I. MOYENS LOCAUX
1 . L'électricité. Nous commençons notre revue par le remède le plus innocent de tous. L'abbé Nollet (1) nia d'abord ouvertement l'action médicale de l'électricité et Bertbolon (2), Mauduyt (3), Cornus (4], Poma, ni Rainaud (5) ne purent le réfuter. Des dix sourds traités par Mauduyt (6), il n'y en eut que deux qui obtinrent un léger soulagement. Calvallo (7) assure qu'on peut guérir à peu près toute espèce de surdité au moyen du fluide électrique ; mais il ne donne pas une seule preuve de son assertion. Le Bouvier-Desmortiers (8) croit être parvenu par ce remède à faire entendre une sourde-muette ; mais six mois après le traitement, la malade était aussi sourde qu'auparavant. On trouve dans le journal de Hufeland (9) deux observations de surdité guérie par l'électricité ; mais ces deux cas ne signifient rien ; dans le premier le mal avait souvent disparu sans le secours de l'art et dans le second la maladie était trop récente. Busch (10) deMarbourg guérit une surdité chez un sexagénaire en l'électrisant pendant dix séances ; cette maladie était probablement un engouement de la trompe d'Eustacbe ; s'il était bien prouvé que le fluide électrique a favorisé la sortie
(1) Encj-clop. art. éiect. 1755.
(2) De l'él. du corps humain, t. 1. p. 502,
(3) Mém, de la soc. roy. de méd. , de i'au 1778.
(4) Journ. dephys, 1775.
(5) Journ. de méd. 11 S7, novembre.
(6) Dict. des se. méd. art, électr.
(7) A compl. treat. on electr. v. II. p. 146.
(8) Mém, ou considér. sur les sourds^muett de naissance.
(9) Hufeland Journ. vil. p. 169^ {\Q) Hufeland journ. lxxv. p. -70.
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des mucosités en les liquéfiant, ce serait, autant que nous sachions, le seul cas où ce fluide aurait aidé à la guérison d'une affection de l'oreille. Lentin (I) vante les avantages qu'on peut retirer de l'électricité combinée avec l'usage extérieur de liquides irritants ; mais « il manqua deloîsir pour faire les expériences nécessaires n . Les médecins français ont le mieux apprécié ce remède. Saissy (2) en limite l'usage à la paralysie imparfaite du nerf acoustique sanséréthisme. Itard (3) assure d'après ses propres observations que l'électricité n'exerce aucune action utile sur l'ouïe et Deleau s'accorde avec lui en ce point.
Tous les auteurs qui se prononcent sur l'indication de ce moyen, s'accordent à dire qu'il ne convient que dans la surdité nerveuse torpide ; cette forme est rare ; car sur 300 malades, nous ne l'avons rencontrée que douze fois. Nous sommes d'ailleurs d'autant mois tenté de recourir à l'électricité, même dans cette espèce de surdité, qu'il est trèsdifficile et peut-être même impossible de mesurer l'intensité de son action sur la sensibilité du nerf auditif.
2. Le galvanisme a trouvé tout autant de preneurs exaltés que l'électricité. Grapengiesser (4) n'examinait pas les malades qu'il galvanisait et ne savait par conséquent jamais à quelle espèce de mal il avait affaire chez eux. Des seize cas de surdité qu'il traita il n'y en eut que trois qui furent guéris ; encore ne sait-on pas quelle était la nature de leur maladie et combien de temps la guérison s'est soutenue. Augustin (5) dit qu'il a soulagé deux sourds
(1) Beitrage zur Aiisb. Arznehviss. ir. p. lOO. sqq. ' (2) Essai ^ etc. p. 272.
(3) Traité , etc. t. ii. p. 72.
(4) yersuche den Galvan. zur Heit, einig-Krankh . anzuiuenden. 2e AuQ.
(5) yersuche ein. vollst. syst. Geschichte desGalva)i,
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au moyen du galvanisme ; mais il ajoute que l'amélioration qu'on obtient par ce remède, ne se soutient pas. Flies (1) avoue que le traitement galvanique n'a produit aucun bien dans trois maladies de l'oreille et qu'il a même nui dans une quatrième. Le docteur Walther (2) guérit par cette méthode une surdité qui s'était développée à la suite d'une fièvre nerveuse ; mais on voit tous les jours ces sortes dedycésies disparaître spontanément. Ce médecin échoua d'ailleurs chez tous les autres sourds qu'il galvanisa; les trois observations du docteur Bremser ne sont pas plus précises que celles de ses prédécesseurs. Les vanteries de l'apothicaire Sprenger i3) ne méritent aucune croyance ; il a trouvé des juges sévères, mais justes dans Eschke (4), Pfaff (5), Pfîngsten (6), Schubert, etc. Le docteur Castberg (7) soumit 33 sourds au traitement galvanique ; leur état s'améliora en général pendant les 6-10 premiers jours ; mais ce soulagement disparut chez tous après cette époque. Le galvanisme augmente l'irritabilité du nerf acoustique selon Schubert (8) et permet ainsi au malade de percevoir des bruits qu'il n'entendait pas auparavant ; mais cette sensibilité se perd bientôt, même quand on continue le traitement galvanique. Itard (9) s'exprime à peu près dans les mêmes termes que Schubert. En réunis-
(1) V. Grapengiesser.
(2) Ueber die Hier. Ind. , etc. der Galv. Oper. Wien. 1803. P. 164.
(3) Anwendiing.iart der Galv,, etc. 1802.
(4) Galvan. Versuche. 1803.
lb)Nord.Archîi>, il. 729. m. I. p. 242.
(6) Ibfd.iv.i. p. 56.
(7) Tbid. III. 3. p. 74.
(8) f^'on der Anwend, des Galv, bei aubsijebt.
(9) Traité, etc. u. p. 72.
sant les résultats de toutes ces expériences, on peut conclure que le galvanisme n'amende en rien les maladies de l'oreille et qu'il irrite et fatigue inutilement les nerfs acoustiques.
3. Le magnétisme minéral produit les mêmes effets sur les affections de l'organe auditif que le galvanisme et l'électricité. On ne trouve toutefois pas autant de témoignages en faveur du premier que des deux autres. Baldinger (1), Andry (2), Thouret ne donnent aucun fait qui se rapporte à l'action du magnétisme sur les maladies de l'oreille ; les trois observations publiées par Becker (3) ne sont pas assez détaillées ; la l'^ peut seule être regardée comme un cas de guérison ; dans la 2e l'ouïe devint aussi mauvaise qu'elle l'avait été auparavant et dans la 3e deux sangsues firent disparaître un mal que le magnétisme n'avait pu soulager. Bulmerincq (4) ne rapporte qu'une seule observation de maladie de l'oreille traitée par le magnétisme ; ce moyen provoqua des bourdonnements et de la chaleur à la tête et l'on dut arrêter le traitement au bout de deux heures. Le docteur Schmidt (5) ni un M. Bahrdt qui magnétisèrent des sourds à Berlin dans ces derniers temps, ne peuvent se vanter d'avoir fait des merveilles. Ils n'ont en effet pas guéri une seule affection de Torgane auditif. Le docteur Barriés de Hambourg n'a pas été plus heureux à l'institut des sourds-muets de Berlin ; des 58 malades qu'il y traita pendant trois mois il en signala quatorze comme entendant parfaitement bien ; mais les deux meilleurs dé cette catégorie, les nommés Carwin et Pagel
(1) Opusc. med.
(2) Beobacht. etc., ûber d. Gelrauch des Magn. elc. , 1785. (3} Der min, Magnet, und seine Àmvend, 1829.
(4) Beitr. zur àrztlich, Behandi. mitt. det min^Magn. 1835.
(5) Hufetand JoMr??.1834, sept. p. 117.
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n'entendaient même pas notre montre quand nous l'appliquions contre leur oreille.
4. Les moxas et le fer rouge ont été souvent recommandés contre les maladies rebelles de l'oreille. Jusqu'à présent rien n'en a démontré l'efficacité et il faudra des expériences décisives avant que nous admettions des moyens aussi violents dans l'arsenal thérapeutique des affections de l'organe auditif.
5. Les cantharidcs et la pommade stibiée, appliquées derrière l'oreille, ont reçu l'honneur d'être mises au nombre des remèdes domestiques.Elles sont généralement employées contre les maladies de l'oreille de quelque espèce qu'elles soient. Ces moyens sont sans aucune utilité dans les affections rebelles de l'oreille moyenne ; ils sont même nuisibles dans la surdité nerveuse et ne sont indiqués que dans les inflammations limitées et chroniques du conduit auditif et de la membrane du tympan. Dans ces affections on peut même les remplacer avec avantage par des moyens plus directs ; en tout cas on doit préférer la pommade stibiée aux cantharides et l'appliquer sous l'apophyse mastoïde.
6. Les cautères et les sétons sont inutiles ou nuisibles dans toutes les maladies de l'oreille.
7. Les douches de toute espèce, appliquées dans l'oreille ou derrière cet organe, sont dangereuses quand on les emploie pour exciter l'activité du nerf acoustique ; dans tout autre cas elles sont au moins inutiles.
8. Les instillations et les injections de liquides spiritueux et irritants sont toujours nuisibles. On doit en dire autant de toutes ces pommades qu'on introduit dans le canal auditif pour suppléer à la sécrétion cérumineuse et de cette foule de remèdes secrets qui s'abattent sur les maladies rebelles ou peu connues comme les insectes après une pluie d'orage. Il faut surtout se défier de l'huile acoustique de Mêne-Maurice et de tous ses accessoires. Ces
remèdes coûtent fort cher, ne guérissent rien et empirent l'état du malade.
9. Les fomentations chaudes, les injections faites avec le lait chaud, les vapeurs de sureau et de camomille, les petits pains chauds appliqués sur l'oreille et tous les moyens semblables sont des jeux avec lesquels on amuse les malades quand on ne sait que faire. Ils ne nuisent guère; mais ils font perdre un temps précieux qu'on pourrait mieux employer.
10. On ne doit avoir recours aux sangsues que dans les inflammations aiguës de l'organe auditif. Elles nuisent toujours dans les autres affections decette partie et surtout dans la surdité nerveuse.