompe d'Eustache que ses conseils sont directement contraires à toute utilité pratique et que l'influence qu'il a exercée sur ses contemporains et qu'il exerce encore aujourd'hui, est tout à fait nuisible. A défaut de diagnostic fondé des affections de l'oreill^ on adopta les choses les plus hasardeuses : c'est à cette époque qu'on s'attacha à la perforation de la membrane du tympan, à l'électricité et au galvanisme, comme remèdes généraux de la surdité, avec un enthousiasme digne d'une meilleure cause. Cooper (3}, pi
(1) Burserii institut, med, pracl, 1785. m. 285.
(2) Tentamen viliis aud't. ttied. dans : Beitràgp z. ausiib, Aizneiw. 1793. Ji. p. 79.
(3) fhilos. tninsact. 1800-01. p. 151. p» 435.
Himly (1), ni Itard (2), ni Deleau (3), etc., qui recommandèrent de préférence la perforation de la membrane du tympan, n'ont démontré que cette opération mérite les éloges qu'on en a faits. Aucun de ces auteurs n'a examiné avec attention la trompe d'Eustache avant d'opérer, quoiqu'ils s'accordent tous à dire que les maladies incurables de cette partie donnent l'indication la plus importante et la plus générale pour pratiquer l'opération. Il y a même dans Deleau (4) un cas où, après la perforation de la membrane du tympan, on trouva contre toute attente la trompe d'Eustache parfaitement saine. Le juste discrédit où cette opération tomba bientôt, fut la suite naturelle d'une conduite aussi incertaine et d'espérances aussi ou trées; c'est à tel point que si parfois elle est encore pratiquée et recommandée comme remède général de la surdité, on ne peut l'attribuer qu'à l'ignorance du médecin.
Le traitement électrique et magnétique des maladies de l'oreille qu'on a vanté si passionnément, eut un sort bien pire encore. Cavallo (5) , Le Bouvier-Desmortiers (6) , Grapengiesser (7), Sprenger (8), Augustin (9), Bec-
(1) Commenta Gotling. vol. 16 p. 107.
(2) Traité , elc. il. p. 204.
(3) Mém, sur ta perfor, de ta memb. du tympan. 1322.
(4) Loc.cit.x>.\\l.
(5) A complu treat.on Eleclr. 1786.
(6) Mém. sur tes sourds-muets de naiss. etc. 1803. {J^Vers.f den Gatv. z, HeV, ein, Krankh. anzuw, 2 «u,7,180î..
(8) Jnw. der Gatv, Voit, Met. El. 1802.
(9) Fers, c volltt» s/st.^Gesch, der gatv. Elec. 1803.
ker (1), etc., n'inspirent aucune confiance dans l'action bienfaisante que ces grandes forces de la nature exercent selon eux sur l'organe auditif; et la sincérité d'observateurs non prévenus comme Eschke(2) le père, Schubert (3), Castberg(4), Pfaff(f») , Pfingsten , etc. , doit exciter chez tous les lecteurs la plus grande défiance contre les cures miraculeuses qu'on prône.
La méthode secrète d'après laquelle Fabre (6) d'Olivet traite la surdité, est probablement l'électricité ; il se vante d'avoir guéri trois sourds-muets en peu do jours ; mais comme il n'a pas tenu la promesse qu'il avait faite de la rendre publique, il rentre dans la catégorie des autres marchands de secrets, comme J. Williams (7) Mène-Maurice (8) , etc. , qui fondent le succès de leur commerce sur la crédulité publique et qui ne doivent être traités qu'avec le plus grand mépris par tout médecin qui se respecte.
Après avoir pris connaissance de ces aberrations de la pathologie auriculaire, on souffre doublement de ne trouver qu'un empirisme peu purifié chez les médecins les plus distingués du siècle dernier. Ils répètent sans aucune critique les observations les plus superficielles et les
(1) Der min. Afagn. 1829.
(2) Galv. Fersiiche. 1803.
(3) V. d. Amv. der Galv, bei Taubgeb. 1805.
(4) Nord, Arch. von PfalF. iir. 3. p. 74.
(5) Ibid. II. p. 751. sq<i. 111. 1. p. 242. iv. i. p. 56.
(6) Notions sur le sens de l'ouïe en gênerai. 1819.
(7) New observ, on the dis, ofthe eye and ear, I8l7.
(8) De la surdité accidentelle, eyc. Paris 1834, etc., elc.
22 INTRODUCTiaN^
opinions les plus erronées de leurs prédécesseurs, recherchent avec avidité les histoires dites merveilleuses et recueillies isolément, et se tranquillisent eux-mêmes ainsi que leurs malades au moyen d'hypothèses tout à fait improbables. On dirait qu'ils ne veulent ni voir de leurs propres yeux, ni rechercher ce que les sens peuvent saisir dans les changements morbides de l'ouïe
Le nom de Trampel (I) mérite à peine d'être mentionné ici;^ son travail est trop insignifiant et il a encore perdu de valeur par l'élaboration prolixe de Menke ; Albrecbt (2) n'affiche aucune prétention scientifique dans son ouvrage populaire ; mais on doit déplorer que J. Frank (3) établisse encore en 1821 Votalgie et les bruits d'oreille comme des maladies particulières et divise les inflammations de cet; organe d'après leurs causes au lieu de tes classer d'après les lésions des différentes parties organiques ; car le diagnostic et la thérapeutique deviennent par là vacillants et incertains. Il est surtout fâcheux qu'un auteur si estimable se laisse séduire par l'autorité des médecins qui l'ont précédé, jusqu'à admettre la tension et le relâchement hypothétiques de la membrane du tympan, la procidcnce de cette partie, les maladies des osselets et de la^ fenêtre ronde et ovale, l'hydropisie de la caisse du tambour et les affections de l'eau de Cotugno ;. enfin il est triste de voir que Frank base principalement le diagnosticsur les sensations du malade, au lieu de le fonder sur
(1) IVie erhailman sein Gehdr gut, etc. 2« Aufl. 1822.
(2) Die Krankh, des Gehôrs, Harab. 3e Aufl, 1819.
{3j Praxeos med, univ^prcecepla. il. \o\. i. s., 2. h.. p.877.
les résultais objectifs et certains de l'exploration locale et d'apprendre qu'il ne paraît pas avoir du tout pratiqué le cathétérisme de la trompe d'Eustache et n'est par conséquent pas en état d'établir un diagnostic et un traitement raisonnes des maladies de l'oreille moyenne et interne. Rauch(l) deSt-Pétersbourgse fatigua envain pourconnaître les maladies du conduit auditif externe ; la mauvaise sonde dont il se servait pour explorer la membrane du tympan dans l'état morbide ne peut inspirer aucune confiance. 11 est tout à fait contraire à l'expérience de soutenir que le périoste, le cartilage annulaire et la peau du conduit auditif sont principalement sujets à l'inflammation aiguë, tandis que le tissu glandulaire est surtout atteint d'inflammation chronique ; que l'inflammation chronique du canal auditif augmente, diminue ou arrête même tout à fait la sécrétion cérumineuse ; que le cérumen appliqué comme topique dans le conduit auditif ou derrière l'oreille, provoque la sécrétion qui le produit et qu'on peut espérer de guérir ainsi la surdité qui en accompagne la cessation. Rauchaété plus heureux dans le traitement des polypes de l'oreille, quoique nous ne puissions pas accorder une préférence si absolue à la ligature sur tous les autres moyens mécaniques.
En suivant l'ordre chronologique on doit placer ici les écrits de Van Hooven (2) et de Beck (3) ; ils sont très- Ci ) Vermisclite jibhandl. ans d. Geb. der Heilk. von e. Gesells. Perlersb, ^ertzerl, \,Samm. 1821.
(2) Disguis. anal. palh. de org, aud, 1822.— Disserf, palh, de morbis aur, aud, 1824.
^3) Die hrmikh.des Gehôrorg. 1827
21 INTRODTJCTÎON.
exacts , mais dépourvus de celte critique qu'on ne peut obtenir que de sa propre expérience ; ils ne valent par conséquent rien pour l'enseignement pratique. Ici se rangent encore l'ouvrage populaire de Riedel (î) et les aphorismes de Vering (2). Celui-ci traite très-légèrement de l'exploration de la trompe d'Eustache ; il n'en a même jamais pratiqué le cathétérismesurdes malades, puisqu'il donne la sonde courbée à la manière de Saissy comme pouvant être employée. Vering se trompe encore davan tage quand, malgré des observations fréquemment répé tées, il regardela plupart des affections de l'oreille comme produites par la réaction de maladies dyscrasiques gêné raies. Il tombe enfin dans une erreur flagrante lorsqu'il ac corde que les inflammations chroniques de l'oreille peuven durer pendant des années sans nuire à l'ouïe et qu'il a\ prouve les paroles (3) de l'un des plus grands médecins d l'Allemagne qui dit : « qu'il regarde toutes les affection » de l'oreille seulement comme des degrés différents di » trouble fonctionnel et pas du tout comme des forme » morbides réellement distinctes, et qu'il espère les guéri » toutes par le même traitement , » paroles contre les quelles proteste la différence réelle qu'il y a entre le maladies du conduit auditif externe et celles delà mera branedu tympan, de la caisse et du labyrinthe.
La connaissance des affections de l'oreille est encor moins avancée en Angleterre qu'en Allemagne ; les tra
(1) Ueber die Krank. <lex Ohrs. und des gehôrf. 1832.
(2) Aphorismen iiber Gehôrk. 1834.
(3) HufekmdJowv. Dd. 53. « M eine méthode die laubihft z
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vaux de Cleland et de Walhen , très-eslimables pour Icpoque de leur publication, paraissent avoir été complètement oubliés par leurs compatriotes. Wright (1) dit que le calhélérisme de la trompe d'Eustache est une opération sur laquelle on ne peut nullement compter et qui est très-désagréable , tandis qu'on peut y suppléer, par des gargarismes et des sternutatoires ; il se propose (2) ouvertement de ne pas classer les maladies de l'oreille, sans doute pour cacher la confusion qui règne dans son travail ; il remet ses vues sur la surdité nerveuse à un ouvrage plus étendu, probablement parce qu'il n'en a pas à donner qui puissent s'accorder raisonnablement avec l'usage des pillules purgatives comme remède principal de cette affection. L'ouvrage de Wright est cependant moins superficiel que ceux de Stevenson (3) et de Curiis ; ce dernier, comme chef d'un grand établissement destiné au traitement des maladies de l'oreille, était pourtant appelé à produire quelque chose de mieux. Il traite exclusivement et de suite tout écoulement d'oreille par les astringents et l'obstruction de la trompe d'Eustache par les vomilifs et par la perforation de la membrane du tympan ; il n'a jamais voulu pratiquer le cathétérisme de la trompe malgré toutes les instances de Saissy ; il combat encore la surdité nerveuse qui, selon lui, a le bourdonnement pour symptôme pathognomonique (4), au moyen des
(1) 0?i Ihe varict, of deafness and dis. of Uie ear. Lond. !829.p. 187.
(2) Loc. cit. pp. 56-198.
(3) Deafness^ ils causes^ elc,
'4) ^ treat. on ihe ph^siol. ami dis. of Ihe ear. 1817.
purgatifset entr' autres du calomel ; et cela aussi longtemps que les forces du malade le permettent ; dans tous les cas douteux il cherche surtout à constater si l'eau de Cotugno (1) est tarie en totalité ou en partie (!!) ou s'il y a du cérumen durci dans le conduit auditif ; il s'imagine qu'un son très-perçant change la forme de la membrane du tympan et lui donne une concavité extérieure (forme qu'on sait être propre à cette membrane) ; il croit qu'en insufflant la trompe d'Eustache , ou en aspirant l'air du conduit auditif au moyen d'un tuyau qui s'y adapte exactement, on peut tirer cette membrane en avant et lui rendre sa forme convexe ; il introduit de l'opium dans l'oreille enflammée chez les enfants, etc. ; enfin on ne trouve dans tous ses écrits que l'empirisme le plus grossier et malgré cela Curtis a chez ses compatriotes et à l'étranger la réputation d'être un grand médecin pour les affections de l'organe auditif.
L'approbation avec laquelle on a reçu les ouvrages de Saunders et de Buchanan, n'est pas moins grande, sinon moins méritée : c'est Saunders (2) qui est le moins estimable des deux ; il traite les maladies de l'oreille sans en connaître les symptômes et même sans chercher à les constater autrement que par la sonde ; il établit arbitrairement trois périodes dans ces affections, l'écoulement puriforme simple, l'écoulement puriforme compliqué par des polypes, etc., et l'écoulement puriforme avec carie dans la caisse ; il ne décrit nulle part ni le cours, ni le dé-
(1) Cases illuslr, of the treat. of the dis. of Ihe ear,
(2) The anat. and the dis, of the ear. 3. éd. 1829.
veloppeinent de ces lésions importantes^ ne nous donne que de courts renseignements sur son traitement tout local des deux premières périodes et passe tout à fait sous silence celui du 3e, si ce n'est qu'il mentionne en passant les injections, les sangsues et les sétons comme des moyens utiles. Quant aux diagnostic des obstructions de la trompe d'Eustache qu'il fait provenir à tort dans le plus grand nombre des cas d'ulcères syphilitiques de la gorge et de l'amygdalite, il s'en rapporte à la déclaration des malades : elles existent pour lui quand, en respirant, l'air n'est pas poussé jusqu'à la membrane du tympan ; comme moyen curatif il ne connaît que la perforation de cette membrane. Il diagnostique tout aussi mal la surdité nerveuse : il en admet en efifet l'existence quand le malade peut tendre en soufflant la membrane du tympan et lorsque certains bourdonnements le tourmentent; il croit aussi qu'elle provient d'une infiltration lymphatique du nevrilème du nerf acoustique qu'on doit combattre par des sangsues, de forts purgatifs et le quinquina.
Buchanan (1) est le seul des médecins anglais qui connaisse et pratique le cathétérisme de la trompe d'Eustache ; mais c'est là l'unique point qui soit louable dans sa pratique. Pour le reste, son système abonde en erreurs et en répétitions : ainsi il divise son genre VI en inflammations du conduit auditif 1) sans diminution de l'ouïe, 2) avec diminution de l'ouïe, 3) avec diminution de l'ouïe et
(1) En engraved repres, of the anat. of the hum. car to which is added a guide ofacust* surg, 1823.
suppuration. L'importance qu'il donne (1) à la conformation du pavillon de l'oreille et à la sécrétion cérumineuse, par rapport à la perfection de l'ouïe, est sans fondement ; les espérances qu'il fonde sur l'usage d'une pommade pour remplacer le cérumen et sur l'acide pyroligneux pour guérir tous les flux d'oreille, sont outrées et n'ont pas été confirmées par l'expérience ; il va cependant jusqu'à dire de son acide, que depuis des siècles on n'a pas introduit dans la pathologie auriculaire un médicament aussi puissant. Ses recherches anatomiques sur le conduit auditif et sur le pavillon peuvent d'autant moins nous dédommager du défaut d'usage pratique de ses écrits, qu'elles ne donnent pas de résultats définitifs ; ce ne sont en eÉTet que des matériaux qui ne peuvent même servir de préliminaires à des observations ultérieures, à moins qu'on n'ait bien déterminé d'avance ce qu'on entend par bonne et mauvaise ouïe.
Nous trouvons avec plaisir dans les écrits d'Itard et de Deleau la profondeur que nous avons vu manquer avec regret chez les médecins allemands et anglais. Nous ne pouvons leur associer Desmonceaux (2), ni même Allard (3) , quoiqu'Itard dise que le travail de ce dernier est classique ; car après qu'AUard a séparé le catarrhe de l'oreille externe de celui de l'interne, il ne décrit comme catarrhe aigu de la première que l'affection la plus légère du tissu glandulaire du conduit auditif ; et dans le catarrhe
(1) Phys^Ulustr. ofthe organcfhearing, etc. 1828.
(2) Traité des mal, des yeux et des oreilles. 1786. vol. II.
(3) Essai sur le catarrhe de r oreille. 1807.
throtilque, il ne parle ni des polypes, ni de la tuméfaction» ni du rétrécissement de ce canal ; il ne mentionne même pas la carie d'où dépend l'écoulement des oreilles. Dans l'affection catarrhale de l'oreille interne, il ne sait que faire de l'engouement muqueux de la caisse du tambour ; il consacre toujours toute son attention à la sécrétion morbide, c'est-à-dire au symptôme des changements morbides du conduit auditif, de la membrane du tympan et de la caisse du tambour et il néglige tout à fait des points beaucoup plus importants. Les remèdes dont il attend la guérison de l'écoulement des oreilles sont surtout des spiritueux, des aromatiques et ont été peut-être tout aussi peu expérimentés par îui-Tnême que les moxas qu'il recommande avec instance sans les avoir jamais employés. Quant à Monfalcon (1), il suffit de savoir qu'il copie servilement Leschevin.
Les travaux de Saissy (2) appartiennent aux temps les plus modernes ; mais ils sont loin de mériter la considération que ses deux traducteurs ont cherché à leur donner en Allemagne. La tunique fongueuse qui recouvrirait la membrane du tympan chez les nouveau-nés, le relâchement et la tension morbides de cette membrane, la paralysie dtt muscle interne du marteau, la procidence de la membrane du tympan dans le conduit auditif, etc., sont pour Saissy des maladies réelles, quoiqu'il n'en ait trouvé aucune preuve en examinant ces parties. Il néglige l'inspec-
(1) Dict. des se» méd, t. 38, p. 24-35. (2.) Essai suries mal, de Vor. (nt, 1827.
tien oculaire dans rinflammation de la membrane du tympan, en pratique la perforation au hasard, confond un catarrhe de l'oreille moyenne avec la véritable inflammation qui produit la perforation de la membrane du tympan et l'écoulement purulent ; il oublie de nous donner le diagnostic de l'inflammation de l'oreille moyenne, de son hydropisie de la caisse du tambour, de l'engouement de cette cavité et de l'apophyse mastoïde, des maladies des osselets ainsi que de leurs muscles ; ce qu'il en dit n'a pas plus de fondement qu'on ne doit en attendre du diagnostic d'affections aussi fantastiques. Saissy donne d'ailleurs si peu de règles de prudence pour pratiquer les injections de la trompe d'Eustache, que contre l'opinion générale nous tendons à lui nier à peu près toute autorité à cet égard ; nous le faisons avec d'autant plus d'assurance que sa sonde à triple courbure est tout à fait impropre à la pratique. Cet auteur s'aliène surtout notre confiance en conseillant de percer avec un trois-quarts la trompe d'Eustache quand elle est oblitérée et en entreprenant avec une étourderie impardonnable de pratiquer réellement cette opération. Nous devons encore rejeter ce qu'il dit des maladies du labyrinthe, de la fenêtre ronde et ovale, de l'eau de Cotugno, etc. ; il manque tout à fait d'expérience en ce point parce qu'il n'y en a pas à faire , ce qui n'empêche que Saissy ne se fatigue à diagnostiquer ces affections hypothétiques.
Le traité d'Itard (1) s'élève beaucoup au-dessus du tra-
(1) Traité SUT les mai. rie for. et de Vaud, 1822. il. vol, li.
vail sans valeur de Saissy ; il n'est cependant pas exempt de grands défauts qui proviennent surtout de l'ordre dans lequel il a rangé les maladies de l'oreille. Ainsi il sépare les lésions matérielles de cet organe de ses troubles fonctionnels, et l'inflammation du conduit auditif et de la caisse des rétrécissements, des polypes, etc., de ces cavités ; il classe la phlogose et l'écoulement des oreilles d'après la différence, si difficile à établir, du pus et des mucosités ; il croit encore à une douleur d'oreille purement nerveuse qu'il craint cependant de combattre en introduisant de l'opium dans le conduit auditif; il admet une perforation propre de la membrane du tympan sans inflammation préliminaire et regarde le bourdonnement comme une affection qui existe par elle-même, quoique Duverney eut démontré la fausseté de cette opinion 200 ans avant lui. Malgré toutes ces erreurs Itard a le grand mérite d'avoir traité des maladies de l'oreille d'une manière plus complète, plus régulière et plus critique que tous les auteurs qui l'ont précédé. On voit avec plaisir qu'il considère comme une manie de spéculations théoriques le dada de tous les écrivains, c'est-à-dire le relâchement et la tension de la membrane du tympan, la luxation et l'ankylose des osselets, la paralysie et les convulsions de leurs muscles et qu'il les raie du cadre des affections de l'oreille. Il aurait dû rester conséquent, et agir de même avec les changements morhides de l'eau de Cotugno et ne pas considérer comme un genre particulier de surdité la perte assez fréquente des osselets ; car il existe toujours avec elle une perforation delà membrane du tympan, une inflammation chronique de l'oreille moyenne , etc., et on ne peut jamais
calculer la part que la perte de ces osselets prend à la surdité. Nous devons surtout estimer le zèle qu'Itard â mis à combattre les maladies de l'oreille moyenne par des injections aqueuses. A l'usage facile de ses instruments, à la manière dont il s'en sert, aux ruses qu'il emploie dans sa pratique, oa voit qu'il a réellement souvent eu recours àce moyen. Il décrit très en détail la méthode qu'il a suivie dans le principe pour guérir le catarrhe de cette cavité sans recourir aux injections, mais en faisant de grands détours ; il ne cache même pas combien sa manière d'injecter était d'abord imparfaite , comment elle provoquait des douleurs, des vertiges et d'autres maux consécutifs ; ces aveux doivent encore raffermir davantage la confiance que cet auteur nous inspire. Après que le chemin eut été ainsi aplani, Deleau ne fit pas un pas aussi étonnant qu'il voudrait nous le faire croire, eu remplaçant l'eau par l'air comprimé et en l'employant comme remède dynamico-mécanique des affections do la caisse du tambour. Cela n'empêche que cette méthode ne l'emporte de beaucoup sur les douches aqueuses, comme nous le démontrerons en détailplus loin. Il est malheureux que le zèle de Deleau ne se soit étendu qu'au diagnostic et à la thérapeutique des maladies de l'oreille moyenne : au moins n'avons-nous pas jusqu'à présent des preuves qu'il soit sorti de ces limites étroites. Il ne s'est pas occupé des affections du labyrinthe ; car lorsque l'air entre librement dans l'oreille moyenne, Deleau regarde la surdité comme nerveuse et incurable. Itard ne s'est pas retiré ainsi devant cette maladie : il en détermine très-bien le diagnostic et le mode de développement ; il &t même ua essai de traitement très-bien appro-
prié à la nature de cette afFection ; le peu de succès qu'il en obtint, l'écarta malheureusement trop tôt de la voie qu'il suivait. Depuis cette tentative infructueuse, aucun auteur ne l'a plus reprise et personne n'a cherché à remédier aux défauts qui devaient nécessairement faire manquer le succès désiré : aussi le plus grand nombre de surdités nerveuses restent-elles encore sans secours.
Nous avons mis notre soin principal à combler cette lacune et nous donnerons des preuves suffisantes pour démontrer que notre traitement peut guérir ou amender la surdité nerveuse à ses différents degrés de développement. Nous avons de plus tâché de classifier les affections de l'oreille d'une manière plus naturelle qu'on ne l'a fait Jusqu'à présent ; nous avons cherché à les ramener à des lésions déterminées des parties constituantes de cet organe et à éviter toutes les opinions hypothétiques et spéculatives ; nous nous sommes aussi efforcé de rendre le diagnostic indépendant des déclarations toujours douteuses des malades, en établissant des signes objectifs pour chaque maladie et de fonder sur cette base certaine le traitement le plus simple et le plus sûr.
FIN I)K l'introduction.
MALADIES DE L'OREIUE.
Il nous semble que l'organe auditif mérite qu'on fasse tous ses efiforts pour protéger la fonction que la nature lui a départie ; les lésions qui l'affectent ont des suites fâcheuses pour le développement intellectuel de l'homme et exercent l'influence la plus nuisible sur l'âme elle^ même ; ce n'est pas le manque de jouissances musicales qui rend les sourds si mélancoliques ; non ! la mélodie du cœur qui parle à l'homme dans les doux épanchements de l'intimité, est muette pour celui qui entend à peine une voix perçante et forcée ; le charme de la conversation , le plaisir qu'on goûte à s'entretenir avec des gens de tout âge, de tout caractère, est perdu pour lui ; son for intérieur n'est plus remarqué et se couvre d'un voile de tristesse et de défiance qui s'épuise d'autant plus que le cercle d'où des sons perceptibles parviennent encore à son oreille, se resserre davantage. Plus le malade est jeune, plus la surdité pèse sur le développement de tous ses rapports vitaux, quoique la légèreté du jeune âge écarte pendant quelque temps le sombre pouvoir dont la maladie menace d'opprimer son âme j mais ceux qui sont le
plus à plaindre, ce senties enfants chez lesquels des défauts innés ou produits pendant les premières années de la vie, ont tellement affaibli l'ouïe, que la parole ne se <léveloppe pas ou se perd jusqu'aux moindres traces ; dans ces cas la mutité est la suite inévitable de la cophose. Chez ces malheureux l'esprit est comme plongé dans un sommeil éternel et la nature en en écartant l'horreur de l'aveugle de naissance, semble élever l'importance de l'ouïe bien au-dessus de tous les charmes de la vue; et cependant la commisération que l'aveugle trouve chez ceux qui l'entourent, ne devient que rarement le partage du sourd !
L'anatomie de l'oreille est parvenue à une perfection exemplaire grâce à la patience et la pénétration desanatomisles les plus distingués ; après les travaux des Scarpa, des Sœmmering, etc., nous pouvons la considérer comme complètement achevée : il serait par conséquent tout à fait inutile de suivre l'exemple d'Itard, de Saunders, de Buchanan, etc. , et de joindre une description anatomique à' notre travail pathologique et thérapeutique. Ces auteurs n'ont pu rien ajouter aux descriptions des anatomistes qui se trouvent entre les mains de tout médecin instruit et aucun d'eux n'est parvenu à rendre plus intelligible pour ceux qui ne sont pas médecins la conformation si compliquée de l'oreille.
C'est envain qu'on s'est fatigué à rechercher et à déterminer le sens physiologique de chaque partie composante de cet. organe ; la physiologie comparée a elle-même refusé jusqu'à présent ses lumières et les refusera peut-être toujours. On ne peut établir la finesse normale de l'ouïe chez l'homme ni chez les animaux et il est impossible de reconnaître combien le premier diffère des seconds sous ce rapport. On ne parviendra pas davantage à assigner à des rapports morbides de parties isolées les déviations que présentent les fonctions de l'organe auditif. On se
DES MALADIES DE l' OREILLE. S?
trompe évidemment, quand, à l'exemple d'Itard ( l ), on rc* garde l'oreille externe comme tout à fait inutile à laudilion et qu'on assure que celle-ci n'est nullement endommagée par la perte du pavillon. Ceux qui déterminent mal la portée de l'ouïe avant et après l'ablation de cette partie, peuvent seuls admettre cette opinion. Buchanan (2) donne dans l'excès opposé quand il dépeint l'influence que doivent exercer sur les fonctions de l'organe auditif la grandeur, la figure et l'angle d'insertion de l'aurieule; il dit avoir guéri la surdité en changeant simplement la direction de ce dernier; mais ses observations décèlent un esprit trop peu circonspect, pour qu'on puisse les considérer comme de véritables preuves. Il est très-probable que certains rapports moyens de la grandeur et de la configuration, des élévations et des enfoncements et de l'angle d'insertion de celte partie de l'oreille favorisent le mieux l'audition pour autant que celle-ci dépend des organes collecteurs du son. Beaucoup d'observations nous ont cependant appris que même des déviations importantes de ces rapports normaux, n'ont pour suite aucun trouble important de la fonction auditive. Nous devons prendre le milieu entre les opinions extrêmes d'Ttard et de Buchanan et dire à cette occasion que l'organe de l'audition comme tous les autres, n'agit avec la plus grande perfection que lorsque toutes les parties qui le constituent, ont la conformation la plus parfaite et la plus harmonique. Il est certain que le nerf acoustique est plus important pour l'audition que le pavillon de l'oreille ; mais ils doivent tous les deux être parfaitement conformés, pour que l'ouïe puisse posséder toute sa finesse et toute sa force. Ce n'est toutefois pas une grande faute de l'éducation, si les bonnets de nuit que les enfants
(1) Traité^elc. i. p. 131.
(2) Physiol. i/lustr. of the erg. of Itear. etc. p. 77.
portent ordinairement dans leurs premières années, rapprochent le pavillon des temporaux plus qu'il n'est nécessaire, et si par le défaut d'exercice les muscles de cette partie perdent leur motiiité volontaire. L'ouïe plus fine qu'on a remarquée chez des peuples sauvages, provient sans doute de tout autres circonstances que de ces rapports purement mécaniques. Ce qui est bien plus important que ces questions sur l'utilité de chaque partie de l'organe auditif, ce sont les soins que demandent l'entretien de Ja santé de cette partie, surtout pour autant que les principes de la diététique, comprise dans toute l'étendue du mot, peuvent y concourir. Aussi longtemps que l'ouïe a toute sa finesse, ou qu'on croit au moins qu'elle la possède, on ne suit guères de règles de prudence pour la maintenir dans une situation aussi précieuse. Les soins qu'on prend à cet égard sont cependant loin d'être futiles ; il est surtout nécessaire de bien surveiller deux agents nuisibles, le froid et le bruit, lorsqu'un état morbide quelconque s est développé dans l'organe auditif ou qu'une disposition évidente à des récidives est restée après sa disparution. Le froid, quelle qu'en soit la forme d'application, agit d'une manière préjudiciable non-seulement sur les nerfs de l'oreille, mais encore sur ses parties membraneuses qui, par suite du défaut de sang et de chaleur vitale, subissent très-facilement l'action de cet agent. C'est donc un préjugé très -nuisible de vouloir fortifier cet organe par des lotions froides ; il faut les éviter avec le plus grand soin. On doit nettoyer l'oreille avec de l'eau tiède et la protéger non-seulement avec du coton , mais même avec une coëffe de taffetas, quand on prend des bains de rivière, de mer ou des douches froides ; il faut surtout se garder de plonger. Un temps humide froid et orageux est tout aussi préjudiciable, et l'on doit en préserver les oreilles de la même manière. Le second objet de nos soins est le bruit, le son perçant des trompettes.
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des cors, et d'autres instruments de cuivre, dont la forre peut surexciter des nerfs acoustiques irritables et affaiblis ; les bourdonnements en deviennent toujours plus violents et la surdité plus considérable : aussi doit-on bien se garder de s'y exposer.
Il n'y a qu'un seul symptôme qui soit commun à toutes les maladies de l'oreille sans exception soit qu'elles aient leur siège primitif dans cet organe, ou que la souffrance d'une autre partie affecte ce dernier d'une manière sympathique : ce symptôme est l'augmentation ou la diminution d'activité des nerfs acoustiques. Lorsque l'oreille est atteinte en totalité ou en partie d'une affection aiguë ou chronique, on trouve toujours un changement dans l'ouïe et ce dernier a constamment un rapport très-approchant avec l'intensité et l'extension de la lésion organique ; en mettant même de côté la dépendance, indubitable en théorie, de la fonction et de l'état de son instrument, l'expérience journalière démontre encore avec la plus grande évidence notre manière devoir et nous pouvons déclarer comme entièrement contraire à cette expérience l'opinion de ceux (1) qui disent que desinllammations chroniques mêmes des organes auditifs peuvent souvent exister pendant toute la vie sans nuire à la finesse de l'oreille. Une erreur de cette nature est la suite inévitable de la négligence avec laquelle on traite l'examen de l'ouïe. En général on la tient encore pour bonne aussi longtemps que le malade peut poursuivre convenablement ses rapports sociaux et soutenir sans gêne une conversation : on prend ainsi la voix humaine pour mesure de l'ouïe ; mais elle ne pourrait en servir que pour autant que tout le genre humain ou au moins chaque individu put toujours diriger ses paroles de la même manière vers l'oreille et
(1 ) Vering. aphorisme)! iiber gehôrkr. p. 13.
leur donner le même ton et la même force tonique : on sent que ces conditions ne peuvent guère être remplies.
Les malades qui entendent très-mal d'une oreille, croient souvent entendre encore très-bien de l'autre et regardent comme inutile l'examen attentif de cette dernière ; mais ce serait à leur préjudice qu'on négligerait cette exploration ; car ce n'est que le contraste d'une oreille très-mauvaise avec une oreille passable qui leur fait paraître comme $aine celle qui est le moins malade. Une mesure déterminée, comme une montre de poche éclaircit très-facilement cette erreur.
La voix humaine, comme la facilité qu'on éprouve à la percevoir d'une manière plus ou moins claire à une distance plus ou moins grande, n'est par conséquent pas en général une mesure certaine pour les changements de la portée de l'ouïe. L'oreille n'est pas également sensible à tous les sons, quand même ils auraient la même force, et on ne pourrait pas conclure avec certitude que celle qui deviendrait plus sensible à un son déterminé, par exemple, celui d'une montre, acquerrait dans le même rapport plu» de facilité à percevoir la voix humaine. Il est toutefois certain qu'il y a un rapport très-prochain entre ces deux sons ; ii est même plus approchant que celui qu'il y a entre toutes les autres mesures, parce que le mouvement de la montre produit un son toujours égal à lui-même et qu'on peut en déterminer d'une m,anière précise la distance de l'oreille qu'on explore. Rien n'empêche d'ailleurs qu'on l'y présente toujours dans la même direction et qu'on obtienne autour du malade un silence tel que de ce côté il ne peut pas dans des examens répétés survenir des différences qui les troublent.
Depuis longtemps on a employé les montres dans ce but tout en négligeant de déterminer avec exactitude Jusqu'à quel point une oreille saine pouvait entendre celle qu'on choisissait pour mesure des changements de l'ouïe ;
et cependant la difîérence du mouvement des montres rend cette fixation indispensable. Quand on a obtenu cette normale par de nombreuses expériences faites sur des oreilles saines, on possède une mesure certaine pour le but que nous avons en vue ; c'est alors seulement que les observations de médecins différents peuvent être comparées entre elles, pourvu qu'ils donnent la mesure normale des montres dont ils se sont servis. Il est vrai que pour mesurer une surdité très-intense, on doit choisir une montre qu'une oreille saine peut entendre d'un point assez éloigné; celle que nous employons, peut, pendant le jour, être perçue à une distance de 30 pieds par un individu dont l'ouïe est saine, quand il régne un parfait silence autour de l'observateur.
Lorsqu'on répète l'examen de la portée de l'ouïe chez le même malade, il faut toujours le faire dans les mêmes circonstances ; il ne doit avoir lieu ni après une séance, ni après une injection ; il est d'ailleurs nécessaire de toujours diriger la montre de la même manière vers l'oreille, etc. Wolke (1) donna le premier un instrument d'une autre espèce pour mesurer l'ouïe ; c'est un marteau de métal qui tombe sur une plaque métallique sous un angle déterminé. Itard (2) paraît avoir connu cette machine ou être tombé par hasard sur la même idée en construisant son acoumètre ; il est certain que l'instrument du médecin français ne se distingue de celui du professeur allemand que par son élégance. L'objection la plus générale qu'on puisse faire à ces instruments compliqués qu'on n'a pas toujours sous la main, c'est qu'il est impossible 4e mesurer avec eux de petits changements dans la portée
(1) Gilberl's annalen^ 1802. ix bil. 3 st. (^5) Trailê, elc. ii. pi. i. r. i.
de l'ouïe, tandis qu'avec une montre de poche on peut y constater une différence d'un demi-pouce.
Le cours des maladies de l'oreille est en général chronique et sans fièvre ; le caractère inflammatoire et fébrile de plusieurs de ces affections n'est même que très-rarement aigu; il est presque toujours lent et tend à produire de fréquentes maladies consécutives et des rechutes. En gérerai sur cent maladies de cet organe, on n'en trouvera que deux qui aient un véritable caractère aigu. Cette propriété vient delà structure osseuse et cartilagineuse de l'organe auditif et de l'absence de tissu cellulaire et de vaisseaux sanguins.
Les affections de l'oreille sont très-communes, bien plus communes qu'on ne le croit généralement. Beaucoup de personnes, de crainte de fatiguer leur entourage par leur surdité, cherchent et parviennent à corriger par une attention plus grande ce que leur ouïe a perdu en finesse ; il arrive aussi souvent qu'on doute de l'existence de la dysécie , parce qu'on croit avoir affaire à une personne distraite et que les maladies de l'oreille ne tombent pas immédiatement sous la vue, comme la cécité, la myopie , etc.
Il est certain qu'un grand nombre d'individus ont une prédisposition héréditaire aux affections de l'oreille ; il y a beaucoup de familles où plusieurs et même tous les membres souffrent plus ou moins de surdité, surtout à caractère nerveux. La surdi-mutité se voit même assez souvent chez plusieurs personnes de la même famille, quoiqu'on ne connaisse pas jusqu'à présent d'exemple de parents sourds-muets qui aient produit des enfants affectés de la même maladie. Le grand âge est une forte prédisposition de la dysécie, mais la plus considérable est sans contredit la conformation même de l'oreille : elle est exposée à toutes les injures du temps et à toutes les fortes impressions des sens, manque de tout voile protecteur et
n'attire souvent qu'une attention passagère de notre part. Parmi les causes qui restent souvent cachées malgré toutes les recherches, se trouve en premier lieu le refroidissement, quoique beaucoup de malades qui ne connaissent aucune cause occasionnelle de leur mal, recourent à cette source banale pour se tranquilliser eux-mêmes et leurs médecins. Le tissu glandulaire et sécrétoire qui revêt l'oreille externe et moyenne offre aux affections catarrhales et rhumatismales un siège qui , outre les états morbides qui s'y forment d'eux-mêmes, reçoit et développe encore facilement les maladies muqueuses voisines. Les affections de la peau, surtout celles qui se lient à une dyscrasie scrofuleuse, produisent souvent les maladies de l'oreille; l'érysipèle de la face, la scarlatine, la variole, la rougeole, la croûte de lait, la teigne, etc., font souvent connaître leur influence en changeant l'organisation de l'oreille externe ou moyenne. L'expérience ne nous permet pas d'assigner à d'autresmaladiesdesrapportsmorbifiques avec l'oreille ; nous n'avons pas d'observations assez exactes, ni assez détaillées qui démontrent qu'un organe éloigné, par exemple, le foie ou l'utérus, puisse agir sympathiquement sur cette partie. Ce qu'on (l) en dit n'est que très-général, comme par exemple, douleur de tête et bourdonnements de l'oreille droite dans les maladies du foie; bourdonnements de l'oreille gauche dans celles de la rate ; surdité périodique liée à des coliques du bas-ventre, à des fièvres intermittentes, à la présence des vers intestinaux, à la grossesse, aux douleurs de la pierre, etc. ; mais toutes ces affections de l'oreille n'ont pas été bien individualisées; on n'a pas examiné attentivement l'organe malade, ni déterminé le développement et la terminaison que ces maladies sympathiques ont eus : aussi ne pouvons nous
(1) V. TiEHF.MA.XN , Zeitschr. fur die Phys. i. p. 272. ?q<|.
regarder ces symptômes comme des affections particulières de l'oreille ; d'autant moins que (1) Bremser dit à propos de l'irritation sympathique produite par des vers dans le canal intestinal que tous les cas qui s'y rapportent ne prouvent rien quant à l'effet nuisible des vers, parce que l'aberration d'activité de l'intestin malade par rapport à celui des autres organes, peut tout aussi bien occasionner les phénomènes souvent singuliers qu'on observe que ce qu'on nomme l'irritation vermineuse. Nous devons toutefois faire remarquer que malgré ses recherches immenses sur ce point, Bremser n'a pu produire aucun exemple d'excitation sympathique de l'ouïe causée par la présence des vers ; des observations de ce genre ne pourraient d'ailleurs avoir de valeur et permettre une conclusion décisive qu'en cas qu'on aurait soigneusement examiné l'organe auditif avant le développement de l'affection vermineuse et pendant celui de l'irritation sympathique de l'oreille. Si l'on voulait citer les cas oii des convulsions consécutives à une dentition laborieuse ont produit la surdi-mutité, nous ferions remarquer que dans aucun de ces cas on n'a pu démontrer si l'enfant malade n'était pas déjà sourd lorsque les convulsions apparurent et si d'autres maladies concomitantes ou consécutives n'ont pas produit la surdité.
Il arrive bien plus souvent que des organes éloignés comme le cerveau, les dents, le cou, la poitrine, l'estomac, la vessie, l'utérus, etc. souffrent sympathiquement d'une pxcitation violente des nerfs acoustiques : ainsi on a (2) remarqué, par exemple, que des sons perçants et désagréables produisaient l'agacement des dents, une toux gênante, la sortie involontaire des larmes , une hémorrhagie de
(1) Lebende Wûrmer im leb. ^ensch^ p. 128.
(J) Teule, de l'oreille , p. 256. S(}q. , et Tiedemann, a. a,
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l'utérus, etc. Le chatouilleraent et le grattement de l'oreille excitent souvent une toux pénible dans la trachée ; la faiblesse de la vue s'allie quelquefois à celle de l'ouïe, ainsi que la perte de l'odorat; on remarque même que ces affections ne se montrent souvent que du côté de l'oreille souffrante.
Il est impossible de rapporter à une réaction sympathique l'inflammation et la suppuration du cerveau qui s'étendent peu à peu jusqu'au rocher et suscitent une mflammation et une suppuration de l'oreille.
Les fièvres nerveuses affaiblissent en général l'ouïe ; on a depuis longtemps observé la surdité qui les accompagne et d'après les circonstances on la regarde tantôt comme un bon, tantôt comme un mauvais signe de pronostic pour l'issue de cette maladie ; quelle que soit la nature de ce signe, la surdité qui le donne est toujours passagère. '
Les affections tristes de l'àme ont une action beaucoup plus nuisible sur la vitalité des nerfs auditifs ; elles produisent les cas les plus rebelles de dycésie nerveuse. Il n'est pas encore prouvé que la goutte et la syphilis agissent d'une manière spéciale sur l'ouïe : les observateurs (1) qui sont portés à résoudre cette question par l'affirmative, n'ont pas examiné en détail l'organe souffrant et ne sont par conséquent pas compétents pour la juger ; nous n'avons trouvé nulle part des observations décisives à cet égard.
Le pronostic des maladies de l'oreille n'est en général pas fâcheux. Il est vrai qu'elles ont leur siège dans un organe dur et sec qui ne reçoit que peu de liquides et qui n'a pas de liaison importante avec le système nerveux du reste de l'organisme ; on ne doit par conséquent pas s'at-
(1) Veriug jdphor.jetc, p. 16, 22, 34,eîc. Jos. Frank, Prax med. uwv. prœc, pars, u. vo". r. sect. 2 b. p. 897,
tendre à ce que la force médicatrice de la nature en guérisse l'état morbide soit en formant des dépots critiques, soit en agissant vigoureusement sur des organes éloignés et en produisant ainsi une réaction sympathique sur l'oreille. On doit tout aussi peu espérer que le développement naturel du corps chez les enfants de l'un ou de l'autre sexe puisse jamais produire des changements heureux dans les maladies de l'oreille qu'on a abandonnées à elles-mêmes ; quoi qu'il en soit, il est très-important de savoir que les affections de cet organe permettent un diagnostic très-sûr, (non pas, il est vrai, d'après la routine ordinaire), qu'elles ont en général un cours très-lent et sont, par suite de ces deux circonstances, généralement curables, lorsqu'on s'y prend à temps et qu'on emploie les moyens convenables. Ce moment propice est malheureusement presque toujours négligé soit par les malades euxmêmes, soit par des médecins ignorants. C'est alors l'art lui-même qui rend la maladie incurable malgré la bénignité de sa nature. Les malades et les médecins espèrent trop légèrement qu'un mal indolent et insignifiant en apparence disparaîtra delui-même sans que l'art s'en mêle. Souvent ils s'imaginent qu'un écoulement de l'oreille, par exemple, est un bon émonctoir pour toutes sortes d'humeurs acres et qu'on doit par conséquent bien se garder de le guérir. D'autres malades ne remarquent la diminution de leur ouïe que lorsque le mal est parvenu à un trèshaut degré ; on en voit enfin qui s'aperçoivent assez tôt de leur affection, mais qui rejettent tout traitement médical , parce qu'ils sont rébutés par les suites malheureuses que produisent les méthodes curatives conduites par la routine. On ne pourrait que les féliciter de cette réserve si leur mal ne tendait pas à s'aggraver de jour en jour. C'est chez les malades qui ont déjà été soumis à beaucoup de traitements violents et pernicieux que le pronostic est le plus fâcheux ; chez eux l'état organique et dynamique
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de la partie affectée est tellement changé que les traitements judicieux en deviennent par suite très-difficiles. Il est en général remarquable combien les médecins sont peu familiarisés avec les parties les plus importantes de la pathologie de l'oreille ; on peut presque crier au miracle quand on voit sortir de leurs mains un malade qu'ils ont guéri d'une affection de cet organe.
Le degré de la surdité, l'âge du malade et la durée de la maladie ne sont pas des circonstances qui puissent servir au pronostic. 11 n'en est pas de même du changement organique et du désaccord dynamique auxquels 1 affection est parvenue ; ceux-ci sont de la plus grande importance. Le premier point doit toujours être constaté par l'inspection oculaire , par l'exploration faite avec la sonde, etc. ; le second doit l'être par l'acoumètre. Le dernier point l'emporte sur tous les autres, même sur la prédisposition héréditaire. Le pronostic des maladies aiguës de l'oreille est le plus favorable, parce que les malades se hâtent de chercher des secours et que les indications y sont générales et claires, même pour les médecins qui ne connaissent rien aux affections spéciales de cet organe ; mais la difficulté qu'on a à s'en rendre maître, en augmente le danger pour la conservation de l'organe et même pour celle de l'individu qui n'est presque jamais menacé par les maladies chroniques de l'oreille.
Les affections de l'oreille externe sont plus faciles à guérir que celles qui ont leur siège dans l'oreille interne. Cela nous explique comment les lésions de cet organe offrent plus d'espoir de guérison chez les enfants que chez les vieillards ; l'oreille externe est en effet le plus souvent affectée chez les premiers, tandis que chez les seconds c'est l'oreille interne ou moyenne. Une faiblesse tout à fait incurable des nerfs acoustiques est exclusivement, sinon nécessairement le partage du grand âge ; cela ne veut cependant pas dire qu'à cette époque de la vie il ne puisse
aussi se présenter des affections de l'oreille qui soient curables.
Les maladies organiques de cette partie offrent en général plus de chances de guérison et récidivent moins souvent que les affections dynamiques. Les causes de ces dernières sont plus difficiles à reconnaître et nous avons beaucoup moins d'action sur leur développement et leurs rechutes que sur ceux des lésions organiques. Quand celles-ci durent longtemps, elles entraînent à leur suite une faiblesse du nerf acoustique , parce qu'elles en limitent forcément l'activité. Cette faiblesse réclame souvent notre attention et nos soins d'une manière spéciale après que la maladie organique a disparu.
Les données de pronostic que nous venons de poser contredisent trop ouvertement l'opinion généralement répandue sur l'incurabilité de la plupart des affections de l'oreille, pour que nous ne cherchions pas à justifier par des nombres les succès de notre pratique. Cette considération vaincra sans doute la crainte de beaucoup de médecins qui n'osent pas entreprendre le traitement de ces maladies et les engagera à les combattre à temps avec les moyens convenables. Les vues que nous avons émises sur la curabilité de ces affections en général (nous donnons plus loin les cas spéciaux) sont basées sur un nombre de 300 malades pris indistinctement dans notre journal ; tous ces malades avaient été soumis à l'examen le plus exact et le plus complet ; ce chiffre est assez considérable pour qu'on puisse y trouver le fondement d'une véritable statistique des maladies de l'organe auditif.
Parmi ces 300 malades, il y en avait 104 tout à fait incurables et au traitement desquels nous ne nous sommes pas arrêtés, c'est donc 1 sur 3. 1 88 furent ou complètement guéris ou soulagés et il n'y en eut que 8 que nous dûmes abandonner sans amélioration, malgré nos peines et nos soins La plupart des malades incurables et de ceux qui
n'éprouvèrent qu'un léger soulagement, auraient probablement eu un sort plus heureux , s'ils avaient eu recours à temps, c'esi-k-d'iTe plusieurs ann2es plus tôt, aux moyens convenables, ou du moins s'ils n'avaient pas fait usage de remèdes aussi pernicieux que ceux qu'on avait employés chez eux.
Le traitement des maladies de l'oreille est en général empirique ; ce qui est d'autant moins pardonnable qu'avec un diagnostic évident on peut toujours recourir à une médication rationnelle, quand on veut seulement se donner la peine de ne pas s'arrêter à la commodité des recettes toutes faites. L'importance de cet objet veut que nous nous servions des paroles de l'un des médecins les plus estimés de l'Allemagne pour peindre cette espèce de traitement. Hufeland s'exprime de la manière suivante (l) : « Je raconterai tout simplement ma méthode sans me » permettre des déductions théoriques ou des subtilités » nosologiques, qui, d'après mon expérience, nous condui- » sent rarement loin dans la pratique. Il y a sans contredit » dans l'ouïe, comme dans la vue, différentes formes de » soufiFrance, qu'on ne doit pas considérer seulement » comme des degrés du trouble fonctionnel : d'abord les » tintements, les bourdonnements et les retentissements » inaccoutumés ; puis la dycésée et enfin la cophose : le » siège de la surdité peut différer d'après les différentes » parties de l'organe comme celui de la cécité : ainsi dans » les parties extérieures, dans les membranes et les ca- » naux ou dans le nerf lui-même. Dans ce cas le diagnos- » tic est très-obscur et à ce que je crois peu utile à la » guérison ; mais la distinction du caractère différent de » la souffrance est bien plus important et à cet égard
(1) Neiœ Aimvahl hleiner me<i:JfTn\~\ hd. p. 188-198
» j'ai trouvé que le caractère le plus général dans celle » classe de maladies est le rhumatismal ou le séreux. » D'après cela l'auteur prescrit de tenir l'organe auditif bien propre, de favoriser et d'activer les fonctions de la peau, de faire des dérivations par le canal intestinal et d'exciter l'absorption et l'activité nerveuse dans l'oreille elle-même. Les moyens employés pour remplir ces indications étendues, sont fort compliqués, comme on peut s'en douter ; mais il serait superflu de les rapporter en détail. La suite de notre travail démontrera sans réplique que les maladies de l'oreille présentent des différences très-réelles et qu'elles ne sont pas seulement des degrés de la même forme morbide. 11 en résultera naturellement qu'on doit rejeter une méthode de traitement qui a été basée sur ces principes hypothétiques. D'ailleurs quand même les affections catarrho rhumatismales produiraient le plus grand nombre des maladies de l'oreille, il serait encore possible qu'on ne dût pas avoir égard à la cause du mal dans le traitement. Ces maladies, tout en ayant la même origine, peuvent prendre dans les différentes parties affectées les formes les plus dissemblables ; elles peuvent présenter les conditions les plus diverses dans leur caractère pathologique et acquérir très-vite une individualité fort prononcée par suite de la conformation particulière de l'oreille. On doit d'autant moins s'arrêter à remplir les indications données par la cause du mal, que ce dernier dure plus longtemps et qu'il a formé des produits organiques plus spéciaux.
La description d'un seul traitement empirique ne peut pas nous suffire ; on trouve en effet dans cette branche de l'art médical des principes d'empirisme encore beaucoup plus grossiers. Aussi voulons-nous tâcher de faire une critique aussi complète que possible des méthodes générales et des simplesj;»»à«l««,4tjj]on emploie le plus souvent. On peut i^^^Q-** lAJS^'l^çaux et généraux.
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